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du morgon dans les veines

  • L'exemple typique d'un restaurant palestinien

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    La cuisine, c'est le partage. On commande du poulet, des "salades" et des frites pour le côté mondialisé. Et les assiettes valsent. Le concept d'entrée plat dessert n'existe pas, ni même celui du "je-prends-un-plat-pour-moi-tu-en-prends-un-pour-toi". C'est pareil dans d'autres pays arabes ou en Asie. Cette table décomplexée est réjouissante pour un Parisien.

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    Et sur la table pas d'alcool. Hormis quelques villages chrétiens et quelques individus qui tournent le dos à la religion un peu rigoriste (par exemple à Naplouse), on ne trouve pas d'alcools dans les villes de Cisjordanie. 

    Ce restaurant se trouve sur la place principale de Jéricho, face à la mairie. On dit souvent que la cuisine palestinienne est moins percutante que la libanaise ; c'est certain, mais il ne faut pas oublier où vous êtes. Et comme partout, il y a des adresses moyennes, comme celle dont je parle ici, et des pépites... Bien sûr, on en reparlera.

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    ENGLISH VERSION A typical Palestinian menu

    Cooking is to be shared. We order chicken, "salads" and French fries. And plates came. Here nothing like Starter-Main-Dessert concept, nor even that of the "I-take-something-for-me-you-take-something-for-you". It's the same thing in any other Arab countries and Asia. This uninhibited table is overwhelming for a Parisian man.

    And on the table there is no alcohol. Apart from some Christian villages and a few individuals who turn their backs on religion (ie Nablus), we do not find alcohol in West Bank.

    This restaurant is located on the main square of Jericho, opposite Municipality. It is often said that the Palestinian cuisine is less powerful than the Lebanese; sure, but do not forget where you are. And as everywhere, there are average places, like here and there are hidden gems too... Of course, we'll talk about them.

  • Jérusalem : une première addiction, le rogalah

    On le trouve partout ce petit croissant bien gras fourré au chocolat. Parfois, on devine de la cannelle. Souvent, on a tort. Mais c'est vraiment addictif.

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    ENGLISH VERSION mini-croissants addiction in Jerusalem

    It can be found everywhere. This is a choco-stuffed mini croissant. Sometimes we guess there is cinnamon. But often we are wrong. Belive me, it's really addictive.

  • Jérusalem : des pois chiches au cumin... sucrés !

    Laissons tremper les pois chiches une nuit. Puis dans l'eau frémissante autour d'une heure, tout dépend de la variété. Gardons les encore un peu croquants. Laissons la peau, ajoutons  du cumin et du sucre. C'est la friandise d'un de nos cuisiniers palestiniens pour le goûter.

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    ENGLISH VERSION Sweet chickpeas with cumin in Jerusalem

    Let soak the chickpeas overnight. Cook them around an hour in large amount of water, time depending on chickpeas variety. Keep them still a bit crunchy. Don't remove the skins, add cumin and salt. This is the magic treat of one of our Palestinian chefs.

  • À suivre : Jérusalem, Israël et la Cisjordanie

    De mes cinq mois passés à Jérusalem, en Israël et en Cisjordanie, il y a forcément des choses à raconter ici... Il suffit d'être un peu patient. 

    D'ici là, faites du houmous, pas des murs.

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    Mur entre Bethléem et Jérusalem, mai 2015.

    Et un peu de lecture aussi, avec quelques articles, plus ou moins récents, sur de précédents voyages dans ce coin du monde :

    Ezra Kedem (Arcadia), le Passard israélien
    Un dîner dans le palace de Jérusalem-Est
    la bière Taybeh et les autres bières
    La visite d'un kibboutz qui fait du vin
    Le vin blanc des moines de Crémisan qui est menacé par le mur entre Israël et Cisjordanie
    Les Samaritains aussi font du vin naturel
    L'arak de Bethléem
    A quoi ressemble aujourd'hui Cana, là où Jésus aurait changé l'eau en vin
    A la recherche du meilleur houmous
    Une superbe adresse de cuisine palestinienne traditionnelle
    Une autre un peu plus dans le vent
    A la recherche de la meilleure limonade
    Une pizza dans un camp de réfugiés de Naplouse
    La recette du knafeh de Naplouse expliquée pas à pas
    Le célèbre magasin d'épices de Naplouse survit malgré tout
    Hébron, un centre-ville mort
    Manger du chameau à Hébron
    Repas dans une famille d'Hébron harcelée par les colons
    Le bar le plus bas du monde (-418 m) ne sert que du Coca
    Un savon israélien au chardonnay
    Boire une quille de Noëlla Morantin à Jérusalem

    ***

    ENGLISH VERSION Coming next : Jerusalem, Israel and West Bank

    I spent 5 months in Jerusalem. Of course we have several stories. Just a matter of time...

    Picture of the wall between Jerusalem an Bethlehem, May 2005.

    And a list of articles (only French version) about my previous journeys.

  • Un polar pour comprendre la Grèce d'aujourd'hui

    Les conseils littéraires de Jérôme Leroy sont d'or. Quand il nous enjoint de lire Petros Markaris, on lui emboîte le pas.

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    L'affaire se passe à Athènes, en 2010. On retrouve des financiers décapités au moment où des tracts appellent à la désobéissance bancaire - que plus personne ne rembourse ses emprunts ! Tout au long du livre, Markaris éclaire le quotidien de cette Grèce tant aimée : les vieux qui n'ont plus les moyens de se payer leur indispensable café, les coupes dans les salaires, la difficulté de partir en vacances, la peur de la retraite, les relations tendues avec le reste de l'Europe... Liquidations à la grecque (éditions du Seuil) constitue le premier volet de la Trilogie de la crise.

    Le polar est souvent un miroir de la société, c'est entendu. Le livre de Markaris rejoint une réflexion de Jérôme Leroy, encore lui, glanée dans L'Ange gardien (Gallimard). 

    "Parfois, Hélène Rieux ou d'autres reprochent à Martin Joubert d'écrire des romans noirs. Martin Joubert répond en général qu'il n'a jamais eu le désir particulier d'écrire des romans noirs, juste celui de parler de son temps. Ce n'est pas sa faute tout de même, si le simple fait d'écrire un roman aujourd'hui en racontant honnêtement ce qui se passe, ça devient naturellement un polar. Ce n'est tout de même pas sa faute si c'est le réel qui est devenu un roman noir".

  • La crise grecque vue par ceux qui la vivent : les restaurateurs, vignerons, brasseurs, torréfacteurs et autres artisans

    Je ne sais pas quelle est l'ambiance au café du matin des ministres et des chefs de parti. Mon café à moi, semi-grec, car préparé à la grecque mais sorti de la machine, je le bois seul dans mon bureau, et je suis fou de rage si quelqu'un ou quelque chose me gâche ce premier plaisir de la journée, qui est souvent le seul.

    (Petros Markaris, Liquidations à la Grecque, 2012)

     

    Athènes, restaurant Athiri, jeudi 9 avril 2015, 20h57. 

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    Sur les 40 couverts envisageables, seules 6 personnes sont venues dîner. Le resto a pourtant une jolie réputation : un temps étoilé Michelin, il détient toujours un prétendu sésame, le Bib gourmand. Il faut croire que cela ne suffit pas. "La crise économique a un gros impact sur tout le monde en Grèce" témoignent les patrons, Eleni Chliova-Bitzani et Alexandros Kardasis. "En ce qui nous concerne, nous avons essayé de nous adapter de la manière la plus créative possible. En 2011, on a changé notre menu en créant des plats à la pièce (de 2,5 à 4 euros), on a baissé les prix en général. Bien sûr, cet équilibre demande continuellement effort et travail".

    Mais pourquoi y a-t-il si peu de clients ? "L'atmosphère est bizarre à Athènes en ce moment. Il y a un sentiment d'incertitude mêlé de peur et c'est vrai que certaines personnes connaissent une situation très difficile" disent-ils sans s'étendre. Très vite, ils veulent expliquer qu'une autre Grèce est en marche. "Beaucoup de gens font des efforts et essaient d'être positifs. Nous pensons que c'est la seule façon de s'en sortir maintenant". Concrètement, pour eux, la qualité de la bouffe s'est même améliorée. "En vérité, de nombreux jeunes souvent armés d'un solide bagage scientifique se tournent maintenant vers l'agriculture. Ce qui fait que non seulement, nous pouvons encore trouver de très bons produits, mais nous pouvons surtout en trouver de meilleurs."

    Cette virée chez Athiri résume à peu près notre Grèce en ce printemps 2015. Ce soir-là, nous étions convaincus que ce restaurant était le miroir du pays : oui, c'est la crise, elle est indéniable. Mais ils sont pléthore à essayer de s'en sortir, de passer outre les difficultés, de fourmiller d'idées, de se renouveler, de changer de cap. Si parfois ça coince, souvent ça marche parce qu'ils font ce qu'ils aiment et qu'ils le font bien. Sans doute n'avons-nous rencontré que l'élite des artisans, mais il faut bien une élite pour entraîner les autres. Pendant ce mois d'avril, nous avons parcouru la Grèce d'Athènes à Nauplie, de Kalamata à Galaxidi, du site exceptionnel de Delphes au site non moins exceptionnel de Meteora, de Naoussa à Thessalonique, avant de redescendre à Athènes, de prendre le bateau pour Egine et plus loin, pour Santorin. Le contact avec ces restaurateurs, vignerons, cavistes, brasseurs, agriculteurs, torréfacteurs, producteurs de savons fut facile et il a débouché sur ce constat : il y a des problèmes certes, mais il y a aussi des solutions. 

    Selon l'écrivain français Raymond Dumay, une gastronomie émerge à partir de cinq conditions géographiques et sociales : le vin, l’eau, le client, le condiment... et la pauvreté. Sans vouloir établir de parallèle parfait, force est de reconnaître que la crise économique oblige les Grecs à sortir de leurs lignes et que le mouvement se fait vers un mieux.

    Commençons par interroger l'un des meilleurs ! Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Alexandre Rallis s'y connait en produits grecs de très haute qualité. Sa société Profil Grec fournit par exemple une huile d'olive démente et des agrumes top niveau à l'épicerie parisienne Terroirs d'Avenir. Notons qu'il fut aussi notre pourvoyeur de bonnes adresses dans ce Péloponnèse qu'il aime tant. 

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    Son discours nous rend tout de suite optimiste. "Nos fournisseurs sont des entreprises qui se sont développées avec la crise en faisant le choix d'une agriculture et d'une production de qualité. Cela leur permet d'être compétitifs par rapport aux productions de masse". Il cite par exemple un producteur de poutargue d'exception, Trikalinos, "l'un des rares producteurs qui a une vision complète de son travail, autant dans le design que dans l'extrême qualité de son travail autour de la poutargue".

    Prenons maintenant le cas du café, dont la Grèce est une consommatrice obsessionnelle.

    L'entreprise de torréfaction Loumidis possède des magasins à travers tout le pays. Elle est née d'une scission familiale ; attention donc à ne pas la confondre avec l'autre marchand de café Loumidis, un pur industriel, une propriété de Nestlé que l'on reconnait grâce à son logo, un perroquet ("Papagalos"). Notre Loumidis se situe quelque part entre le torréfacteur de quartier et la grosse machine : ils passent 400 tonnes de café par an, ce n'est tout de même pas rien.

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    Mais la crise est là.

    "Elle a tout impacté. On a perdu des clients. Ou alors beaucoup de gens n'achètent plus les produits dont ils avaient l'habitude. Concrètement, ils ne prennent plus les paquets de 250 g ou de 500 g : ils demandent du café au poids pour 1 ou 2 euros seulement. Ils recherchent de plus petites quantités qu'auparavant" confient les responsables du marketing que nous avons interrogés. En Grèce, le café turc traditionnel, c'est-à-dire bouilli et servi avec le marc, s'appelle "café grec" pour des raisons politiques liées l'annexion du nord de Chypre par la Turquie en 1974. Loumidis avoue aussi jouer sur le filon du consommer local en mettant en avant la "gréquitude" de leur café alors que les grains viennent évidemment du Brésil. D'ailleurs, en plus de la gamme traditionnelle, ils cherchent, avec plus ou moins de réussite, à aromatiser leurs cafés : on en trouve désormais avec un goût de mastic voire de baklawa... Autres idées : vendre en boutique des gâteaux, bonbons, pâtisseries venus de producteurs grecs reconnus. 

    Giorgos Spinos est lui un micro-torréfacteur qui commence à percer à Kalamata.

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    "Les Grecs veulent à la fois un café avec beaucoup de goût et des prix bas". Ici aussi, il rencontre des consommateurs qui ne peuvent se payer qu'un euro de café. Mais s'éloignant un peu de la tradition, il fait beaucoup de recherches sur l'expresso et les modes de consommation alternatifs. Avec son importateur français, il étudie l'origine géographique de ses cafés, une réflexion assez peu répandue en Grèce. En général, les grains de café destinés au café traditionnel viennent du Brésil, de la région du Rio Minas. Point barre. Mais notre homme s'est dit qu'il était temps de s'intéresser à autre chose. A côté, il monte des séminaires pour apprendre aux restaurateurs, aux bistrotiers, aux hôteliers la manière de servir un bon café. Depuis 2 ans, il anime aussi des ateliers de dégustation pour les clients curieux. Il faut ajouter qu'en temps de crise, on préfère prendre son café chez soi plutôt que dehors : on l'achète donc chez un torréfacteur.

    Tout cela fait que son petit magasin du centre de Kalamata s'en sort pas mal, le chiffre d'affaire ne faiblit pas, au contraire. Ce qui ne l'empêche pas de pester contre les clients qui ne paient pas, les banques timorées qui n'accordent pas de crédits, tout ce qui bloque des projets. 

    Les petits distillateurs ne font pas trop la gueule non plus. A Nauplie, le très doué Yiannis Karonis avoue carrément être l'un des seuls à profiter de la crise. Avant, l'alcool le plus consommé en Grèce (et de loin !) était le whisky... Aujourd'hui, on se tourne vers des gnôles moins chères, c'est-à-dire produites localement : ouzo, tsipouro, mastiha et quelques autres liqueurs.

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    Reste la question des distillateurs non encadrés. Il peut s'agir de vignerons qui ont gardé un privilège de bouilleur de cru (reliquat d'une loi du XIXe siècle) ou d'amateurs qui veulent se faire un peu de pognon. Ils ne paient presque pas (voire pas) de taxes et peuvent vendre en vrac à prix dérisoires. C'est souvent leur ouzo ou leur tsipouro que l'on retrouve à la table des restaurants touristiques. L'Union européenne a essayé dès 1989 de faire un peu le ménage, les gouvernements grecs sont suivi timidement mais l'injustice demeure. On a souvent dit que la fraude fiscale tient lieu de sport national en Grèce, ce n'est évidemment pas vrai pour tout le monde. Alors, pour soutenir les distillateurs indépendants, dont c'est le vrai métier et qui, eux, paient moult taxes, il suffit de consommer de l'ouzo et du tsipouro vendus en bouteille !

    Ceux qui ne travaillent qu'à l'export s'en sortent bien aussi. Le meilleur exemple est celui du vigneron Apostoles Thymiopoulos, le magicien du xinomavro.

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    Depuis Naoussa, à une heure de Thessalonique, il envoie 95 % de sa production en Amérique du nord, en Europe, au Japon. Certains Grecs râlent, à juste titre. Une caviste de Thessalonique confie qu'elle n'a goûté qu'une fois le "xinomavro nature" (sa cuvée sans soufre) et c'était... en France ! Nous faisons ici le pari que le marché local va grandir dans les années à venir.

    Mais avant tout, Thymiopoulos est un modèle : il a très vite choisi la qualité plutôt que la quantité. Le père produisait déjà du raisin mais tout partait à la coopérative de la marque Boutari. Depuis quelques années, le fils a repris le domaine et a vite décidé de mettre en bouteille sa propre production. Il travaille la terre au plus près de la nature et a développé une gamme claire. Et ça marche : aujourd'hui, ses 16 parcelles s'étendent sur près de 28 hectares, il emploie 8 personnes ainsi que deux chevaux. Il réfléchit à un nouveau chai, veut expérimenter la plantation de raisin blanc (cépage aidani) sur ce coin dédié au rouge. On ne ressent pas la crise ici ? Pour lui, ça va. Apostoles relate surtout les mésaventures de ses voisins vignerons. Eux aussi vendaient leur production à Boutari. Sauf que la grosse machine ne paie plus ses coopérants depuis 3 ans. Les travailleurs floués se sont mis à rêver d'un autre système. Forcément, le discours qualitatif de Thymiopoulos connait de plus en plus d'écho : patiemment, il les conseille, leur fait oublier le productivisme, leur montre la voie du bio, leur parle de biodynamie, leur achète du raisin, lorgne vers de nouvelles parcelles. On voit les vignes refleurir ; face à la crise, la solidarité du bon vin est en marche.

    Il n'y a véritablement qu'un seul endroit en Grèce où la crise se fait toute petite : c'est Santorin. L'île merveilleuse bat des records de popularité auprès des touristes. Un groupe d'amis a d'ailleurs lancé sa propre bière, Donkey Beer, vite devenue la coqueluche de l'île. Si le goût est au rendez-vous, le côté ultra-marketé qui a développé une flopée de produits dérivés nous fait un peu fuir.

    La réalité est plus ardue pour Delphi Beer, la bière qui se boit comme du vin. Son fondateur Pantelis Avramidis bosse avec ses deux fils face à l'île d'Eubée.

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    Il salue le fait que le tourisme soit toujours une ressource majeure mais il ne se voile pas la face : le touriste est volatile et l'hiver, on n'en croise pas beaucoup. La brasserie qui produit Delphi Beer est fermée à la morte saison, pendant 3 mois. Pourtant, cette bière de compèt' représente vraiment un modèle à suivre. Le boss était dans le textile avant d'investir dans la blonde. Puis avec des copains italiens, il a mis au point sa stratégie fondée sur un constat : les Grecs considèrent la bière comme un vulgaire soda, comme une simple boisson rafraîchissante. Non, une autre bière est possible : une bière de gastronomie ! Ils se sont inspirés de l'univers du vin pour lancer un produit exceptionnel mais qui n'en est qu'à ses débuts. Lors de notre passage, il restait des bouteilles en attente d'être vendues. Quel gâchis !

    Tous les artisans rencontrés durant ce séjour en Grèce n'avaient que ce leitmotiv à la bouche : parier sur la qualité plutôt que de la quantité. Voyons les savons Cool Soap, une très bonne illustration. Marina Coriolano-Lykourezos vivait à Athènes avec son compagnon Yanis Zagorianakos et ils ont décidé de déménager à Egine, une île populaire à une heure de ferry du Pirée. L'idée est de changer de vie, de travail, de se lancer dans la production de savons pour, au final, être en accord avec soi-même.

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    Mais ici aussi la réalité est amère.

    "C'est la crise, tout le monde se débrouille comme il peut. Ainsi à Egine, se développe le troc. J'échange souvent des savons contre des légumes. On en a marre de donner notre argent aux supermarchés. Alors, on fait tout nous-mêmes, à la main, jusqu'au moustiquaires des fenêtres  l'atelier où sèchent nos produits". Avant tout, point une volonté de faire bien. "La Grèce a de superbes produits mais elle n'a compris que très récemment qu'il fallait réfléchir à un meilleur packaging : l'idée est naturellement de montrer que sous le joli emballage se cache un produit de qualité. Avant, il y avait un côté non fini, ce qui faisait une mauvaise pub pour la Grèce, alors que les gens sont prêts à dépenser un peu plus pour un produit abouti". Tel un slogan, Marina dit faire des savons artisanaux "dans le but de donner une autre image de la Grèce. L'unique solution, c'est de se respecter soi-même".

    Comme Marina, Perry Panagiotakopoulos fait partie des Grecs qui nous font oublier les sempiternels titres des journaux sur la mauvaise santé de la Grèce. Il suffit d'aller boire un verre dans sa Kantina de Kalamata pour retrouver de l'espoir.

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    Perry, sans doute l'un des plus fins connaisseurs du vignoble grec, est dans la même dynamique que les artisans qu'on a écoutés précédemment. Il résume parfaitement ce que nous voulons expliquer aujourd'hui. "Je suis convaincu que si vous faites quelque chose avec amour, conviction et innovation, vous resterez en vie ! Nous devons devons insister sur la qualité. Depuis la crise, il est beaucoup plus facile de trouver de bons produits parce que de nombreuses personnes ont commencé à travailler sur des produits de qualité, à réfléchir sur la manière dont ils produisent et dont ils les présentent. Nous devons toujours nous rappeler que notre pays a des produits très, très fameux, faciles à utiliser et pas si chers. Chacun a simplement besoin de trouver sa voie et d'y rester fidèle".

    Mais l'optimisme ne doit pas nous empêcher d'être lucide. Ce respect de soi, mais aussi du beau et des traditions est grandement menacé par la crise - on s'en doute. C'est Yorgos Kostis, alias Petit Georges, l'homme de l'association Helession qui veut nous faire boire le vin à la manière des Grecs anciens, qui résume le mieux le danger qui guette.

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    Ce danger, Petit Georges en parle pour le vin, mais cela vaut aussi pour le café et pour tout le reste. C'est-à-dire pour tous ces aliments qui en réalité ne sont prétexte qu'à relations sociales approfondies. Laissons donc Petit Georges conclure.

    "Le vin c'est quelque chose de très traditionnel en Grèce. On en consomme tous les jours, au restaurant ou en famille. Ce n'est pas quelque chose avec lequel on fait des fêtes branchées ou on affirme son rang social. Or la crise change nos habitudes, elle empêche les gens de se rencontrer".

     

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    ENGLISH VERSION The Greek crisis seen by those who live it : chefs, vinemakers, brewers, coffee roasters and other craftsmen

    Athiri restaurant in Athens, Thursday, April 9, 2015, 8:57 p.m. Out of 40 possible clients, only six people came dinner. The restaurant has a good reputation: once Michelin-starred it still holds a "Bib gourmand". It seems that this is not enough. "The economic crisis has a big impact on everybody in Greece" chefs Eleni Chliova-Bitzani and Alexandros Kardasis say. "As for us, we have tried to adapt in the most creative way possible. In 2011, we changed our menu by creating dishes by piece (2.5 to 4 euros) and declining prices in general. Of course it needs continual effort and work".

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  • To Psaraki, une des pépites de Santorin

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    Dans un coin aussi touristique, tu t'attends à ne bouffer que de la merde. Tu n'as pas complètement tort, en ce qui concerne l'écrasante majorité des adresses de Santorin. Mais il y a aussi quelques pépites, il suffit de prendre ta voiture et d'aller un peu plus loin.

    Avec Metaxy Mas et son vin très bien fait à 8,50 euros le litron sur table, To Psaraki est l'un des secrets les mieux gardés de l'île extrêmement touristique, plus besoin de le rappeler. C'est tout bête : un resto, quelques tables en terrasse et quelques autres qui surplombent le port de Vlychada. A nouveau, on est loin des falaises de Oia ou de Fira, mais quelles splendides assiettes sous la tonnelle...

    Du poulpe grillé, un carpaccio de poisson, quelques rondelles de courgettes, des sardines en portefeuille...

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    Tout est frais, fait maison, c'est-à-dire que le caviar d'aubergine et surtout ce splendide tarama ne sortent pas d'un pot de 10 litres confectionné dans la banlieue d'Athènes ou de Thessalonique.

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    Le lendemain soir, les photos pas terribles ne parviennent pas à banaliser ces feuilles de vigne farcies et, grand plat de cette année, ces encornets aux olives et aux câpres cuits en daube certainement.

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    To Psaraki, Vlychada Marina, Santorini, +30 22860 82783 ou +30 697 3058403

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    ENGLISH VERSION To Psaraki, the Santorini hidden gem

    In such a touristic area, you expect to eat crap. You did not completely wrong, regarding the majority of restaurants in Santorini. But there are also some hiddden gems, just take your car and go a little further.

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  • Le resto dont la cuvée du patron est constituée des fonds de cuve du vigneron "naturel" d'à-côté

    Les choses évidentes sont souvent les plus compliquées à mettre en place. Prenons le village d'Exo Gonia, l'un des moins touristiques de Santorin. Tous les habitants de l'île à l'année parlent de ce resto Metaxy Mas ("entre nous"), leur adresse favorite. Nourriture vraiment faite maison, généreuse, sans coup de bambou sur l'addition. Certes, on ne voit pas les falaises de la Caldera mais la vue est tout de même bien sympathique, sur toute la façade est de l'île qui descend gentiment vers la mer.

    Ce qui nous a sauté aux yeux ici, c'est le vin. Du blanc et du rosé sortis de cubis qui pourrissent dans un frigo ? Pas vraiment le style de la maison.

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    Non, du local, de l'extra-local même. Le vigneron Haridimos Hatzidakis (pas un poil de soufre dans ses grandes cuvées) bosse dans le village d'à-côté, Pyrgos. Déjà, on a la chance de voir ses boutielles à la carte, ce n'est pas partout le cas : un vin industriel assure à tout le monde des marges bien plus importantes.

    Mais en haut, l'oeil est intrigué par ce house wine, la cuvée du patron comme on dit en France, suivie de la mention Hatzidakis. Supercherie ? Publicité mensongère ? Allez, on tente un demi-pichet pour 4 euros et 50 centimes. Au pire, on laissera le cruchon aux anges ou à l'évier.

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    Tu parles, on est à ça d'en boire un litre par tête... A sa manière, c'est un vin fulgurant en bouche : pur plaisir, un peu de complexité quand même, bref il laisse les idées heureuses. D'ailleurs, on retrouve la signature du maître. C'est donc possible, une bonne cuvée du patron pas chère et enjôleuse ?

    Evidemment que c'est possible. Renseignement pris auprès de Kostas qui travaille au domaine : "Ce n'est pas le même vin que le blanc AOP Santorin. C'est une mise spéciale que l'on prépare pour la taverne. On garde le vin de moindre qualité et on en fait la cuvée du patron".

    C'est connu : lorsque le vigneron a un talent fou, même les fonds de cuve sont plus que sympathiques. Et les trouver sur table à ce prix-là (8 euros 50 le litre), c'est miraculeux.

    C'est évident, c'est simple, c'est presque logique. En Italie, ça marche souvent comme ça aussi. Et en France, vous en connaissez combien des restaurants qui fonctionnent ainsi ?

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    Metaxy Mas, pile poil sous l'église du village d'Exo Gonia, Santorin, +30 2286 031323.

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    ENGLISH VERSION This restaurant's house wine is made from remains of the natural winemaker next door

    The obvious things are often more complicated to set up. See Exo Gonia village, one of the less touristic place in Santorini. All the island inhabitants talk about this restaurant Metaxy Mas ("between us") as their favourite. Really homemade generous food without big bill. Of course we do not see the Caldera cliffs but the view is still very nice (east side of the island that descends gently toward the sea).

    What about the wine ? White and rosé from BiB left in a freezer ? Not really.

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  • Une famille de paysans produit du vin sans soufre sur l'île de Santorin

    On connait la grande classe des vins d'Haridimos Hatzidakis dont certaines grandes cuvées sont réalisées sans ajout de soufre. Bien moins célébrée est la famille de Maria qui produit olives, huiles, câpres, tomates... et un peu de raisin vinifié à la punk.

    Le tout est présenté sous leur marque Faros (vu que le magasin se trouve sur la route du phare d'Akrotiri, à l'extrême sud-ouest de l'île merveilleuse).

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    D'aucuns diraient qu'il s'agit de vins "approximatifs". Certes. Les blancs sont extrêmement oxydés et sont presque devenus des vinaigres. Moi je m'en fous, j'aime bien le vinaigre. Les rosés sont plus communs mais moins "prétendument déviants". Le vinsanto, vin passerillé (une spécialité de l'île) s'avère de bon aloi.

    Cependant, soyons honnêtes. Derrière cette famille ô combien sympathique ne se cachent  pas des viticulteurs de grand talent. C'est comme ça, ils le savent, ce n'est d'ailleurs pas leur objectif que de rivaliser avec les grandes signatures. Et l'absence de soufre n'y est pour rien. Ils font juste un vin comme ça, champêtre, familial, comme le faisaient leurs ancêtres, qui peut aujourd'hui aussi se voir comme une alternative à tous les vins standardisés. Et c'est déjà beaucoup.

    Les vignes se situent à côté de la maison, derrière l'âne.  

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    Notons encore ce qui est propre au vignoble de Santorin, c'est cette vigne en corbeille pour que les feuilles puissent un peu protéger les fruits du soleil brûlant.  

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    ENGLISH VERSION A farmers family produces no-SO2 wines in Santorini island

    We know the Haridimos Hatzidakis high-end wines - some of the greatest are made without any addition of SO2. Less celebrated is the Maria family which produces olives, oil, capers, tomatoes... and a few punk wines. Everything is presented under their brand Faros (since the store is on the main road leading to the Akrotiri lighthouse - SO of Santorini).

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  • Le mojito grec, avec de la mastiha

    L'Aressana, un hôtel classe de Fira, la capitale de Santorin, propose la version grecque du mojito. Sans donner la recette précise, ils ont remplacé une partie du rhum par un alcool local, la mastiha dont on a déjà parlé ici. Une réussite.

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    ENGLISH VERSION The Greek mojito with mastiha

    Aressana, a high-end hotel in Santorini capital Fira, offers a Greek version of mojito. Without giving the exact recipe, they replaced a portion of rum by a local alcohol, mastiha. A success.

  • Paul-Henri Coulon produit des pistaches comme d'autres font du vin naturel

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    L'île aux pistachiers est en train de perdre son identité. Egine, à une heure de bateau d'Athènes, attire les touristes sans doute plus que les amoureux de la pistache. Même si sa culture est récente par rapport à la Sicilienne de Bronte, la pistache d'Egine est officiellement protégée par l'Union européenne depuis 1994. Le souci, c'est que les terres agricoles valent peu par rapport à la spéculation immobilière. Autre problème, les Athéniens un peu friqués rachètent ici des propriétés, sur lesquelles en plus d'une jolie maison de maître on trouve des rangs de pistachiers à ne plus savoir qu'en faire. Ces nouveaux venus à Egine et dans la pistache ne savent pas vraiment comment s'en dépatouiller, font n'importe quoi ou rasent.

    Certains résistent.

    Cela fait 24 ans que Paul-Henri Coulon produit des pistaches. Français, arrivé ici comme photographe, il se marie et s'installe sur la propriété familiale de sa femme.

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    Il prend en charge 600 pieds de pistachiers. La culture de la pistache n'est pas des plus simples. Henri-Paul Coulon en produit tout juste entre une tonne et une tonne et demi chaque année. Et une année sur deux les arbres ne donnent rien... 

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    Très vite, il prend le virage non seulement du bio mais surtout de l'artisanat le plus extrême.

    On voit bien quelques tuyaux d'arrosage dans le verger mais ils ne servent pas tous les ans. La récolte se fait manuellement fin juin. Les pistaches s'en vont sécher au soleil, sur le toit de la bâtisse, de là où on a pris la photo précédente. Le séchage dure 3 ou 4 jours. Ici, pas de four pour accélérer le processus. Puis les pistaches crues sont stockées avec le plus grand soin.

    La torréfaction se fait selon la demande, c'est-à-dire que les pistaches arrivent chez le client fraîchement torréfiées et pas torréfiées depuis 6 mois. L'opération se déroule durant une heure et demi dans un truc... Il n'y a pas d'autre mot. A l'origine, c'était un tambour de machine à laver. Paul-Henri Coulon fabrique lui-même tout son matos.

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    Pour la conservation et le goût, les industriels ajoutent de l'acide citrique. Notre homme préfère utiliser du vrai citron. Ses pistaches torréfiées et assaisonnées ne ressemblent à rien de déjà goûté. J'ai l'impression de retrouver une pistache originelle, de n'avoir jamais mangé de pistache avant, d'avoir subi un dépucelage pistachier. L'addiction est soutenue, on a envie de dévorer le paquet. Mais notre cerveau nous rassure : tu peux y aller, c'est que du bon.

    Paul-Henri Coulon les préfère crues mais le souci réside dans leur conservation : il s'agit d'éviter les petits vers et autres bestioles qui se font un plaisir de percer la coque pour déguster le fruit. Pour ceux qui ont la chance d'en trouver crues, comme nous ce jour-là, on se dépêche de les ouvrir, on prend une bouteille de vin qui fait office de rouleau à pâtisserie et on les concasse doucement avant de les jeter dans des pâtes avec un peu d'huile d'olive et de citron. Le paradis existe.

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    Où les trouver en France ? Il fut un temps, ces pistaches étaient disponibles à la Pistacherie, cette chaîne de magasins sans beaucoup d'âme qui appliquait un remarquable coefficient multiplicateur sur le prix au kilo. A la propriété, Henri-Paul les cède à 15 euros, en magasin on devait les retrouver quatre fois plus cher. Mais il semble y avoir de la bisbille dans l'air, des histoires d'impayés...

    Plutôt que de s’appesantir sur ce qui ne fonctionne pas, la bonne solution est de s'adresser à des gens sérieux comme l'Epicerie grecque Pantopoleio qui les propose à 32 euros le kilos. Peut-être auront-ils bientôt la nouvelle envie d'Henri-Paul ? Des pistaches confites au sirop, préparées avec du sucre et des pistaches dont la coque n'est pas encore formée - une recette très traditionnelle. 

    Enfin, reste l'option de faire comme nous, se rendre à Egine...

    grèce,pistache,henri-paul coulon

    ***

    ENGLISH VERSION Paul-Henri Coulon produces pistachios as others make natural wines

    The 'pistachio island' is losing its identity. Aegina, only one hour by boat from Athens, attracts tourists probably more than pistachios lovers. Although its culture is recent compared to the Sicilian Bronte, Aegina pistachio is officially protected by the European Union since 1994. The concern is that agricultural land worth little compared to real estate speculation. Another problem is that some loaded Athenians buy houses and a beautiful garden with plenty of pistachio trees - they know not even a word about pistachios. These newcomers do not really know how to get by, stay lazy or cut the trees.

    Some resist.

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  • En Grèce, manger les pieds dans l'eau n'est pas synonyme d'attrape-touristes

    Simplicité. Combien d'adresses françaises ont oublié ce mot d'ordre ?

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    Simplicité. Je parle de l'assiette - car question localisation (Egine, une heure de ferry d'Athènes, les pieds dans l'eau dans une crique éloignée du port) on ne peut pas rêver mieux.

    Simplicité. Cette fava onctueuse, qui a le goût de fèves, pas de flotte. 

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    Simplicité. Ces rougets subtilement panés qui ont un goût de rouget, pas de farine de panure.

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    La simplicité, c'est sans doute la chose la plus difficile à réaliser. On ne demande rien d'autre si ce n'est trouver d'autres endroits comme celui-ci.

    Je n'ai plus le nom de cette taverne de poissons, mais c'est à 2 km avant Perdika, la dernière avant la fin de la route quand on vient du sud, à Egine, en Grèce, sur le vieux continent (du moins, juste en face).

    ***

    ENGLISH VERSION : In Greece, eating on the beach does not mean you're in a tourists trap

    Simplicity. How many French restaurants have forgotten this moto?

    Simplicity. I talk about meals - not about the huge location : Aegina, an hour's ferry from Athens, restaurant on the beach in a remote area away from port.

    Simplicity. This creamy fava, which has the taste of beans, not of water.

    Simplicity. These subtly breaded red mullets with a taste of red mullet, not of breading flour.

    Simplicity is probably the most difficult thing to achieve. Our request is nothing than finding other places like this.

    I didn't note the name of this fish tavern, but it is 2 km away from Perdika, the last place before the end of the road when coming from the south. In Aegina, Greece, in the Old Europe (or at least just in front of it).

  • Le restaurant Elies sert la cuisine grecque telle qu'on la fantasme

    Olives de Kalamata. Nous sommes au pied du mont Taygète, là où les meilleures poussent. A une heure de voiture de Kalamata, dans le merveilleux Magne.

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    Moussaka.

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    Poêlée de légumes, à l'huile d'olive.

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    Frites, elles aussi à l'huile d'olive.

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    Un style de pain d'épices.

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    Sous les oliviers, on est abasourdi de trouver une cuisine grecque traditionnelle si parfaitement généreuse. En France ou ailleurs, on fantasme ces plats ou ces ingrédients : ici ils deviennent réalité. Pas besoin d'en dire plus, il faut juste un billet d'avion et une voiture.

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    Kardamyli vue d'en bas, de la plage qui fait face au resto.

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    Et Kardamyli vue d'en haut.

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    C'est le bienheureux Alexandre Rallis, l'homme au Profil Grec, celui grâce à qui les Parisiens peuvent découvrir les richesses culinaires du Magne, qui m'avait conseillé cette adresse. Grâce lui soit rendue...

    Elies, Kardamili, Magne, Grèce.

    *** 

    ENGLISH VERSION Kardamyli : Elies restaurant serves the Greek cuisine we fantasise

    Kalamata olives. We are now near the Taygetos Mount where the best Kamalata olives grow. One hour drive from Kalamata, Mani.

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  • La taverne Yperokeanio nous prouve que le Pirée n'est pas un homme

    Le dauphin dit "Bien grand merci ;
    Et le Pirée a part aussi
    A l'honneur de votre présence ?
    Vous le voyez souvent, je pense ?
    - Tous les jours il est mon ami
    C'est une vieille connaissance".
    Notre magot prit, pour ce coup,
    Le nom d'un port pour un nom d'homme.

    Le Singe et le Dauphin, La Fontaine

     

    Le meilleur moyen de ne pas prendre Le Pirée pour un homme, c'est-à-dire le meilleur moyen de ne pas se tromper, c'est de se rendre au Pirée, extension portuaire d'Athènes, chez Yperokeanio. Le quartier de Xatzikiriakou est un peu éloigné du Pirée-salle-d'attente-pour-ferries-en-partance-pour-les-îles. Grand bien nous en fasse, nous sommes avec les Athéniens plutôt que les touristes.

    Certains, mieux renseignés que moi sur l'ensemble des restaurants de Grèce, considèrent cette taverne de poissons comme la plus fameuse du pays. Ce soir-là, je n'ai pas pu trouver une fausse note, ni dans les plats, ni dans l'addition.

    Feuilles de vignes farcies, carpaccio de bar, poulpe pané.

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    athènes,le pirée,grèce,bonnesadressesengrece

    Yperokeanio, Marias Hatzikyriakou 48, Le Pirée, Greece

    ***

    ENGLISH VERSION : Yperokeanio fish tavern seems to be the best of the country

    Pretty difficult to translate the Jean de La Fontaine fables into English...

    But if you don't want to make mistake, please go to Piraeus, the port of Athens. In this tourists-free neighborhood, meet Yperokeanio fish tavern. Some better informed than me on all the Greek restaurants consider this fish tavern as the better in the country. This day I think they are right regarding wonderful dishes and such a light bill...

    Here are stuffed vine leaves, sea bass carpaccio and breaded octopus.

    Yperokeanio, Marias Hatzikyriakou 48, Le Pirée, Greece

     

  • Athènes : Athiri, le restaurant-miroir de la Grèce

    Athiri, anciennement étoilé Michelin, se décarcasse pour proposer les meilleurs produits de Grèce à sa table. Recette traditionnelle qui fonctionne bien : la fava à base de fèves de Santorin. C'est une entrée froide, une composante des fameux mezze. Mais pourquoi pas chaude accompagnant un plat, telle une purée...

    Je le note avant de perdre la recette archi-simple. Tu fais bouillir 4 volumes d'eau pour un volume de fèves de Santorin avant de baisser le feu. Tu écumes comme tu veux, mais tu écumes. Tu prends un oignon que tu coupes en petits morceaux, tu le mets dans le truc. Tu laisses cuire à feu doux 40 minutes, voire une heure. Tu ouvres un bon blanc de Santorin de Hatzidakis. Tu attends que la mixture ait une consistance proche de la purée, tout en remuant régulièrement. Direction le frais. Tu manges ça avec un bon pain, du sel, de l'huile d'olive et ce qui te passe par la tête. Ici du confit d'oignon et des tomates cerises.

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    Dans le verre, ce soir-là, ce n'était pas le blanc de Santorin mais le rosé de Thymioupoulos. Le 2013. Le vigneron expliquait dans nos colonnes que c'est ainsi qu'il préfère son rosé, avec une bonne année de patine. On ne peut pas lui donner tort, mais encore une fois, tout dépend de ce que l'on recherche dans le rosé.

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    Le gros problème d'Athiri, restaurant bien foutu, c'est que ce soir-là, il n'y avait que 4 couverts sur près de 40 envisageables. La faute à la crise grecque ? Sans doute. Mais on en reparlera plus tard.

    Athiri, Plateon 15, Keramikos, Athènes.

    Pour retrouver les bonnes adresses en Grèce, c'est ici.

    ***

    ENGLISH VERSION : Athens : Athiri restaurant is the mirror of Greece

    Athiri, the once Michelin-starred restaurant, looks for the best products in all Greece. Of course the traditional recipes work well especially the the fava purée from Santorini beans. It is a cold appetizer, a component of the famous mezze. But it can be served hot, like a puree ...

    Easy recipe : you boil 4 amounts of water with one volume of Santorini beans before lowering fire. You scum. You cut an onion into small pieces, you put in the stuff. You let it cook over low heat 40 minutes or an hour. You open a Hatzidakis white wine from Santorini. The mixture will have a consistency similar to mashed potatoes if you stir regularly. Put in the fridge. You can eat it with a good bread, salt, olive oil and what goes through your head. Here the onion confit and cherry tomatoes.

    In the glass, this evening it was not a Santorini white but the Thymioupoulos 2013 rosé. The winemaker explained here that this is how he prefers his rosé, one year aged. He obviously right... but again it depends on what you are looking for : fruit or patina.

    The big problem with this damn good restaurant is that we were only 4. We can blame the Greek crisis? Probably. But we'll see later.

    Athiri, Plateon 15, Keramikos, Athens, Greece.

    You can find other food tips in Greece here.

  • Athènes : le salon de thé Stani, dédié au yaourt

    Stani est un salon de thé qui fait surtout dans les produits laitiers. C'est une adresse très renommée qui a bâti sa réputation sur le yaourt à la grecque, avec miel et noix. Un repas presque complet. On peut l'emporter chez soi, commander des variantes. J'adore cette odeur de ferme.

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    Depuis, ils réalisent aussi d'excellent loukoumades, ces beignets enduits de miel. Un repas vraiment complet.

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    Et la crise grecque dans tout ça ? On en reparle bientôt.

    Stani, Marikas Kotopouli 10, Omonia, Athènes.

    Pour retrouver les bonnes adresses en Grèce, c'est ici.

    ***

    ENGLISH VERSION : Tips in Greece #1 : Stani teahouse in Athens.

    Stani is a teahouse known for its wonderful dairy products. This is a very famous address that has built its reputation with the Greek yoghurt. Almost a full meal. You can take away or order other dairy products. I like this farm taste...

    Then they also propose some excellent loukoumades, these honey-coated fritters. A truly complete meal.

    And what about the Greek crisis? We talk soon.

    Stani, Marikas Kotopouli 10, Omonia, Athènes.

    You can find other food tips in Greece here.

  • Delphi, la bière grecque que l'on boit comme du vin

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    "Il est un peu fou..." tranche Kostas Avramidis quand on lui demande pourquoi son père s'est lancé dans la bière. Pantelis, le paternel, travaillait dans la fringue et a décidé de vendre son affaire. Son grand projet, c'était de faire du vin. Seulement, c'est plus cher et plus casse-gueule. Il faut trouver les parcelles, savoir soigner les vignes, financer le chai, mettre en jeu le travail de toute une année au moment des vendanges. Quand on n'est pas un enfant de la balle, c'est très complexe.

    Et puis, avec sa femme Dia Papanikolaou et son ami George Kostopoulos, ils ont rencontré par hasard Davide Zingarelli, un brasseur italien. Va pour la bière ! Ce dernier a aidé tout ce petit monde à lancer l'entreprise Elixi : il a mis au point les recettes et pensé l'organisation de la brasserie. Au départ, elle devait s'établir à une heure de là, vers Delphes et son site antique hors du commun. La famille Avramidis connaît bien ce coin de Grèce, elle possède une maison par là. Seulement, les autochtones sont très prompts à protéger leur paysage extraordinaire. On les comprend.

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    Il a donc fallu s'éloigner un peu. On dit que l'eau est de très bonne qualité vers l'île d'Eubée. Alors cap sur Chalcis, à une heure de route de la capitale et autant de Delphes. Et on a gardé le nom mondialement connu, en anglais et en grec, pour la bière blonde : Delphi.

    La Grèce ne fait pas pousser de houblon et le malt y est d'une piètre qualité. Il faut donc importer, le premier des Etats-Unis et le second d'Allemagne. La bière est ensuite produite de manière classique, en prenant son temps. Après sept jours de fermentation et dix de maturation, on ne pasteurise pas, on ne filtre pas, on se contente de mettre en bouteille. Le tout, à la main, du brassage jusqu'à l'étiquetage. Pour l'instant, on table sur une production moyenne de 6000 bouteilles de 75 centilitres par an.

    Des bouteilles de 75 cl ? Comme des bouteilles de vin ? Exactement. Il existe aussi des demi-bouteilles qui font 37,5 cl. Comme des bouteilles de vin.

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    Mieux, la forme de la quille rappelle une bouteille de champagne ou de prosecco haut-de-gamme. Pourquoi ? "Les Grecs pensent aujourd'hui que la bière est un simple rafraîchissement, comme un vulgaire soda. Nous essayons de changer cela. On voulait un produit de grande qualité qui soit en réalité une bière de gastronomie. Donc on s'est inspiré de l'univers du vin".

    Allez, tout ça c'est du marketing ? Pas faux.

    Mais dans le verre, la bière tient ses promesses. Forçant le trait à fond, le boss demande à ce que la Delphi soit consommée dans un verre à vin. C'est effectivement le meilleur moyen de développer son côté aromatique qui tranche indubitablement avec les pisses d'âne environnantes. Aromatique, mais aussi moins légère et bien plus complexe. Le parti pris est d'en boire deux ou trois verres à table, pas forcément plus. Comme le vin. "Les plus grands amateurs de Delphi sont d'ailleurs de très grands amateurs de vin."

    Forcément, s'il s'agit de faire une comparaison, c'est Cantillon qui nous trotte dans la tête. Même si on n'est évidemment pas au même niveau. "On est au tout début du processus. On voudrait faire une bière de fermentation spontanée mais il faut savoir prendre son temps." 

    Pour l'instant, difficile de trouver Delphi ailleurs qu'en Grèce. Il y a bien un peu d'export à New York mais cela s'arrête là. Signalons aussi une IPA baptisée Marea, très plaisante. Enfin, question vin, Pantelis ne semble pas avoir dit son dernier mot. On sent vraiment que la question le titille... À suivre.

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    Et la crise grecque dans tout ça ? On en reparle bientôt.

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    ENGLISH VERSION : Delphi, a Greek craft beer we drink like wine

    "He's crazy..." says Kostas Avramidis when I ask him about his father who became a beer producer. Pantelis, his father, worked in the clothing industry and decided to give up. His project was to make wine. But it's more expensive and more dicey. You have to find plots, to know how to treat the vines, how to finance a winery, jeopardize the work of a whole year at harvest time. When you have no links with the wine system, it can be very complex.

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  • Quelques heures chez Apostoles Thymiopoulos, le vigneron grec qui préfère le terroir à la chimie

    Dénicher une de ses bouteilles, c'est plus facile à Paris qu'à Athènes. J'en ai fait l'expérience, croyez-moi. Apostoles Thymiopoulos, la trentaine, l'un des vignerons les plus en vue de toute la Grèce, exporte la quasi-totalité de ses vins vers les Etats-Unis, le Canada, l'Europe. 

    Nous sommes tout au sud de l'appellation Naoussa, dans le nord du pays, à une heure à l'est de Thessalonique. Ici c'est la patrie du xinomavro ("acide" et "noir"), cépage rouge qui donne des vins épicés, acides, soyeux. 

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    Le père produisait déjà du raisin mais tout partait à la coopérative de la marque Boutari. Après ses études, le jeune Apostoles reprend le domaine et l'oriente vers toujours plus de qualité. Il met en bouteille sa propre production, développe une gamme claire, travaille la terre au plus près de la nature. Et ça marche : aujourd'hui, il emploie 8 personnes ainsi que deux chevaux, Hermès et Alexandre.

    Les 16 parcelles s'étendent sur près de 28 hectares. Mais on est dans un coin un peu reculé de l'appellation Naoussa. "Toutes nos vignes se trouvent à proximité immédiate de la forêt ou en hauteur. Nous avons très peu de voisins, donc pas de problème avec ceux qui utiliseraient trop de produits chimiques". Mais qui dit forêt, dit problème avec les sangliers, comme souvent en France.

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    Vrana-Petra, c'est la parcelle chouchou de notre vigneron. Petit promontoire, entouré par un ruisseau, elle se révèle une vraie mosaïque de sols. Granite rouge, vert ou violet selon l'endroit où on se balade, du quartz aussi. La nature a fait à sa guise. Le vent venu de la mer aide. Il rafraîchit l'été, limite l'humidité l'hiver. 

    Les vignes sont entretenues selon les préceptes de "l'agriculture naturelle" développée par Fukuoka. En gros, on ne fait rien : pas de labourage, pas de désherbage, pas de compost. Enfin, ça, c'est la théorie. C'est bien plus complexe, il faut tout le temps surveiller.

    Apostoles a déjà une idée derrière la tête : en faire une cuvée à part. Il a déjà réalisé quelques expérimentations. Donc à suivre. 

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    Même si la météo est moins rude que dans le reste du pays, on est tout de même dans un pays méditerranéen. Il faut irriguer. D'où ces tuyaux noirs. "Il s'agit d'aider les jeunes vignes à se développer". Une fois qu'elles atteingnent leur majorité, on coupe le cordon. 

    Montons vers le village voisin, à 500 mètres d'altitude. Cette splendide parcelle baptisée "petite branche" fait face à celle d'un voisin. Nous sommes à la mi-avril. La différence entre les deux vignerons saute aux yeux. Thymiopoulos laisse vivre sa parcelle. Quant à son voisin...

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    Heureusement, la vigne de Thymiopoulos est localisée plus en hauteur que celle de son voisin. Il ne récupère pas toutes les cochonneries balancées dans les vignes. Autour, on aperçoit figuiers, noyers, pommiers. Et des fleurs, beaucoup de fleurs.

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    Plus haut encore, il voudrait planter de l'aidani, le cépage blanc qui réussit très bien chez Hatzidakis, à Santorin. "Je veux essayer quelque chose de nouveau dans cette terre de vins rouges". Ce sera ici, sur cette colline encore vierge.

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    Apostoles Thymiopoulos fait visiter ses vignes autant que celles des voisins. Ici, il a prodigué des conseils pour que la vigne ressuscite. Là, il lorgne sur un petit lopin. Ailleurs, il affectionne ce producteur et aimerait lui acheter du raisin. Il fourmille d'idées et d'amour pour son environnement immédiat. Le reste de Naoussa semble un peu loin et standardisé (hormis Dalamara).

    Au détour d'un chemin, il pointe du doigt la petite parcelle qui voit naître la cuvée de xinomavro nature, un vin sans soufre ajouté. Pourquoi précisément cette vigne pour un vin sans soufre ? Parce que les racines sont plus profondes qu'ailleurs et que le raisin y semble particulièrement résistant. Après des années d'expérimentations, il confie que faire du vin sans soufre ajouté, c'est tout de même très difficile. Avant tout, il faut éviter l'oxydation ou la réduction. Mais, le xinomavro avec son acidité et ses tanins s'avère un cépage hautement recommandé. "Si on ne peut pas faire de vin sans soufre ajouté ici, qui le pourrait ?"

    La production se monte à 3000 ou 4000 bouteilles, selon les années. L'intégralité de cette cuvée part à l'étranger. Il n'y a pas encore de demande en Grèce. Une caviste de Thessalonique, la responsable de la superbe boutique Bientôt, explique que ce n'est qu'une question de temps : un jour, le pays natal va lui aussi demander des vins moins soufrés. En cela, Thymiopoulos est un précurseur. Bien sûr, les cuvées autres que le xinomavro nature ne sont pas bourrées de soufre, juste ce qu'il faut pour que le vin tienne la route. Notre homme est cohérent.

    Et dans le verre ? Ce jour-là, on préparait l'embouteillage du rosé 2014.

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    2014 est millésime compliqué, qui a vu grêle et pluie se mêler continuellement. Le rosé, belle réussite, possède un fruité explosif. Ce qui n'est pas forcément du goût du vigneron : il le préfère assagi. "Mon rosé est meilleur après un an de bouteille". Le 2013 goûté à quelques semaines d'intervalle s'avérait effectivement plus patiné. Tout dépend de ce que l'on recherche.

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    Avant de goûter les rouges, je demande à Apostoles Thymiopoulos ce qu'il aime boire lui. Sans hésiter, il répond pinot noir et nebbiolo et précise qu'il déteste l'extraction massive. On a maintenant une idée des vins que l'on va déguster...

    Une parenthèse encore : il oeuvre aussi comme négociant pour Marks & Spencer UK. Il achète de la malagousia plantée vers Athènes et la vinifie. C'est certain, le vin est plus commun, moins gourmand, ou disons plutôt qu'il lui manque la véritable signature Thymiopoulos. Mais à près de dix euros de la bouteille prix TTC, on a peu de choses à redire.

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    Son naoussa jeunes vignes 2014 sera mis en bouteilles fin mai 2014. Derrière un jus lui aussi porté sur le fruit, on devine l'élégance qui va poindre. Le même, en 2013, s'ouvre sur la cerise, voire la tomate. Mais on s'en fout. "C'est un vin qui appelle la cuisine, la cuisine grecque, une moussaka, un pastitsio..."

    Thymiopoulos est surtout célébré pour son Terre et Ciel, emblématique quille de cette appellation Naoussa. Ici encore, 95 % part à l'exportation. Le 2013 vient d'être mis en bouteille la veille, il est déjà extrêmement en place. On y trouve quelque chose de plus amer, avec des tanins léger. La semaine précédente, j'avais ouverte le 2012 et une question taraudait les buveurs : comment un vin peut avoir un aussi fort coefficient de torchabilité et être aussi élégant ?

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    Au tour de la cuvée xinomavro nature, millésime 2013. C'est forcément une autre dimension. Le fruit là encore explosif laisse entrevoir un véritable terroir derrière : c'est souvent ce que l'on reproche aux vins naturels, d'être faits "hors sol". Pas ici. La caviste de Thessalonique confie qu'elle n'en a bu qu'une fois... à Paris ! 

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    Et la crise grecque ? On en parle bientôt.

    ***

    ENGLISH VERSION : Meeting Apostoles Thymiopoulos, a Greek winemaker who loves terroir more than chemistry

    It is easier to find a Thymiopoulos bottle in Paris than in Athens. Believe me. Apostoles Thymiopoulos, around 30 y-o, is one of the most prominent Greek winemakers. He exports almost all of his wines to the United States, Canada, Europe. 

    Here is the south part of Naoussa appellation, northern Greece, east of Thessaloniki. Here it is homeland of Xinomavro ("acid" and "black"), the red grape that gives spicy, acid, silky wines.

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  • Une croix gammée et une insulte taguées dans les vignes du grand Damijan Podversic

    (Petit aparté italien).

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    (capture du site Diaro di Gorizia)

    Quelqu'un a tagué une croix gammée et une insulte dans la superbe vigne de malvoisie d'Istrie de Damijan Podversic. On a découvert cela hier matin, sur une ancienne pierre tombale slovène. Sur laquelle est gravé un extrait d'une chanson populaire : " J'achèterai une colline, je planterai une vigne et j'inviterai les copains à trinquer".

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    C'est d'ailleurs ce qu'a fait Damijan : il a invité le fautif à boire un verre ! Pour s'expliquer et pour effacer lui-même son méfait. Il lui laisse un an avant de porter plainte. C'est la grande classe italienne.

    Dans cette région à cheval sur l'Italie et la Slovénie, on vit sur la frontière. Dans Tronches de Vin 2, nous avons raconté l'histoire de la famille Stekar, en Slovénie, et de la famille Radikon, en Italie. Les alentours de Gorizia, c'est toute l'histoire du XXe siècle résumée sur quelques kilomètres carrés. C'est aussi une ode à la tolérance des deux côtés de l'ancien Rideau de fer. Alors, ce qui arrive à Damijan nous touche tous. Toutes les infos en italien, c'est ici

    La meilleure des réponses, c'est de se doter d'une quille de malvoisie de Damijan et de l'ouvrir. Je me souviens par exemple d'un dîner chez RAP, le dernier avant la fermeture du restaurant d'Alessandra, avec cette bouteille sensationnelle. Aujourd'hui, on peut trouver les vins de Damijan Podversic chez RAP l'épicerie, dans sa nouvelle adresse de la rue Fléchier. Ainsi qu'à la Cave des Papilles, dealer officiel de grandes quilles.

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     (crédits des 2 dernières photos : Damijan Podversic)

    ***

    ENGLISH VERSION : A swastika and an insult tagged in Damijan Podversic vineyard

    Someone tagged a swastika and an insult in the beautiful Damijan Podversic vines of malvasia. It was yesterday morning on an old Slovenian gravestone. Engraved with an extract from a popular song: "I will buy a hill, I will plant a vineyard, and I will invite my friends to drink."

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  • En Grèce, on ressuscite le vin naturel tel qu'on le buvait il y a 2500 ans

    Les Grecs anciens mettaient de l'eau dans leur vin. Au sens propre. Et pas que de l'eau. Ils aimaient aussi ajouter une touche sucrée. Yorgos Kostis, alias Petit Georges, coordonne le collectif Helession qui veut ressusciter cette manière de boire. 

    Tout commence en 1977. Avec ses quatre potes, Petit Georges cherche à boire du vin sans cochonnerie ajoutée. Ce n'est pas courant en Grèce ; aujourd'hui encore, le vin sans soufre ne se trouve pas à chaque coin de rue. Après des années d'expérimentations avec des vignerons, ils décident de mettre leur production en bouteilles en 2000. Puis germe un autre pari, bien plus fou. 

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    La chimie industrielle et la grande distribution, deux poisons de la seconde moitié du XXe siècle, nous ont fait perdre le goût du vin. Tout le mouvement du vin naturel vise à nous le redonner. Certes. Au siège d'Helession, dans un appartement terne d'un quartier populaire d'Athènes, Petit Georges m'explique qu'il veut remonter le temps encore plus loin... jusqu'à la Grèce antique, il y a 2500 ans.

    Au début des années 2000, ses amis et lui fréquentent les écrits de Platon et de Dioscoride, un médecin réputé. Ils entrevoient le vin que buvaient les philosophes. "Au cours de leur débats, ils avaient l'habitude de boire du vin coupé avec de l'eau de source. Ils diluaient en fonction de leur envie. Ainsi, ils pouvaient continuer le débat philosophique pendant des heures, en gardant tout leur esprit et leur bonne humeur", résume Petit Georges

    Développant, expérimentant, s'amusant, ils mettent au point leur gamme en 2008 : un sirop, de l'eau de raisin, du vin naturel.  

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    Et on mélange. N'importe comment ? Presque. Voici la recette.

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    Le premier élément, c'est le "vin pur" (aρχαιο oίνος, akratos oenos). Un vin naturel à l'image de ceux que nous connaissons en France ou ailleurs. La vigne est cultivée en bio, la vinification se fait sans aucun intrant de synthèse, on n'utilise pas de soufre, on ne filtre pas : que du raisin ! "On trouve que les vins sont morts dès qu'il y a du soufre dedans", tranche Petit Georges. La seule différence avec nos vins naturels habituels, c'est le soleil grec et une récolte de raisins très mûrs, ce qui gonfle le taux de sucre et donc le degré alcoolique. On se retrouve des 14 ou des 15 degrés pour un blanc... Ce qui peut aussi exister en France !

    Evidemment, on ne boit que du cépage grec. Entre le rouge, le rosé et le blanc "classique", mon cœur se tourne vers la cuvée Melichios, version 2013. Le cépage saviatiano, qu'on a l'habitude de faire pisser en Grèce, a macéré un mois sur peaux. Forcément, il rappelle les vins oranges italiens qu'on aime tant.

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    Preuve qu'il s'agit d'un vin sans soufre du tout, l'orange pétant vire au cuivre après une demi-journée d'ouverture.

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    Deuxième élément, l'eau. Les Grecs diluaient leur vin pur pour obtenir du "vin mélangé" (κεκραμένος οίνος, kekramenos oenos, d'où est dérivé le terme κρασί, krasi qui signifie tout simplement "vin" en grec moderne). Fini le cours de grec.

    Quel est le dosage ? Quelle quantité d'eau pour quelle quantité de vin ? Les Anciens faisaient comme ça leur chantait : soit une petite goutte, soit ils y allaient franchement. Helession considère qu'on peut le boire le "vin pur" ou totalement noyé, en descendant jusqu'à 1 degré d'alcool. On peut utiliser de l'eau de source mais Petit Georges préconise l'eau-de-raisin (eιδύλι, heydelli) produite par extraction à basse température et qui utilise le même raisin que pour le vin. Plus parfumée que de l'eau classique, elle met en valeur de légers arômes de fruits.

    Troisième et dernier élément, le stafilomelo, un sirop de raisin, si concentré qu'on dirait un miel de raisin. C'est ce qui va sucrer le vin. Précisément, c'est un jus de raisin que l’on a chauffé à basse température pour faire disparaître l'eau.

    Bien évidemment, on peut très bien s'en passer. Il faut bien se mettre en tête qu'il n'y a pas de dosage obligatoire. Tout dépend de la personne, du moment, du vin, du temps qu'il fait... "Le mélange, c'est à toi de le faire", résume Petit Georges. Et on aussi peut tenter l'expérience avec un vin français, avec de l'eau de source et un joli sirop de raisin. On n'est pas raciste.

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    Certains sont impatients de lâcher critiques, quolibets, moqueries... Je le sais bien, je me suis posé ces questions, avant de les balayer.

    "Et le terroir dans tout ça ?" Les vignes sont cultivées sur le mont Cithéron, près de l'antique Thèbes (ferme Panoussis, en bio depuis 40 ans) ou dans le Péloponnèse, près de Nemea (ferme Pirgakis). L'appellation est donc assez large, Centre Grèce. Autre difficulté : on ne retrouve pas forcément le même cépage dans le vin que dans l'eau ou le sirop : on en vient à mélanger du vin de saviatiano, avec du sirop fait avec de l'agiorgitico et du roditis... Ce qui est sûr, c'est qu'il s'agit du même fruit, du même producteur, de la même manière de travailler. A toi de faire ton assemblage, en somme.

    "Mais peut-on encore parler de vin ?" Je laisse les philosophes de comptoir s'interroger et répondre à leur propre question. Au sens strict, ce n'est sans doute plus du vin, puisqu'on ajoute quelque chose. Mais si on ajoute une seule goutte d'eau ?

    "Franchement, c'est sérieux cette affaire ?" Et ben, pourquoi pas...

    Pour conclure, soyons francs. Il serait idiot de calquer notre grille de lecture traditionnelle sur cette manière de boire. Petit Georges ne désire pas détruire le vin que nous connaissons, ni mélanger tous les vins avec de l'eau, ni revenir au temps des cavernes. Loin de lui l'idée de transformer nos habitudes. Il propose juste un pas de côté, une incartade, une folie douce. Pourquoi ne pas le suivre, parfois ?

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    Et la crise grecque dans tout ça ? On en parle prochainement.

    *** 

    ENGLISH VERSION : Some Greeks want to drink natural wine as the Ancient did 2500 years ago

    The ancient Greeks put water in their wine. Literally. And not that of water. They also liked to add a sweet touch. Yorgos Kostis, alias Georges Petit, coordinates Helession collective that wants to revive this way of drinking.

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  • Kalamata : Kantina, la cave qui célèbre les cépages grecs (et eux seuls)

    Quand les Français pétris de certitudes en viennent à évoquer les vins grecs, tous se remémorent une retsina pas terrible - on a tous bu de ce blanc sec avec des arômes de pin ajoutés qui brûle l’œsophage. Oubliez tout cela.

    Il faut vraiment être con pour imaginer qu'un aussi grand pays - dans tous les sens du terme - ne puisse pas produire des vins d'exception. J'engage les sceptiques à prendre un billet d'avion pour Kalamata, dans le Péloponnèse, tout au sud du pays. Pourquoi ici, dans la patrie de l'olive ? Nous sommes loin des vignes célèbres de Naoussa ou de Santorin... Ici, à Kalamata, parce que Perry vient d'ouvrir une cave à manger excitante. Sise au sein même du marché couvert de la ville, καντοίνα (ou plutôt Kantina) expose des vins grecs et seulement des vins grecs. 

    Heu... soyons précis. "Si un vigneron grec produit un assemblage de sauvignon et d'assyrtiko, on ne prend pas cette cuvée !" tranche Perry. Kantina ne choisit que des bouteilles remplies à 100 % de cépages grecs !

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    Et ce n'est qu'un pan de l'étagère. Le nombre sur chaque bouteille correspond au prix caviste. Ce soir, j'ai eu la chance de goûter 12 vins. Et de manger 5-6 plats. Difficile de parler de tout, vous n'aviez qu'à être là. A table !

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    Région : Rhodes.  Producteur : coopérative CAIR. Cuvée : Rodos 2400. Cépage : athiri. Prix : 7,5 euros. Perry m'explique que les Grecs mettraient cette bouteille directement à la poubelle tant ce cépage a mauvaise réputation. Force est de constater qu'il y a quelque chose qui se passe dans le verre, comme lorsqu'un prof s'attache à un cancre qui n'en est pas un.

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    Le saviatiano de Papagiannakos, produit à côté d'Athènes. Encore un cépage que l'on fait pisser habituellement, un peu comme notre aligoté. Certes, on est loin du grand vin et certes, ça file droit. Mais dans le verre, ça pétille un peu, ça laisse présager un joli moment. Il ressemble à un blanc que tu recherches pour un début de soirée et qui, en plus, fait son job à fond. A 7 euros la bouteille, tu n'ouvres plus la bouche que pour boire.

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    Hum, cette pita avec feta-olive. De superbes amertumes, le travail est simple et évident. Oui, une pizza à la con mais tout se répond. Notamment au niveau des textures, ca explose dans la bouche. Ok, j'ai déjà mangé la moitié avant la photo...

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    J'en viens à boire ce blanc de gris de la Ktima Tselepos. Le cépage moschofilero a passé 3 mois en fûts pour casser le côté fruité, comme si on avait affaire à un cousin du muscat. C'est extrêmement intéressant, le résultat est assez complexe.

    Encore un plat simple, anchois et purée. Revigorant, plein de couleurs, il est content d'être là. Nous aussi !

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    Arrive une très, très jolie surprise : la cuvée Salto de Skouras. C'est le régional de l'étape. Là aussi, ça pétille un peu avant de laisser place à un vin très affectueux. La bande son de l'établissement passe maintenant Brassens et Les amoureux des bancs publics, une chanson sur le temps qui passe trop vite.

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    Passons à autre chose et à cette demi-aubergine, ouverte, cuisinée comme une moussaka. Hyper fondant et délicieux.

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    Ce soir, les rouges font très forte impression. Là on remonte plus au nord, vers le mont Olympe entre Athènes et Thessalonique. Ce rapsani de chez Dougos séduit par un nez explosif et une bouche un peu saline. On le boit sans doute trop jeune, il semble avoir un potentiel hors du commun.

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    La version grecque de la shakshouka, avec un peu de lard local. Un délice. 

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    Un autre très grand rouge. On est redescendu dans le Péloponnèse, juste après Corinthe. Appellation Nemea, producteur Aïvalis. Non filtré, passage de 12 mois en fûts, 13 euros. Nos références parisiennes nous laissent penser que ce vin n'est pas vendu assez cher pour un nectar de cette qualité. Le nez s'avère absolument hors du commun, on y trouve un côté rustique qui tranche avec une bouche fine et élégante. On fait le plein d'épices pour la soirée. Pour une fois, le passage en bois a fait son travail. Assurément, c'est une claque. 

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    Et pour bien balancer nos certitudes à la poubelle, trois exemples de vin avec un peu de su-sucre. J'y allais avec mes idées reçues et je suis bien obligé de reconnaître que la très belle bouteille de ce tiercé, c'est Abeliastos. Produit à Santorin, ce cador de la grosse marque Boutari, version 2003, te fait oublier le sucre. Un rouge un peu miellé sans aucune lourdeur. Oui, c'est excellent...

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    L'adresse est ouverte depuis quelques semaines. Mais les tauliers connaissent leur partition grecque par cœur. Comme certains des vins goûtés ce soir, cet endroit est revigorant. On y arrive avec ses certitudes et on change d'avis. Bien sûr, le vin grec tenait déjà une place importante dans ma cave mais ce soir, on comprend l'étendue du pays, sa complexité, son histoire et ses racines. Et la cuisine ne fait pas que suivre, elle est en harmonie avec le verre. Un petit clin d'oeil à Alexandre Rallis qui m'a filé l'adresse. Il s'occupe de commercialiser cette splendide huile d'olive Profil Grec que l'on goûte chez Kantina et chez Terroirs d'Avenir à Paris. 

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    Ajoutons à tout cela que Perry et sa bande sont aussi délicieux que leurs vins. Un incroyable sens du contact. Une ouverture sur l'époque alliée à une bonne connaissance des traditions. C'est aussi un lieu de rencontre. Chacun peut venir boire un café en journée, un verre de vin quand l'envie s'en fait sentir. Et plutôt qu'un truc sorti du mauvais cubi, un vin qui raconte une histoire.

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    Buvant des verres ici ce soir - les Parisiens vont me comprendre - j'avais l'impression d'être quelque part entre la Robe et le Palais, le Coinstot Vino et Versant Vins... mais en Grèce ! A quand une ambassade à Paris ?

    Kantina, au coeur du marché couvert, Kalamata.

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    Aparté. Les boss de Kantina s'occupent aussi de Luna Lounge. Logiquement, avec un nom pareil, je n'y mets pas les pieds. En plus, ils servent des burgers et autres choses dans le style. Sauf que tout est réfléchi dans l'assiette et que le verre est rempli avec les mêmes breuvages que chez Kantina. Vraiment, les habitants de Kalamata ont beaucoup de chance.

    Luna LoungeAristomenous 23, Kalamata.

    Pour retrouver les bonnes adresses en Grèce, c'est ici.

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    Aparté encore. Allez, je l'avoue, j'adore la retsina, ce goût du pin, ce goût des vacances. Pour une poignée d'euros, la retsina bio et légère de Tetramythos m'enchante.

    ***

    ENGLISH VERSION : Kantina celebrates the Greek grape varieties (and only them)

    When the French with their certitudes evoke the Greek wines, they onky think about some ugly retsina that burns the oesophagus. Forget all that.

    Some people are really stupid if they imagine that such a great country as Greece can't produce amazing wines. 

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  • Ouzo, tsipouro, mastiha : un véritable distillateur sait transcender les alcools grecs

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    Pays ô combien touristique, la Grèce offre parfois le pire de sa gastronomie. On n'a pas de leçons à donner, on fait pareil à Paris, au Mont-Saint-Michel et ailleurs. Sauf quand se dresse un homme, avec ses mains, sa tête et la maîtrise de son art.

    Yiannis Karonis représente la cinquième génération de la distillerie éponyme. Tout a commencé à Nauplie (Nafplio en grec), petite ville du Péloponnèse, connue pour avoir été une des premières capitale du nouvel Etat grec indépendant. C'était vers 1830. Trente ans plus tard, les deux frères Karonis montent leur petit business de bouilleurs de cru. L'un d'eux voyage en France, pour voir comment ça se passe et acheter du bon matos. A l'époque, notre pays était la référence. En témoigne un alambic Egrot acheté en 1881. L'histoire de la marque passionne Yannis car elle rejoint l'histoire de son pays. Notre homme a même monté un petit musée familial avec quelques souvenirs : un extrait du journal officiel du début des années 1830, les premières récompenses commerciales, les factures des achats, un sublime coffre-fort réalisé à Marseille...

    Visiter une distillerie est quelque chose d'assez rare en Grèce. Dans ce métier, on aime conserver une part de mystère. Seulement Nauplie croule sous les touristes et Karonis sous les demandes de visites. Depuis 2007, Yannis en a ouvert les portes à tous. Et les écoliers grecs sont bien contents de découvrir un patrimoine qui est fait d'autre chose que de vieilles pierres. 

    Alors l'ouzo, comment ça marche ? 

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    C'est relativement simple. On remplit la moitié de l'alambic avec de l'alcool pur et des herbes : anis, coriandre, cardamome, gingembre... Chaque famille a son dosage secret. On laisse macérer deux-trois jours. On remplit le reste de la cuve avec de l'eau. Après, c'est le principe de la distillation classique. On chauffe jusqu'à ébullition, pendant une heure. La vapeur d'eau est envoyée dans les tuyaux refroidis : on récupère donc l'ouzo pur. L'alcool sort à 70°. On ajoute donc de l'eau pour faire baisser le degré alcoolique. Ce qui change d'une marque à l'autre ? Bien sûr, la qualité de l'alcool de base, le dosage d'épices secret et la qualité de l'eau qui n'est pas la même d'une région de Grèce à l'autre.

    Yannis insiste sur la nécessaire "fraîcheur" de l'ouzo pour avoir le plus d'arômes : il ne faut pas le laisser vieillir après l'achat, cela ne sert à rien et souvent la qualité s'amoindrit au fil du temps. C'est pourquoi la distillerie connait un pic de production au printemps, pour être prêt à la saison estivale.

    L'ouzo est donc plutôt consommé l'été par les Grecs et dans les régions côtières. Il accompagne parfaitement poissons et fruits de mer. Avant tout, on l'accompagne de mezze - il est très rare de voir des Grecs s'en servir à l'apéritif sans rien grignoter.

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    Chez Karonis, l'ouzo existe en deux versions. La classique, 40° : le goût est assez rond, car on a ajouté eau et sucre pour faire baisser le degré alcoolique. La version Special (44°) a été moins diluée, pas sucrée, on trouve un goût brut d'épices qui au fur et à mesure de la dégustation s'avère beaucoup plus élégant. Evidemment, le propre des grands alcools est de ne pas brûler l’œsophage... Bref, on comprend qu'on n'a pas affaire à un produit de grande consommation !

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    Le tsipouro (bouteille de gauche) répond au même schéma que l'ouzo, sauf qu'au lieu d'alcool pur, on distille le moût du raisin trois fois. Une version existe au goût brut, une autre voit de l'anis macérer avec l'alcool (il s'agit donc là du cousin grec du raki turc). Chez Karonis, le raisin explose au nez et en bouche. Loin d'être un alcool de pochtron, on le boit lentement pour retrouver aussi le goût du fruit. Puis en y réfléchissant, on est subjugué par ce goût du raisin de Corinthe, le petit noir bien connu, utilisé par Yannis dans l'alambic.

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    La distillerie s'intéresse aussi à quelques liqueurs. Bergamote, cerise amère... Ainsi que la mastiha, une liqueur parfumée au mastic de Chios. Rien à voir avec ce qui sert aux joints dans ta salle de bain... Le mastic, ce formidable produit, rare, cher, au goût encore trop peu courant en France, est en réalité un produit issu de la sève d'un arbre particulier, le lentisque. Ce miracle ne peut se récolter que sur l'île grecque de Chios, sans doute à cause d'un micro-climat favorable, quoiqu'on ne sache pas vraiment la réalité de la chose. En "larmes" ou en poudre, la Grèce fait tout avec son mastic : desserts, chewing-gums, huiles parfumées, cosmétiques, dentifrices... Le mastic de Chios est chouchouté par le syndicat des producteurs de l'île qui appose son logo sur tous les produits contenant vraiment du mastic de Chios. On peut ainsi faire le tri entre le vrai mastic et les arômes artificiels développés en laboratoire. Bien sûr, Karonis utilise du pur mastic de Chios lors de la distillation. Pour en faire une liqueur, il suffit d'ajouter au distillat un peu plus d'eau et de sucre pour faire baisser le degré alcoolique aux alentours de 30°. Un goût inimitable, assez difficile à décrire. Je suis totalement gaga du mastic mais je peux aussi comprendre que le produit désarçonne au début... Traditionnellement, on boit un petit verre de mastiha pour accélérer la digestion.

    Et la crise grecque dans tout ça ? On en parle prochainement.

    ***

    ENGLISH VERSION / Ouzo, tsipouro, mastiha : a true distiller knows how to enhance the Greek liquors 

    As a famous touristic country, Greece may offer the worst of its gastronomy. We have no lessons to give, we do the same in Paris, at our Mont-Saint-Michel and elsewhere. But when a man is here with his hands, his head and his art...

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  • Le raki dans les cocktails aussi

    Boisson bénie, mise à l'amende en ce moment, le raki est en train d'être mis en cocktail dans certains restaurants qui comptent. Je continue à le préférer pur, mais une incartade ne fait pas de mal.

    Le plus réussi l'associe à la vodka et à la menthe, chez Yeni Lokanta, un très bon resto - aux tarifs plus élevés et à la cuisine un poil moins soignée que Neolokal.

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    360 se trouve au 8e étage d'un bâtiment de l'avenue Istiklal. Ici on a tout misé sur la vue, car les cocktails ne sont vraiment pas terribles, gorgés de glaçons. On a juste eu la bonne idée de l'associer au jus de betterave, même si c'est paraît-il assez courant en Turquie. 

    Enfin, l'idée est venu de faire à la maison un cocktail raki/eau pétillante. J'ai testé ce mélange sans trop y croire. J'avais raison, c'est pas terrible non plus. Bref, comme toute chose quand elle est bien sélectionnée, un bon raki se suffit à lui-même.

    ***

    ENGLISH VERSION : cocktails with raki

    Blessed drink, fined now, raki is an important part of coktails in some Istanbul trendy restaurants. I still prefer it pure, but let's try.

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  • Le Consulat de France à Istanbul a des problèmes avec l'orthographe

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    Avenue Istiklal, les Champs-Élysées d'Istanbul, un après-midi de mars. Près de la place Taksim, le Consulat de France expose la carte de son café, sottement baptisé Café Français. Ce n'est pas le pire.

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    La carte décline une "tarte aux Fruits de Bois", une autre "aux caramel maison", un mystérieux "chocolat au Croissant", une "crêpe aux épinars", une autre "aux Saucisses et aux avec Champignons", un "fromage jaune" qui fait moyennement envie, un "souffle" qui a perdu son accent, un "éclair en Chocolat-à la Fraise"...

    Et mon préféré, ce fantastique "gâteau Fait à la Maison".

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    Ah oui, ce café est aussi abrité par l'Institut Français où l'on peut prendre des cours de... français !

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    ***

    ENGLISH VERSION : French consulate in Istanbul has problems with spelling

    The menu of the French consulate Café Français in Istanbul has several spelling mistakes. Quite difficult to translate the mistakes into English. But it's the place where foreigners can have... French lessons ! 

  • Comment présenter le poisson frais ?

    Ce poissonnier de Kadiköy expose les branchies à l'air libre. On préférera donc l'écarlate au terne. On regardera aussi l'œil bien brillant, on sentira aussi l'odeur pas trop prononcée.

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    Et pourquoi les poissonniers français ne s'en inspireraient pas ?

    ***

    ENGLISH VERSION : How to display fresh fish?

    This fishmonger Kadikoy displays the gills in the open air. Therefore we chose scarlet rather than colourless. We also have look at the shining eye. We also don't want a bad-smelling fish.

    Perhaps French fishmongers could think about it...

  • Neolokal : la gastronomie turque, digne et militante

    Je reviens te chercher 
    Je savais que tu m'attendais 
    Je savais que l'on ne pourrait 
    Se passer l'un de l'autre longtemps 
    Je reviens te chercher 
    Ben tu vois, j'ai pas trop changé 
    Et je vois que de ton côté 
    Tu as bien traversé le temps 

    Jamais je n'aurais imaginé entendre une chanson de Bécaud dans un restaurant d'Istanbul. Moi je trouve ça branché, Bécaud, indémodable. Alors pourquoi pas ?

    Ce soir, j'ai l'impression que la chanson a été écrite pour ce moment précis, pour ce repas chez Neolokal. Je me mets en tête que c'est le chef Maksut Aşkar qui chante Je reviens te chercher. Il ne parle pas à une femme, mais à la cuisine turque. Depuis la fermeture de son restaurant précédent, il a compris qu'il ne pourrait pas se passer d'elle longtemps. Il n'a pas trop changé, il est toujours assez jeune (il a commencé sa carrière en 2000). Et que dire d'elle, de cette cuisine turque, qui traverse le temps... Sans doute qu'à un moment de sa vie, peut-être, le chef aurait voulu lui faire la guerre, la changer, la transformer. Non, aujourd'hui il vaut mieux faire la paix, c'est-à-dire affronter les tempêtes et les joies à venir ensemble. (Plus j'y pense, plus ça fonctionne cette chanson de Bécaud sur ce repas. Mais je m'égare un peu...)

    A Istanbul, les joies, on peut les prévoir : un emballement exponentiel des touristes pour cette ville, des échanges culturels toujours plus grands, un ancrage vers l'Europe et le monde. Les tempêtes, aussi, arrivent : la cuisine turque, même bien conservée, n'est plus vraiment à la fête. Comme à Paris où on mange très mal dans 95 % des endroits, ce n'est pas la joie à Istanbul. Une passionnante blogueuse turque, Olga Irez, a récemment fait le point sur ce problème (pour les anglophones, c'est ici). Les raisons ? Quinze millions d'habitants, des fast-foods partout, des traditions qu'on oublie, l'appât du gain rapide, des soucis politiques, le manque de temps, d'argent... Les mêmes symptômes que chez nous, normal nous sommes dans le même bateau, sinon cousins. 

    La cuisine turque traverse le temps, mais va-t-elle continuer à le traverser ? Mehmet Gürs (restaurant Mikla) et d'autres dont le chef Maksut Aşkar s'emploient à la sauver. Ingrédients choisis avec soin, lutte pour endiguer la disparition de certains fromages, inventivité sans casser les codes, éloignement des modes mondialisées, finesse des dressages. C'est un renouveau, malheureusement pas encore global, mais il faut des toujours des hérauts pour montrer le chemin. Voici à quoi ressemble la gastronomie turque, digne et militante :

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    Cette photo devrait se suffire à elle-même. Pour cette entrée, le chef est revenu chercher un haddock à l'ancienne.

    Mais il faut expliquer un peu plus avant, car un surdoué du dressage n'est pas forcément un surdoué de la cuisine. Mais quand les deux vont de pair... Le restaurant Neolokal porte bien son nom, c'est réjouissant. Une cuisine moderne avec des ingrédients locaux. Ce qui est encore plus réjouissant, c'est qu'il donne aussi à lire. Je m'explique. La carte arrive, brute, comme dans tout resto. Puis une carte des vins 100 % turque. Enfin et surtout, des pages photocopiées pour expliquer les plats. Chacun y est décrit, d'où ça vient, pourquoi le chef a fait ainsi et pas autrement. Le repas est remis dans son contexte turc. C'est un véritable tour d'horizon de la cuisine traditionnelle et une ouverture vers sa réinterprétation. 

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    Ce qui donne pour notre plat en photo : "Le haddock est fumé selon une vieille recette stambouliote mise au point par un de nos ancêtres grecs, du nom de Yako Abi, sur les îles des Princes. Et nous servons le haddock avec des cubes de betteraves infusés au raki, du zeste de citron, du pain craquant, un peu de tarama et de la poudre d’œufs de mulet gris, appelée poutargue".

    Époustouflant. Tout se répond. Aucun aliment n'est travaillé au hasard. À n'en pas douter, c'est l'un des plats de l'année.

    La grande découverte de ce plat, sinon son évident équilibre, c'est cette alliance raki-betterave. Il parait que c'est assez commun en Turquie, où il n'est pas rare de verser un peu de jus de betterave dans son raki. Jamais vu... Ce chef-d'oeuvre absolu d'accord mets-alcool me laisse pantois. Si simple, si complexe. Comment fait vraiment le chef ? Les dés infusent dans le raki pur ? Ou cuisent quand même un peu à la vapeur de raki ? On reste sur le mystère, on savoure ce petit rien, ce grand tout. Toute une tradition dans un gramme.

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    Ailleurs sur les feuillets accompagnant le menu, on apprend que telle recette typique du sud de l'Anatolie, faite traditionnellement de bœuf ou d'agneau, intègre ici les deux. Ou que les fromages de la recette sont en voie de disparition. Neolokal travaille notamment avec Ark of Taste, version Slow food de l'Arche de Noé qui voudrait sauver les produits oubliés.

    Suit une autre œuvre graphique. Le chef est revenu chercher le "katmer et tirit", un montage de pâte et de bœuf cuit dans un jus de canard. Encore un classique anatolien. 

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    Pour finir, le chef est revenu chercher le tilleul. C'est le symbole de la fidélité... Fidélité à la cuisine turque ? Sans doute. Ici, le chef en a fait un parfait, avec un peu de crème au citron et de la poudre craquante d'amandes amères. 

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    Il est toujours difficile de faire passer le goût d'un plat avec des mots. Pour vous donner une idée du goût des assiettes, il faut se dire que c'est aussi bon que beau. C'est dire. 

    Question prix, les entrées tournent autour de 10 euros (souvent moins), les plats de 18 et les desserts de 5. Soit bien moins qu'un restaurant parisien, c'est certain. Et moins que les restaurants stambouliotes renommés.

    ***

    L'architecture du lieu éblouit. Certes, on ne la mange pas. Mais un petit mot quand même.

    Neolokal est situé au fond du Salt Galata, l'ancien bâtiment de la Banque ottomane reconverti en galerie d'art. De la rue, aucune pancarte n'indique la direction. Il faut connaître. C'est un leitmotiv dans pas mal d'endroits merveilleux d'Istanbul : pour vivre heureux, vivons cachés. La cuisine se trouve au rez-de-chaussée. La prochaine fois, on choisira sans doute un couvert au bar.

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    On passe obligatoirement devant pour monter à l'étage, en salle. La vue est sans doute moins saisissante que chez Mikla (sis au 17e étage d'une tour) mais dîner avec la mosquée de Soliman le Maginifique comme partenaire de table est plutôt agréable...

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    ***

    Un bémol puisqu'il en faut toujours un : le vin.

    L'identité du restaurant fait que la carte est 100 % turque. Très bien. Seulement, les buveurs de vin naturel restent sur leur faim. Pas même un vin bio ? Non, répond le sommelier. Nous sommes alors partis sur un blanc qui s'avère un peu quelconque pour nos palais habitués à un taux de soufre moindre.

    Le problème du vin et des alcools est un vaste sujet en Turquie. Fait indéniable, les vignerons turcs ont donc fait d'énormes progrès. Mais je n'ai pas encore rencontré de vignerons turcs décidant de bannir le soufre de leur vin. Il y a des bouteilles prometteuses comme ce Barbare mais la question du soufre reste posée. Bref, un sommelier ne peut pas inventer un vin turc sans soufre.

    ***

    C'est tout le dilemme d'un cuisinier aujourd'hui. Etre fier de ses racines, vouloir les prolonger sans faire la même chose que les autres. Maksut Aşkar a moins de problème que d'autres car c'est avant tout un artiste. Ses dressages en témoignent mais aussi sa rigueur dans le choix de ses produits locaux, qui collent parfaitement à l'identité de son restaurant. En tout cas, c'est ce qui ressort de ses assiettes. Je ne connais pas le chef, il était d'ailleurs au festival Omnivore à Paris quand j'ai eu la chance de dîner chez lui.

    ***

    Et n'oublions pas les magnifiques toilettes...

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    NeolokalSALT Galata, Bankalar Caddesi, Karaköy 34420 İstanbul 00 90 212 244 00 16 ou 00 90 551 447 45 45.

    ENGLISH VERSION : Neolokal, a Turkish cuisine, worthy and activist

    I come back to pick you up
    I knew you were waiting for me
    I knew we couldn't
    Do without each other for too long
    I come back to pick you up
    Well you see , I haven't changed too much
    & I see that as for you ,
    You've well resisted the time
    (Je reviens te chercher, French crooner Gilbert Bécaud's song) 


    I never imagined listen to a Gilbert Bécaud's song in an Istanbul restaurant. But I have always thought that this dead French crooner is trendy. So why not?

    Tonight I feel that the song was written for this moment, for this meal at Neolokal. I put myself in mind that the chef Maksut Askar was singing this French song. But he does not talk to a woman, but to the Turkish cuisine. Since the closure of his previous restaurant, he realized he could not live without it for long. He has not changed too much, it's still quite young (he started his career in 2000). And we can say that Turkish cuisine has resisted the effects the time... Probably once in his life, perhaps, the chief wanted to make war wiht the Turkish cuisine, to change it, to transform it. No, today it is better to make peace (as the song says). That is to say weather together the storms and joys to come. (The more I think, the more this song works with this meal. But I digress...)

    In Istanbul, we can predict the next joys : there will be more and more tourists in this city, ever greater cultural exchanges, more and more meetings from Europe and the whole world. The storms also arrive: Turkish cuisine, even well preserved, is not really in a good condition. As in Paris where we eat very ugly things in 95% of places, there is no common joy about food in Istanbul. A Turkish blogger, Olga Irez, recently reported on this problem. The reasons? Fifteen million people, fast food everywhere, traditions we forget, the lure of quick profits, political concerns, lack of time, money ... the same symptoms as we have in France. Of course we are in the same boat, we are cousins.

    The Turkish cuisine resists the effects of time but are you sure it will go on ? Mehmet Gürs (Mikla restaurant) and others as Maksut Askar are working to save it. Carefully chosen ingredients, struggles to save old cheeses, creativity without breaking the rules, distance from globalized trends, wonderful presentation in the plates... This is a renewal yes, but unfortunately not at every corner. We should always have heroes to show the path. Look at this Turkish cuisine, it's like this plate : worthy and activist !

    This photo should be sufficient in itself. For this entrée, the chef "came back to pick" a old-way haddock.

    But I must explain a little further. A cooker good in presentation is not necessarily a good cooker, full stop. But sometimes we have both ! Neolokal has its right name : modern cuisine with local ingredients. And it also provides to read. Let me explain. The menu arrives, as in any restaurant. Then a 100% Turkish wine menu. Last but not least some sheets to explain all the dishes. Each is described, where it comes from, why the chef did so, and so on. The meal is explained in its Turkish context. It is a true overview of traditional cuisine and an opening towards its reinterpretation.

    So for our picture it says: "Smoked haddock according to an old recipe from Istanbul developed by one of our Greek ancestors, named Yako Abi on the Princes' Islands. We serve with cubes of beet infused with raki, lemon peel, crisp bread, a little taramasalata and mullet-egg powder called bottarga."

    Mind blowing. Everything responding. No food is worked at random. Without a doubt, this is one of the dishes of the year.

    The great discovery of this dish, otherwise its obvious equilibrium, is this alliance between raki and beet. It seems that it is quite common in Turkey to put a little beet juice in his raki. Ever seen ... This absolute masterpiece leaves me speechless. So simple, so complex. What really made the chef? Did the beet infuse in pure raki? Or cooked with a little "steam raki"? Always the mystery. A little nothing, a great whole. A tradition in a gram.

    Elsewhere on the leaflets with the menu, we learn that one another recipe is typical of southern Anatolia, traditionally made of beef or lamb : here incorporates both. Or that some cheeses are endangered. Neolokal notably working with Ark of Taste, Slow food version of Noah's Ark, which would save the forgotten products.

    Follows another graphic work. The chef came back for the "katmer and tirit", paste and cooked beef in a duck jus. Another Anatolian classic.

    Finally the leader came back for a linden parfait. It is the symbol of loyalty ... Loyalty to the Turkish cuisine? No doubt. The chef made it perfect, with a little lemon cream and crunchy powder of bitter almonds.

    It is always difficult to explain the taste of a dish with words. To give you an idea of the taste of the dishes, we must say that this is as good as beautiful.

    What about prices ? Entrées are around 10 euros (often less), the dishes 18 and desserts 5. Cheaper than a Parisian restaurant, for sure. And cheaper than some other Istanbul famous restaurants.

    ***

    The architecture of the place is awesome. Of course, we do not eat it. But you have to notice. Neolokal is located in Salt Galata, the old building of the Ottoman Bank converted into an art gallery. From the street, no sign indicates the direction. You have to know the place. This is the same for some other wonderful restaurants in Istanbul. To live happy, live hidden. The kitchen is on the ground floor. The dining room upstairs. The view is probably less striking than at Mikla (located on the 17th floor of a tower), but dinner with the Mosque of Suleyman as table partner is rather pleasant ...

    ***

    The downside, as there is always one : wine. Identity of the restaurant makes the wine list 100% Turkish. Very good. But the natural wine drinker remains unsatisfied. Not even organic wine? No, says the sommelier. We are then left with a white wine but our palates are accustomed to a lower sulphites content.

    The problem of wines and spirits is a big topic in Turkey. It's true, Turkish growers have done tremendous progress. But I don't konw any Turkish wines without sulphites. There are good bottles as Barbare Wines ones but the question of sulphites remains. It's true for this place : a sommelier can not invent a Turkish wine without sulphites

    ***

    This is the dilemma of a today chef. Being proud of his roots, wanting to extend them without doing the same as others. Maksut Askar has fewer problems than others because he is an artist. His dressings demonstrated its rigor. But also in the choice of its local products, which fit the identity of his restaurant. I do not know the chef, he attended the Omnivore festival in Paris when I had dinner at Neolokal.

    ***

    And don't forget the wonderful toilets...

  • Un barbare pas si étranger

    Là où je suis, en Turquie, on ne disserte pas sur la qualité des verres. On prend ce qu'il y a. Ah, il ne reste plus que des verres dédiés au thé turc ? Bon, ben tant pis.

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    Xavier Vignon, dont j'apprends l'existence grâce à cette bouteille, est un consultant (un flaïingouaïnemékeur comme on dit en bon français) travaillant dans les merveilleuses côtes-du-rhône et à l'étranger. Après une rencontre avec un entrepreneur turc, ils décident de faire un bébé. Ils l'appellent Barbare. Non pas parce qu'il est méchant, mais à cause d'une colline située à côté des vignes.

    En biodynamie - moitié syrah, un quart grenache, un autre mourvèdre. Un barbare, étymologiquement, c'est un étranger. Avec ces trois cépages, avec un consultant français, avec un vignoble en Turquie européenne (la Thrace), on n'est pas très loin de la maison et dans le verre, on se situe tout à fait en Méditerranée. Pas si barbare que cela, donc. Mais vous et moi n'avons sans doute pas bu assez de vins turcs pour se dire oui, je reconnais bien ce terroir turc.

    Par contre, vous et moi avons assez bu de vin pour dire que 1/ mes mezze de ce soir n'allaient pas spécialement bien avec le vin (préférez un bon plat d'hiver), 2/ sa force s'était faite soyeuse après une nuit de repos (ou un long passage en carafe).

    Et puisque moi j'en ai bu un peu quand même du vin turc, j'ajoute : 3/ il s'agit sans doute d'un des meilleurs vins rouges du pays. Pour une dizaine d'euros. Allez, un bémol. Je dirais que le soufre ne laisse pas encore le vin évoluer à sa guise. On l'aimerait un peu plus libre. Dommage, car on sent les possibilités d'un jus assez unique. Il me reste quelques semaines pour goûter les autres cuvées.

    ***

    ENGLISH VERSION : A not so stranger wine called "Barbare"

     
    Here in Turkey, nobody focuses on the quality of the glasses. We take what we have. We have only Turkish tea glasses ? Fine.
     
    I hear about Xavier Vignon for the first time here. He is a flying winemaker working in the wonderful Côtes-du-Rhône and abroad. After meeting with a Turkish contractor, they decided to make a baby. They call it Barbare. Not because it is evil but because of a hill next to the vineyards.

    Biodynamic wine - half syrah, grenache a quarter, another mourvèdre. A barbarian, etymologically, is a stranger. With these three varieties, with a French consultant, with a vineyard in European Turkey (Thrace), it is not far from France... And in the glass it's a Mediterranean style. Not so barbaric. But we have probably not had enough of Turkish wines to say : "yes, I recognize this Turkish terroir".

    But we have drunk enough wine to say 
    1 / my mezze tonight are not especially well with wine (please prefer a good winter meal)
    2 / her strength becomes silky overnight (or long decanting).

    But let's be clear : I know some Turkish wines so I can add :
     3 / it is probably one of the best Turkish red wines. For ten euros. A problem all the same ? I would say that sulfites do not let the wine live. We would like it a little more free. Too bad, because we feel the possibilities of a rather unique juice. I have a few weeks to try other Turkish wines.

  • C'est dès aujourd'hui dans toutes les bonnes librairies

    Tronches de vin 2, la suite du guide des vins qu'ont d'la gueule ! Après la première édition publiée en 2013, nous sommes maintenant 6 blogueurs pour dresser le portrait de 120 nouveaux vignerons !

    Juste une chose : l'une de nos belles réussites est d'y faire figurer pas mal d'artisans qui n'ont jamais eu les honneurs d'un guide. Trop jeunes, trop planqués, trop hors-système ! 

    TDV2.jpg

    Et quelques infos supplémentaires ici !

    ***

    ENGLISH VERSION : Today this wine guide in all good bookshops

    "Tronches de vin 2" ! After the first edition published in 2013, we are now 6 bloggers who have written about 120 new winemakers !

    Let me underline the fact that some winemakers never had been in a wine guide. Too young, too hiden, too off-beaten tracks !

    Lien permanent Imprimer Catégories : Bibinographie 0 commentaire
  • Où mater un vigneron à poil ?

    Dans Tronches de Vin 2 !

    C'est page 178, bande de gros cochons ! Ah bon, vous ne me croyez pas ? Attendez de l'avoir dans les mains.

    Sinon, pour celles et ceux portés sur la gent féminine, sachez qu'il y a aussi un cortège de jolies vigneronnes et quelques décolletés...

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    On y trouve aussi des vins naturels à moins de 5 eurosde bons bordeaux, des conseils pour bien choisir beaujolais et muscadet et une idée pour régler le conflit israélo-palestinien

    Rendez-vous dans toutes les bonnes librairies le 13 mars et sur le site des Editions de l'Epure !

    Lien permanent Imprimer Catégories : Bibinographie 0 commentaire
  • Où confronter vin israélien et bière palestinienne ?

    Dans Tronches de Vin 2 !

    Page 94 contre page 144 !

    Mais plutôt que de les opposer, on peut les réunir. Pour l'apéro, quelques bières 100 % palestiniennes bien fraîches avant d'attaquer quelques mezze (ou une belle volaille de Bresse et un selles-sur-cher) accompagnés d'un chenin israélien... Et on réglait le conflit israélo-palestinien dans le verre ?

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    On y trouve aussi des vins naturels à moins de 5 euros, de bons bordeaux et des conseils pour bien choisir beaujolais et muscadetRendez-vous dans toutes les bonnes librairies le 13 mars et sur le site des Editions de l'Epure !

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