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04 mars 2015

Et si on parrainait un enfant au Nicaragua ?

Au Nicaragua, le vin et surtout le rhum sont sans doute sympathiques, mais ne nous voilons pas la face. Il s'agit du pays le plus pauvre des Amériques après Haïti. 

Pendant deux semaines, j'ai suivi sur le terrain les actions de Lorrnica, une association humanitaire française qui oeuvre là-bas. Pas de grosse structure, pas de permanent, que du bénévolat... C'est artisanal et c'est une goutte d'eau ; mais l'océan est fait de gouttes d'eau. Ce qui fait que l'argent va en totalité à des projets concrets : aider à construire des maisons, améliorer les écoles, aider les malades. Un chantier parmi d'autres : voyez ce bidonville à La Paz Centro, près de la capitale Managua. Il faudrait tout de même des murs solides et un vrai toit de tôle avant la saison des pluies, non ? 

Entre deux verres, on peut aussi aller consulter le site de l'association Lorrnica ou sa page Facebook. On peut également donner de son temps, faire un don ou parrainer un enfant.

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03 mars 2015

Se laver les mains avec du rhum Flor de Caña 18 ans d'âge ? Une manière de ne pas oublier le toucher dans la dégustation

Une photo comme celle-là, on en a vu des milliers. Une dégustation. L'immense majorité d'entre nous a déjà participé à ce genre de truc mené par un type, une nana, plus ou moins qualifié(e). Que ce soit de vin, de rhum comme ici, ou de tout autre alcool, le processus est souvent le même : on regarde, on met le nez dedans, on goûte. Et on passe à la cuvée suivante.

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Il manque l'ouïe - pas facile, je laisse les maîtres-dégustateurs plancher sur le sujet. Il reste aussi le toucher pour que les 5 sens soient réunis. Certains s'amusent avec le "toucher de bouche", la sensation tactile que leur procure le vin en bouche. Mouais. J'utilise rarement ma bouche pour toucher des trucs - ou disons plutôt que ce n'est pas l'endroit idoine pour en parler.

Mais lorsque la distillerie nicaraguayenne Flor de Caña propose de goûter son rhum élevé 18 ans, elle t'incite à "toucher" le rhum. Par les papilles ? Non, franco, avec... les mains ! Il faut prendre son verre et s'en mettre un petit coup sur les mains. Puis se les frictionner. Comme avec un vulgaire gel antibactérien. Ok, ça coûte un peu plus cher mais je suis certain que les microbes sont tout aussi dézingués.

Question goût, le fait d'oindre ton corps de rhum n'apporte pas grand chose : lorsque tu portes tes mains à ton nez, l'odeur de peau prend le dessus. Tu touches le liquide, c'est une sensation agréable. C'est une autre manière d'entrer en contact avec un liquide que tu vas ingurgiter. Dans ce cas précis, c'est surtout une manière de montrer que tous les sucres ont été bouffés par les ans. C'est-à-dire que tes mains ne sont absolument pas collantes. C'est pour souligner la grandeur de ce rhum élevé 18 ans. On ferait la même expérience avec un rhum moins réussi ou plus bas de gamme, ça collerait sévère.

Pourquoi ne pas ajouter cette étape dans nos futures dégustations ?

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Flor de Caña (fleur de canne à sucre) jouit d'une très bonne réputation en Amérique latine et dans les pays où ce rhum est exporté. Je considère que c'est avant tout un moyen pour le Nicaragua de s'affirmer, notamment face à Cuba : dans cette région du monde comme ailleurs, chaque pays se doit de posséder sa propre marque de bière et/ou d'alcool. Question de fierté nationale et surtout d'identité.

Force est de constater que ce n'est pas un rhum fait à la va-vite. Par exemple, on ne travaille pas selon la méthode de la solera, où le distillat le plus récent vient nourrir un mélange de distillats plus vieux encore en élevage. Ainsi, pour beaucoup d'autres rhums, on se retrouve avec un "mélange d’âges", l’âge moyen de la quille augmentant progressivement et lors de l'embouteillage, on y accole un âge qui se révèle approximatif. Non, chez Flor de Caña, tout le rhum 18 ans d'âge a exactement passé 18 ans en fûts (technique du slow-aged rhum). Ou 5 ans, ou 7 ans selon les cuvées. Pas de tromperie sur la marchandise.

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Comme partout, les cuvées de base (5 ans) s'entend bien avec les sodas à base de noix de cola. Le 7 ans aussi, même si un peu de glace pilée ou un filet d'eau font mieux prendre conscience de sa grande valeur. Les 12, 18 et 25 ans bien plus rares, rhums d'orfèvres qui, s'ils lavent bien les mains, s'avèrent des alcools de méditation. 

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Ici, la visite se fait à l'américaine avec nana sexy portant un chapeau de cow-girl qui t'emmène en petit train d'un endroit climatisé à l'autre. On se croirait chez Disney. Qu'on ne se méprenne pas, on n'est pas chez le petit artisan ; on trouve Flor de Caña partout au Nicaragua, dans n'importe quelle pulperia d'un bled paumé. Mais on n'est pas non plus chez Havana Club qui inonde le monde entier... Un entre-deux.

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09:09 Publié dans Ailleurs dans le monde, Alcools cools | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rhum, nicaragua, flor de cana | | |  Facebook

02 mars 2015

Le vin naturel nicaraguayen existe, je l'ai rencontré

Nul n'est prophète en son pays. Jésus râlait parce qu'on le prenait pour un blaireau à Nazareth. Don Rufo Centeno peste que les Nicaraguayens s'intéressent peu au vin. Ou alors aux bodybuildés chiliens, argentins, américains.

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Don Rufo dit être le seul vigneron du Nicaragua. Difficile à vérifier. Du vin d'hibiscus, du vin de cajou, le tout industriel, ça on en a vu. Mais du vrai vin, du vin de raisin produit dans le pays, nulle part. Le vigneron esseulé ne vend ses quelques milliers de bouteilles que dans des endroits bien ciblés de la capitale Managua ou dans les grandes villes d'à-côté, Esteli et Matagalpa.

Notre homme et sa femme habitent à Condega, dans le nord montagneux du pays. Le chauffeur de taxi a du mal à trouver la maison, elle ne semble pas extrêmement connue dans le voisinage. Il reçoit chez lui, dans son salon, entre un présentoir de bouteilles qui partent dans tous les sens et un autre de crèmes de beauté, face à la télé. Il explique qu'il a pas mal voyagé dans les autres pays d'Amérique, qu'il a des copains vignerons au Venezuela par exemple, qu'ils essaient de constituer un réseau.

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Les vignes se trouvent à quelques kilomètres de là, sises entre les plantations de tabac et celles de café. "On met déjà bien assez de produits chimiques dans les champs de tabac, donc moi je ne mets rien d'autre que du raisin dans mes vins" tranche Don Rufo. Il travaille surtout le cépage isabelle, que l'on retrouve dans toute l'Amérique latine et plus généralement dans les régions tropicales. 

En bouche, ça change brutalement de ce que l'on connait. UN vin chaud, sucré, mais qui coule. Le rosé demi-sec fait une belle impression ; extrêmement parfumé, le premier verre en appelle un second. Certes, nous n'allons pas chercher les arômes de fruits rouges et autres foutaises. Certes, ce n'est pas un grand cru cultivé sur un terroir millénaire où les hommes ont appris de leurs erreurs au cours des ans. Espérons par contre que l'on soit au début de quelque chose.

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Ce vin n'est même pas disponible à Granada, la sublime ville touristique du sud du pays. Alors n'imaginez pas en trouver en France... J'ai pourtant essayé d'en apporter. D'en mettre deux dans la valise. On aura remarqué sur les photos précédentes que la mise en bouteille est très artisanale. Bien avant de prendre l'avion, les quilles n'ont pas supporté les 200 bornes en voiture entre Condega et Granada. Les 35 °C y sont sans doute pour quelque chose aussi. Résultat : le bouchon a explosé tel un champagne mal fermé. Le verre en lui-même n'a rien, mais le jaja s'est gentiment vidé sur mes slips. 

Ah ces vins naturels, ils ne voyagent pas... Dommage pour ceux qui comptaient sur une expérience latino-naturelle après mon retour en France.

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09:58 Publié dans Ailleurs dans le monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : vin, nicaragua, amérique centrale, don rufo | | |  Facebook

09 février 2015

Une salle de bain dont les murs sont faits de bouteilles de vin

Nous sommes au Nicaragua. A l'extrême nord-est, à la frontière avec Honduras et Salvador. Presque le bout du monde.

Précisément, le village s'appelle Jiquilillo et un Américain un peu roots a décidé de monter ici un hôtel. Enfin, un hôtel... On est bien loin d'un resort en Floride. Comme beaucoup l'affichent, l'endroit se veut respectueux de l'environnement. Des cabanes en bambou ont fleuri sur le parc qui donne sur une immense plage, paradisiaque disent certains. Les promoteurs immobiliers ne sont sans doute plus très loin mais ils n'ont pas encore commencé à œuvrer. 

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Nate, le patron, travaille avec le village. Il envoie les (rares) touristes le visiter, achète local, finance les ateliers éducatifs des enfants. Et tout un tas d'autres choses.

Certains râlent parce que le confort est sommaire. Mais a-t-on réellement besoin d'eau chaude lorsqu'il fait 34°C à l'ombre et quand on connait le prix de l'acheminement de l'électricité jusqu'ici ? Par exemple, l'accès au wifi coûte 350 dollars par mois. Alors, tout bonnement, il n'y en a pas.

Dans la salle de bain ouverte, les touristes venus en majorité de villes des Usa, d'Allemagne ou de Norvège s'amusent des toilettes sèches. Et surtout de la décoration... Plutôt que de cimenter comme un con, recyclons nos vieilles quilles de pinard et encastrons-les dans le mur ! Ben, pourquoi pas ? 

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Les blanches et les brunes, ce sont des bouteilles de bière. Les vertes, les bouteilles de vin. Ici, le soleil donne. Assis sur la cuvette, tu bronzes comme un martien.

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 On voit aussi un peu à travers, il ne faut pas être trop pudique.

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Rancho Ezperanza, Jiquilillo, Nicaragua.

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14:34 | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook

08 février 2015

Allez, on reprend le rythme du blog...

C'est pas le tout de voyager !

Tout d'abord #teasing 

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05 décembre 2014

"Comment une femme peut vinifier de si bons vins ?" : la cave Bossetti prise en flagrant délit de machisme

La cave Bossetti, située à Paris, dans le Marais, est un endroit que j'apprécie pour la diversité de ses crus, la richesse de ses bourgognes, sa connaissance de la chartreuse, son intérêt pour le vin naturel au milieu de bouteilles plus classiques. Ajoutons à cela que les prix sont souvent plus serrés qu'ailleurs. Le tableau ainsi brossé est idyllique.

Puis ce matin, dans ma boite aux lettres électronique, je reçois leur newsletter annonçant les dégustations à venir. On y parle de la venue à Paris du très célèbre domaine Lamarche, de Vosne Romanée, en Bourgogne. En ces termes

"L'attente fut longue, 2 années sans voir les Lamarche aux Caves Bossetti c'est dur, c'est cruel, c'est moche, c'est pire que de boire cul sec une petite récolte Nicolas, pire encore qu'une journée sans Chartreuse ; pire qu'un 30 Février un jour de grêle. Alors c'est peu dire si leur venue nous met en joie ! Merci les filles ! (Comment une femme peut vinifier de si bon Vins ?)"

Si, si. La preuve en image.

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Leur mail est visible aussi par tout un chacun en cliquant sur ce lien.

Les fautes d'orthographe me font tellement mal aux yeux que je me permets de rétablir l'incroyable dernière phrase... "Comment une femme peut vinifier de si bons vins ?" 

Euh... Trait d'humour mal compris ? Bavure malheureuse ? Volonté de provoquer ? Phrase exprimée à dessein ? Je ne sais pas : demandez (entre autres) à Lalou Bize-Leroy, Catherine Marin-Pestel, Elodie Balme, Laurence Joly, Véronique Souloy, Noëlla Morantin, Isabelle Perraud, Eve Maurice...

Allez, ça suffit, je n'ai même pas besoin de répondre à une phrase aussi idiote. 

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Je ferme cette parenthèse et m'en retourne à mes houmous et araks.

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Visite d'un kibboutz qui fait du vin : on est loin du folklore

Nombreux sont ceux que le kibboutz fait fantasmer. Souvent, on me demande ce que c'est, en quoi ça consiste, si j'en ai déjà vu, à quoi ça ressemble...

Voici un kibboutz.

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Rien de très sensationnel à première vue...

Un kibboutz (une assemblée, en français) c'est un système d'organisation collectiviste propre à Israël, car sioniste, c'est-à-dire visant à établir une présence juive sur la terre d'Israël. Pour simplifier, c'est un village plus ou moins gros où les gens décident de vivre ensemble, de résoudre les problèmes du quotidien en commun, de travailler pour le bien de l'assemblée. Tous rêvent d'égalité.

Rêvaient, devrait-on dire...

La chose remonte au début du XXe siècle, bien avant les questions actuelles sur la colonisation de la Cisjordanie. L'influence des kibboutzim en Israël a été fondamentale au milieu du siècle dernier. Ainsi l'histoire du Premier ministre Ben Gourion est totalement associée au kibboutz de Sde Boker. Mais au fur et à mesure, la modernité s'en est mêlée. Ils se sont raréfiés. Ou bien les règlements internes ont changé. Un exemple parmi d'autres, mais un symbole fort : les enfants ont désormais le droit de dormir dans la maison de leurs parents. Il y a plusieurs décennies, le dortoir des enfants se trouvait séparé. De plus, une véritable "privatisation" des kibboutzim a éloigné le fameux rêve d'égalité : chacun gagne désormais un salaire différent car on travaille pour soi, plus pour la communauté.

Résumer la complexité du kibboutz en quelques lignes est illusoire et ce n'est pas le lieu. Ceux que ça intéresse iront lire le polar de Batya Gour, Meurtre au kibboutz, la meilleure introduction à ce milieu particulier.

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Si les kibboutzim se sont développés dans les villages, leur taille peut varier, allant de quelques maisons à une véritable petite ville, comme le kibboutz Tzora (Tzora Vineyards). Il se trouve à l'ouest de Jérusalem, au pied des monts de Judée. Plutôt étendu, habité par 800 personnes, il est totalement privatisé depuis 2008.

Mais en 1993, il a été le premier kibboutz à produire son propre vin. L'idée de départ est de fuir le système des coopératives qui nuit à la qualité du vin, à quelques exceptions près évidemment. On veut faire du bon vin ? Alors on y met les moyens. Avant tout, on bichonne ses propres vignes. Notez que l'entrée de la salle de dégustation de Tzora Vineyards est plutôt bien entretenue par rapport au reste des locaux du kibboutz, les photos l'attestent. 

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Le nom de Tzora reste attaché à celui de Ronnie James, le père de la viticulture israélienne moderne, celui qui a introduit ici l'idée révolutionnaire de terroir. Son élève Zeev Dunie (Sea Horse Winery), une future Tronche de Vin, a même dédié une cuvée de chenin à James. "C'est une façon de remercier l'artiste qui a donné, à moi et à d'autres, beaucoup de moments de plaisirs".

Aujourd'hui, la maison a confié sa stratégie au français Jean-Claude Berrouet, ancien vinificateur de Petrus. "On veut copier la France ou l'Italie, indique clairement la maîtresse des lieux, pas le Nouveau-Monde". Tant dans le style de l'endroit que dans celui des vins.

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Et dans le verre ? Nous sommes loin des vins sur-extraits, sur-boisés, sur-chiants qui se déversent souvent chez les cavistes israéliens. Il faut l'avouer : ce que l'on sait du vin israélien, couplé au prétendu folklore du kibboutz, laissait imaginer quelque chose d'insipide. Qu'il est bon d'avoir tort. Les bouteilles s'avèrent assez fameuses, intéressantes et gustativement au point. Certes, nous sommes loin des trucs bizarroïdes qui, je l'avoue, flattent mon palais... Mais reconnaissons que la production de Tzora, c'est bon.

Ainsi, les cuvées "de base" baptisées Judean Hills, c'est-à-dire Monts de Judée (assemblage chardonnay à plus de 80% et sauvignon pour le blanc ; cabernet, merlot, syrah, petit verdot pour le rouge) se montrent classes et maîtrisées. Une vraie bonne bouteille.

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Shoresh fait passer à un cran au-dessus en terme de complexité viticole. Il s'agit là d'un terroir bien délimité. En réalité, c'est un ensemble de parcelles en altitude, aux caractéristiques géologiques différentes mais qui s'associent dans un lieu délimité. Seulement du sauvignon pour le blanc ; cabernet, syrah et merlot pour le rouge. L'hôte donne l'impression d'une cuvée plus aboutie, plus recherchée, plus complexe. On ne peut pas dire que Shoresh pète plus haut que son cul, mais les goûts et les couleurs ne se discutant pas, notre goût se porte plutôt sur les cuvées de base Judean Hills.

Allez, j'en rebois une gorgée. Je change un peu d'avis sur le rouge : frais et soyeux, il n'a aucune lourdeur et finit par emporter mon approbation. 

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Vient ensuite Misty Hills, la grande cuvée de rouge avec 60 % de cabernet et le reste de syrah. Restons sur la finesse et la tendresse du précédent.

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Le gewurztraminer est souvent employé en Israël, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire. Ici, un entre-deux, comme un résultat attendu : un peu lourd et pâteux, le vin manque d'acidité pour contrecarrer le sucre. Mais bon, il ne s'en sort pas si mal. Je suis dans un bon jour.

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Pour résumer, on est bien loin d'un vin de hippies qui ne pensent qu'à fumer, d'un vin de gauchistes voulant retrouver la terre ou d'un vin d'ultra-sionistes voulant coloniser la Palestine biblique. Nous sommes loin d'un quelconque folklore.

Et question prix ? Là encore, on comprend que le rêve d'égalité, de bon vin accessible à tous, s'est envolé. L'idée est de faire un grand vin. La cuvée de base, Judean Hills, se monte à une vingtaine d'euros à la propriété, comme chez le caviste. Chacune des cuvées au-dessus prend une petite dizaine d'euros supplémentaire. C'est peu face aux grands crus bordelais, c'est beaucoup par rapport à l'image que l'on se fait du kibboutz et beaucoup aussi par rapport au coût de la vie. Le salaire médian en Israël tourne autour de 1330 euros bruts par mois, avec de grosses disparités.

Un seul problème, la vigne... Elle est assez éloignée du chai, à une bonne dizaine de kilomètres, autour d'Abu Gosh, pour ceux à qui ça parle. L'entreprise, puisqu'il faut l'appeler ainsi, devrait bientôt déménager. C'est la route que l'on reprend pour rentrer à Jérusalem, via Bet Shemesh et Ein Kerem. Dans les monts de Judée, par beau temps (donc souvent), on voit jusqu'à Tel Aviv. Et on comprend qu'Israël soit une terre d'élection pour le vin, même si le pays a trop souvent manqué de vinificateurs de grand talent.

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17 novembre 2014

Retour à Cana, en Galilée, là où Jésus aurait changé l'eau en vin

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"Ils n'ont plus de vin". C'est la seule phrase de tout le Nouveau Testament que Marie prononce au discours direct. Cela se passe à Cana, en Galilée, lors d'un mariage. Le truc tombe comme un couperet. Je traduis dans un langage actuel : "on est vraiment dans la merde ! Y a plus rien à picoler, alors qu'on était venu se mettre minable à peu de frais, le mariage n'étant qu'un prétexte".

Le temps semble s'arrêter. Jésus aurait alors dit d'apporter des jarres de pierre, d'y mettre de l'eau et d'y puiser quelques louches. 

"Le maître d'hôtel ayant goûté de cette eau qui avait été changée en vin, et ne sachant d'où venait ce vin, quoique les serviteurs qui avaient puisé l'eau le sussent bien, il appela l'époux. Et lui dit : tout homme sert d'abord le bon vin, et après qu'on a beaucoup bu, il en sert alors de moindre ; mais pour vous, vous avez réservé jusqu'à cette heure le bon vin". (Jn 2,9-10 dans la traduction de Lemaître de Sacy)

Les noces de Cana représentent un monument de la foi chrétienne. Déjà, c'est chronologiquement le premier des prétendus miracles de Jésus. Et tout le monde a entendu parler de Cana : ici, lors d'une noce dont on sait peu de choses, Jésus aurait changé l'eau en vin. C'est en quelque sorte une continuité de la vie par d'autres canaux, limite... une résurrection ! Grâce au vin. Mais je laisse les exégètes, les archéologues et les piliers de bistrots méditer sur ce soi-disant miracle.

Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Cana s'appelle désormais Kafr Kana. Si elle est toujours située en Galilée, le pays s'appelle Israël. Nous sommes à quelques kilomètres au nord de Nazareth. Comme dans beaucoup de villes du coin, le relief accidenté rend les routes sinueuses. Le conducteur qui passe dans le coin se concentre sur la circulation. Ce qui fait qu'on peut passer devant l'église orthodoxe sans la voir.

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Et ça serait con. En plus d'être le lieu d'un des miracles les plus célèbres, c'est peut-être l'un des endroits les plus calmes de Terre Sainte.

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Elle est bâtie sur les lieux supposés de la noce. Je pourrais aussi parler de l'église catholique de l'autre côté de la rue mais la sobriété catholique fait tâche à Cana, village où l'on célèbre le vin, le bon vin, l'abondance de bon vin.

Selon les orthodoxes, cette jarre exposée en vitrine aurait servi lors des fameuses noces. Cette course aux reliques relève d'une malsaine compétition entre catholiques et orthodoxes, afin de savoir qui aura la plus grosse - ou dans le cas présent, la plus vieille jarre. C'est le jeu. D'un autre côté, je n'étais pas invité aux noces, donc il ne me reste qu'à croire les orthodoxes sur parole.

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A son pied, comme une offrande, on trouve des petites boutanches. Mais d'où viennent-elles ? Réponse dans la petite guitoune à l'entrée, qui fait office de magasin de souvenirs. Il s'agit de vin produit par le monastère.

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Plus précisément, c'est un "vin béni, fait avec du raisin". Ouais... On se dit qu'on pourrait débourser 6 euros pour se payer une quille. Si ça se trouve, c'est sans soufre ajouté. Rappelons que pour le vin de messe, l'Eglise demande de prendre un "vin naturel de raisins, pur et non corrompu, sans mélange de substances étrangères"...

Devant notre intérêt, cette soeur orthodoxe propose de faire goûter le divin breuvage. Uuuurgghhhhh... En bouche, ce n'est que du fruit ; habituellement, je n'ai aucun souci avec ça. Le problème, c'est qu'on ne sent que le sucre ! On l'imagine servi aux pré-pubères lors d'une communion. On se demande même s'il y a vraiment de l'alcool dedans ; on pencherait presque pour un jus de grenade sans amertume.

Bref, on ne va pas au paradis direct, c'est peu dire. J'ai économisé 6 euros.

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Tentons notre chance une rue plus loin. Les marchands du temple ont flairé le filon. Comme partout me direz-vous. Tous vendent le "vin des noces de Cana".

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Les bouteilles-souvenirs s'affichent toujours plus vulgaires. On veut fuir.

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Existe aussi la version sans alcool, pour que la fête soit plus folle. Non c'est plutôt pour l'eucharistie... L'idée, c'est d'éviter que Frère Picolo se murge au cours de la célébration ? On fuit.

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Les moines de Crémisan, dont le travail est plus que respectable, font aussi une cuvée Noces de Cana. Bien que le vignoble se trouve vers Bethléem, à 150 kilomètres au sud.

En résumé : dommage pour le vin...

Aujourd'hui, cette petite ville du nord d'Israël est composée essentiellement d'Arabes israéliens où les chrétiens sont minoritaires. Kafr Kana s'avère d'ordinaire plutôt calme. Mais la semaine dernière, le conflit latent entre juifs et arabes a repris le dessus et les incidents se sont multipliés. Cana est décidément loin de Kafr Kana.

(La fresque de la première photo est de Fernando Manetti. Je l'ai croisée l'autre jour dans l'église de la Visitation, à Ein Kerem)

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27 octobre 2014

Donne la vie à tes bouchons préférés !

Les Israéliens sont férus de design culinaire. Je me rappelle par exemple d'une incroyable idée, croisée l'année dernière : le presse-agrumes qui avait la forme du Dôme du Rocher. Malheureusement, ce n'était qu'un prototype.

Du côté de la gare de Jérusalem (la fameuse "First Station", auparavant désaffectée, aujourd'hui réaffectée en une ribambelle de petits restos et magasins bobos), j'ai croisé ces bouchons en liège...cork1.jpg

Une entreprise un peu farfelue, Monkey Business, a eu l'idée de donner vie aux bouchons de tes bouteilles adorées. Petit lapin, taureau, robot, souris... Tout est désigné en Israël et fabriqué en Chine. Chaque panoplie revient à près de 5 euros.

Et maintenant que tu as l'idée, rien n'empêche de le faire toi même...

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22 octobre 2014

Sous la douche, tu es plutôt chardonnay ou merlot ?

J'y crois pas !! Y a un mec qui a oublié sa bouteille de blanc sous la douche...

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À y regarder de près, il ne s'agit pas de vin. Mais de savon... aromatisé au vin ! Un savon au vin... Euh, au chardonnay, soyons précis. Si, si c'est écrit en hébreu, en anglais : "aromatic soap chardonnay wine". Le tout accompagné d'un joli paysage de vignes. C'est fabriqué par Life, une boîte israélienne qui fait dans les produits d'hygiène un peu bas de gamme.

Pour ceux qui préfèrent le rouge, une parapharmacie de Jérusalem (côté Ouest) propose aussi la version au merlot. 15 shekels, soit 3 euros les 70 ml.

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Côté ingrédients, on a connu des savons plus "naturels". Dans ce qui suit, un charabia pour chimiste, je ne retrouve pas la mention du chardonnay. J'imagine qu'il est caché sous le terme de "fragrance". Ah zut, moi qui pensais que c'était produit avec les moûts d'un joli meursault...

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Et sous la douche, ça sent bon ? Mouais... C'est vert, un peu aigre même. Comme un raisin récolté bien avant la maturité. À ce prix-là, ça n'allait pas sentir le Roulot.

08:14 Publié dans Ailleurs dans le monde, Bourgogne ça cogne | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : jérusalem | | |  Facebook

21 octobre 2014

Du morgon et du houmous dans les veines

Habituellement, ce blog s'intitule simplement Du morgon dans les veines

Mais j'ai décidé de faire une pause. Ailleurs, pour voir autre chose.

Donc d'ici septembre 2015, il n'y aura plus beaucoup de morgon qui coulera. Il sera remplacé par le houmous puisque je pars faire un tour en Israël et Palestine.

Mais ici aussi, comme partout, il y a du bon à boire et du bon à manger partout, cela devra faire l'objet de quelques articles.

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16 octobre 2014

La pause

Je ferai le tour du monde pour voir à chaque étape
Si tous les gars du monde veulent bien me lâcher la grappe

Au quotidien, chacun soupire sur sa routine. Des milliers de frustrations se transforment en rancoeur. Beaucoup les expriment, certains les gardent pour eux avant d'exploser, d'autres font semblant de les oublier. Faut dire que la société dans laquelle il nous est donné de vivre et que l'on façonne tous les jours n'est pas des plus agréables - d'autres expriment cela bien mieux que moi, je pense par exemple à Jérôme Leroy.

J'encourage donc chacun à faire une pause. On pourrait ainsi commencer avec ce ravageur gamay de Laurent Saillard, un grand "petit" vin qui donne les idées claires.

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Mais j'encourage tout le monde à faire aussi une vraie pause. Partir, ailleurs, loin ou moins loin, dans le but de voir autre chose, de se mettre en danger (intellectuellement), de sentir d'autres parfums, de changer ses habitudes. À mon tour, plutôt que de parler, de me plaindre, de râler, j'ai décidé de faire une pause.

Ce sera ailleurs, pendant un bon paquet de mois. Forcément, le blog sera un peu délaissé mais comme il y a du vin, de la bière, de l'alcool et de la bonne bouffe (presque) partout sur cette terre, ça devrait donner prétexte à quelques articles.

Et puis, après, la pause prendra fin et on reviendra au quotidien. Enfin, on verra.

D'ici là, j'aime continuellement relire cet extrait du dernier livre de Christian Authier (De chez nous, 2014). Le sédentaire qu'il est a bien croqué l'idée de cette pause ailleurs que désirent ceux qui préfèrent les "contraintes choisies aux conventions qui humilient". Et, heureux hasard, il en a même deviné le lieu, qui se dévoilera sans doute lors des prochains articles.

"D'un naturel sédentaire rétif aux voyages qui bouleversent les repères bien établis, je ne peux m'empêcher de considérer les voyageurs comme une espèce aussi curieuse qu'admirable. Madagascar, Buenos Aires, la Patagonie, Israël, l'Ethiopie ou la Turquie : leurs destinations n'obéissent pas au nomadisme qu'imposent désormais bien des professions et des carrières mondialisées ou les distractions avariées du tourisme de masse. Mes amis s'installaient à l'étranger plutôt pour suivre leurs goûts, leurs envies de découvertes, leurs rêves d'enfant, leurs mythologies personnelles. Aucun ne se pliait aux devoirs du rendement, de la productivité, du profit, de la technique et de la vitesse.
[...]
Pour Constantin et tant d'autres, la France n'est pas une zone gardée par des miradors et des papiers d'identité, une raison sociale ou un code-barres. Non, notre France s'incarne dans un panel d'attitudes, de pensées, de réflexes, de mots, de songes, de fidélités, d'espérances, dans une alchimie faite de motifs paradoxaux et d'heures secrètes que presque personne ne mentionne. Elle peut se porter en bandoulière autour du coeur, dans la promesse des retrouvailles et le souvenir de ce qui a été et qui sera. Ici et ailleurs, au Tibet, à Jérusalem ou Constantinople, nous sommes chez nous".

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02 octobre 2014

Damien Jaspard, talentueux vigneron planqué (et quel dommage !)

Marieulles-Vezon. Ici nous sommes loin, bien loin, des pseudo-branchitudes new-yorkaise, londonienne, parisienne. Et même messine, car oui, nous sommes à 20 kilomètres au sud de Metz et oui, il y a une branchitude messine. Comme partout.

Damien Jaspard n'a pas de site internet, pas de blog pour faire le buzz, pas de mention dans les guides de vin (pour l'instant), pas de parking bien aseptisé devant son chai de dégustation puisque de toute façon, il n'a pas de chai de dégustation… On ne vient pas par hasard chez Damien Jaspard, les visites sont en grande majorité le fait de familiers du domaine. Dans la cuisine familiale, c’est souvent Andrée, 85 ans, la virevoltante grand-mère de Damien qui accueille les curieux. De ses vieilles armoires lorraines, elle ne sort pas le dernier verre Baccarat mais un godet du quotidien qui ne suffit pas à banaliser les vins plein de fraîcheur du petit-fils.

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Loin des chapelles et des dogmes, le jeune homme s'intéresse de près à la biodynamie qu'il adapte à son terroir. Un vigneron local nous confiait récemment que Damien passe vraiment pour un original dans le coin : pensez donc, il fait tout à la main...

Il produit 7000 à 8000 bouteilles chaque année. Le Petit Gris de Vezon n’a rien à voir avec les escargots : il s’agit d’un clairet obtenu par une macération de pinot noir de deux semaines. Couleur rosé soutenu, sans aucune extraction, c'est le vin de copain par excellence.

Côté blanc, il travaille l’auxerrois, cépage local habituellement sans grand intérêt. Georges, le père, avait conservé une barrique du millésime 2008. Elle a mûri plusieurs années avant que le fils la mette en bouteilles. C’est la cuvée Flores qui fait entrer la Moselle française dans une autre dimension.

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Ces quilles modestes et atypiques nous rappellent que le vin est une boisson et qu'une boisson, c'est fait pour être bu. Elles s'échangent contre une ridicule poignée d'euros (3,5 euros pour le gris, 5 pour le blanc). Le problème, c'est que vous ne pouvez les trouver qu'à Marieulles. Aucun point de vente, ni local, ni parisien, ni new-yorkais, ne propose les vins de Damien Jaspard. Il est criminel de ne pas pouvoir les faire découvrir au plus grand nombre.

Amis cavistes du coin, ou d'ailleurs, si j'étais vous...

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12 septembre 2014

Esquisse : on est à mille lieues d'un brouillon

Rarement d'aussi jolies chiottes auront été aperçues dans tout Paris. Comment ça, c'est subalterne ? Tu rigoles ou quoi ? Patron de resto, montre-moi tes toilettes, je te dirais qui tu es. On devrait toujours aller visiter les commodités d'un restaurant avant d'y manger. Ben, voilà, dans ce resto-là, j'ai envie de boulotter. 

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Revenons à la salle. Thomas en salle justement et Laetitia en cuisine, aidée par Valérie, viennent de nous sortir une adresse des plus réjouissantes. Bizarrement, elle n'est pas dans les incontournables de la rentrée du Figaroscope ou autre je-ne-sais-quel-canard-vendu-aux-annonceurs. Mais 1/ ça va pas tarder et 2/ de toute façon, ce genre de canards ne s'intéresse qu'au nouveau Plaza de Ducash.

Esquisse, revenons-y, c'est le truc qu'on aimerait en bas de chez soi - c'est con, je déménage. Ici, on fait dans le simple, donc c'est très compliqué. Prenez cette terrine de pied de porc. Un charcutier - il en reste peu de véritables - se contente d'ouvrir le cellophane d'une barquette achetée à un grossiste. Ce n'est pas grave il parait, puisque la majorité des restos fait pareil. Pas Esquisse. Et dépiauter des pieds de porc ça prend du temps. Monter une gribiche aussi. Alors un peu de respect, diantre !

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Ce soir-là, il y avait du lapin aux dattes. Gros miam !

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Et pour arroser le tout, un des trésors de la cave : un morgon 2003 vieilles vignes de Thévenet. C'est con, vous auriez dû venir. Parce que le verre ne ment pas, c'est tout de même l'un des meilleurs vins du monde, le morgon. Les dégustateurs en costard inventent des instruments pour mesurer le printemps et mettre des mots sur tout, mais pour prendre conscience de la beauté des choses, il fallait simplement boire la quille, à ce moment-là.

Il en reste peut-être dans la cave... En tout cas, à ce que j'ai pu voir, il y a bien d'autres réjouissances au menu.

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Et les desserts ? Fichtrement bien troussés.

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Pour les curieux, les cartes du jour. On était à la fin août, à peine quelques jours après l'ouverture et, chose admirable, l'affaire était déjà bien en place. Et qu'on se le dise, les prix sont loin d'être délirants pour un tel niveau de cuisine.

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Le point fort de Thomas, c'est de présenter quelques digestifs hors du commun, comme ce whisky de cette maison alsacienne qu'on aime tant, Uberach, mais cette fois vieilli en fût de vin du Jura, de chez Ganevat. Franchement, c'est grandiose.

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Les soirées peuvent finir tard, autour d'un verre. Pour cela, il faut entrer au restaurant comme tu es dans la vie, avec le sourire, l'envie d'être là, la curiosité qui point. A l'image des patrons.

photo.JPGEsquisse, 151 bis rue Marcadet, 75 018, Paris, 01 53 41 63 04.

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10 septembre 2014

Afrique du sud : le vin naturel n'exploite pas les travailleurs agricoles noirs

Fin août, Envoyé spécial, l'émission de reportages de France2, traitait de l'exploitation des ouvriers agricoles sud-africains noirs par les propriétaires blancs.

Voici le résumé du reportage encore disponible ici, sur le site de l'émission. "Des producteurs essentiellement blancs, dix neuf ans après la fin de l'apartheid en Afrique du Sud. Quant  aux ouvriers viticoles, essentiellement noirs, leur salaire minimum est de dix euros par jour. La société sud-africaine a-t-elle réellement changé dans ces campagnes reculées ? Héloïse Toffaloni et Vincent Barral ont emprunté la route des vins à l’époque des vendanges. Ils ont suivi des vacanciers français et ont découvert, hors des circuits touristiques, le revers de la carte postale : des ouvriers mal payés, mal logés et des professionnels du vin qui semblent parfois regretter le temps de l'Apartheid". 

Est-ce partout, tout le temps le cas ?

Craig Hawkins, vigneron au domaine de Lammershoek, à une heure de bagnole du Cap, produit un vin naturel des plus admirables. Ici, le climat très sec et chaud ressemble un peu à la Sicile. Aidé par Carla, la fille des proprios Paul et Anna, ainsi que par Jürgens, son assistant, Craig s’occupe d’un domaine qui s’étend sur 70 hectares avec de la vigne, des oliviers, des poulets et du bétail. Tout est fait comme l’on aime : cultures en bio, levures indigènes, pas d’élevage bois trop prononcé. Craig recherche la pureté du fruit. Il se permet seulement deux intrants : des doses minimales de SO2 et… de la musique ! Oui, au fil des années, Craig a équipé son chai de hauts-parleurs dernier cri rachetés à un D.J. retraité pour mettre de la bonne humeur au travail. On avait par exemple fortement apprécié son chenin El Bandito 2010 qui a macéré sur peaux durant deux ans !

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Craig est un vigneron hors norme, à tous points de vue. Je lui ai demandé son avis sur l'exploitation des ouvriers agricoles en Afrique du sud.

"C'est une question très sensible ici. Elle résulte de notre passé peu glorieux, mais qui se trouve maintenant derrière nous. Cependant, l'exploitation des ouvriers agricoles continue dans certains endroits d'Afrique du Sud. La fin de l'Apartheid n’a que 20 ans et le changement de générations est tout juste en cours. Et ce problème n'est pas si différent que dans d'autres pays : Chine, Moyen-Orient, Inde, Etats-Unis, Chine et même au Canada. Le problème, c'est qu'on regarde toujours l'Afrique du sud avec le même prisme : en faisant tout le temps référence à son passé.

En Afrique du sud, le salaire minimum est le même que vous soyez noir, blanc, bleu ou rose : c’est ainsi. Si vous prenez le salaire moyen et que vous le convertissez en euro, cela fait peu. Mais il faut ensuite convertir le prix du pain et cela fait peu aussi : tout doit être pris en compte.

Notre domaine compte 15 travailleurs à temps complet. Nous couvrons leurs dépenses en ce qui concerne le logement et l’eau et les aidons aussi fortement pour l'électricité. C'était le choix de Paul quand il a emménagé ici il y a 20 ans : que la ferme soit fondée sur le principe de l'égalité.

L'exploitation des travailleurs n'existe pas sur notre domaine, ni même dans la majorité des autres domaines. Mais c’est vrai, elle continue dans quelques endroits isolés en Afrique du sud. On doit mettre la pression sur notre gouvernement. Lui veut que le pays reste pauvre et peu éduqué : c'est le meilleur moyen de rester au pouvoir.

En résumé, on travaille très dur pour élever le niveau de vie des gens qui nous entourent. On a ainsi converti une vieille grange en crèche pour les enfants de 1 à 5 ans, pour qu’ils soient correctement nourris, qu’ils reçoivent une éducation, ce qui constitue un bon début dans la vie. La solution est de développer la communauté autour de soi ; c’est le seul moyen pour l’Afrique du sud d’aller de l’avant, vu qu’on ne peut pas se reposer sur le gouvernement, du moins pas encore. C’est triste mais c’est la vérité.

C’est malheureusement quelque chose qui ne peut pas être s’effacer d’un coup ; le pays a un long et lourd passé".

(photo : Cassie du Plessis)

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04 septembre 2014

"De chez nous" : toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la fronde

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Lors d'une nuit déjà avancée, il y a quelques années, je croise Sébastien Lapaque entre La Crémerie et Le Moose. Les habitués du Carrefour de l'Odéon situent bien. Sourires, poignées de main. "Viens boire un coup avec nous !" À ses amis, il me présente ainsi : "c'est Guillaume, il est de chez nous". La soirée finira bien plus tard, magnums de bourgueil Les Perrières 2006 (de Catherine et Pierre Breton) et d'Au Hasard et souvent (Jean-Christophe Comor) faisant foi.


Cet écrivain que je tiens comme les plus grands parmi nos contemporains n'a que ce qualificatif à la bouche, depuis des années. Untel ou un autre est "de chez nous". Mais ça peut être un mort aussi, une bouteille, une idée, un moment... Christian Authier, poussé par Sébastien, a décidé d'écrire là-dessus. De tenter de définir ce qui est "de chez nous".

Il y a Germaine Tillion, figure incontournable de l'histoire de France. Il y a Jean-Pierre Melville. Il y a les écrivains que trop peu de gens lisent comme Bernard Chapuis et Stéphane Hoffmann. Il y a des vignerons et leurs quilles, Eric Callcut et Comor à nouveau. Il y a des anonymes.

Il y a aussi des idées, des débats, des symboles, des moments, une "chose qui échappe aux mots". Christian Authier ne passe pas sous silence la complexité de l'histoire et celle de l'homme : les extrémistes de droite et les communistes qui se rassemblent à Londres en 1940, les héros de la France Libre qui devient des ordures pendant la guerre d'Algérie. La mainmise des financiers sur nos vies, les épineuses questions communautaires. Ni ce qu'est devenu le football. L'écrivain aborde aussi les voyages dans un long passage extrêmement touchant, on en reparlera très bientôt. Qu'il définisse ici un élément tangible, ailleurs un concept humain, "De chez nous" est un manuel de survie.

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J'imagine que certains esprits étroits verront quelque chose de nationaliste derrière ce titre. Splendide bêtise. En réalité, ce n'est pas un livre sur la France. Car la réalité de la France s'avère trop souvent le règne du pognon sur la poésie, ou celui de la vulgarité sur les beaux chenins de Loire. Ce n'est pas un livre sur la nationalité, ni l'exception culturelle. C'est un livre sur l'histoire, le courage, la littérature, le cinéma, la bêtise, le vin naturel, bref sur tout ce qui fait un être humain.

Me revient une autre phrase de Sébastien, justement, mise de côté pour des moments comme ça : "Aimer la France, c'est toujours aimer autre chose que la France".

"De chez nous", Christian Authier, Stock, sortie fin août 2014.

"Si tant de choses qui nous étaient chères se sont évanouies, nous savons qu'elles reviendront, ici ou ailleurs. Il se pourrait que la France que nous portons dans nos cœurs disparaisse. Un temps ou pour toujours. Ce n'est pas grave. Nous irons la reconstruire. Au Québec, au Brésil, sur une île. Qu'importe. Nous ne nous rendrons pas. Nous vivrons dans les marges, là où on ne nous dérangera pas pendant que nous sifflerons des mélodies légères. Le vent glissera sur nos cheveux de réfractaires aux soifs contemporaines, n'exigeant pas d'avoir tout, tout de suite, préférant les contraintes choisies aux conventions qui humilient".

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29 août 2014

La nature choisit son camp (la preuve en image)

C'est un seul et même arbre sur cette photo, un figuier, quelque part dans le sud de la France. On le voit mal, mais le figuier est entouré de vignes ; il se trouve précisément entre deux parcelles distinctes, dont les propriétaires n'ont pas la même philosophie. 

La parcelle de gauche appartient à un vigneron qui traite ses vignes à grands renforts de produits chimiques et qui taille son figuier : voici l'intervention vulgaire de l'homme.

La parcelle de droite appartient, elle, à un vigneron qui ne traite pas avec des cochonneries et qui laisse le figuier vivre sa vie : voici le respect de la nature.

Choisis ton camp camarade !

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Notre vigneron explique. "Comme il est régulièrement taillé car il avance, ça le gène et il décide d'aller de l'autre coté. C'est la preuve que la nature choisit son terrain. En plus, à gauche il n'y a qu'une demi récolte annuelle alors que sur mon coté, je fais bien les trois..."

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28 août 2014

Racines : un dessert et une bouteille tous deux formidables

Le retour à Paris se fait dans la grisaille. Pour la chasser, rien de tel que de repenser à un repas du tout début de l'été.

Quoi de plus simple qu'une quenelle de ganache ? Je dis ça, je ne suis pas pâtissier. Là, en plus, on y a ajouté les addictives amandes des Pouilles que l'ami Giuseppe Manzaro ramène en France et dont certains chefs se disputent le stock. Le tout associé à un caramel parfait, voici enfin un magnifique dessert de bistro.

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Les plats sympathiques n'ont pas su rivaliser avec cette fin de repas. Ou alors c'est moi qui devient plus dessert qu'auparavant. Pour accompagner le tout, un magnifique bourgogne, le saint-romain 2012 de Sarnin-Berrux. Archétype du vin classe, sans concession mais taquin aussi un peu. Un bourgogne quoi. 

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Racines, 8 Passage des Panoramas, 75002 Paris, 01 40 13 06 41. On en avait déjà parlé : ce n'est pas l'adresse la moins chère de la ville (euphémisme), mais c'est un endroit plein de trouvailles.

20 août 2014

Grèce : Anna, à l'ombre de la ville blanche de Skopelos

Anna, ce pourrait être l'équivalent d'Agnanti mais sans la vue. Cuisine impeccable, de saison, fraîche, enjouée. Pourtant, mon coeur est resté à Glossa.

Poulpe flambé à l'ouzo. 

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Anchois marinés et écrasé de fèves.

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Tzatziki (merveilleux).

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Vin bio grec, sympatoche.

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Parions plutôt sur une exquise bière de l'île de Santorin, Volkan, additionnée de miel et d'essences d'agrumes. Sur le papier, je le concède, ça peut paraître totalement idiot. Dans le verre, c'est une autre affaire : une vraie réussite.

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Anna, dans le vieux quartier de la "capitale" Skopelos-Chora, île de Skopelos, 0030 24240 24734. A quelques rues au-dessus du port touristique, un peu vers le nord, au coeur de la ville blanche.

09:52 Publié dans Ailleurs dans le monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grèce, anna, skopelos | | |  Facebook

19 août 2014

Grèce : Agnanti t'en met plein la vue et plein l'assiette

Alors, certes, on ne mange pas les rideaux la vue.

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Mais il faut avouer que certains cadres sont plus agréables que d'autres. Surtout quand la cuisine est on ne peut plus fraîche, faite maison, simple et pas simpliste, talentueuse. Le resto rêvé ? Sans doute.

Le court intitulé des plats sonne comme des appels à se mettre à table. Boulettes de viande sauce tomate, pita maison.

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Anchois marinés maison et gelée de citron.

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Feuilleté de feta au vin doux de Samos.

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Encornets frits.

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Imam baladi (littéralement, "l'imam s'est évanoui tellement c'est bon"). Plat tiède voire froid, à base d'aubergines et de tomates confites : une ratatouille en plus turc et en plus fondant. 

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Sardines sur pita maison.

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Le tout accompagné d'une Septem, bière non pasteurisée issue d'une microbrasserie située sur l'île d'Eubée, le grand morceau de terre plus au sud, vers Athènes. Loin des bières du sud, souvent qualifiées de pisse d'âne pour leur goût neutre, cette Thursday's Red Ale offre un rafraîchissement croquant, presque sur le fruit. Très haute qualité.

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Glace aux citrons bios du jardin.

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Gâteau d'amandes, glace à la cannelle. La photo ne transcrit pas le fondant, voire le mouillé hallucinogène de ce dessert. Agnanti devait me filer la recette... On s'en reparle.

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Pour y aller, c'est simple. De Loutraki où arrivent les bateaux qui font la navette Volos-Skopelos, monter quelques kilomètres jusqu'à Glossa, le village en hauteur. Enfiler les petites rues sur la gauche, c'est ce bâtiment, face à la mer.

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Agnanti, village de Glossa, île de Skopelos, 37003, Grèce, 0030 24240 33606 ou 0030 24240 33076.

10:03 Publié dans Ailleurs dans le monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grèce, skopelos, agnanti, volos, septem, bière | | |  Facebook

06 août 2014

Un petit tour sur une île grecque

Embarquer pour les Sporades, le temps d'un week-end. Criques paradisiaques, touristes locaux et deux restaurants à la fois simples et sublimes.

D'ici là, pendant les trois heures de bateau entre Volos et Skopelos, relire un roman d'un amoureux de la Grèce, Jérôme Leroy.

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L'histoire sordide de la France au tournant du siècle dernier, au moment où il ne reste pas beaucoup de possibilités pour échapper à la spectaculaire économie de marché et à son corollaire du quotidien, la vulgarité du monde. Il subsiste, même s'ils sont confinés, le vin naturel, les voyages, l'art.

"Il ne s'agissait pas là, pourtant, d'une attitude élitiste, d'un goût spécieux pour les marges inconnues du patrimoine. Non, pour autant que je m'en souvienne, il y avait plutôt chez moi une angoisse sincère et assez commune devant un monde où disparaissaient les différences, les couleurs, les atmosphères. L'art me semblait un moyen de résistance, un refuge ultime." (Jérôme Leroy, Monnaie Bleue, éd. La Table Ronde)

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02 août 2014

Les trésors de la cave de Jeff Coutelou

En juin dernier, Jeff Coutelou nous a fait découvrir sa vigne à Puimisson, près de Béziers. On a souvent parlé de ses bouteilles, ici, dans Tronches de Vin ou au bistro.

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Jeff nous a aussi ouvert les portes de sa cave. Comme un inventaire des stocks. Voici par exemple son premier pétillant (2007). Parfaite entrée en matière.

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Roberta (2003), sauvignon avec un poil de su-sucre, super fringant, aucune lourdeur.

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Voici le BL02 (2002), jamais commercialisé. A base de sauvignon et muscat, l'une des premières expériences sans soufre. Très, très bon.

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Le blanc 1999, seule bouteille un peu en retrait.

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Et son premier millésime, le 1993, avec une syrah encore joliment épicée. J'ai beaucoup, beaucoup aimé cette bouteille.

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Mais il n'y a pas que les vieux millésimes...

Les 2013 goûtés une fois sur fûts et une autre fois juste après la mise en bouteille sont explosifs. Notamment Sauvé de la Citerne, même s'il faut encore laisser le mourvèdre vivre sa vie. Et il a refait Les Copains, dont la dernière référence datait de 2003 ! Le cinsault y fait des merveilles.

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A suivre dans les semaines qui viennent chez ton caviste préféré !

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La Cave Saint Martin, le genre d'adresses qui peut te faire regretter de vivre à Paris

Un village médiéval, une rivière où les derniers touristes se baignent, terrasse en surplomb. C'est l'épicerie-cave-à-manger-bistro-restaurant de compét'.

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Ne s'arrêtant pas au décor, Raimond Lecoq, néerlandais d'origine, porte haut les couleurs de l'épicerie dans ce coin du Languedoc.

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Charcuteries, plat du jour, anchois absolument exceptionnels (ils viennent d'une conserverie basque espagnole, Nardin)...

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Question jaja aussi, de très belles choses ! Mention Spéciale à Hélène Bassas et Stéphane Deligny (Domaine les Hauts de Bonaguil) qui produisent un Canta Maniac, hommage à Alain Castex (Casot des Mailloles). Alors tant qu'à faire on a pris l'original aussi... Des rosés sublimes, avec où sans les bulles.

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Et François Dhumes, sa Tête de Bulles chère à mon cœur.

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L'accent est mis aussi sur les quilles du coin, sans les coeffs délirants qu'on peut trouver dans la capitale. Florilège.

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La vie, c'est simple en fait.   

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La Cave Saint Martin, 26, avenue du Roc de l'Estang 34460 Roquebrun,  04 67 24 56 49.

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30 juillet 2014

Octopus : allez-y au lieu de rester plantés devant l'ordi !

Comme souvent, les photos d'un blogueur ne rendent pas hommage à l'intelligence des assiettes. Le texte non plus, vous me direz. Je ne déroge pas à la règle, mais j'ai des excuses : dîner tardif, lumière crépusculaire, nullité de l'appareil photo et avant tout nullité du photographe (à savoir moi-même).

De toute façon, les photos ne remplacent pas les moments vécus. Alors pour vivre, direction Octopus, le restaurant de Rachel et Fabien Laurent. Tourteau, gambas, ris de veau, les vins des copains, la sympathie des patrons. Tout s'avère évident, à point, réussi.

Sauf mes photos. 

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Comme quoi, on peut parler de certaines villes autrement que sous le prisme de l'actualité politique.

Octopus, 12, rue Boieldieu, 34 500 Béziers, 04 67 49 90 00.

22 juillet 2014

Sébastien Benoit-Poujad, vigneron acharné

L'aramon lui tournant la tête
Elle murmura quand tu voudras
Fernandel, "Félicie aussi"


L'aramon, c'était la pépite des vins du Languedoc et, en même temps, la cause de leur perte. Ce cépage hyper productif a fait la fortune des grandes familles de Béziers et d'ailleurs, mais à force de le faire pisser sans contrôle, de miser exclusivement sur les rendements, on a tué la poule aux œufs d'or.

L'aramon, c'était le petit vin facile, celui du quotidien, qu'on boit parce qu'il faut boire, parce que l'eau ce n'est pas terrible. 

L'aramon, ce vin frais, léger, fruité est, chez Fernandel, enfin élevé à quelque chose d'un peu plus noble, quelque chose comme un allié objectif de la drague. C'est forcément à cette chanson qu'on pense quand on rencontre Sébastien Benoit-Poujad (domaine de La Banjoulière, à Puimisson au-dessus de Béziers) et qu'on boit son aramon.

sébastien benoit-poujad,languedoc,jeff coutelou,puimisson

Le sien (cuvée La Prairie) fait vraiment tourner la tête, plutôt à la manière de Piaf en réalité. Car voilà, l'aramon quand c'est bon, c'est très bon. Fringant, fruité, ni futile, ni fortuit. Catégorie vin de soif, vin des copains, jaja dont chaque gorgée soude l'amitié. D'ailleurs, chaque lampée en appelle une autre : c'est, je ne me répéterai jamais assez, la définition même du bon vin.

sébastien benoit-poujad,languedoc,jeff coutelou,puimisson

Sébastien ne fait pas que de l'aramon. Il travaille aussi le grenache en blanc et le carignan en rouge. Avec des doses de soufre minimales voire inexistantes. C'est Jeff Coutelou qui lui ouvre la voie. C'est vrai : quelques heures passées sur le domaine nous donnent envie de crier haut et fort que les vins bien faits ont dans ce coin de France une gueule particulière.

sébastien benoit-poujad,languedoc,jeff coutelou,puimisson

En plus, le cas de ce vigneron est un peu à part, dans la bande des natures. Au fil des années, le domaine familial n'a fait qu'augmenter de surface. Quoi de plus logique dans cette région où la productivité, et elle seule, mène la danse. Avoir un (trop) petit domaine, c'est se vouer à ne plus exister.

Aujourd'hui, le domaine de La Banjoulière s'étend sur 50 hectares. Et 50 hectares, c'est énorme, surtout quand on est seul, aidé seulement par la famille. Sébastien passe toute la semaine dans ses vignes, il ne s'arrête pas. Forcément il n'a pas le temps de publier la photo de ses cuisses sur Instagram. Ni la possibilité matérielle de convertir l'ensemble du domaine en "naturel". Qu'importe, les choses doivent se faire progressivement. Pour l'heure, la majorité de la production est vendue à la coopérative en bio.

Sauf les trois cuvées natures qui évidemment ne représentent qu'une infime part de la production.

Mais cet "infime" est tout, là où se cache l'avenir. Désormais, Sébastien peut faire le vin tel qu'il le décide. Il ne met pas encore son nom sur les étiquettes, seulement celui du domaine ; ça ne devrait pas tarder, on a toujours envie de connaître le vrai nom du vigneron quand le vin est bon. Il dessine lui-même les étiquettes, avec grand talent. Il choisit le nom des cuvées. Grâce à Jeff, il fait son vin. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour lui, ou pour le visiteur qui a passé ne serait-ce qu'une heure sur le domaine, ça veut dire beaucoup.

Forcément, il se pose des questions. On lui fait des remarques pas toujours flatteuses. C'est normal, il fait différent. Jeff et Sébastien sont les seuls vignerons de leur coin à nous servir des vins comestibles et qui, plus est, très bons. Autour, c'est la panoplie du petit chimiste dans les vignes. Certains râleurs avancent que 50 ha pour un domaine naturel, c'est trop ; habituellement un vigneron naturel, c'est un petit artisan barbu, pas lavé depuis 13 jours et qui a 0,23 hectare de vignes... C'est idiot de catégoriser ainsi. Le problème est clair : passer d'un coup 50 hectares en naturel demande un travail de titan. Pour l'instant, Sébastien mène sa barque et les choses se font comme le vin, naturellement.

Sébastien, tu n'as pas à rougir de ces cuvées. Au contraire. D'où qu'ils viennent, les commentaires blessants ne sont que l'œuvre des jaloux. A Paris, je te montrerai le sourire des gens qui boivent ton vin. Buvez, partagez, célébrer les vins de Sébastien Benoit-Poujad ! Ah ben si vous n'en trouvez pas chez votre caviste préféré, c'est normal : Sébastien n'est pas dénichable partout, c'est peu de le dire. Amis cavistes, vous savez ce qu'il vous reste à faire. Tous à Puimisson !

09 juillet 2014

Coinstot Vino, le restaurant couteau-suisse

Couteau-suisse, parce que selon le moment, tu as telle ou telle envie, tel ou tel besoin, telle ou telle soif. Selon l'heure, l'humeur, la compagnie, on cherche des trucs différents et c'est pas mal d'avoir sous la main un resto couteau-suisse. On connait le bar à vin, la cave à manger, le bar-tabac-pompe-à-essence. Ben le Coinstot Vino, c'est un peu tout cela, sauf qu'il ne font pas encore pompe à essence. Sous la verrière mi-délabrée, mi-inusable, c'est-à-dire 100% parisienne, il y a comme une gueule d'atmosphère.

Si tu cherches un apéro, un moment d'après-la-sieste, un truc qui sent le printemps, tiens j'ai l'impression de lever mon verre avec Léo Ferré dans le passage...

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Si tu veux boire un coup d'italien pas classique, un truc qui bubulle, un machin qui met du rouge au joue alors que c'est du blanc...

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Ou si, à l'inverse, tu veux frapper fort, méditer, réfléchir sur la vie de Pasolini, éclairer un détail d'un film de Ettore Scola, il y a des grands, grands vins italiens en stock...

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Si tu désires l'équivalent en français, c'est-à-dire un truc qui te transporte mais ne t'oblige pas à siphonner les comptes de l'UMP pour te le payer...

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Si tu cherches à épater ta tribu de foodistas, si tu veux leur expliquer qu'en fait rien ne vaut un produit bien né, bien élevé et servi avec l'accompagnement idoine, sans trop de fioriture (ici un délicieux bœuf séché de chez Manu Chavassieux, si ma mémoire est bonne)... 

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Si tu cherches à résumer toute la complexité du monde en une pizza, en saison on ajoute des lamelles de truffe à une pâte craquante...

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Ou si, plus simplement, tu veux un calzone, la meilleure pizza de Paris (selon un classement personnel unilatéral, simplement)... 

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Si tu veux boire du gamay, parce qu'il y a toujours une bonne raison de boire du gamay...  

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Si tu cherches à exciter (la curiosité) lors d'un rendez-vous galant, rien de mieux pour emballer qu'un joli rosé pétillant (en précisant bien que ce n'est pas toi sur le dessin)...

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Si tu veux en mettre plein la vue à tonton René qui ne jure que par son champagne de Champagne, parce que bon, c'est la Champagne et que le champagne forcément c'est bon... Ben tonton René va vite être à court d'arguments avec ça...  

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Si tu dînes avec un inconditionnel des vieux millésimes, qu'on est en plein hiver et qu'on te sert un plat de gibier, ou en plein été et qu'on te sert une belle viande, il doit bien y avoir une pépite de planquée...

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Si tu cherches une belle viande rouge, celle qui par exemple a accompagné la bouteille précédente samedi dernier...

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Si tu cherches une équipe sérieuse et joviale, qui s'y connait et saura te conseiller...

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Si tu cherches les toilettes les plus inspirées de la capitale, parce c'est important aussi la lecture aux toilettes... 

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Bref, au quotidien, en plus de toutes les bêtises susdites, si tu cherches un resto tel qu'il devrait être, c'est-à-dire une cantine choisie qui épouse le bon moment, direction le Coinstot Vino.

Et c'est quelle direction ? Coinstot Vino, 26 passage des Panoramas, 75 002 Paris, 0144820854.

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07 juillet 2014

Allegra : la meilleure pâte à pizza de Paris

Le Figaroscope et de nombreux blogs ressortent régulièrement leurs classements du meilleur jambon-beurre, de la meilleure tarte au citron, du meilleur œuf-mayo de Paris. Comme tout classement, c’est subjectif, soumis à caution et plutôt marrant. Ça permet de faire croire qu’on connait Paris, qu’on su(b)it le buzz, qu’on est fin gourmet.

Or, pour que le plat soit le meilleur, il faut que les ingrédients soient les meilleurs. Oui, c’est très con comme réflexion, mais on l’oublie trop souvent. Et pourquoi je ne me lancerais pas, moi aussi, dans de genre de classements à la con ? Mais en insistant sur telle ou telle partie de l'assiette. Et oui, on ne se pose jamais la question de savoir de quel producteur vient le beurre du jambon-beurre ? Où a poussé le citron de la tarte au citron ? Quel est le prénom de la poule bien élevée qui a pondu l’œuf de l’œuf-mayo ? Mes classements seront tout aussi subjectifs, tout aussi soumis à caution et je l’espère, encore plus marrants.

Prenez la pizza. C’est ma seule concession aux amoureux du football. La pâte constitue, je ne sais pas moi... 75% de la masse du plat. Les ingrédients ont beau être fantastiques, si la pâte est rachitique, le moment au resto devient soporifique. 

Alors de manière totalement subjective, j'annonce que la meilleure pâte à pizza de la capitale se déniche ici, chez Allegra. On utilise la farine Manitoba, de blé tendre italien type 0, bien connue des Italiens. Pour faire simple, voire simpliste : c'est la rolls des farines pour pizza avec l'une des plus hautes forces boulangères existantes (sa capacité à gonfler), soit W360. Forcément, ça se voit dans l'assiette.

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Je ne dis pas que c'est la meilleure pizzeria de Paris, je pencherais plus pour Coinstot Vino (véritable resto-couteau-suisse, on va en reparler très bientôt) que pour Allegra. Mais question pâte, c'est vraiment bath. Et c'est ouvert tous les jours. Et si je veux y boire un verre de blanc d'Arianna Occhipinti à 16h18, c'est possible.

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Allegra, 70 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris, 0142081681.

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04 juillet 2014

Emmanuelle Riva plutôt que Patrice Evra

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J'aimerais que mon œil pétille autant que celui d'Emmanuelle Riva. J'aimerais avoir la diction à la fois parfaite et si particulière d'Emmanuelle Riva. J'aimerais avoir la mémoire sans anicroche d'Emmanuelle Riva.

Savannah Bay, de Marguerite Duras, c'est justement une pièce sur la mémoire, donc sur la vieillesse, la mort et avant tout, sur le temps qui passe. C'est toute l'histoire de l'art occidental, cette volonté de vouloir saisir le temps qui passe.

Madeleine discute avec une jeune femme (sans doute sa petite fille) de la mort de sa fille il y a quelques décennies à Savannah Bay, au Siam.  Morte car "trop de bonheur". Souvenirs, oublis, mensonges, humour, beaucoup de tristesse. Mais entre les lignes, c'est le temps qui passe, et donc la vie, qui transparaît.

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Dans le rôle de Madeleine, Emmanuelle Riva est étincelante. Son talent hors norme évincerait presque celui d'Anne Consigny. On se croirait en plein "Hiroshima mon amour" (scénario de Duras déjà). Hier, j'ai retrouvé Emmanuelle Riva, identique à son rôle dans le chef-d'œuvre sauf qu'elle a 87 ans. Non, la vieillesse n'est pas un naufrage.

Alors ce soir, plutôt que s'exciter sur 22 couillons qui tapent dans la baballe, direction le théâtre de l'Atelier. Il reste des places pour Le Square à 19h, et Savannah Bay à 21h.

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11:24 Publié dans Bibinographie | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook

02 juillet 2014

Le vin naturel peut-il être vendu en supermarché ?

C'est bien la première fois que l'on me surprendra à parler des foires aux vins sur ce blog. Mes lecteurs réguliers connaissent mon aversion pour la grande distribution. A cause d'elle nous avons perdu le goût des petits pois, à cause d'elle nous avons oublié la véritable recette de la sauce bolognaise, à cause d'elle nous mangeons des poulets sortis de L'Aile ou la Cuisse. Presque un crime contre l'humanité à chaque rayon.

Sans parler des foireux vins vendus en super- et hypermarchés. En 2013, pour une bouteille de 75 centilitres d'un vin d'appellation, les Français ont dépensé en moyenne 3,31 euros ; à ce niveau-là, le vigneron s'efface derrière les produits de synthèse visant à augmenter les rendements. C'est une moyenne, évidemment. Durant les foires aux vins, nombreux sont les passionnés à courir les bonnes affaires. Tel Yquem soldé, tel Cheval bradé, tel Mouton égorgé... Jamais je n'en dis une ligne dans mon espace de liberté.

Et les attachées de p(a)resse devraient le savoir, le souci, c'est qu'elles ne lisent pas les blogs. Cela ne leur pose pas de problème de m'envoyer des infos sur les foires aux vins de septembre prochain. Oui, l'automne se prépare en été. J'en ai reçu plein, de la part d'enseignes où je ne vais qu'acheter du papier toilette.

J'ai ainsi reçu celui de Franprix. Et je vois ça sur la page 7. Notre morgon chéri, celui du domaine Marcel Lapierre, le "pape" du vin naturel, est présent chez Franprix pour la prochaine foire.

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Pour ceux qui ne connaissent pas : les vins de Lapierre, aujourd'hui produits par son fils Mathieu, je les ai maintes fois célébrés ici même.

Pour ceux qui ne connaissent pas : Franprix, c'est le "réseau de 900 magasins d’ultra-proximité" du groupe Casino. Il se concentre sur l'Île-de-France, mais on trouve aussi des points de vente à Lille, Lyon ou Marseille à ce que je lis ici. Bref, on est loin de l'artisanat.

Pour ceux qui ne connaissent pas : en vente chez Franprix, le vin n'est pas du tout hors de prix. Mieux que ça. 16,90 euros alors que c'est 16 euros prix propriété, c'est-à-dire quand tu te déplaces à Villié-Morgon et qu'il en reste en stock pour l'acheter. A Paris, chez Augé, le 2011 est à 18,25 euros. Chez Lavinia, le 2013 crève le plafond avec 24 euros. Forcément, la grande distribution fait ce qu'elle sait faire le mieux, à savoir jouer la carte du prix le plus bas. Et on ne peut pas dire ici que c'est au détriment de la qualité.

J'entends déjà quelques mauvaises langues maugréer que les vins du fils ne sont pas ceux du père (je ne suis pas du tout de cet avis, je pense préférer ceux de Mathieu), que le domaine Lapierre produit trop de bouteilles pour être artisanal (le gamay s'étend sur 15 hectares, ce qui n'est pas latifundiaire), que c'est sans doute la cuvée un poil sulfitée qui sera vendue (sans doute), que sans doute aussi chacun des 900 Franprix n'aura pas 500 bouteilles à vendre (sans doute aussi). Mais on n'est pas plus avancé.

En réalité, le problème dépasse complètement Lapierre et Franprix. C'est un cas parmi d'autres, d'autres vins naturels ont déjà été vendus en supermarché.

La question se pose plutôt du point de vue éthique.

Le vin naturel est à 99, sinon à 100 % un vin artisanal, c'est assez difficile à nier. On pourra me demander : à partir de quand n'est-on plus artisanal ? A partir de combien d'hectares de vigne ? A partir de combien de bouteilles ? Il est impensable et idiot de fixer un seuil, mais ce qui est certain, c'est que les producteurs de vin naturel n'ont pas les moyens de fournir les centrales d'achat de la grande distribution tout au long de l'année. Il peut s'agir d'événements ponctuels comme cette foire aux vins. Certains chefs de rayon arrivent aussi ponctuellement à faire entrer tel ou tel domaine dans leur supermarché, ou telle enseigne travaille mieux qu'une autre, selon nos critères. Pourtant, on ne voit quasiment jamais de vin naturel en grande distribution.  

Le vigneron peut-il l'accepter ? Peut-être ne le sait-il pas. Sans doute a-t-il besoin d'écouler son stock. Mais je parle d'éthique, ai-je dit. La place d'un vin artisanal serait dans un point de vente artisanal, c'est-à-dire un caviste indépendant. Bien sûr, ça, c'est la théorie et tout le monde est d'accord. Mais dans la pratique ? Dans ce cas concret ? Le supermarché va permettre à un plus grand nombre de gens d'être en contact avec le vin naturel, une sorte de démocratisation du vin naturel... Vraiment ? Notre jaja adoré serait plus facile d'accès entre les couches et le Destop ? D'autres vont râler : on ne conserve pas un vin naturel à plus de 14°C sous les néons d'un linéaire ! Mais combien de cavistes (même les sérieux) respectent ces recommandations ? 

Les questions éthiques ne trouvent pas de réponses faciles. Le débat est posé. Ceux qui veulent profiter de l'offre verront fleurir les renseignements pratiques sur les autres blogs ou dans les magazines ; beaucoup se feront les relais des communiqués de presse sans se poser de questions. Pour ceux qui préfèrent justement se poser des questions, je regrette de ne pas pouvoir apporter de réponse claire.

MISE à JOUR : bien que je n'ai pas contacté Mathieu Lapierre, car ce problème dépasse le cas Lapierre/Franprix, il a tenu à m'adresse ce commentaire.

"Je viens d'apprendre cette nouvelle par vous. Vendant à 16 euros départ cave, je ne peux pas les attaquer. Cependant, j'ai marqué les bouteilles en 2012 car cela est arrivé en 2011 et je vais pouvoir savoir qui joue ce jeu à nouveau. Si quelqu'un a une bouteille, merci de m'envoyer une photo de la contre étiquette. Soyez sùur que la personne n'aura plus jamais une bouteille, je manque déjà de vin."

11:01 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : marcel lapierre | | |  Facebook

28 mai 2014

Il existe encore des restaurants qui prennent des risques

Et si c'était par la fin que tout commençait ? C'est-à-dire le dessert. 

Ce n'est pas de ma faute si cet accord mets/vin m'a littéralement laissé sur les fesses à la fin du repas. A ma décharge, je ne suis pas le seul à avoir ressenti cette extase gastronomique. Olivier m'accompagnait, il pense pareil.

"Vous boirez quoi avec votre dessert ?
- Bah, je ne sais pas, quelque chose de léger, de pétillant avec un poil de sucre...
- Vous me laissez faire ?"

A-t-on eu tort d'écouter notre hôte ? D'ailleurs, qu'est-ce qui se cache sur cette photo ? Un dessert oui, mais encore ?

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Procédons point par point.

Premier indice : on est à La Robe et Le Palais, c'est écrit sur le verre. Pour les chanceux qui connaissent, je m'arrête là. Pour les chanceux qui ne connaissent pas, je les envie : car la découverte de cette adresse moitié caviste, moitié cave à manger, moitié restaurant (3 moitiés donc) va les enchanter. C'est beau de pouvoir encore s'enchanter.

Et dans l'assiette donc ? On aperçoit un dessert, on devine un paris-brest. Fait maison, pas sorti d'un catalogue de Brake. L'un des plus appétissants de la ville, même si on ne peut pas oublier de mentionner celui de Chez Michel. Ce paris-brest apparaît particulièrement gourmand, le côté torréfié cassant agréablement le gras de la crème. Et quelle gueule franchement...

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Mais dans le verre ? Un liquoreux de Loire ? Un sauternes ? Un hongrois ? Un vin demi-sec polonais élevé en peau de vache retournée et qui macère sur peaux depuis l'arrivée au pouvoir de Jaruzelski ?

Non.

Un whisky. Enfin, un truc approchant.

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Un alcool titrant à 44,4 degrés, mélange de 60 % de gnôle de bière et de 40 % de gnôle de malt. A la façon d'un whisky, même s'il est sans doute élevé moins longtemps. C'est la brasserie alsacienne Uberach qui produit cette friandise. On les connaissait pour leurs bières et leurs spiritueux déjà, mais jamais nous n'avions goûté telle folie. L'année dernière, 13 magnums ont été produits. Ce soir, nous avons torché le 9ème.

La force de l'alcool, elle aussi, aide à casser le gras de la crème, c'est ça la trouvaille. Vu que ni le dessert ni le spiritueux ne comptent trop de sucre, ça se renvoie la balle style Nadal-Djokovic. Un grand moment. Le truc un peu saugrenu devient évident. Ils sont peu nombreux les restaurants où on vous fait sortir des clous.

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Remontons le repas dans le sens antichronologique. Le magret de canard si bien cuit...

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...accompagne parfaitement une autre trouvaille liquide, le cornas de Mickaël Bourg. Je vois déjà les tenants du vin de grand-papa hurler : "mais boire un cornas dès sa mise sur le marché, c'est une hérésie !" Il en faudra plus pour nous décontenancer ; un bon vin, c'est bon jeune, c'est bon vieux. Et là, on est servi. Aucune lourdeur, belle buvabilité. Attention, je n'ai pas dit que c'était glouglou non plus. C'est jeune, fringant, élégant, limite dandy.

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En début de repas, nous avons commencé avec la bouteille qui sonne le début de l'été. Quelque chose de furtif, le rosé de Noëlla Morantin. Du cabernet-sauvignon. Oui, sauvignon. Pas franc. Un bonbon.

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En entrée, la stracciatella. Non ce n'est pas une glace mais un fromage di bufala (de bufflonne) venant des Pouilles. Comme la burrata. D'ailleurs, ça tombe bien, il s'agit de la crème contenue dans le cœur de la fameuse burrata. On la relève avec une bonne huile d'olive et quelques zestes de citron, c'est le paradis. Le repas peut commencer.

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La Robe et le Palais, 13 rue des Lavandières Sainte-Opportune, 75 001 Paris, 01 45 08 07 41. En plus, le portefeuille ne fait pas la gueule en sortant, on se cantonne aux prix parisiens avec, cerise sur le gâteau, des bouteilles très accessibles.

 
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