Avertir le modérateur

du morgon dans les veines

  • Voici une solution pour manger chez Yves Camdeborde sans réserver des mois à l'avance

    Le comptoir du Relais d'Yves Camdeborde, on sait comment ça marche : c'est une brasserie alléchante ouverte tous les jours qui, les soirs de semaine, du lundi au vendredi, se mue en un restaurant gastronomique. Il s'avère plutôt simple de manger à la brasserie, au prix de quelques contorsions dans les horaires : venez faire la queue à 11h45 ou mangez le dimanche soir à 18h30. Par contre, c'est carrément galère de dégoter une place un soir de semaine au gastro.

    L'effet Masterchef ? Je peux témoigner la main sur le cœur pour y avoir manger avant, pendant et après l'émission de TF1 que cette dernière n'a pas changé grand-chose. Il y a 6 ans, la difficulté de dégoter une table était identique, il fallait réserver des mois à l'avance. 

    Des mois à l'avance ? Ouais...

    J'ai appelé ce matin, j'ai fait le test. Bonjour, je voudrais réserver pour deux couverts un soir de semaine. La première table de disponible c'est pour le 22 mars, un mardi. Si vous préférez un vendredi soir, ce ne sera pas avant le 27 mai. Mai, oui oui. Rappel : nous sommes le 8 février... Soit dans un mois et demi dans le meilleur des cas. Soit dans trois mois et demi, si vous voulez festoyer une veille de week-end.

    Alors, on fait comment ?

    Peut-être connaissez-vous le boss ? Un simple coup de fil et on peut s'arranger, m'avaient dit des vignerons. Je reste dubitatif sur cette possibilité, étant donné l'étroitesse du lieu. Et puis, surtout, problème : moi, je ne le connais pas le boss, je n'ai pas son 06...

    Mais j'ai une solution.

    Déjà, triez vos partenaires, il est bien plus facile d'être deux que huit, c'est l'évidence. Ensuite, armez-vous d'un téléphone, de patience et de flexibilité ; la technique ne marche pas forcément à tous les coups, il faut parfois réessayer plusieurs jours de suite. Et cela va sans dire : mon affaire fonctionne mieux le lundi que le vendredi. L'idée c'est d'appeler chaque matin vers 10h30/11h afin de voir s'il y a un désistement pour le soir même. Avec la légèreté des Parisiens, la frilosité actuelle des étrangers concernant Paris et ceux qui ont de véritables empêchements, vous pouvez avoir de la chance.

    Si tout fonctionne bien, vous aurez droit à ça.

    IMG_1047.JPG

    IMG_1048.JPG

    IMG_1054.JPG

    IMG_1057.JPG

    FullSizeRender.jpg

    Mention spéciale pour cet extraordinaire dessert : agrumes de Kalamata (j'imagine que ça vient d'une maison de bon goût, Profil Grec) réhaussés d'une crème de basilic et d'une glace au lait de brebis. Vous m'en mettrez 15 autres s'il vous plait, notamment pour mon petit-déjeuner et mes goûters. 

    IMG_1066.JPG

    Dans le verre, du bizarre jouissif : Anne, Françoise, Joseph (en version 2010) du domaine des Griottes... Oui, ça existe encore en cave ! Il accompagne tout le repas (sauf le pigeon qui s'entend bien avec un verre de bourgogne) et ne flingue pas l'addition.

    IMG_1052.JPG

    Evidemment, sur le fromage, j'attaquais le dépôt, d'où la couleur.

    IMG_1063.JPG

    Service au top, assiettes toujours bien troussées, moment intime non réfléchi des mois à l'avance : ah, si tous les restos du coin étaient du même tonneau...

    Le Comptoir du Relais, Yves Camdeborde, 5 Carrefour de l'Odéon, 75006 Paris, +33 1 44 27 07 97. Notez aussi que lors des vacances scolaires, tout redevient brasserie, même les soirs de semaines.

    ***

    ENGLISH VERSION How to having dinner at Camdeborde's Le Comptoir du Relais without booking several months in advance ?

    You know Yves Camdeborde's Le Comptoir du Relais restaurant : it is an enjoying Parisian brasserie open all days which turns into a gourmet restaurant on evenings, from Monday to Friday. It is rather easy to eat at the brasserie if you don't mind your schedule : come to queue at 11:45 or eat on Sunday night at 18:30. But its a pain to book a table at the weeknights gastro restaurant.

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH ! 

  • Le flan de l'artisan Bruno Solques surpasse (et de loin) celui de Cyril Lignac

    IMG_1231.jpg

    Ce gâteau est à l'image de l'époque : neutre, sans aspérité, quasi médical. La raison ? Cyril Lignac n'utilise pas d’œufs pour ses flans ! Je le tiens de la vendeuse, en boutique. De l'amidon de maïs à la place... "On gagne en texture" dit-elle. C'est aussi la marge du commerçant qui y gagne, la Maïzena revient moins cher que des œufs. Ce n'est pas mauvais, ce n'est pas terrible et est-ce encore du flan ? Certes, c'est joli au premier abord mais cela suffit-il ? Cyril Lignac, enfin ses pâtissiers plutôt, vendent la part 3 euros et 50 centimes. 

    Cet après-midi, je passe par la boutique de Bruno Solques, un véritable artisan boulanger. Ici, le flan est au même prix que chez Lignac et il y a à becqueter. C'est un autre monde.

    Texture, gourmandise, incroyable longueur en bouche (y a un peu de rhum là-dedans non ?) : je l'avale en deux minutes top chrono, c'est merveilleux. Au moins, ça ne ressemble pas à un produit parfait, mais à un classique que ta grand-mère faisait. Un vrai flan, quoi, un truc humain.

    IMG_1234.jpg

    Bruno Solques, 243 Rue Saint-Jacques, 75005 Paris, 01 43 54 62 33.
  • Une oraison funèbre pour Marcel Lapierre

    FullSizeRender.jpg

    "Encore une fois, on n'est pas étonné d'observer que les Français des temps qui sont les nôtres, en cette matière comme dans d'autres, ne savent plus au juste ce qu'est la France. La France, ce n'est pas les vignerons hommes d'affaires vedettes des foires aux vins falsifiées. La France, ce n'est pas les vins modelés par des fermenteurs à rotors, de l'osmose inverse, de la micro-oxygénation, des ajouts de tanins, des enzymes ou des levures synthétiques. La France de Marcel Lapierre, du vin de Marcel Lapierre, c'est l'esprit rebelle, la fraternité bruyante, la subtile gourmandise, le gout délicat et l'anarchisme foncier qu'il aura incarnés mieux que personne durant trois décennies, en gros entre 1980 et 2010, dont on se souviendra longtemps".

    On a les morts qu'on mérite. Dans son recueil d'oraisons funèbres publié cette semaine, Jérôme Leroy se met dans la peau d'un Bossuet du début des années 2010. Il passe en revue Thierry Roland, Ben Laden, Amy Winehouse ou Marcel Lapierre. En tant que miroirs de l'époque, ou en tant qu'anti-miroirs, chacun raconte à sa manière la fin du XXe siècle ou le début du XXIe, l'avènement du bling-bling, du simplisme ou du vide. Et avant tout, le temps qui passe.

    IMG_1123.JPG

  • Un peu de trévise dans ma grappa

    La trévise, la vraie, c’est-à-dire le radicchio rosso di Treviso, a l’apparence d’un fouet mauve, pas d’une boule sans goût. C’est une chicorée aux jolis amers. Que va-t-elle donner dans ma grappa ? Oui, j’ai bien décider de les faire cohabiter quelques temps. Du radicchio, du poivre et une belle grappa de chez Nardini : la recette précise se lit ici.

    Rendez-vous dans 5 mois très exactement pour goûter cette grappa à la trévise. 

    IMG_0955.JPG

  • Un accord Galette des Rois/livre... car comme il y a une pâtisserie de saison, il peut y avoir une lecture de saison

    J'avais déjà râlé il y a quelques temps sur Christophe Michalak qui utilise des myrtilles et des mûres en mai et sur Pierre Hermé qui nous sert des framboises toute l'année sur son Ispahan. C'est pourtant l'évidence même : puisqu'il y a un roulement des saisons pour les fruits et légumes, puisque les bons cuisiniers l'intègrent comme contrainte quotidienne, il n'y a pas de raison pour que les pâtissiers dérogent à cette règle naturelle.

    C'est pourquoi je fréquente assidûment la pâtisserie Des Gâteaux et du Pain, de Claire Damon. Il faut ajouter que, de toutes les pâtisseries parisiennes goûtées (faites moi confiance), c'est le plus haut niveau d'inventivité et de réalisation. Le tout couplé à un parfait respect des saisons. En ce moment, à la mi-janvier, les fruits se font rares. Hormis les agrumes... Cela donne : cheesecake au pamplemousse, tarte au citron, gâteaux aux poires, noisettes, chocolat. De la vraie pâtisserie hivernale.

    IMG_0979.JPG

    Et de la galette des Rois, même si là, on a plus de latitude avec les saisons. Je suis un bon cobaye, je ne cours pas après les galettes. Le feuilletage m’écœure vite, la frangipane me lasse, la tradition m'ennuie. J'avoue que je ne suis pas resté insensible à cette galette polonaise : feuilletage caramélisé (ça change), crème vanille-amandes (gourmand) et fruits confits (tout le monde a l'impression d'avoir la fève). D'ailleurs, il n'y a pas de fève dans cette galette, il faut l'ajouter soi-même. Quelques clients habitués à qu'on leur fasse tout rechignent un peu. Pourtant, c'est un bon système pour éviter de tomber sur la fève au moment de la découpe. Le tout s'avère assez extra. 

    IMG_0984.JPG

    Et avec ça, qu'est-ce qu'on lit ?

    Oui, parce que le pinard c'est sympa mais les traditionnels pétillants avec la galette, on a déjà donné. Accompagnons la galette d'un bon livre, qui fasse autant voyager que les épices de Claire Damon. D'ailleurs, la lecture ne peut-elle pas, elle aussi, suivre les saisons ? C'est vrai, le livre n'est pas périssable heureusement et le lecteur garde sa liberté. Mais lire le très rohmérien Adieu aux espadrilles d'Arnaud Le Guern à la fin des vacances d'été vous plonge directement dans l'ambiance.

    Idem avec Gaspard, Melchior et Balthazar de Michel Tournier, ouvert en ce début janvier. C'est vrai, on ne sait rien des Rois Mages. L'écrivain a décidé de leur inventer un passé afin d'expliquer ce qui les mène à Bethléem. Pour rappeler que l’Épiphanie n'est pas qu'une galette.

    "Le poète l'a dit : l'eau qui stagne immobile et sans vie devient saumâtre et boueuse. Au contraire, l'eau vive et chantante reste pure et limpide. Ainsi l'âme de l'homme sédentaire est un vase où fermentent des griefs indéfiniment remâchés. De celle du voyageur jaillissent en flots purs des idées neuves et des actions imprévues.  [...] A ce propos, j'ai répugné à faire partir mes compagnons et mes esclaves sans leur donner d'explication. Je leur ai parlé d'une visite officielle à un grand roi blanc des rivages orientaux de la mer, et j'ai cité un peu au hasard Hérode, roi des Juifs, dont la capitale est Jérusalem. C'était trop de scrupules. Ils m'ont à peine écouté. Pour ces hommes qui sont tous des nomades sédentarisés - et malheureux de l'être -, partir trouve sa justification en soi-même. Peu importe la destination".

    IMG_0999.jpg

  • Michel Delpech, l'éloge de la fuite et Pantelleria

    Profitez de la mort de Michel Delpech pour réécouter ses chansons - au moins elle aura servi à quelque chose. Et au hasard de textes qui peuvent paraître anodins, en s'y penchant vraiment, vous êtes vite absorbés par un leitmotiv qui transpire : un véritable éloge de la fuite.  

    C'est évident dans les chansons secondaires, de l’ambiguë Trente Manières de quitter une fille ("J'aimerais bien t'aider dans ta lutte pour être libre") en passant par Les Aveux.

    "Il est fatigué le prince charmant
    Il est fatigué son beau cheval blanc
    Ses rêves bleus sont un peu gris
    Son épée d'or est en fer blanc [...] 
    J'étais prisonnier
    Je suis délivré
    De la prison de coton
    Que j'habitais depuis des années"

    On va me dire que ce ne sont que des problèmes de rupture. Pas si simple, le problème est plus profond. La fuite semble toujours contrainte car, ailleurs, d'autres chansons laissent respirer un bonheur certain (Et Paul chantait Yesterday, L'Amour en wagon-lit...).

    Je crois que la clé se trouve dans Ce Lundi-là, une chanson qui est à mon sens l'oeuvre majeure de sa discographie. Un mec plaque tout parce que son entreprise le saoule. Ce n'est pas partir pour partir, mais se résigner à partir quand tout s'oppose à ce qu'on est réellement. En cela, Michel Delpech tranche. 

    Il savait qu'à huit heures la table serait mise
    A côté de son assiette il y aurait ses tranquillisants
    S'il fallait toutes ces salop'ries pour arriver à s'endormir
    Ce n'était pas la peine d'avoir trente ans [...]
    Il revoyait encore la brasserie des "Trois dauphins"
    Où ses amis l'attendraient demain de midi à deux heures
    La crise entraînerait encore des conversations sans fin
    Mais demain à deux heures il serait loin

    Cette obsession de la fuite se retrouve aussi dans les tubes. Pour Les Divorcés, chanson devenue symbole d'une époque, pas besoin d'explication de texte. Wight is Wight est très claire aussi. "Toi qui a voulu t'emprisonner / As tu le droit de condamner / Celui qui cherche à s'évader." Ou encore Pour un Flirt, où il explique : "Je pourrais tout quitter / Quitte à faire démodé".

    Enfin Le Chasseur, vous savez, celle avec les oies sauvages et qui commence par une partie de chasse assez commune et qui finit sur une fuite bien définie. "J'aurais bien aimer les accompagner / Au bout de leur voyage". Mais voilà, la réalité est là : le mec se rend compte qu'il est seul comme un con, avec son épagneul, rêvant à la Méditerranée.

    Aujourd'hui, on enterre Michel Delpech. La Méditerranée est loin du Père-Lachaise. Pourtant, pour ceux qui restent, elle est là, à portée de main. Entre autres, grâce à cette incroyable quille de Gabrio Bini. Lui a fui Milan pour Pantelleria, la terre aux câpres, entre Sicile et Tunisie. La possibilité d'une île est devenue réalité. 

    IMG_0809 (1).JPG

    Un simili-jus de pamplemousse mi-amer, mi-acidulé, comme une chanson de Michel Delpech. 

    IMG_0807.JPG

    Cette digression pinardo-musicale ne sera pas complète sans Pauvre Baby Doll, la plus belle chanson de fuite. On la doit à Eddy Mitchell. Et c'est aussi un tir d'artillerie. Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenus.

    "Ses parents n'sont plus rien que deux étrangers
    Ils ont oublié
    Qu'ils se sont tant aimés
    La vie les a doublés
    C'était pourtant pas loin l'Amérique
    Quand ils en ont parlé
    Elle n'est plus là la Californie
    Il ne faut pas rêver [...]
    Même si c'est bien loin l'Amérique
    Partir c'est l'approcher
    Elle n'est pas là la Californie
    Il ne faut pas rêver
    Et tant pis s'il n'y a pas d'Amérique
    Tout mais ne pas rester
    Il y a bien une Californie
    Quelque part où aller"

     

  • Retour en France (et sur quelques quilles)

    Aimer la France,
    c'est toujours aimer autre chose que la France.
    Sébastien Lapaque

     

    Je ne vais pas m’appesantir sur un an d'éloignement. La France a vécu sa vie, moi la mienne. On se retrouve dans un moment pas très simple. Mais on conjure le sort, on panse les plaies, on parie sur l'avenir en partageant quelques bouteilles d'exception. Voici ce qui a circulé dans mon gosier depuis exactement trois mois.

    1.JPG

    La première quille que j'ai prise dans mes bras, dans mon nouveau chez moi. On en a bu des cargaisons de 2005 à la Crémerie ; c'est toujours aussi harmonieux ce combe-bazin

    2.JPG

    Terre de Vertus 2009 de Larmandier-Bernier : un grand, grand champagne non dosé.

    3.JPG

    4.JPG

    Les extraordinaires pinots noirs de Bruno Schueller. Evidemment, le Chant des Oiseaux 2009 surpasse tout. Sans doute la quille de ma rentrée.

    5.JPG

    Un fabuleux gin venu de Forêt-Noire. Compagnon du tonic et du clafoutis aux poires.

    6.JPG

    Le jasnières 2011 du domaine Le Briseau, bu chez à Mi-Chemin, ne nous a pas laissé au bord de la route.

    FullSizeRender (1).jpg

    Le primeur des Foulards Rouges, Octobre, bu quelques jours avant son lancement officiel en novembre.

    9.JPG

    Un souvenir de Thessalonique, de la visite chez Thymiopoulos. Ouvert au Coinstot Vino...

    10.JPG

    ...tout comme ce magnum de primeur italien, bu l'année d'après. Je croyais bien le connaître celui-là, mais quelle bombe après un an d'attente !

    11.JPG

    Un super dîner en petit comité avec Marc Barriot (Clot de l'Origine).

    12.JPG

    Un exquis savagnin 2008 de Puffeney débouché un mardi midi, au Vitis le nouveau resto des frères Delacourcelle.

    13.JPG

    Un très chouette beaujolais dégoupillé avec le vigneron (Julien Merle) chez Versant Vins.

    14.JPG

    Une de mes quilles adorées, lentement patinée par l'équipe du Clown Bar : edelzwicker 2008 de Bruno Schueller (oui, encore lui !).

    15.JPG

    Un vin chilien bu avec Vincent Wallard, qui me donne envie d'aller faire les vendanges là-bas, en mars prochain... Peut-être... 

    16.JPG

    Fantastique Escarpolette 2009 d'Ivo Ferreira

    17.JPG

    Le coucou blanc 2006 (malgré son passage en fût) fait un tabac ! Merci Elian Da Ros !

    18.JPG

    Là aussi, une grande bouteille... qui te fait aimer le cabernet-sauvignon, c'est dire ! Cana 2008 d'Angiolino Maule, en magnum.

    20.JPG

    Les Cinq Elements, la macération de gewurztraminer de JP Rietsch. Que c'est bien de croquer la peau du raisin ! 

    21.JPG

    Sans doute l'autre grande quille de ma rentrée, le chambolle-musigny signé Frédéric Cossard. Revenons aux fondamentaux, à ce qu'on aime. Avec des pâtes au poulpe, une recette de Kalamata exécutée par et chez Alexandre Rallis

    22.JPG

    Chardonnay 2009 d'Overnoy/Houillon. Fallait être là...

    23.JPG

    Enfin du Gabrio Bini ! Un jus de pamplemousse, moitié Sicile, moitié Tunisie. Ce que la Méditerranée fait de mieux (avec les vins grecs).

    24.JPG

    Un autre fantastique bourgogne, on n'est plus à la LCR ! Clos de Monsieur Nolly 2000, domaine Valette. Et à ses côtés, le Pechigo blanc 2009 de Sylvain Saux que j'apprécie particulièrement.

  • Davide Bentivegna, le vigneron qui sème le chaos sur l'Etna

    "Ses cuvées s'appellent Kaos, parce que chez lui, c'est vraiment le chaos." Le patron de la pizzeria Cave Ox m'avait prévenu... Une telle mise en garde te donne forcément envie de rendre visite à Davide Bentivegna, vigneron sur l'Etna.

    sicile,italie,davide bentivegna,kaos,etnella

    Son domaine Etnella existe depuis le millésime 2010. Davide a commencé par autre chose, par une vie dans les chiffres, entre deux avions. Mais l'héritage familial a pris le dessus. Aujourd'hui, il s'occupe de 6 hectares de vignes et de 4 d'oliviers. Jusqu'ici tout est clair.

    Davide nous donne rendez-vous chez lui, sur les hauteurs d'Acireale, pas trop loin de la touristique Taormine. On commence par visiter son jardin où s'enchevêtrent quelques vignes et arbres fruitiers.

    Puis on passe à table. Normal, on est en Sicile. Davide fait des essais sur les étiquettes de ses bouteilles. Un essai, cela signifie qu'il colle une étiquette nouvelle sur la première bouteille à portée de main. Pour voir ce que ça donne. Parfois, en grattant, on trouve jusqu'à 3 couches différentes de papier. Ce soir, rares sont les vins goûtés qui correspondent à leur étiquette. Les photos sont superflues, le flou s'installe. J'en avais vu des trucs originaux chez les vignerons, mais là...

    Le chaos.

    Davide aime désarçonner le goûteur. Dans les dégustations, il sert ses vins dans des contenants en plastique. Les gens pensent que le jaja n'est pas terrible puis ils changent d'avis. "J'aime partir d'en bas pour ensuite surprendre". Pour ma part, j'apprécie vraiment ses rouges. Ce sont sans doute, avec la cuvée Machado de Francesco Guccione, les rouquins qui m'ont le plus plu sur l'île Sicile. Ainsi la cuvée Notti Stellate 2012, un rouge virevoltant comme un lambrusco bien fait. Mais tu sens un vrai vin derrière la bulle, pas un truc qui s'efface. Forcément, c'est fait avec du nerello mascalese, le pinot noir local travaillé modestement... Bon, en fait, c'est une expérimentation. Et ça ferait un tabac.

    sicile,italie,davide bentivegna,kaos,etnella

    Villa Petrosa di Santo Spirito (2014). L'idée, c'est de faire du vin comme le faisait ses ancêtres, avec cette tradition de mélange de cépages rouges (nerello mascalese, nerello cappucio) et blanc (catarratto). La superbe couleur rouge légère et un fruit croquant font l'unanimité. La conversation passe ensuite sur ses vins traditionnels menacés par la standardisation ou l'impossibilité de vinifier en palmento, le chai tradionnel de l'Etna. La riposte est claire : "quelqu'un qui est assis à Bruxelles ne peut pas me dire comment faire mon vin."

    Et sa bulle 2013, il l'a additionnée de moûts de 2014 - en lieu et place des levures...

    Le chaos, encore.

    J'adore sa couleur framboise un peu passée pour un vin rafraîchissant et son côté très vineux qui en fait un bon compagnon de table. À la manière d'un grand champagne, la bulle s'estompe très vite. Y a beaucoup de soufre là-dedans ? Pas vraiment, il se fie à la charte de l'A.V.N. : poco ma non troppo. Voire pas du tout.

    sicile,italie,davide bentivegna,kaos,etnella

    Enfin, les vins du chaos.

    Kaos Etna Bianco mélange principalement deux cépages blancs siciliens, carricante et catarratto. La pierre volcanique donne quelque chose de très minéral, de très droit pour le 2014. Le millésime précédent joue plus sur l'oxydatif.

    "Mais pour moi, le vin naturel c'est la macération". Comme on le suit, Davide ouvre son Kaos 5.0 macéré 5 jours. Pas orange, ni lourd, simplement vibrant. Ces cuvées s'appellent Kaos en souvenir de la théorie mathématique du chaos. Appliqué au vin, cela donne un théorème que l'on connaît bien : tout millésime est différent.

    Hors concours, le nepitello. Un genre de chartreuse maison, à base de la plante baptisée nepitella en italien, le "calament népéta" en français. Le point d'orgue des produits d'un vigneron hallucinant...

    sicile,italie,davide bentivegna,kaos,etnella

    (En France, pour l'instant, seul l'excellent VinNouveau importe ces quilles.)

    ***

    ENGLISH VERSION Davide Begnanti, the man who brings chaos on Etna

    "He calls his wines Kaos... because with him it is really chaos..." The owner of the pizzeria Cave Ox warned me... But this warning makes me feel very curious about Davide Begnanti, a winemaker on Mount Etna. 

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH ! 

  • Cave Ox, solide sur les fondamentaux (antipasti, pizza et vins naturels)

    IMG_2621.JPG

    Le versant nord de l'Etna abrite la plus remarquable cave à manger de Sicile, voire de toute l'Italie. Les choses simples se révèlent toujours les plus difficiles à réaliser. Antipasti, pizze, tiramisu. Du très classique, du très gourmand.

    P8108064.JPG

    (Les courgettes, les tomates, les aubergines... c'est de saison : c'était un repas au mois d'août dernier).

    IMG_2615.JPG

    P8108071.JPG

    Et question vins, c'est le paradis. Le vin blanc de Vino Di Anna, venu en voisin. Nous n'avons pas pu croiser Anna Martens, elle était loin de ses vignes. Par contre, son blanc 2014 servi dans un zalto nous a fait grande impression.

    P8108062.JPG

    A l'instar de ce rosé 2013 bien franc, de l'Azienda agricola Crasa (SRC). Introuvable. Comme tout le reste de la cave de Sandro Dibella, le patron, fou de vins naturels. Du Robinot, du Riffault, tous les meilleurs italiens, du Liban, de la Slovénie... Le monde du vin naturel unifié fait de Cave Ox une étape sicilienne incontournable. Deux nuits dans le coin, deux soirs à manger chez Sandro.

    IMG_2617.JPG

    Pizza parfaite, produits choisis, vins au naturel : forcément, l'adresse nous fait penser au Coinstot Vino.

    Cave Ox, Via Nazionale 159, Solicchiata, Castiglione di Sicilia (CA), 0942 986171.

    ***

    ENGLISH VERSION Cave Ox, back to basics (Antipasti, pizza and natural wines)

    The northern slope of Etna houses the most remarkable cave à manger of Sicily or maybe Italy. The simple things are always revealed most difficult. Antipasti, pizzas, tiramisu.  

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH !

  • Francesco Guccione mélange ses vins, à l'image de la Sicile qui a vu plusieurs peuples se mélanger

    La Sicile est ouverte sur 3 mers, au carrefour des routes politiques, guerrières et commerciales. Elle en a connu des invasions. Grecs, Carthaginois, Byzantins, Musulmans, Normands, Angevins, Espagnols et quelques Italiens tout de même. La nourriture et l'architecture sont ainsi les témoins de ce mélange.

    J'extrapole en écrivant que Francesco Guccione met à l'œuvre ce melting-pot dans ses quilles.

    IMG_1663.JPG

    Bien sûr, il fait des rouges et des blancs mono-cépages. Et encore... Son trebbiano 2014 a été aromatisé avec un peu de malvoisie. Mais avant tout, la touche de folie et le talent de Francesco, on les décèle dans ses assemblages, ses hommages inconscients au passé de la Sicile.

    1213 ne correspond pas à un millésime du Moyen-Âge mais très simplement à une réunion de deux millésimes de trebbiano. L'idée est de trouver un équilibre entre 2012, année chaude, et 2013, année plus froide. Pas con. Quand on le goûte, on est encore plus convaincu. Une fois encore, on avoue que Francesco réussit superbement ses blancs. D'ailleurs tous les vignerons siciliens que j'ai rencontrés me l'ont exprimé, parfois avec un peu de jalousie...

    IMG_1654.JPG

    La cuvée Machado mélange carrément rouge et blanc, moitié/moitié. Dans un fût de 500 litres, Francesco place les raisins rouges de nerello mascalese et perricone avant d'ajouter le jus blanc de trebbiano déjà pressé. Une courte macération et il presse à nouveau. En sort un jus fluet, ni rosé, ni rouge, plutôt un rouge-rosé au fruit croquant, à la torchabilité extrême. À l'instar d'un tavel d'Eric Pfifferling.

    Parfois, à l'image d'autres vignerons, Francesco laisse les peaux du raisin blanc catarratto mariner avec le jus durant 15 jours (pour ce qui est de 2012). Cette cuvée de macération se goûte encore franchement même sur une bouteille ouverte depuis 4 mois ! Aucune lourdeur et toujours cette belle palette aromatique.

    Ces vins originaux ne se laissent pas dénicher facilement, ils sont rares. Et j'ajoute que les buveurs n'ont pas toujours la curiosité requise pour aller vers elles, pour se les faire expliquer. Francesco explique que c'est au Japon qu'il vend le plus. "Les Japonais ne sont pas seulement intéressés par le fait de boire, mais aussi par rencontrer et comprendre un vigneron. Ordinairement, qui dit Sicile dit nero d'avola. Point barre. Mais les Japonais n'ont pas peur de goûter autre chose quand je le leur présente".

    (L'ami Patrick parle aussi très bien de Francesco dans Tronches de Vin 2 ou sur son blog).

    ***

    ENGLISH VERSION Francesco Guccione blends its wines, as Sicily mix people

    Sicily is open on three seas, at the intersection of three roads : politics, war and trade. It has experienced invasions. Greeks, Carthaginians, Byzantines, Muslims, Normans, Angevins, Spanish and some Italian nonetheless. The food and architecture are witness to this mix. I extrapolate when I say that Francesco Guccione puts this melting pot in his bottles.

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH !

  • Porta Del Vento redonne du piquant au catarratto, un modeste cépage blanc sicilien

    P7227471.JPG

    Encore un exemple de mec qui a changé de vie. Marco Sferlazzo était pharmacien à Palerme. Sympa mais on a connu plus trépidant. Et puis, il y a le souvenir de son grand-père vigneron. Vers 8-10 piges, Marco s'est pris d'amour pour le raisin. Quand trop fut trop, il plaqua sa première vie pour monter son propre domaine, Porta Del Vento. C'était il y a dix ans.

    Autant on suffoque à Palerme, autant on respire à Camporeale. À 50 kilomètres au sud-est du chaudron qu'est la capitale régionale, ce sont les montagnes avec une vue à couper le souffle.

    P7227484.JPG

    Et du vent, beaucoup de vent. Une ouverture vers la mer entre deux rochers, c'est la fameuse porte du vent, l'espace par où il s'engouffre l'été. Forcément, le sol en pâtit, la roche s'érode. Ajoute à ce phénomène quelques milliers d'années et ça donne une terre sableuse.

    P7227447.JPG

    Marco règne aujourd'hui sur 14 hectares et peste contre les cépages internationaux. Oui, on est en Sicile, on n'est pas là pour boire du merlot, merde. Le perricone, vous ne connaissez pas ? Normal, ça ne pousse qu'ici. Les rouges et les rosés (cuvées Maque) à base de ce cépage rencontrent un joli succès.

    Mais la vraie belle découverte, c'est le catarratto, un cépage autochtone blanc. Habituellement, on l'internationalise en le coupant avec du chardonnay ou du sauvignon. Ou alors on le prend comme jus d'appoint pour augmenter sa production. Cependant, de plus en plus de producteurs le mettent en bouteille pour lui-même.

    P7227450.JPG

    Porta Del Vento sort trois types de blancs totalement différents à partir du même cépage. Ma tendresse envers Mira n'est plus à démontrer. Cette bulle 100 % catarratto possède une indéniable identité sicilienne. Parfumée et beurrée, elle m'évoque évidemment un joli champagne tout en gardant un côté sudiste assez peu courant. Un vin grandiose.

    IMG_1566.JPG

    Le Catarratto tranquille dans sa version 2014 se révèle frais et acide, sans trop d'alcool et plutôt élégant. On peut le boire de l'entrée au dessert, ça ne me gênerait pas.

    IMG_1567.JPG

    Enfin, la bizarrerie du lot : un catarratto de longue macération sur peaux... Un truc assez original en Sicile même si Marco nous dit qu'il y a bien une petite tradition locale en ce qui concerne le vin orange. Il a commencé à expérimenter la chose en 2007 après avoir bu de chouettes Radikon.

    IMG_1560.JPG

    Cette cuvée Saray (sarai signifie "tu seras") est un vin délectable avec les viandes blanches, les poissons et surtout les desserts agrémentés des fameuses amandes siciliennes. Qu'il s'agisse du 2012 (30 jours de contact) ou 2009 (45 jours), le vin est à chaque fois bien différent. Du fait de l'altitude, on garde une certaine fraîcheur mais puissance et oxydation varient selon les millésimes. Quant à savoir si c'est un vin orange, là aussi ça dépend : Marco limite le contact avec l'oxygène et la récolte en surmaturité. Car il ne désire pas avoir de vins trop oranges... c'est plus difficile à vendre !

    ***

    ENGLISH VERSION Porta Del Vento boosts catarratto, a modest Sicilian white grape

    Another example of a guy who has changed his life. Marco Sferlazzo was a pharmacist in Palermo. Friendly but not really hectic. And he thought about his grandfather who was a winemaker. When he was 8-10 y-o, Marco did fall in love with the grapes. When too much was too much, he stopped his first life to build its own domain, Porta Del Vento. It was ten years ago.

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH !

  • Salvo Foti, le messie du vin sicilien

    IMG_2513.JPG

    On imagine bien Salvo Foti en train de chasser les marchands du temple. "Le problème en Sicile, c'est que certaines personnes veulent faire trop d'argent" avoue-t-il très vite.

    Ce matin d'août, nous marchons au cœur de la bourgogne sicilienne, à Solicchiata, versant nord de l'Etna. Dans ces vignes parfois centenaires qui portent l'immense Vinupetra, sans doute le plus grand vin rouge de l'île, Salvo grogne contre les travailleurs venus d'Europe de l'Est que les grandes maisons viticoles exploitent. Peu de qualification et aucune connaissance du terroir : deux qualités de choix pour les industriels qui désirent avant tout les payer le moins possible.

    Puis il peste contre la mécanisation à outrance qui a tué la culture en terrasses - ce qui constitue tout de même la base de la culture méditerranéenne. Pire, Salvo s'en prend aux cépages internationaux et à leur haut rendement décidé, ce qui a tué la culture de la vigne "en gobelet", plus joliment appelée arbarello dans cette partie de la Sicile. Les Grecs et les Romains l'avaient popularisée mais la recherche du profit a presque fait disparaître cette tradition.  

    IMG_2480.JPG

    L'arbarello, c'est l'amour de sa vie, à Salvo. C'est joli, ça pousse droit sur des piquets. Il m'explique. "Le pire ennemi du raisin, c'est l'ombre ; le meilleur ami du raisin, c'est le soleil, me disait mon grand-père. Taillée en gobelet, c'est-à-dire verticalement, la vigne est debout et fait face au soleil. Taillée horizontalement, elle est assise et respire mal. C'est comme un homme..." Sauf que la machine à vendanger automatique préfère une vigne à l'horizontale plutôt que l'arbarello : du temps, donc de l'argent de gagné.

    Mais la lumière fût. Il y a quelques années, Salvo a découvert que l'arbarello était le pilier d'une maestranza dei Vigneri créée en 1435, à Catane. Cette association de vignerons du Moyen-Âge avait imaginé un cahier des charges précis pour la culture du raisin et la vinification dans la région de l'Etna.

    Plus de 500 ans après, Salvo a décidé de relancer cette association, baptisée plus simplement i Vigneri. Son symbole ? Une vigne taillée en gobelet...

    IMG_2554.JPG

    Salvo signifie "je sauve" en italien. Cela ne s'invente pas.

    Autour de lui, il a regroupé amis et connaissances au sein d'un club de vignerons et de travailleurs, qui de Lipari dans les îles Eoliennes jusqu'à Pachino à l'extrême sud de la Sicile, partagent la même philosophie du vin : une culture en arbarello et le minimum d'intervention dans la vigne comme au chai. 

    Et si moi j'achète une vigne ici et si je demande à travailler avec i Vigneri ? Oui, c'est possible me répond Salvo chez qui on sent de la réserve. Il a raison, je ferais un piètre vigneron. Il veut surtout me faire comprendre que i Vigneri, ce sont des potes qui travaillent ensemble dans les vignes et dans le gros oeuvre (la mise en place des murs à pierres sèches, la construction de maisons...). Une vraie communauté.

    Salvo Foti exploite une parcelle bien précise chez chaque vigneron et met en bouteille les cuvées i Vigneri. Les vignerons ont aussi la possibilité de mettre en bouteille leur propre production dans une quille marquée du sceau i Vigneri mais avec leurs propres étiquettes.

    Nous avons donc croisé Vinupetra en vrai, derrière cette clôture. Salvo en a marre de se faire vandaliser voire de se faire voler des plants pour les faire repousser ailleurs. 

    IMG_2485.JPG

    Goûté deux heures plus tard, le millésime 2012 est un amour de rouge sicilien. Nerello mascalese (un genre de pinot noir local), nerello cappucio et grenache (alicante). Bien trop jeune pour s'exprimer totalement, il est déjà d'une immense classe.

    IMG_0262.JPG

    Passons à un rosé splendide, de ceux qu'on n'attend pas. Salvo nous emmène au plus proche du cœur de l'Etna, dans une parcelle à 1300 mètres d'altitude (Vinupetra culminait à 700 mètres) tout près du cratère. Déjà, pour s'y rendre, vous slalomez entre les coulées de lave qui ont le même âge que moi, 34 ans... L'âge du Christ à sa mort, à peu de choses près.

    IMG_2497.JPG

    S'ouvre la fameuse parcelle Vinudilice, c'est-à-dire le vin des chênes, ceux qui entourent la parcelle. Un mélange de blanc (minella, grecanico et autres trucs que même Salvo ne connait pas) et de grenache pour lui donner de la couleur. Pas de soufre. C'est un vin sensationnel. Ceux qui ont vu ces vignes connaissent ce sentiment de plénitude.

    IMG_2506.JPG

    Au pied de l'Etna toujours nuageux, un sentiment de grand calme que l'on retrouve dans le verre. Jamais on n'aurait pensé faire un vin ici, dans ce coin reculé où ne semblaient devoir pousser que des arbres ravagés régulièrement par les coulées de lave. D'ailleurs, Salvo reste évasif sur la question. "Vivre sur les pentes de l'Etna, c'est le risque de la vie". Même si la lave coule à des endroits précis, on n'est jamais à l'abri. Ce Vinudilice 2014, c'est l'ermite au désert et les Béatitudes réunis.

    IMG_2550.JPG

    C'est bien la véritable couleur du vin, Photoshop n'est pas passé par là...

    Chaque parcelle a tellement une identité, une histoire, un sol, un encépagement particuliers, bref un terroir particulier que forcément, chaque vin raconte autre chose. Reprenons la voiture pour une heure, le temps de longer le cratère de l'Etna sous l'orage. "A cause du réchauffement climatique, les orages sont là plus tôt dans l'année". Nous sommes début août alors que traditionnellement c'est plutôt septembre.

    IMG_2523.JPG

    Direction Milo, la façade est de l'Etna. Ici règne le cépage blanc catarratto, celui qui donne les vins les plus addictifs de l'île. A côté de sa maison, sur une terre ébène, Salvo a planté des vignes pour son fils. "Préparer le futur, c'est respecter le terroir et les personnes".

    P8118097.JPG

    Sur cette photo de vignes-bébés, on comprend encore mieux le principe de l'arbarello, chacun des plants pousse autour d'un tuteur, pas en palissades. D'ailleurs, comment comprendre les vins de i Vigneri sans venir ici ? Salvo ne le conçoit pas. "Je ne travaille pas avec les cavistes ou les importateurs qui ne viennent pas voir les vignes". A l'instar de Saint-Thomas, d'abord voir, ensuite croire.

    Plus loin, poussent les raisins qui donnent cet Aurora, goûté en version 2013 : le "petit" blanc à l'écrasante majorité de catarratto avec un zeste de minella. La cuvée porte le nom d'un papillon de l'Etna en voie d'extinction.

    IMG_2542.JPG

    Ces vins nous font penser à ceux d'Eric Callcut, carrément. Dans un style totalement différent bien entendu. Mais le calice aux lèvres, on se dit : quel talent ! C'est-à-dire à la fois quelle maîtrise et quelle touche de folie sont nécessaires pour produire d'aussi grands vins...

    Sans trop de soufre ajouté, voire sans aucun ajout, il est possible que les vins de i Vigneri passent par des phases d'oxydation. C'est ce qui rend le vin vivant. "Les gens qui ne comprennent pas l'oxydation, c'est qu'ils sont habitués au Coca-Cola" annonce Salvo, rigolard.

    IMG_2539.JPG

    Salvo nous reçoit chez lui à table, comme des copains. C'est-à-dire, étymologiquement, ceux avec qui on partage le pain. Mais aussi les pâtes et sa sublime huile d'olive.

    IMG_2538.JPG

    IMG_2548.JPG

    IMG_2566.JPG

    (L'huile d'olive comme les vins de Salvo Foti, je les avais dénichés la première fois chez RAP, à Paris. Ils s'y trouvent encore).

    sicile,italie,salvo foti,i vigneri,etna

    C'est aussi à Milo que le palmento de la guilde se situe. Voici le chai typique des vignerons de l'Etna. Imaginez une maison construite à même le dénivelé de la pente du volcan : on apporte le raisin par le grenier, on le travaille à l'étage et on récupère le jus au rez-de-chaussée. Je simplifie à l'extrême. Cette tradition ancestrale est attaquée par l'Union européenne pour des raisons d'hygiène... La Botte suit ce règlement à la lettre : il est interdit désormais de vinifier en palmento. L'Etna rouge de i Vigneri est donc indisponible à la vente en Italie... Il s'agit souvent des cuvées "à boire" mais pour celui de Salvo, pour ce vin interdit, tu peux ajouter le mot "classe" au terme "à boire".

    test.jpg

    Toutes ces considérations sur la culture du raisin et la vinification sur l'Etna possèdent, j'en suis persuadé, une portée universelle. Si vous ne bradez pas votre identité, vous ferez du bon vin. Suffit, on le disait, de maîtrise et d'un grain de folie ; et cela n'est pas donné à tout le monde, il faut le reconnaître.

    N'oublions pas une once d'intransigeance. Salvo râle encore sur cette appellation Etna, trop large à ses yeux. "Il faut bien faire la différence entre un vin de l'Etna et un vin sur l'Etna. La ville de Giarre dans la plaine, c'est aussi l'appellation Etna mais les terroirs n'ont plus rien à voir avec ceux des pentes du volcan".

    sicile,italie,salvo foti,i vigneri,etna

    Ainsi parle Salvo, l'homme qui a ressuscité l'arbarello. La tradition viticole contre les robots. 

    IMG_2598.JPG

    Et puis on s'est arrêté sur la route du retour, vers Solicchiata. Il y a des journées comme ça...

    "Le païen le plus sûr, l'athée le plus honnête,
    se laisseraient aller parfois à croire en Dieu".
    Brassens, La Religieuse

    ***

    ENGLISH VERSION Salvo Foti, the messiah of Sicilian wines

    We can imagine Salvo Foti chasing the merchants away from the temple. "The problem in Sicily is that some people want to make too much money too" he confesses.

    That August morning, we walk in the heart of the Sicilian Burgundy, in Solicchiata, on the northern slopes of Etna. These centenarian vineyards give birth to the huge Vinupetra - probably the greatest red wine of the island.

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH !

  • Sicile : les vins blancs de Lamoresca ont la grâce des mosaïques romaines

    P7297883.JPG

    Ces sportives remontent au IIIe ou IV siècle. Mosaïques extraordinairement conservées, elles ornent un ouvrage exceptionnel, la villa romaine du Casale, située à côté de Piazza Armerina, dans le centre-sud de la Sicile

    Quelques kilomètres plus loin, Filippo Rizzo nous est plus contemporain. Précédemment restaurateur en Belgique, il est aujourd'hui vigneron. Petite parenthèse : c'est fou combien les vignerons siciliens se cachent dans des coins improbables au panorama démesuré... Vous cherchez les paysages insoupçonnés ? Cherchez les vignerons qui bossent bien.

    IMG_2022.JPG

    L'homme aux commandes de Lamoresca et sa femme mettent autant d'amour dans leurs vins que les mosaïstes dans leur travail. Et ça se ressent. J'ai passé près de 24 heures chez eux, à discuter, boire, manger, se balader dans ce coin perdu, face à San Michele di Ganzaria. La Sicile touristique suit le tracé des autoroutes, le long des trois façades maritimes. Alors que personne ne vient ici, dans l'intérieur des terres. Sauf les fous du vin naturel.

    IMG_2038.JPG

    "Mes vins sont normaux : je fais des vins du sud" insiste Filippo en râlant sur la prétendue mode du vin naturel qui rechercherait la fraîcheur avant tout. Ici, il ne peut y avoir de fraîcheur. Mouais, c'est vite dit, notamment si on compare avec l'écrasante majorité des blancs siciliens. Je m'explique.

    IMG_2007.JPG

    Vu qu'il ne fait pas les choses comme tout le monde, Filippo a planté du vermentino. Aucun cépage autochtone blanc sicilien ne trouvait grâce à ses yeux. Par contre, il est fou des quilles d'Antoine Arena en Corse et de Massa Vecchia en Toscane. D'où le dénominateur commun, le cépage vermentino. 

    Attardons-nous sur le 2014. Après une macération sur peaux de 2 jours, un élevage en béton. "Mon vin de garde c'est le blanc, car les rouges ont une acidité trop faible". Un peu plus de 2000 bouteilles produites seulement, la chasse au trésor est ouverte. 

    Nous avons goûté le 2014 ouvert depuis 3 jours et nous avons goûté le 2014 ouvert depuis 3 secondes. Effectivement, il y a de l'acidité et j'y trouve tout de même une grande fraîcheur par rapport à ce qui se fait ailleurs en Sicile. On est surtout bluffé par les fantastiques arômes d'agrumes (forcément, c'est du vermentino...) et le côté facile à boire couplé à une grande classe. Assez difficile à décrire en somme.

    IMG_2021.JPG

    Les rouges ne sont pas en reste.

    Le nerocapitano, nom dialectal du frappato, pousse sur de l'argile loin des beaux terroirs de Vittoria : il se fait plus rustique et plus alcooleux. Et alors ? Le mascalisi est un vin de négoce (il achète le raisin dans la bourgogne sicilienne, l'Etna), cépage nerello mascalese tannique et équilibré. Le Lamoresca rosso désigne un assemblage qui change tous les ans : c'est plutôt un vin pour l'hiver qui appelle la viande rouge. Et là nous étions en plein juillet..

    Arrive un camarade de tablée. Le débat passe rapidement sur la sauce tomate. Difficile de le suivre en sicilien, mais on comprend que ça ne rigole pas du tout. On se met d'accord sur un protocole : il faut des tomates bien mûres et mondées. Ajoutons de l'huile, du basilic avant de cuire à feu chaud. On n'en saura pas beaucoup plus...

    Filippo fait un peu de sauce tomate pour les copains. On sent qu'il aimerait développer cette activité, sa femme fronce les sourcils, sous-entendant qu'il a déjà assez de boulot comme ça.

    IMG_2052.JPG

    Le soir même, on dévore un dîner 100 % Lamoresca : tomates Lamoresca, huile Lamoresca, vin Lamoresca. Besoin d'autre chose ? Une photo ? Vous n'aviez qu'à être là. 

    Le lendemain matin, c'est la balade dans la propriété entre carroubiers, figuiers, grenadiers, amandiers... et quand même de la vigne et des oliviers.

    P7307931.JPG

    L'olive est omniprésente. C'est l'autre grande production de Lamoresca. L'huile est démente : peu grasse, avec un retour de bouche bien pimenté, elle est sicilienne à souhaits. "J'ai besoin de faire du vin pour vivre, mais si je pouvais, je ne ferais que de l'huile". Comme pour le raisin, aucun intrant chimique ne vient perturber le cycle végétal normal. "C'est dans notre culture de ne pas intervenir sur l'olive". Avant de râler sur ceux qui râlent sur le prix : "On dit que mon huile d'olive est chère, mais viens travailler chez moi et tu verras... Je ne gagne rien sur l'huile d'olive".

    IMG_2027.JPG

    La maison familiale est construite sur un promontoire sur lequel s'étale le domaine. En haut du sable, puis au fur et à mesure du dénivelé, de l'argile. Il y a encore un peu de place pour planter des grenaches. Ou autre chose, on verra. On remarque aussi l'herbe pas trop haute pour éviter la propagation des incendies. 

    IMG_2050.JPG

    "Entre les rangs, de l'origan sauvage, du laurier, de la menthe : je les laisse aux pieds du frappato et les herbes laissent leur goût aux raisins". 

    IMG_2047.JPG

    Sous la maison, un chai ultra propre. "La majorité de notre travail c'est de nettoyer". Filippo se tape de grosses journées : il embauche à 5 heures du matin jusqu'à midi, ensuite il fait trop chaud pour le travail en extérieur. Depuis ce coin reculé de Sicile, il lui faut maintenant vendre ses vins. Si je ne m'abuse et en fonction des arrivages, vins et huiles de Lamoresca sont disponibles à Paris chez RAP ou La robe et le Palais et bien d'autres lieux de plaisirs.

    IMG_2055.JPG

    ENGLISH VERSION Sicilian Lamoresca white wines have the grace of Roman mosaics

    These sportwomen date back to the third or fourth century. These extraordinarily preserved mosaics are located in an outstanding place, the Roman Villa del Casale, next to Piazza Armerina, in south-central Sicily.

    A few kilometers further, we Filippo Rizzo is more contemporary. Previously restaurant manager in Belgium, he is now winemaker.

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH !

  • Le vin naturel contre les robots

    Le thé était une rareté,
    le café avait un goût d’eau sale,
    les cigarettes étaient en nombre insuffisant.
    Rien n’était bon marché et abondant, à part le gin synthétique.
    George Orwell, 1984

     

    En réalité, j'ai compris ce que vous voulez. Vous voulez d'un monde où tous se ressemblent. D'un univers standardisé où pas un poil ne dépasse, c'est ça qui vous excite, l'égalitarisme poussé à son paroxysme. Que le soleil soit de la partie en août, qu'il neige à Noël. Sinon vous râlez, vous perdez vos repères.

    Vous voulez d'un monde où tout le monde pense pareil. Une espèce de consensus mou ou, au contraire, une simili dictature qui extermine toute pensée singulière, toute pensée tout court. Vous désirez ardemment un monde aseptisé, où vous n'aurez pas peur. Les tomates doivent être bien rondes, bien rouges, même en plein hiver. Et je ne parle pas que de la bouffe. 1984 ne vous a pas servi de leçon.

    Quant au vin, la question est définitivement réglée. Champagne pour les grandes occasions - ça tombe bien, il a le même goût tous les ans. Du liquoreux avec le foie gras, du porto avec le melon en entrée, le vin-super-que-me-fait-parvenir-le-grand-oncle-de-ma-belle-soeur-qui-a-un-filon-en-or mais vous savez à peine où il est produit... Et j'en passe. Des réflexes pavloviens. Et partout des vins trafiqués que l'on fait passer pour des produits d'exception. Dans vos têtes, dans vos verres, rien ne vit. Le "gin de la Victoire" que buvait Winston Smith avait le même goût de mort.

    169_3.jpg

    Alors le milieu du vin naturel, avec ses contradictions, ses différences, son joyeux bordel, son flou plus ou moins artistique, vous n'aimez pas. Ou vous ne le connaissez pas vraiment. Antonin Iommi-Amunategui essaie pourtant de vous l'expliquer*. Avec la facilité d'écriture qu'on lui connait, il questionne, donne la parole, tente de définir, dresse des perspectives. Il remet de la vie dans cet univers du vin que beaucoup perçoivent, à raison, comme très ennuyeux. Le vin naturel contre les robots.

    Mais de toute façon, vous ne lisez plus. Farenheit 451 ne vous a pas servi de leçon. Et pourtant, à l'instar des voyages, la littérature et le vin constituent des écoles de la vie, c'est-à-dire des zones de véritable libre-échange, un reflet de la complexité du monde et de la complexité des êtres.

    La question n'est pas de savoir si le vin naturel est meilleur ou s'il est déviant (terme affreux et inutilisable en l'espèce). La question, c'est : arrivons-nous trop tôt ou trop tard ?

    La vie était la lumière des hommes ;
    et la lumière luit dans les ténèbres,
    et les ténèbres ne l’ont point comprise.
    Jean 3:4

     

    *Manifeste pour le vin naturel, Antonin Iommi-Amunategui, éditions de l'Epure-Marie Rocher.

     

    ***

    ENGLISH VERSION Manifesto for a natural life

    I actually understood what you want. You want a world where we all look alike. A standardized world where not a hair exceeds, that's what excites you, egalitarianism at its climax. The sun in August, snow during Christmas. If not, you lose your bearings.

    You want a world where everyone thinks the same. Something like a soft consensus or on the contrary a almost-dictatorship that exterminates any singular thought, any thought. You yearn for a sanitized world, where you will not be afraid. Tomatoes must be perfectly round, bright red, even in winter.

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH HERE !

    Lien permanent Imprimer Catégories : Bibinographie 0 commentaire
  • Manger un sublime houmous en face de Gaza

    deb (1165).JPG

    Sderot dans ma tête, c'était ça. Un cimetière de roquettes. Une ville en Israël de 30 000 habitants à la frontière avec Gaza. La première cible des tirs venus de la bande voisine. 

    israel,gaza,sderot

    Arrêtons de minimiser tout ce qui en découle (morts, traumatismes, conséquences sur le quotidien...). Voici par exemple ce qui trotte dans la tête des enfants du coin.

    P6176539.JPG

    Gaza, que l'on voit au loin sur la photo suivante, vit une tragédie que personne ne peut nier et dont Israël est responsable au même titre que ceux qui jettent de l'huile sur le feu. Cependant, la tragédie de Gaza ne doit pas masquer le difficile quotidien des Israéliens qui vivent de l'autre côté de la frontière. Attention, je ne mets pas de signe d'égalité, cela ne servirait à rien. Mais rien de ce qui est humain ne m'est étranger.

    En sachant qu'Israël refuse l'entrée de Gaza aux touristes, la ville de Sderot reste l'endroit le plus facile d'accès pour comprendre ce coin du monde.

    Encore une fois, je ne vais pas faire un résumé complet de ma visite du côté israélien de la frontière avec Gaza. Car, encore une fois, j'encourage les pro-ceci et les anti-cela à venir faire un tour à Sderot, faute de pouvoir aller à Gaza pour l'instant.

    deb (1161).JPG

    Et puis il y a la vie. Sderot reçoit beaucoup d'aides du gouvernement israélien et d'ailleurs. Je découvre une ville étudiante, plutôt calme et fleurie - même si la tension existe et si la situation peut changer d'un moment à l'autre.

    Je trouve aussi un resto délicieux fréquenté par la jeunesse. A des prix défiant toute concurrence hiérosolomytaine. Pas d'autres mots possibles que : je suis sur le cul. 

    deb (1163).JPG

    Ce fabuleux houmous.

    deb (1168).JPG

    Falafel aux herbes.

    deb (1169).JPG

    deb (1171).JPG

    Arak citronnade.

    deb (1164).JPG

    Voyager, c'est changer d'idées. Et c'est pas facile.

    ***

    ENGLISH VERSION Eating an amazing humus in front of Gaza

    Sderot in my mind... That was it. A rocket graveyard. A town of 30,000 inhabitants on the border with Gaza. The first target of rocket fires from the nearby strip. Don't minimize the aftermath (deaths, injuries, consequences on the daily ...).

    Gaza, which is seen in the distance on the next picture, is living a tragedy that no one can deny and which Israel is responsible as those who are adding fuel to the fire. However the tragedy of Gaza should not mask the daily difficulties of Israelis who live on the other side of the border. Note that I do not put an equal sign, it would serve no purpose. But nothing that is human is foreign to me. 

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH HERE ! 

  • Ze’ev Dunie, le prophète du chenin israélien

    “Je laisse le raisin dessiner le vin. Je l’écoute et je fais ce qu’il veut”. Dans les vignes et au chai, Ze’ev Dunie intervient le moins possible. "Ce n’est pas une religion. C’est une décision simple qui provient d’une question philosophique très complexe : est-ce que l’on contrôle vraiment notre vie et notre environnement ? Moi, je ne le pense pas”.

    Alors, pourquoi vouloir tout contrôler pour le vin ?

    Ze'ev & tractor in vineyard.jpg

    Dans une première vie, Ze'ev était prof de cinéma à Jérusalem. Après avoir tourné un documentaire sur le vin, il se convertit. Au cœur des montagnes de Judée, dans ce paysage biblique, très sec, au sud de Jérusalem, il plante ses premières vignes en 2002. Syrah, grenache, mourvèdre... Ze’ev ne cache pas son amour pour les côtes-du-rhône. “Je plante et je travaille les cépages que j’aime boire”. C'est si simple. Et les cuvées portent des prénoms ou des noms d’artistes : Antoine (pour Saint-Exupéry), Gaudi, Lennon, Camus, Fellini… “C’est une manière de remercier les personnes extraordinaires qui m’ont donné des heures et des heures de plaisir”. Quant au fait d’avoir baptisé son domaine “SeaHorse”, ce qui signifie “Hippocampe”, “il n’y a pas d’explication logique. J’étais fasciné par cette petite créature qui semble étrangère à notre monde”.

    En 2007, alors qu'il ne vinifie que du rouge, survient le choc. En voyage en Afrique du Sud, il goûte du chenin pour la première fois et tombe amoureux. Le travailler en Israël l'obsède. Pourtant, à cette époque, ce cépage y est inconnu : aucun vigneron ne le fait pousser, aucun caviste n'en importe. Plus près de la côte, à Gedera, près d’Ashdod, il tombe sur une petite parcelle de 40 ans, une vieille vigne en Israël. Ze'ev arrive à convaincre le propriétaire de ne pas l’arracher. Baisse des rendements, récolte à maturité, élevage en fûts de bois jamais neufs… Encore une fois, il répète sa recette : écouter le raisin, être doux, ne pas manipuler. Dans le verre, la cuvée James (pour Ronnie James, un des précurseurs du vin israélien) est un chenin du sud, scintillant, sans aucune lourdeur. “Il me semble que le chenin aime les climats chauds” ajoute modestement Zeev. Le succès est immédiat ; il produit 10 fois plus de bouteilles aujourd’hui que lors du premier millésime.

    Sea Horse Winery- Ze'ev Dunie.jpg

    Au total, chaque année sortent 25 000 bouteilles de son chai. Pour l’instant, Ze’ev vend très peu à l’étranger. Il est cantonné à Israël où des curieux passent le voir, où les restaurants achètent son vin. Les Israéliens commencent à apprécier des vins peu communs dans le pays… même si la mode est encore aux blancs très boisés.

    Le petit village de Bar-Giyora se trouve à 20 kilomètres de Jérusalem, à 70 de Gaza.  Comment Ze’ev vit-il les soubresauts du conflit israélo-palestinien ? “Les guerres ne sont propices qu’au commerce des armes. Et nuisibles à tout le reste, notamment la gastronomie et le tourisme”.

    Retrouvez Ze'ev Dunie dans Tronches de vin 2 !

    ***

    ENGLISH VERSION Ze'ev Dunie, the prophet of chenin in Israel

    "Grape make wine itself and I let it live. I listen and I do what it wants". In the vineyards and in the winery, Ze'ev Dunie intervenes as little as possible. "It's not a matter of religion but a simple decision that comes from a very complex philosophical question : do we really control our lives and our environment I? No, I do not think so."

    So, why would you like to control everything for the wine?

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH HERE !

  • Un resto exceptionnel en Palestine : Hosh Jasmin

    La Palestine n'est pas forcément le pays où on mange le mieux sur Terre. D'ailleurs, ce n'est même pas un pays. Et Dieu, s'il existe, sait combien j'y ai fait de restos. Ici plus qu'ailleurs, il faut choisir ses adresses. Aucune n'égale Hosh Jasmin, à côté de Bethléem (mais bien planqué).

    Houmous, taboulé, salade.

    P5074829.JPG

    Boulettes de viande au tahiné chaud.

    deb (1248).JPG 

    Msakhan : plat traditionnel palestinien (pain au four, oignons au sumac, poulet mariné).

    deb (826).JPG

     Toutes les descriptions du monde ne valent pas un voyage sur place.

    deb (833).JPG

    Hosh Jasmin, Beit Jala. Pas facile de trouver la première fois : en venant d'Hébron, prendre la direction Gilo. En haut de la côte, le centre de Beit Jala se trouve à droite mais prenez à gauche vers Jérusalem. C'est dans la rue qui descend face au supermarché Ricardo. Vu la proximité de la colonie de Gilo, le lieu se trouve en zone C, sous total contrôle israélien. Ce qui explique que Hosh Jasmin se fait régulièrement raser... Encore une fois, pour comprendre la chose, rien ne vaut un voyage sur place.

    deb (838).JPG

    *** 

    ENGLISH VERSION A amazing restaurant in West Bank : Hosh Jasmin

    West Bank is not the best country for food. Actually it's not even a country... And God, if he exists, knows how many restaurants I have tried. Here more than elsewhere, you have to choose the places. Nothing better than Hosh Jasmin next to Bethlehem (but really hidden).

    Humus, tabuleh, salad. 

    Meatballs in hot tahini.

    Traditionnal Palestinian Msakhan : bread, onions wwith sumac, chicken. 

    All notes are not worth a trip there.

    Hosh Jasmin, Beit Jala. Not easy to find : coming from Hebron, take the Gilo direction. At top of the road, see Beit Jala downtown to the right but turn left towards Jerusalem. You'll find the place in the street that goes down from Ricardo supermarket. Given the proximity of the Gilo settlement, the place is in Area C, under full Israeli control. This explains why Hosh Jasmin is regularly destroyed... One more time nothing beats a trip there to understand the situation.

  • Un resto exceptionnel en Israël : la ferme Dubrovin

    Israël n'est pas forcément le pays où on mange le mieux sur Terre. Et Dieu, s'il existe, sait combien j'y ai fait de restos. Ici plus qu'ailleurs, il faut choisir ses adresses. Aucune n'égale la ferme Dubrovin, en Haute-Galilée.

    Aubergine rôtie au tahiné.

    iphone cha1 (2017).JPG

    Salades d'aubergines.

    iphone cha1 (2023).JPG

    Toutes les descriptions du monde ne valent pas un voyage sur place.

    iphone cha1 (2010).JPG

    Ferme Dubrovin, à côté de la réserve naturelle HaHula, sur la route de Kiryat Shmona.

    *** 

    ENGLISH VERSION A amazing restaurant in Israel : the Dubrovin Farm

    Israel is not the best country for food. And God, if he exists, knows how many restaurants I have tried. Here more than elsewhere, you have to choose the places. Nothing better than the Dubrovin farm, in Upper Galilee.

    Roasted eggplant with tahini.

    Eggplant salad.

    All notes are not worth a trip there.

    Dubrovin Farm, next to the Hahula natural reserve, on the way to Kiryat Shmona.

  • Et si on réglait le conflit israélo-palestinien avec du ketchup ?

    P5215529.JPG

    Je vous présente Qalqilya. Cette ville de Cisjordanie se trouve à 20 bornes de Tel Aviv. Sur la photo, on aperçoit les buildings de la ville israélienne au loin. On aperçoit aussi une ligne de béton.

    Car Qalqilya est entourée de toutes parts par ce fameux mur entre Israël et la Cisjordanie. On a connu des situations plus simples. Une fois encore, je ne vais pas entrer dans le détail, il y a des maisons pour ça.

    WBEnclaves.jpg

    J'aimerais juste encourager les pro-ceci et les anti-cela à se rendre sur place afin de juger par eux mêmes de la situation à la fois kafkaïenne et intolérable que vivent les habitants de cette ville. On peut en débattre autant qu'on veut, rien ne vaut une petite visite dans le coin.

    deb (527).JPG

    Même ici, l'espoir peut naître. Mon guide bosse au ministère palestinien de l'éducation, un bon job sans aucun doute. Il milite depuis très récemment pour la construction d'une usine où l'on produirait du ketchup. L'idée tient du génie : les tomates locales sont absolument terribles et toute la Palestine est accro au ketchup. Plutôt que le faire venir d'Israël ou d'ailleurs, consommons local ! Ce mec, il n'a pas de pétrole, ni la possibilité d'aller en Israël, mais il a des idées. J'espère qu'il va aller soumettre son idée à l'Union européenne ou à je-ne-sais-qui au plus vite. On en conviendra, c'est en donnant du travail aux plus démunis qu'on favorise l'avenir de tous. A moins qu'on recherche continuellement le conflit (suivez mon regard).

    deb (541).JPG

    ENGLISH VERSION Ketchup for solving the Israeli-Palestinian conflict

    Let me introduce Qalqilya. This West Bank city is 20 km away from Tel Aviv. In the pix, you can see TA buildings. We also see a line of concrete.

    Because Qalqilya is surrounded on all sides by the famous wall between Israel and the West Bank.

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH !

  • Le vin naturel nous vient-il de la Torah et de la tradition juive ?

    Le cerveau de Joseph Ergas et le mien ne fonctionnent pas avec le même logiciel. Je ne partage pas sa vision du monde ou de la religion. Ce qui ne m'empêche pas d'aller lui rendre visite, d'apprécier ses vins et, pourquoi pas, de nous trouver des points communs. 

    P5265778.JPG

    Si sa famille est d'origine italienne, Joseph est né à Jérusalem et a passé sa vie en Israël"Mon travail ? C'est étudier la Torah". Il fabrique aussi des tefilin, ces phylactères utilisés pour la prière. Pour sûr, Joseph est un juif très pratiquant. Est-il pour autant un ultra-religieux ? Sans doute. Mais le monde du judaïsme ultra-orthodoxe est très complexe, il embrasse plusieurs traditions, des écoles de pensée différentes, des convictions politiques variables : certains juifs ultras sont même pro-Palestiniens...

    Bienvenue au Proche-Orient, cette école de la complexité.

    Et je n'aime pas trop coller des étiquettes sur les gens. Joseph non plus. "Vous ne pouvez pas me définir par vous-même, parce que la plupart des définitions modernes sont artificielles. Les gens d'aujourd'hui sont habitués aux catégorisations et la Torah dit qu'il ne peut y avoir de catégorisations, de représentations... Etre juif n'est pas une religion même si la plupart des gens vous jureraient que c'est une religion : les juifs sont une nation qui a été choisie par le Créateur pour Le servir. Et chaque juif le fait avec plus ou moins d'intensité. J'essaie de faire tout mon possible pour remplir cette tâche et donner un sens à ma vie - car j'ai eu cette chance de naître en tant que représentant de la nation juive".

    Le vin naturel, c'est pas facile tous les jours.

    P5265781.JPG

    Nous sommes dans le village de Tirosh qui, ça tombe bien, signifie "jus de raisin" en hébreu. Ici, à quelques dizaines de kilomètres à l'ouest de Jérusalem, nous sommes en Israël. Joseph a acheté le terrain en 1999 et y a planté 2 hectares et demi de vignes : cabernet-sauvignon, merlot, syrah, nebbiolo, barbera, riesling et vernaccia. On y retrouve bien ses origines italiennes. Un an plus tard, il construit tout seul un grand chai qui arrive à garder une température fraîche malgré la chaleur de la région. 

    P5265785.JPG

    Au départ, Joseph voulait faire un potager bio et vendre les légumes. Mais il comprend que c'est un travail acharné, qu'il faut vendre très vite le produit qui se fane très vite et qu'il ne veut pas avoir à affaire avec la grande distribution. "C'est mieux de faire du vin, de le laisser vieillir. La cave, c'est comme de l'argent dans une banque". Mais en réalité, il vend peu de vin. Les quilles partent dans des supermarchés bios à Jérusalem (rue Agrippas, face au marché Mahané Yehouda) et dans une colonie israélienne au sud de Bethléem (pas de nom, je ne vais pas leur faire de la pub non plus).

    Alors, il lui reste de vieux millésimes sur les bras. Il l'avoue en riant : "les vieux vins, ce sont des vins qu'on n'est pas arrivé à vendre". Oh, pas que ce soit vraiment difficile de les vendre mais entre l'étude de la Torah, les tefilin, la production de vin, il reste peu de place pour se pencher sur le marketing, la communication, les techniques de vente. D'ailleurs, c'est pas vraiment le genre de la maison. Ce qu'il désire Joseph, c'est faire du vin et apprendre à en faire. 

    P5265758.JPG

    Car avouons-le, on n'est pas bien loin d'un certain amateurisme, Joseph le dit lui-même. Mais ni Rome, ni Jérusalem ne se sont faites en un jour.

    Ainsi, la barbera lui cause quelques soucis : refermentation en bouteille, bouchons qui sautent, jus qui se répand sur le sol. Il est preneur de conseils... En général, il a beaucoup de soucis avec le gaz carbonique. Si quelqu'un veut étudier son cas, je ferai suivre. 

    Par contre, évitez de lui recommander d'utiliser du soufre, ni aucun autre adjuvant. Son vin, il le veut ultra-naturel. "Je laisse la vigne et le vin trouver leur chemin propre". 

    P5265751.JPG

    Dans le verre, les canons désarçonnent. On retrouve nos vins libres mais il manque un savoir-faire, une expérience, une signature. Mais comme nous aimons ce qui désarçonne, ils sont plutôt à notre goût, loin du reste de la production israélienne, engoncée dans le conformisme pinardier.

    Regardez cet incroyable vin orange, un vrai jus de carotte, longue macération sur peaux de cépages blancs : riesling et de vernaccia. Oui, c'est déjà quelque chose de totalement incongru par chez nous, alors imaginez en Israël... Imaginez ça dans un pays qui pour l'instant a du mal à se défaire des cépages et des goûts internationaux. Joseph est un ovni et ça fait du bien.

    P5265767.JPG

    Joseph en est convaincu : il fait du vin comme à l'époque du Second Temple. Du vin comme il y a 2000 ans. Ce Temple, lieu le plus sacré du judaïsme, qui abritait l'Arche d'Alliance, qui elle-même conservait les Tables de la Loi offertes par Dieu à Moïse, a été détruit par les Romains en 70 ap J.C. N'en reste aujourd'hui que le mur occidental (dit mur des Lamentations). Pas mal d'autres trucs auraient eu lieu ici, depuis Adam, jusqu'à Abraham, mais je vais éviter de rentrer dans le détail, j'en aurais pour la journée.

    Reste que cette montagne est aussi sacrée pour les musulmans, et même le troisième lieu saint de l'islam. Il y a près de 15 siècles, le calife Omar y a fait construire une splendeur architecturale, l'un des monuments les plus célèbres au monde : le Dôme du Rocher.

    iphone cha1 (570).JPG

    L'Esplanade des Mosquées/Mont du Temple est source de conflits passés et futurs, c'est entendu. Mais j'ai pire dans ma besace, car ici on trouve toujours plus extrémiste. Certains juifs voudraient construire le Troisième Temple au même endroit que les précédents. Et on fait quoi du Dôme du Rocher, les mecs ? A Jérusalem, on m'a répondu en y croyant dur comme fer : "Cela arrivera quand ce sera la volonté de Dieu". Certes...

    Certains religieux messianiques se retrouvent dans une sorte d'association, l'Institut du Temple. Ici on prépare l'avenir, on recrée les conditions pratiques de l'avènement du Troisième Temple : on refabrique le mobilier, on reproduit les uniformes des prêtres, on recrée les accessoires du culte. Bref, tout sera prêt quand on aura viré le Dôme et quand on aura reconstruit. Voici ce à quoi ressemble leur rêve.

    build_it_now.jpg

    Joseph Ergas est totalement dans cet esprit. Lui, sur son lopin, dit vouloir faire du vin pour ce Troisième Temple à venir. Lors de ma visite de l'Institut, je n'ai rien vu de particulier sur le vin, sinon la reproduction de calices. Alors, notre homme, dans son coin, dit œuvrer dans ce but.

    On n'est pas rendu.

    P5265763.JPG

    Joseph est persuadé que ce vin du Second Temple est naturel. Il est évident que les produits chimiques il y a 2000 ans étaient peu répandus... C'est pourquoi il ne veut que du raisin dans ses bouteilles.

    De la Torah et de ses commentaires, il a tiré une manière de produire du vin naturel. Déjà, l'absence de chimie à la vigne et au chai ainsi que Joseph, un juif, aux manettes sont les deux conditions pour obtenir un vin naturel certifié kasher. Mais quid de la production ? Il dit respecter un "shabbat agricole" appliqué à la vigne : il la laisse reposer tous les 7 ans. L'année du shabbat, soit il ne récolte rien, soit il récolte et fait du vin mais ne le vend pas. Idem, il ne travaille pas durant les nombreuses fêtes religieuses juives ce qui peut poser problème lors des vendanges, car Rosh Hashana, Yom Kippour et Souccot s'étalent sur les mois de septembre et d'octobre.

    Enfin, il livre un message plus universel. Le shabbat, du vendredi soir au samedi soir, est bien sûr constitué d'interdits religieux. "Mais c'est très important de comprendre qu'il s'agit aussi d'une façon de penser, c'est-à-dire qu'il faut respecter le shabbat mais aussi comprendre pourquoi on le respecte".

    Selon Joseph, le shabbat aurait vocation à nous rendre la vie meilleure. Il serait ainsi une solution contre la pollution : si le monde entier suivait le shabbat (si, durant une journée, nous arrêtions de travailler, de prendre notre voiture, d'avoir un contact avec l'électricité...), nous économiserions une journée de pollution... Soit 1/7e de la pollution mondiale en moins ! Et de conclure : "la Torah ce n'est pas que pour les religieux, c'est pour tous ceux qui aiment la vie". Et les vins vivants, aurait-il pu ajouter.

    ***

    ENGLISH VERSION Does natural wine come from Torah and Jewish tradition?

    Joseph Ergas' brain and mine do not work with the same software. I do not share his worldview or religion. This does not prevent me from going to visit him, appreciating its wines and, why not, finding common grounds.

    From a Italian-origin family, Joseph was born in Jerusalem and has spent his life in Israel. "My work? Learning Torah." He also manufactures tefillin, those phylacteries used for prayer. For sure, Joseph is an observant Jew. Is he an ultra-religious Jew? Without any doubt. But the world of ultra-Orthodox Judaism is very complex with many traditions, different schools and political ideas : some ultra Jews are even pro-Palestinian activists...

    Welcome to the Middle East, where you learn complexity of things.

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH HERE !

  • La recette de la harissa palestinienne (ce n'est pas une pâte de piment mais un dessert !)

    Notre pote, cuisinier palestinien, habite à El-Azarieh, en Cisjordanie. C'est l'endroit de la résurrection de Lazare, là où habitaient Marthe et Marie, les amies de Jésus. Dans la Bible, on connait le patelin sous le nom de Béthanie. 

    L'endroit a bien changé. Le mur entre Israël et la Cisjordanie a tranché dans le vif cette banlieue de Jérusalem. Depuis 10 ans, la vie n'est plus la même. Chaque matin, notre cuisinier doit passer le checkpoint pour venir travailler et le repasser le soir pour rentrer. Interdiction d'aller ailleurs qu'à son travail. Ni de le passer en voiture, il faut donc tout miser sur les transports en commun. Ses enfants n'ont jamais vu la mer. Pour eux, il aimerait seulement un système scolaire qui tienne la route et pouvoir les emmener à la piscine. Je l'ai vu regarder une carte postale représentant un paysage de Bretagne avec des yeux de gosse.

    On pourrait continuer cet inventaire pendant longtemps. J'ai galéré pour qu'il me parle de lui, pour qu'il se confie un peu. La fierté, la pudeur et le pacifisme sont des valeurs fortes en Palestine, quoi qu'on en pense. 

    Quand je l'ai connu, il n'arrêtait pas de chanter. Et il n'a pas une voix de ténor... Un jour, j'ai fini par le vanner en lui disant qu'il me faisait plus marrer qu'autre chose, avec ses chansons. Il m'a répondu : "chanter, c'est la seule chose qu'il nous reste".

    Il a oublié de mentionner la cuisine qui fait tant partie intégrante de la culture arabe, qui est tant greffée aux corps, qu'on l'oublierait presque. Voici sa recette de gâteau à la semoule, parfois à la noix de coco, parfois à l'amande, parfois appelé basboussa, parfois baptisée harissa (rien à voir avec la pâte de piment tunisienne). Un délice. Parfait pour le goûter.

    israel,palestine,recette,basboussa,harissa

    Préchauffer le four à 180°C.

    Préparer le sirop. Faire bouillir 3 verres à moutarde d'eau avec 3 verres de sucre jusqu'à une consistance un peu sirupeuse. Ajouter quelques gouttes de jus de citron. Laisser refroidir à température ambiante.

    Dans un premier saladier, mélanger 2 verres de noix de coco râpée, 2 verres de farine, 2 verres de semoule de blé fine et 1 verre de sucre.

    Dans un deuxième saladier, battre au fouet 3 œufs avec les zestes de 2 citrons, des grains de vanille ou en extrait.

    Dans un troisième saladier, mélanger longuement 2 verres de yaourt et une bonne cuillère à soupe de poudre à lever. Verser sur le saladier précédent. Mélanger à nouveau et ajouter 25 cl de crème fraîche liquide avant de mélanger encore.

    Ajouter un verre d'huile de tournesol dans le premier saladier puis mélanger à la main cette fois. Les Arabes disent que le bruit ressemble à quelque chose comme “bss-bss”, ce qui a donné le nom de basboussa).

    Réunir les saladiers et là encore, mélanger à la main jusqu'à obtenir une pâte homogène.

    Enduire le moule de tahiné avec un pinceau, comme on le fait avec du beurre. Pas besoin de farine.

    Mettre la pâte dans le moule et enfourner 30 minutes jusqu'à ce que ce soit doré.

    Sortir du four, couper les parts, ajouter le sirop refroidi sans aller jusqu'à vider tout le sirop.

    Laisser refroidir à température ambiante, c'est meilleur que chaud. Dresser avec de la noix de coco râpée sur chaque part.

    israel,palestine,recette,basboussa,harissa

    ***

    ENGLISH VERSION Recipe of the Palestinian harissa (it's not a chili paste, but a dessert)

    Our friend, a Palestinian chef, lives in Al-Azarieh in the West Bank. This is the place of the resurrection of Lazarus where Mary and Martha lived (friends of Jesus). In the Bible we know the town as Bethany.

    The place changed 10 years ago.

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH !

  • La Cisjordanie, terre de bières et de vins : la réussite de Taybeh

    “Nous n’avons peut-être pas de pays mais nous avons notre propre bière”. Nadim Khoury, avec son frère David, est à l’origine du plus beau succès culinaire de Cisjordanie : la bière Taybeh.

    Tout commence dans une période d'euphorie, du genre "on est tous frères", "la paix ne va pas tarder"... En 1993, après les accords d’Oslo, les investissements affluent au profit des arabes palestiniens. La famille Khoury, exilée depuis 30 ans aux Etats-Unis, décide de revenir à Taybeh (qui signifie “délicieux” en arabe), un des derniers villages chrétiens de Cisjordanie, à 30 kilomètres au nord de Jérusalem.

    Sur la terre de leurs ancêtres, ils montent une brasserie et se mettent à produire une blonde non pasteurisée, sans cochonnerie ajoutée et qui dépasse en termes de goût toutes les pisses d’âne des pays environnants. Aujourd’hui, c’est Madees, la fille de Nadim, qui oeuvre. Elle est la seule femme brasseur de tout le Moyen-Orient...

    deb (413).JPG

    Taybeh produit chaque année 6 000 hectolitres de bière quand une usine alsacienne de Kronenbourg en sort 30 000... par jour ! La production est bio sans être certifiée, houblons et céréales viennent en majorité de l'étranger. Madees explique ensuite un processus ultra simple : "21 jours de de fermentation, pas de conservateurs... Et on boit". 

    L'unité de production tient sous un petit hangar. Taybeh répond surtout à la demande : la bière arrive très souvent dans le verre du consommateur alors qu'elle vient d'être brassée.  

    P5154905.JPG

    La Taybeh blonde donc, le premier carton culinaire palestinien, est désormais disponible dans pas mal d'endroits de Ramallah et de Jérusalem. Madees explique que le logo représente les deux cuves de la brasserie... et le soleil leur fait espérer un avenir meilleur sur les collines de Cisjordanie.

    1914717575.8.JPG

    Chaque année, la gamme s’étoffe : on peut désormais dégoupiller des bières de type porter, ambrée, light... Mon désir se porte surtout sur cette blanche extra, faite à partir de blé palestinien, d’épices (coriandre) et de zestes d’orange. C'est la première fois que les ingrédients sont presque exclusivement palestiniens.

    iphone cha1 (743).JPG

    A noter aussi, une réjouissante bière sans alcool qui a demandé beaucoup de travail. Taybeh voulait être sûr qu'elle titre bien 0.0 % d'alcool. La Cisjordanie est dans une écrasante majorité musulmane, il fallait que la boisson halal soit sans reproche. C'est vrai, la famille Khoury ne pouvait pas se couper des gros marchés que représentent des villes conservatrices comme Hébron et Naplouse, où la vente d'alcool est interdite. Mais Madees tempère. "La bière sans alcool, c'est pour les musulmans mais aussi pour les femmes enceintes, les conducteurs ou les enfants ! C'est une boisson rafraîchissante bien meilleure que le Coca-Cola".

    deb (425).JPG

    Les chantiers en cours ? Peut-être une IPA à venir (amis de l'amer, réjouissez-vous !) et des bières de saison. A suivre.

    Plus haut dans le village, la famille Khoury a fait des investissements pour se lancer dans le vin.  

    “Il y a encore des moines qui font du vin en Palestine, à Crémisan près de Bethléem. Mais la guerre de 1967 et la construction du mur de séparation les a quasi intégrés du côté israélien” explique-t-on à Taybeh. “On fait donc du vin en Palestine parce qu’il n’y avait plus de vin en Palestine”.

    Canaan Khoury, le frère de Madees, diplômé d'Harvard, s'occupe de la Taybeh Winery. Le premier millésime (2013) a vu s'écouler 25 000 bouteilles. Aidée par un œnologue italien qui a mis en place un chai tout neuf, à la limite du clinique, l'entreprise part sur de bons rails. Lors de notre visite au début de l'été, les caves en inox et quelques fûts de chêne français attendaient le raisin encore sur ceps.

    P5154926.JPG

    Les 6 cuvées mono-cépages portent le nom de Nadim, le père. Mais Nadim signifie aussi en arabe "le copain avec qui l'on boit". Se déclinent syrah, cabernet-sauvignon, merlot pour les rouges et sauvignon, zeini pour les blancs.

    Taybeh possède ses propres vignes et achète du raisin, notamment du côté d'Hébron pour les blancs. Travailler un cépage autochtone blanc, le zeini, s'avère forcément très intéressant. Le souci, c'est que les paysans palestiniens veillent encore sur le raisin comme s'il était destiné à la table. Résultat, il est souvent cueilli trop vert. Normal. Le vin n'est pas du tout leur culture. Mais tout se met en place progressivement.

    La dégustation des différents "Nadim" nous remplit d'aise. Bien entendu, il ne s'agit pas (pour l'instant) de grands crus. Mais par rapport à l'autre vin de Palestine, celui des moines de Crémisan, dont le vignoble est disputé entre Israël et Palestine, il ne joue pas dans la même catégorie.

    Le seul vin indiscutablement 100 % palestinien transforme ses premiers essais. Les rouges câlinent bien plus qu'ils ne dessoudent l’œsophage (comme trop souvent à Crémisan). La cuvée "réserve" de cabernet-sauvignon mérite une mention particulière tant elle évoque de jolis vins méditerranéens. A plus forte raison pour un cépage qui ne fait pas partie de nos favoris. Plus généralement, le cab'-sauv' du domaine est une vraie réussite : pour en avoir débouché une petite dizaine durant quelques semaines auprès d'amateurs ou de néophytes, j'ai remarqué que tout le monde adhère. Les blancs sont plus passe-partout mais encore une fois, ce n'est que le début.

    P5154932.JPG

    Soyons francs, un point négatif. J'ai ressenti, sans que la chose soit clairement énoncée, qu'on veut tout de suite faire trop bien. Ni Rome, ni les climats de Bourgogne salués par l'Unesco, ne se sont faits en un jour. A Taybeh, on veut axer sur la qualité avant tout et je le comprends. Alors on reste un peu sage lors de la vinification. Mais le goûteur que je suis voudrait aussi savoir ce que la Cisjordanie viticole a dans le ventre, ce qu'elle a à exprimer. Pour ce faire, on aimerait parfois que le raisin soit un peu plus libre, c'est-à-dire que des doses de soufre sans doute trop élevées arrêtent de l'emprisonner - notamment en ce qui concerne les blancs. Le temps fera son affaire, j'en suis convaincu.

    1707452327.JPG

    On peut raconter ce qu'on veut, la bière, le vin, le soufre, tout ça... L'important, c'est que ce soit bon et que ce soit un prétexte pour parler d'autre chose. On l'a souligné ailleurs, la bière est un révélateur du conflit israélo-palestinien à Jérusalem. Pis, et on l'a déjà dit aussi, boire une bière en Israël ou en Palestine est un choix politique. Taybeh raconte l'itinéraire d'une famille, une réussite palestinienne et sur le terrain, un quotidien extraordinairement complexe. Peut-être malgré elle, la marque Taybeh est devenue le symbole d'une forme de résistance politique, chrétienne, populaire, pinardière (rayez la mention inutile).

    Les problèmes auxquels fait face Taybeh sont innombrables. Il y a ceux que l'on retrouve chez tout artisan : les certifications, l'inertie des services publics, les taxes... On les connait en France, imaginons-les en Cisjordanie. L'acheminement des matières premières importées se fait depuis les ports israéliens : au passage du mur entre Israël et Cisjordanie, les Israéliens mettent la pression sur le conducteur, car ils sont palestiniens. La bière n’est pas destinée qu’aux seuls chrétiens. En consomment aussi des musulmans peu pratiquants, ou des Israéliens festoyant à Tel-Aviv. Aujourd'hui la bière Taybeh est synonyme de réussite en Israël et en Palestine. Mais certains distributeurs israéliens ne veulent pas en entendre parler parce qu'il s'agit d'un produit palestinien.

    La problématique de l'eau mériterait une étude approfondie. L'eau, c'est l'ingrédient principal de la bière et elle demeure forcément une ressource rare dans une région désertique. “Mais elle est aussi contrôlée par les Israéliens qui n’en donnent que 20 % aux Palestiniens et se gardent le reste. Alors que les colons de Cisjordanie disposent de l’eau courante tout le temps, les Palestiniens, connaissent des pénuries d’eau. Alors, nous récupérons notre eau dans une source baptisée Samia, à 3 kilomètres”.

    La communication a aussi constitué un écueil. Alors que la France triture la loi Evin pour savoir dans quel sens la prendre, la loi jordanienne qui a toujours cours en Cisjordanie interdit carrément de faire de la publicité pour l'alcool. Okay... "Tout passe par le bouche à oreille". Pour faire connaitre leurs produits sur une plus large échelle, les Khoury ont copié l’Oktoberfest allemande et rassemblent 15 000 personnes lors d'une simple fête communale... quand les touristes n’ont pas peur de venir. Et ça marche ! Taybeh est désormais connue jusqu’au Japon, aux Etats-Unis ou en Suède mais ce n’est pas chose aisée.

    L’exportation n’est pas impossible, mais elle est difficile" conclut Madees. "Comme nous n’avons pas de réelles frontières avec d’autres pays, nous sommes obligés de passer par Israël, par les ports d’Ashdod ou de Haïfa. Et transporter nos bières là-bas, à une centaine de kilomètres, revient à exporter dans un autre pays puisque nos frontières commerciales sont contrôlées à 100 % par les Israéliens. Sans compter que le trajet Taybeh-Ashdod coûte deux fois plus cher que Ashdod-Göteborg !P5154938.JPG

    C'est toujours quand la résignation semble l'emporter qu'un sentiment plus fort prend le dessus. "On pourrait écrire un livre rien que sur nos problèmes. Ce n'est pas facile de vivre ici, de travailler ici, encore moins de faire de la bière... mais ce n'est pas impossible". La vie avant tout, même sur les terres arides.

    Taybeh compagny, district de Ramallah District, Cisjordanie, + 972 2 289 8868. Et retrouvez Madees dans l'ouvrage Tronches de Vin 2 (éditions de l'Epure).

    *** 

    ENGLISH VERSION Beers and wines in West Bank : a success story in Taybeh

    "We have no country but we have our own beer." Nadim Khoury, with his brother David, is the founder of the West Bank finest culinary success : Taybeh beer.

    Everything started in a period of euphoria. In 1993, after the Oslo agreements, investment flowed to the benefit of the Palestinian Arabs. The Khoury family, exiled for 30 years in the US, decided to return to Taybeh (which means "delicious" in Arabic), one of the last Christian villages in the West Bank (territory occupied by Israel since 1967 according to the UN), 30 kilometers north of Jerusalem.

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH !

  • Jérusalem : le meilleur sandwich falafel de la ville

    On se répète, Jérusalem n'est pas la ville où on mange le mieux sur Terre. Il faut trouver les pépites, comme l'échoppe d'Hissam. C'est à Ras Al-Amud, Jérusalem-Est, pile face au Panorama Hotel. C'est-à-dire là où les touristes ne vont pas. Grand mal leur fasse.

    Hissam fait sans contestation possible les meilleurs falafels de toute la ville. Dieu, s'il existe, est témoin que j'en ai testé un bon paquet, mes kilos supplémentaires faisant foi. Chacun a son adresse favorite, plus ou moins connue, plus ou moins recommandable. La mienne est complètement hors des sentiers battus.

    iphone cha1 (744).JPG

    Notre homme cuit ses pois chiches lui-même et les assaisonne. Il forme les boulettes et les fait frire presque à la demande. Trois ou quatre dans un pain pita, avec du tahiné, quelques légumes, des condiments, un peu de piment. Dans la bouche, ça croque, ça craque, c'est chaud, c'est froid, c'est magique.

    10 NIS le sandwich (2 euros), c'est plus cher qu'à Hébron mais moins cher que dans la vieille ville. Il suffit de redescendre vers la porte des Lions à pied, joli panorama (d'où le nom de l'hôtel).

    Et puis pour Ramadan, on a droit à la taille supérieure, fourrée à la Vache Qui Rit. Certes, ce n'est pas du saint-nectaire fermier, mais on n'est pas chez les bobos ici.

    deb (1353).JPG

    deb (1358).JPG

    ENGLISH VERSION The best falafel sandwich in Jerusalem

    Once again I can tell you that Jerusalem is not the perfect "food city". You have to find the hidden gems such as Hissam's shop. It's located in Ras Al-Amud area, East Jerusalem in front of the Panorama Hotel. That is to say, where tourists do not go. Pity. 

    Hissam is unquestionably the best falafel man in the whole city. God if he exists, is witness that I have tasted many of them. Everyone has his favorite address, more or less known, more or less interestinge. Mine is off the beaten tracks.

    Our man cooks chickpeas himself. He forms balls and fries them almost on demand. Three or four in a pita with tahini, some vegetables, pickles, a bit of chili. In the mouth, it crunches, it cracks, it's hot, it's cold, it's magic.

    10 NIS for a sandwich (2 euros) : it's more expensive than in Hebron but cheaper than in the Old City of JLem. Then, you can go down towards Lions Gate with this nice view (hence the hotel's name).

    And during Ramadan we eat the larger size, filled with Laughing Cow cheese. Of course it's not a wonderful French saint-nectaire cheese, but here we are not with the Bobos.

  • Jérusalem : et si on réglait le conflit israélo-palestinien avec des glaces ?

    A ma gauche, Mousseline, un glacier d'inspiration européenne, c'est-à-dire des glaces onctueuses, presque italiennes mais la patronne, Orit, a appris à les faire en France. On choisit sans détour la glace au basilic. C'est à Jérusalem-Ouest.

    deb (589).JPG

    A ma droite, Halab et ses glaces à la gomme arabique, une recette venue de Syrie (Halab, c'est Alep en arabe) et plus généralement de l'empire ottoman. On choisit sans détour la glace à la pistache. C'est à Jérusalem-Est.

    deb (1066).JPG

    Camarade, choisis ton camp.

    Ou pas...

    Car en réalité, l'un n'empêche pas l'autre. Idéalement, on aimerait que les uns viennent goûter quotidiennement les parfums et les textures des autres, apprennent sur les traditions des autres et des uns. Bien sûr, tout le monde vit ensemble. Mais on aimerait toujours plus de curiosité mutuelle.

    Idéalement...

    Mousseline, 17 Ha'egoz, près du marché Mahane Yehuda, Jérusalem, + 972 2 5003601

    Halab, dans le virage de la rue El-Masudi, presque en face du National Hotel, Jérusalem.

    ***

    ENGLISH VERSION Solving the israeli-palestinian conflict with ice-creams ? 

    First Mousseline, a European-inspired ice-cream maker - Italian recipes. But Orit, the owner, has learned the process in France. Our choice : basil-flavoured ice cream. It is in West Jerusalem.

    Then Halab and its Syrian-ottoman-style ice-creams with arabic gum (Halab means Aleppo in Arabic). Our choice : pistachio ice cream. It is in East Jerusalem.

    Shall we need to choose ? Ideally we would like that everyone comes and tastes all flavors and textures, learns about the traditions specific to each. Of course they live together. But we would like to see more mutual interest.

    Ideally ...

  • Jérusalem : les gaufres de Babette

    deb (1069).JPG

    L'affaire est située dans un quartier passant mais elle ne jouit pas de la réputation méritée. Sans doute parce que 5 euros la gaufre c'est un peu cher, mais qu'est-ce qui n'est pas cher dans cette ville ? Jérusalem n'est pas réputée pour ses grands talents culinaires, sauf certaines pépites comme ici.

    BabetteShamai St 16, Jerusalem,+972 2 625 7004

    *** 

    ENGLISH VERSION Babette's waffles in Jerusalem 

    This place is located in a crowdy neighborhood but has not the deserved reputation. Probably because waffles (5 euros each) are a bit expensive, but what is cheap in this town? Jerusalem is not known for its great culinary talents, except some hidden gems like here.

  • Jérusalem : une première addiction, le rogalah

    On le trouve partout ce petit croissant bien gras fourré au chocolat. Parfois, on devine de la cannelle. Souvent, on a tort. Mais c'est vraiment addictif.

    iphone cha1 (628).JPG

    ***

    ENGLISH VERSION mini-croissants addiction in Jerusalem

    It can be found everywhere. This is a choco-stuffed mini croissant. Sometimes we guess there is cinnamon. But often we are wrong. Belive me, it's really addictive.

  • Jérusalem : des pois chiches au cumin... sucrés !

    Laissons tremper les pois chiches une nuit. Puis dans l'eau frémissante autour d'une heure, tout dépend de la variété. Gardons les encore un peu croquants. Laissons la peau, ajoutons  du cumin et du sucre. C'est la friandise d'un de nos cuisiniers palestiniens pour le goûter.

    iphone cha1 (512).JPG

    ***

    ENGLISH VERSION Sweet chickpeas with cumin in Jerusalem

    Let soak the chickpeas overnight. Cook them around an hour in large amount of water, time depending on chickpeas variety. Keep them still a bit crunchy. Don't remove the skins, add cumin and salt. This is the magic treat of one of our Palestinian chefs.

  • L'exemple typique d'un restaurant palestinien

    iphone cha1 (671).JPG

    La cuisine, c'est le partage. On commande du poulet, des "salades" et des frites pour le côté mondialisé. Et les assiettes valsent. Le concept d'entrée plat dessert n'existe pas, ni même celui du "je-prends-un-plat-pour-moi-tu-en-prends-un-pour-toi". C'est pareil dans d'autres pays arabes ou en Asie. Cette table décomplexée est réjouissante pour un Parisien.

    iphone cha1 (674).JPG

    Et sur la table pas d'alcool. Hormis quelques villages chrétiens et quelques individus qui tournent le dos à la religion un peu rigoriste (par exemple à Naplouse), on ne trouve pas d'alcools dans les villes de Cisjordanie. 

    Ce restaurant se trouve sur la place principale de Jéricho, face à la mairie. On dit souvent que la cuisine palestinienne est moins percutante que la libanaise ; c'est certain, mais il ne faut pas oublier où vous êtes. Et comme partout, il y a des adresses moyennes, comme celle dont je parle ici, et des pépites... Bien sûr, on en reparlera.

    ***

    ENGLISH VERSION A typical Palestinian menu

    Cooking is to be shared. We order chicken, "salads" and French fries. And plates came. Here nothing like Starter-Main-Dessert concept, nor even that of the "I-take-something-for-me-you-take-something-for-you". It's the same thing in any other Arab countries and Asia. This uninhibited table is overwhelming for a Parisian man.

    And on the table there is no alcohol. Apart from some Christian villages and a few individuals who turn their backs on religion (ie Nablus), we do not find alcohol in West Bank.

    This restaurant is located on the main square of Jericho, opposite Municipality. It is often said that the Palestinian cuisine is less powerful than the Lebanese; sure, but do not forget where you are. And as everywhere, there are average places, like here and there are hidden gems too... Of course, we'll talk about them.

  • À suivre : Jérusalem, Israël et la Cisjordanie

    De mes cinq mois passés à Jérusalem, en Israël et en Cisjordanie, il y a forcément des choses à raconter ici... Il suffit d'être un peu patient. 

    D'ici là, faites du houmous, pas des murs.

    deb (126).JPG

    Mur entre Bethléem et Jérusalem, mai 2015.

    Et un peu de lecture aussi, avec quelques articles, plus ou moins récents, sur de précédents voyages dans ce coin du monde :

    Ezra Kedem (Arcadia), le Passard israélien
    Un dîner dans le palace de Jérusalem-Est
    la bière Taybeh et les autres bières
    La visite d'un kibboutz qui fait du vin
    Le vin blanc des moines de Crémisan qui est menacé par le mur entre Israël et Cisjordanie
    Les Samaritains aussi font du vin naturel
    L'arak de Bethléem
    A quoi ressemble aujourd'hui Cana, là où Jésus aurait changé l'eau en vin
    A la recherche du meilleur houmous
    Une superbe adresse de cuisine palestinienne traditionnelle
    Une autre un peu plus dans le vent
    A la recherche de la meilleure limonade
    Une pizza dans un camp de réfugiés de Naplouse
    La recette du knafeh de Naplouse expliquée pas à pas
    Le célèbre magasin d'épices de Naplouse survit malgré tout
    Hébron, un centre-ville mort
    Manger du chameau à Hébron
    Repas dans une famille d'Hébron harcelée par les colons
    Le bar le plus bas du monde (-418 m) ne sert que du Coca
    Un savon israélien au chardonnay
    Boire une quille de Noëlla Morantin à Jérusalem

    ***

    ENGLISH VERSION Coming next : Jerusalem, Israel and West Bank

    I spent 5 months in Jerusalem. Of course we have several stories. Just a matter of time...

    Picture of the wall between Jerusalem an Bethlehem, May 2005.

    And a list of articles (only French version) about my previous journeys.

  • Un polar pour comprendre la Grèce d'aujourd'hui

    Les conseils littéraires de Jérôme Leroy sont d'or. Quand il nous enjoint de lire Petros Markaris, on lui emboîte le pas.

    marka.jpg

    L'affaire se passe à Athènes, en 2010. On retrouve des financiers décapités au moment où des tracts appellent à la désobéissance bancaire - que plus personne ne rembourse ses emprunts ! Tout au long du livre, Markaris éclaire le quotidien de cette Grèce tant aimée : les vieux qui n'ont plus les moyens de se payer leur indispensable café, les coupes dans les salaires, la difficulté de partir en vacances, la peur de la retraite, les relations tendues avec le reste de l'Europe... Liquidations à la grecque (éditions du Seuil) constitue le premier volet de la Trilogie de la crise.

    Le polar est souvent un miroir de la société, c'est entendu. Le livre de Markaris rejoint une réflexion de Jérôme Leroy, encore lui, glanée dans L'Ange gardien (Gallimard). 

    "Parfois, Hélène Rieux ou d'autres reprochent à Martin Joubert d'écrire des romans noirs. Martin Joubert répond en général qu'il n'a jamais eu le désir particulier d'écrire des romans noirs, juste celui de parler de son temps. Ce n'est pas sa faute tout de même, si le simple fait d'écrire un roman aujourd'hui en racontant honnêtement ce qui se passe, ça devient naturellement un polar. Ce n'est tout de même pas sa faute si c'est le réel qui est devenu un roman noir".

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu