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du morgon dans les veines

  • Deux salons du vin naturel incontournables ce week-end à Paris

    Galanterie oblige, priorité à Versant Vins et son salon absolument extra, baptisé Maîtresses de Chai organisé samedi et dimanche par ma copine Jeanne au marché des Enfants Rouges. Que des vigneronnes... (en plus de toutes les jolies filles du marché !).

    A ma gauche, j'annonce : Marie Lottin (Château Bas, Coteaux-d'Aix), Isabelle Perraud (Cotes de la Molière, Beaujolais), Anne Paillet (Autour de l'Anne, Languedoc), Laurence Joly (La Roche Buissiere, Rhône), Nathalie Banes (Beaujolais), Ariane Lesne (coteaux du Vendômois), Catherine Montanet (domaine Montanet Thoden, Bourgogne)...

    Déjà la 8ème édition... Chapeau bas !

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    Et il y a de la concurrence dans l'air : le grand Paco nous livre ses vignerons dès vendredi 17h, à Ivry. Les Papilles résistent !

    A ma droite (rien de politique), j'annonce : Alban Michel (Sabots D'Hélène, Corbières et accessoirement le seul mec à avoir mis sa langue dans ma bouche), Fabien Jouves (Mas de del Perié, Cahors), Helda Rabaut (Chinon), Paul Fouassier (Sancerre), Vincent Alexis (Château Barouillet, Bergerac), Julien Merle (Beaujolais), Frédéric Renou (Domaine Landra, Ventoux), Aline Hock (Les Mathouans, Roussillon), Charline Labet (Jura), Paolo Brunelli (Vignale di Cecilia, Vénétie), Serge Scherrer (domaine Agarrus, Cévennes), Vincent Caillé (Muscadet), Julien Albertus (domaine Kumpf, Alsace), Laurence Alias (la Closerie des Moussis, Bordeaux)...

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    C'est vrai que j'annonce rarement les événements ici, mais pour un chouette week-end comme celui-ci, on fait des exceptions. En plus, avec la ligne 4, en marchant un peu, c'est direct.

    Déjà qu'on n'a plus d'essence, faudrait pas venir à manquer de carburant we week-end !

    Maîtresses de Chai, Versant Vins, marché des Enfants Rouges, 39 rue de Bretagne, 75003 Paris, de samedi 15h au dimanche 17h.

    Les Papilles résistent, Cave d'Ivry, 40 rue Marat, 94 200 Ivry-sur-Seine, vendredi de 17h à 22h, samedi de 10h à 20h, dimanche de 10h à 19h.

  • Joseph et Lucien (et surtout Matias !)

    Joseph et Lucien font des erreurs sur leur carte des vins et comme je suis sympa, je n'ai pas immortalisé la chose en photo. Mais je leur ai fait remarquer. Philippe Delmée est rebaptisé Pierre Delmé... S'il perd son "e" final, c'est parce qu'Alice et Olivier de Moore en gagnent un. C'était une carte un peu bizarre où il était fait mention de "vins rouges", de "vins rosés" mais pas de vins blancs. Pourtant le chablis...
     
    Alors qu'on n'aime pas le vin naturel, je comprends. Mais si on en sert, il faut un minimum savoir de quoi on parle et témoigner un peu de respecter aux vignerons qui se cassent le c***. Merci.
     
    Bon allez, j'arrête. Car si on vient chez Joseph et Lucien, c'est surtout pour Matias Veleizan, le cuistot. Cuisinier argentin, autodidacte, auparavant prof de tango. Un orfèvre.
     
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    Aujourd'hui, une salade d'araignée de mer.
     
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    Un morceau de veau impeccable.

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    Une ganache et une divine nougatine au sésame japonais.
     
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    Le tout arrosé du remarquable chablis L'Humeur du Temps 2014 (un blanc, donc) d'Alice et Olivier de Moor (sans le "e" final, donc).

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    On avait déjà croisé Matias, c'était il y a quelques années au marché des Enfants rouges où il s'amusait à cuisiner écrevisses vivantes et coeur de veau. Chez Joseph et Lucien, les assiettes sont très chouettes, car les produits choisis, bien cuits et parfaitement condimentés. Mais ceux qui l'ont croisé savent que Matias a un talent fou et une audace qui, on l'imagine, s'exprimeront un jour à 100 %.
     
    Joseph et Lucien, 43 rue des Petits Carreaux, 75 002 Paris, 01 44 82 55 53.
     
    ***
     
    ENGLISH VERSION Joseph and Lucien (and especially Matias !)
     
    Joseph and Lucien make mistakes when they write their wine list and as I am nice guy, I did not take picture. But I pointed it out. Philippe Delmée is now Pierre Delmé... He lost his final "e", but Alice and Olivier de Moore had one. It was a little bit weird wine list where you find "red wines", "rosé wines" but no white wines. And you can find Chablis...

    If you don't like natural wines, no problem. But if it's on you wine list you have to know a bit about it and show a little to respect to the working-hard winemakers. Thank you.
     
  • Stéphan Elzière (Badoulin, Lacharem pas !), chardonnay 2012

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    L'enfer des sommeliers est pavé d'asperges, parait-il. Aucun accord mets/vin ne serait possible car ceci, car cela. Peut-être. Mais lorsqu'on a débouché le chardonnay 2012 de Stéphan Elzière, on s'est dit le contraire : cela fonctionnait parfaitement. Avec quelque chose d'évolué, de gracieux, de classe. Un vin auvergnat, quoi ! Autour de la table, le caviste émerveillé du vin sorti de son stock n'en revenait pas, à l'instar de tous les francs buveurs présents. Que c'était bon !

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    Quant aux asperges d'Anthony, gros miam ! Comme tout ce déjeuner dominical commencé à 13h et terminé vers 21h.

    (Un très bon caviste, Mi-fugue mi-raisin en parle très bien ici).

  • Kalamata-sur-Seine

    Il y a pile un an de cela, on se baladait sur les routes du Magne.

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    C'était la saison des coquelicots et il manque les coquelicots sur la photo.

    Voilà, c'est réparé.

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    Nous sommes au sud de Kalamata, dans l'extrême-sud du Péloponnèse. En Grèce. Le Magne, c'est un mélange de Corse (pour les paysages), d'Aveyron (pour la bouffe), de Lorraine (pour les gens). 

    On y avait croisé Perry et son génial bar Kantina ou le fantastique restaurant Elies à Kardamili. Et d'autres. Et tous se battaient contre la fameuse crise grecque. Tous ces noms m'avaient été susurrés par Alexandre Rallis, le fondateur de Profil Grec. Depuis quelques années, il fournit les belles tables et les non moins belles épiceries parisiennes en olives de Kalamata, en huile, en agrumes... Tout pousse ici dans ces paysages extraordinaires, au pied du mont Taygète, non loin de l'antique Sparte.

    Seulement voilà, je ne vis plus en Grèce, je ne l'arpente plus du nord au sud, d'îles en îles. Alors je fais quoi maintenant ?

    Direction Ménilmontant. 

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    Dans une rue calme, le bienheureux Alexandre, avec sa gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec, vient d'ouvrir un local où professionnels et particuliers peuvent venir à sa rencontre. Pour déguster et acheter ce qui se fait de mieux à Kalamata. 

    L'huile d'olive de la maison.

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    Le miel de thym du mont Taygète.

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    La tapenade d'olives de Kalamata.

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    Et bien d'autres choses, comme ces citrons. D'ailleurs, j'en ferais bien quelque chose de ces citrons. Pour mes poissons, mes salades, comme un condiment de luxe pour tous les jours : des citrons confits au sel.

    Déjà, on coupe les agrumes en morceaux.

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    De l'huile, du sel, des couches superposées. Faut du sel et faut que ça baigne dans l'huile. 

    Ah oui, le sel. Il vient aussi de Profil Grec. Cette marque Trikalinos produit une boutargue d'exception (idem, tu n'avais jamais mangé de boutargue avant), on en reparlera bientôt.

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    Et ça donne ça, faut que rien ne dépasse. Puis au frais. Rendez-vous dans trois semaines pour croquer dans les premiers citrons confits.

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    "Il me semble que la Grèce m'entre aussi par la bouche
    avec le parfum du résiné, la douceur de l'ouzo, le gigot de mouton,
    les sauces parfumées aux herbes sauvages et la saveur âcre du fromage blanc.
    Et sur tout, quelques gouttes de citron qui donnent des ailes à la faim".

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    Profil Grec, 5-7 rue de Savies, 75 020 Paris, 09 72 86 07 22.

    ***

    ENGLISH VERSION Kalamata-upon-Seine

    Exactly one year ago we had walks on the roads of Magne.It was the season of poppies and poppies on the photo are missing. Here we are, it's ok now. We are south of Kalamata in the extreme south of the Peloponnese region in Greece. Here is a mix between Corsica (for the landscapes), Aveyron (for the food) and Lorraine (for people).

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  • Un petit guide chic et festif du gin tonic

    Pris en flagrant délit de faire de la pub pour les éditions Marabout. Pourtant, leurs catalogues de recettes imprimés en Espagne, c'est pas trop mon truc (je suis poli). Mais comme on n'est jamais à l'abri d'un miracle, elles viennent de confier un sujet passionnant à un spécialiste passionnant.

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    Ce Petit guide chic & festif du gin tonic, écrit par Stanislas Jouenne, donne la tête aux bêtises.

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    Tout le monde a dans l'idée que le gin tonic c'est dégueulasse et tout le monde a bien raison.

    Avait.

    Pendant des années, on a coupé du mauvais gin avec du très mauvais tonic (merci Schweppes). Y a pas de secret, ça ne pouvait rien donner de bien.

    Dans les années 2000, on a assisté à une renaissance. Certains diront que c'est grâce à la puissance de frappe de Bombay Sapphire dès 1987, à l'instar de Starbucks qui aurait ouvert la voie à la "troisième vague" du café... Ce serait vite oublier la quête effrénée du meilleur gin qui s'est emparée de distilleries artisanales à travers le monde. Résultat : des produits haut-de-gamme, relativement différents les uns des autres et n'ayant rien à voir avec l'idée qu'on se faisait du gin. On peut citer le Français Citadelle, l'Anglais Sipsmith ou mon chouchou - je sais, je ne suis pas très original - l'Allemand Monkey47.  Pour honorer ces gins-là, pour ne pas les flinguer avec du mauvais, se sont développés en parallèle des tonics aux arômes naturels de quinine. Et ça fait toute la différence avec la marque citée plus haut.

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    Bien sûr, dans ce petit ouvrage, on retrouve ce qu'on n'aime pas chez Marabout. Le manque d'explications, la mise en page molle, le côté grande distrib'. Mais si on ne s'en tient qu'au texte, on fait le plein de conseils (quel gin pour quel tonic, l'importance des préliminaires, une concision qui nous fait croire qu'être barman c'est simple...) et de recettes (gin tonic citron muscade, french negroni, punch basilic...).

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    On trouve même deux recettes de cuisine façon tapas et leur accord avec un cocktail. Je n'ai pas vraiment compris ce que ça venait faire là, pourquoi 2, pourquoi pas plus. En fait, j'aurais préféré qu'on me parle d'une crème fouettée montée au gin pour accompagner un bon saumon ou quelque chose dans le genre, un truc où le gin soit vraiment partie prenante. Moi, j'en mets dans ma tarte aux poires. Bref.

    En tout cas, c'est simple mais c'est très bien foutu. C'est bon pour un début, ça vaut les 7 euros que j'ai déboursés. Ceux qui voudront aller plus loin et lire la prose de Stanislas plus avant se délecteront de Cocktails, le guide de l'expert, Histoire, techniques, 70 recettes originales chez Flammarion.

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  • Quand Siné faisait l'éloge du morgon de Marcel Lapierre à la télé

    C'est certain, c'était une autre époque. Ah non ? En 2011 ? 

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    (pour lire la vidéo,
    cliquer sur l'image
    pour accéder au blog
    du domaine Lapierre).

  • L'intransigeance de Claire Damon

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    "Je ne suis pas fan des démos. En 30 minutes, je n'ai pas le temps de faire grand-chose, sauf des crêpes." Et bim ! Claire Damon donne le ton dès le début de sa mini-conférence lors du Omnivore World Tour Paris 2016. Elle est donc venue avec quelques gâteaux déjà prêts à engloutir et parle avant tout de son processus de création. La musique tient une place prépondérante, un genre d'échappatoire loin des tracas de la chef d'entreprise. 

    Je l'avoue, Des Gâteaux et du Pain ça me connait. J'avais imaginé un accord pâtisserie/livre après une galette des Rois. Et rien que la veille au soir, je me penchais sur un dossier de la plus haute importance : préférais-je la tarte à l'orange ou celle au citron ? Hé ben, ce n'est pas si simple... La texture douce de l'une me laissait sans voix, la force acide de l'autre me ravissait. Depuis mon retour en France, je fréquente la boutique du boulevard Pasteur régulièrement. On y perçoit un certain jansénisme pâtissier. Claire Damon est par exemple l'une des rares à respecter les saisons. Qui peut en dire autant ?

    Cet après-midi, elle est revenue sur sa vision de la pâtisserie.

    "On me dit souvent que c'est cher". Mais les bons produits et le travail ont un prix, autour de 6 euros le dessert individuel. "La force de l'artisanat par rapport à la grande distribution, c'est la lenteur." Et puis, c'est toujours un euro de moins que les petites mains de Pierre Hermé qui mettent des framboises sur l'Ispahan en plein mois de février... Elle ne l'a pas cité nommément mais a clairement expliqué que le consommateur a une responsabilité. "C'est important de comprendre qu'il n'y a pas des fraises toute l'année". 

    Elle s'avère aussi tranchante en ce qui concerne son désintérêt pour les modes. "Moi je ne fais pas de macarons, pas de chocolats de Pâques, pas de petits fours". Et "le sans gluten, le sans sucre, le sans beurre, ça ne m'intéresse pas." Applaudissements dans la salle.

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    C'est évidemment la guerre pour goûter ses créations.

    Plutôt que l'atmosphère surchauffée de la Mutu, j'ai préféré repasser en fin de journée par la pâtisserie du boulevard Pasteur. Claire Damon était revenue au boulot, elle fermait la boutique. Au dernier moment, j'ai attrapé le calisson mandarine qui me faisait de l'oeil.

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  • L'importance du menu déjeuner au restaurant

    Des produits d'exception, une cuisson adaptée, un condiment adéquat, un vin sincère : la bonne cuisine, c'est simple sur le papier. Mais sont-ils si nombreux les restaurants où nous mangeons vraiment bien ? Poser la question, c'est déjà y répondre. 

    Chez Nina, les légumes viennent de chez Annie Bertin, les poissons de Terroirs d'Avenir, l'huile d'olive de Profil Grec... Les produits sont tous sourcés, ça emmerde les râleurs. Moi, j'aime bien savoir ce que je mange. D'autres diront qu'on retrouve toujours les mêmes. Pas faux, mais c'est tout de même mieux que Brake ou Pomona non ?

    Il faut ici rendre compte de l'incroyable menu déjeuner, entrée, plat, dessert, 20 euros (il vient de prendre deux euros il y a quelques jours). Je préfère le restaurant le soir, mais quand c'est bien troussé, on ne peut qu'en redemander. Les antiparisianistes primaires, toujours à rabâcher que l'on ne mange bien que chez eux, seraient avisés de s'en inspirer ; ils ne sont pas légion les restos de la capitale et hors de la capitale qui puissent rivaliser avec Nina. Ici les portions sont presque trop généreuses ; mettons en rapport le coût de ces matières premières, le temps passé en cuisine et la qualité de la réalisation. Et les photos qui ne rendent pas assez compte de cette générosité.
     
    (Notons aussi qu'il y a des "mosaïques", plats classiques en version moins quantitative afin de permettre de tout goûter. Je ne cours pas après la mode des menus-dégustations, je préfère les assiettes franches ; à l'instar de ce qui suit). 
     
    Lentilles, poulpe, clémentine.

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    Moruette, pomme de terre, coquillage.

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    Enfin ce dessert, sans doute l'un des plus inventifs de l'année. Loin de la juxtaposition bêbête, le riz au lait accordé au miso ne renvoie à rien de connu. Elle est là, la touche d'inspiration asiatique (le cuisinier serait passé par Ze Kitchen Galerie). 

    Riz au lait, miso, raisin.

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    Avec tout cela, le splendide mourvèdre rosé ("Exaybachay") de Jean-Philippe Padié. Pas pour 8 ou 12 euros le verre, juste 5.

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    Franchement, on est sorti de là en défaisant un cran de la ceinture. Résultat : 50 euros à deux, tout pile, pour un vrai restaurant où y a à bouffer.

    ***

    La semaine d'après, j'ai déboursé 13 euros pour un truc ressemblant vaguement à une pizza. C'était dans une échoppe spécialisée sise à trois rues de chez Nina. Et je ne l'ai même pas mangée là-bas, je l'ai emportée chez moi. On ne m'y reprendra plus ; dans le quartier, c'est Nina, point barre.

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    Nina, 139 rue du Château, 75014 Paris, +33 9 83 01 88 40

  • Sylvain Respaut est apiqueron, apiculteur et vigneron

    Sylvain Respaut inscrit le néologisme sur les étiquettes de ses bouteilles. "Apiqueron". Contraction d'apiculteur et de vigneron. Nous sommes juste en-dessous de Maury. D'un côté, 200 ruches à Caramany et de l'autre 4 hectares de vignes sur la commune de Montner. D'un côté du miel de lavande, de rhododendron, de buplèvre, d'inule visqueuse et de l'autre des quilles de grenache et de carignan.

    Ce jour-là, c'était un joli pétnat qui ne se la raconte pas et qui égaie l'apéritif (10 euros chez Terroirs d'Avenirs). On en redemande ! Et il nous faudrait goûter le miel...

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  • Sancerre Akméniné 2008 de Sébastien Riffault

    Non seulement certaines bouteilles mettent tout le monde d'accord mais s'avèrent, à elles seules, la meilleure réponse aux poncifs qui courent sur le vin naturel. Le sancerre Akméniné de Sébastien Riffault en version 2008, c'est grandiose. De l'acidité, de la rondeur, du fruit, de la patine, de la truffe, une signature, tout ça pour trente euros chez un caviste parisien bien achalandé.

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  • Faut-il encadrer le vin naturel ?

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    C'est le débat de ce début 2016. Faut-il décider une fois pour toutes de ce qu'est le vin naturel ? Faut-il y accoler un label identifiable par tous ? Il suscite une attente forte auprès des consommateurs, paraît-il.

    Le Manifeste du vin naturel avait déjà posé le débat, dans toute sa complexité. Avouons-le, ici, nous sommes peu friands d'une règlementation. Mark Angéli avait déjà résumé la chose. Après avoir descendu son Rosé d'un Jour, on arrivait à lire cette phrase de E.E. Cummings sur le dos de l'étiquette : "Tant que nous aurons des lèvres et des voix pour embrasser et pour chanter, qu’importe qu’un fils de pute invente un instrument pour mesurer le printemps."

    Fidèles à nous-mêmes, nous sommes partisans de tourner la tête ailleurs. Et cela tombe bien, on a autre chose à faire dans la vie. Boire un coup, par exemple. Ou aller à Brême, voir le crépuscule tomber sur le port.

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    "Il était indifférent à la politique. Lui, ce qui l'intéressait, c'était de décrire le crépuscule qui tombe sur le port de Brême."

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  • Voici une solution pour manger chez Yves Camdeborde sans réserver des mois à l'avance

    Le comptoir du Relais d'Yves Camdeborde, on sait comment ça marche : c'est une brasserie alléchante ouverte tous les jours qui, les soirs de semaine, du lundi au vendredi, se mue en un restaurant gastronomique. Il s'avère plutôt simple de manger à la brasserie, au prix de quelques contorsions dans les horaires : venez faire la queue à 11h45 ou mangez le dimanche soir à 18h30. Par contre, c'est carrément galère de dégoter une place un soir de semaine au gastro.

    L'effet Masterchef ? Je peux témoigner la main sur le cœur pour y avoir manger avant, pendant et après l'émission de TF1 que cette dernière n'a pas changé grand-chose. Il y a 6 ans, la difficulté de dégoter une table était identique, il fallait réserver des mois à l'avance. 

    Des mois à l'avance ? Ouais...

    J'ai appelé ce matin, j'ai fait le test. Bonjour, je voudrais réserver pour deux couverts un soir de semaine. La première table de disponible c'est pour le 22 mars, un mardi. Si vous préférez un vendredi soir, ce ne sera pas avant le 27 mai. Mai, oui oui. Rappel : nous sommes le 8 février... Soit dans un mois et demi dans le meilleur des cas. Soit dans trois mois et demi, si vous voulez festoyer une veille de week-end.

    Alors, on fait comment ?

    Peut-être connaissez-vous le boss ? Un simple coup de fil et on peut s'arranger, m'avaient dit des vignerons. Je reste dubitatif sur cette possibilité, étant donné l'étroitesse du lieu. Et puis, surtout, problème : moi, je ne le connais pas le boss, je n'ai pas son 06...

    Mais j'ai une solution.

    Déjà, triez vos partenaires, il est bien plus facile d'être deux que huit, c'est l'évidence. Ensuite, armez-vous d'un téléphone, de patience et de flexibilité ; la technique ne marche pas forcément à tous les coups, il faut parfois réessayer plusieurs jours de suite. Et cela va sans dire : mon affaire fonctionne mieux le lundi que le vendredi. L'idée c'est d'appeler chaque matin vers 10h30/11h afin de voir s'il y a un désistement pour le soir même. Avec la légèreté des Parisiens, la frilosité actuelle des étrangers concernant Paris et ceux qui ont de véritables empêchements, vous pouvez avoir de la chance.

    Si tout fonctionne bien, vous aurez droit à ça.

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    Mention spéciale pour cet extraordinaire dessert : agrumes de Kalamata (j'imagine que ça vient d'une maison de bon goût, Profil Grec) réhaussés d'une crème de basilic et d'une glace au lait de brebis. Vous m'en mettrez 15 autres s'il vous plait, notamment pour mon petit-déjeuner et mes goûters. 

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    Dans le verre, du bizarre jouissif : Anne, Françoise, Joseph (en version 2010) du domaine des Griottes... Oui, ça existe encore en cave ! Il accompagne tout le repas (sauf le pigeon qui s'entend bien avec un verre de bourgogne) et ne flingue pas l'addition.

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    Evidemment, sur le fromage, j'attaquais le dépôt, d'où la couleur.

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    Service au top, assiettes toujours bien troussées, moment intime non réfléchi des mois à l'avance : ah, si tous les restos du coin étaient du même tonneau...

    Le Comptoir du Relais, Yves Camdeborde, 5 Carrefour de l'Odéon, 75006 Paris, +33 1 44 27 07 97. Notez aussi que lors des vacances scolaires, tout redevient brasserie, même les soirs de semaines.

    ***

    ENGLISH VERSION How to having dinner at Camdeborde's Le Comptoir du Relais without booking several months in advance ?

    You know Yves Camdeborde's Le Comptoir du Relais restaurant : it is an enjoying Parisian brasserie open all days which turns into a gourmet restaurant on evenings, from Monday to Friday. It is rather easy to eat at the brasserie if you don't mind your schedule : come to queue at 11:45 or eat on Sunday night at 18:30. But its a pain to book a table at the weeknights gastro restaurant.

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  • Le flan de l'artisan Bruno Solques surpasse (et de loin) celui de Cyril Lignac

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    Ce gâteau est à l'image de l'époque : neutre, sans aspérité, quasi médical. La raison ? Cyril Lignac n'utilise pas d’œufs pour ses flans ! Je le tiens de la vendeuse, en boutique. De l'amidon de maïs à la place... "On gagne en texture" dit-elle. C'est aussi la marge du commerçant qui y gagne, la Maïzena revient moins cher que des œufs. Ce n'est pas mauvais, ce n'est pas terrible et est-ce encore du flan ? Certes, c'est joli au premier abord mais cela suffit-il ? Cyril Lignac, enfin ses pâtissiers plutôt, vendent la part 3 euros et 50 centimes. 

    Cet après-midi, je passe par la boutique de Bruno Solques, un véritable artisan boulanger. Ici, le flan est au même prix que chez Lignac et il y a à becqueter. C'est un autre monde.

    Texture, gourmandise, incroyable longueur en bouche (y a un peu de rhum là-dedans non ?) : je l'avale en deux minutes top chrono, c'est merveilleux. Au moins, ça ne ressemble pas à un produit parfait, mais à un classique que ta grand-mère faisait. Un vrai flan, quoi, un truc humain.

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    Bruno Solques, 243 Rue Saint-Jacques, 75005 Paris, 01 43 54 62 33.
  • Une oraison funèbre pour Marcel Lapierre

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    "Encore une fois, on n'est pas étonné d'observer que les Français des temps qui sont les nôtres, en cette matière comme dans d'autres, ne savent plus au juste ce qu'est la France. La France, ce n'est pas les vignerons hommes d'affaires vedettes des foires aux vins falsifiées. La France, ce n'est pas les vins modelés par des fermenteurs à rotors, de l'osmose inverse, de la micro-oxygénation, des ajouts de tanins, des enzymes ou des levures synthétiques. La France de Marcel Lapierre, du vin de Marcel Lapierre, c'est l'esprit rebelle, la fraternité bruyante, la subtile gourmandise, le gout délicat et l'anarchisme foncier qu'il aura incarnés mieux que personne durant trois décennies, en gros entre 1980 et 2010, dont on se souviendra longtemps".

    On a les morts qu'on mérite. Dans son recueil d'oraisons funèbres publié cette semaine, Jérôme Leroy se met dans la peau d'un Bossuet du début des années 2010. Il passe en revue Thierry Roland, Ben Laden, Amy Winehouse ou Marcel Lapierre. En tant que miroirs de l'époque, ou en tant qu'anti-miroirs, chacun raconte à sa manière la fin du XXe siècle ou le début du XXIe, l'avènement du bling-bling, du simplisme ou du vide. Et avant tout, le temps qui passe.

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  • Un peu de trévise dans ma grappa

    La trévise, la vraie, c’est-à-dire le radicchio rosso di Treviso, a l’apparence d’un fouet mauve, pas d’une boule sans goût. C’est une chicorée aux jolis amers. Que va-t-elle donner dans ma grappa ? Oui, j’ai bien décider de les faire cohabiter quelques temps. Du radicchio, du poivre et une belle grappa de chez Nardini : la recette précise se lit ici.

    Rendez-vous dans 5 mois très exactement pour goûter cette grappa à la trévise. 

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  • Un accord Galette des Rois/livre... car comme il y a une pâtisserie de saison, il peut y avoir une lecture de saison

    J'avais déjà râlé il y a quelques temps sur Christophe Michalak qui utilise des myrtilles et des mûres en mai et sur Pierre Hermé qui nous sert des framboises toute l'année sur son Ispahan. C'est pourtant l'évidence même : puisqu'il y a un roulement des saisons pour les fruits et légumes, puisque les bons cuisiniers l'intègrent comme contrainte quotidienne, il n'y a pas de raison pour que les pâtissiers dérogent à cette règle naturelle.

    C'est pourquoi je fréquente assidûment la pâtisserie Des Gâteaux et du Pain, de Claire Damon. Il faut ajouter que, de toutes les pâtisseries parisiennes goûtées (faites moi confiance), c'est le plus haut niveau d'inventivité et de réalisation. Le tout couplé à un parfait respect des saisons. En ce moment, à la mi-janvier, les fruits se font rares. Hormis les agrumes... Cela donne : cheesecake au pamplemousse, tarte au citron, gâteaux aux poires, noisettes, chocolat. De la vraie pâtisserie hivernale.

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    Et de la galette des Rois, même si là, on a plus de latitude avec les saisons. Je suis un bon cobaye, je ne cours pas après les galettes. Le feuilletage m’écœure vite, la frangipane me lasse, la tradition m'ennuie. J'avoue que je ne suis pas resté insensible à cette galette polonaise : feuilletage caramélisé (ça change), crème vanille-amandes (gourmand) et fruits confits (tout le monde a l'impression d'avoir la fève). D'ailleurs, il n'y a pas de fève dans cette galette, il faut l'ajouter soi-même. Quelques clients habitués à qu'on leur fasse tout rechignent un peu. Pourtant, c'est un bon système pour éviter de tomber sur la fève au moment de la découpe. Le tout s'avère assez extra. 

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    Et avec ça, qu'est-ce qu'on lit ?

    Oui, parce que le pinard c'est sympa mais les traditionnels pétillants avec la galette, on a déjà donné. Accompagnons la galette d'un bon livre, qui fasse autant voyager que les épices de Claire Damon. D'ailleurs, la lecture ne peut-elle pas, elle aussi, suivre les saisons ? C'est vrai, le livre n'est pas périssable heureusement et le lecteur garde sa liberté. Mais lire le très rohmérien Adieu aux espadrilles d'Arnaud Le Guern à la fin des vacances d'été vous plonge directement dans l'ambiance.

    Idem avec Gaspard, Melchior et Balthazar de Michel Tournier, ouvert en ce début janvier. C'est vrai, on ne sait rien des Rois Mages. L'écrivain a décidé de leur inventer un passé afin d'expliquer ce qui les mène à Bethléem. Pour rappeler que l’Épiphanie n'est pas qu'une galette.

    "Le poète l'a dit : l'eau qui stagne immobile et sans vie devient saumâtre et boueuse. Au contraire, l'eau vive et chantante reste pure et limpide. Ainsi l'âme de l'homme sédentaire est un vase où fermentent des griefs indéfiniment remâchés. De celle du voyageur jaillissent en flots purs des idées neuves et des actions imprévues.  [...] A ce propos, j'ai répugné à faire partir mes compagnons et mes esclaves sans leur donner d'explication. Je leur ai parlé d'une visite officielle à un grand roi blanc des rivages orientaux de la mer, et j'ai cité un peu au hasard Hérode, roi des Juifs, dont la capitale est Jérusalem. C'était trop de scrupules. Ils m'ont à peine écouté. Pour ces hommes qui sont tous des nomades sédentarisés - et malheureux de l'être -, partir trouve sa justification en soi-même. Peu importe la destination".

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  • Michel Delpech, l'éloge de la fuite et Pantelleria

    Profitez de la mort de Michel Delpech pour réécouter ses chansons - au moins elle aura servi à quelque chose. Et au hasard de textes qui peuvent paraître anodins, en s'y penchant vraiment, vous êtes vite absorbés par un leitmotiv qui transpire : un véritable éloge de la fuite.  

    C'est évident dans les chansons secondaires, de l’ambiguë Trente Manières de quitter une fille ("J'aimerais bien t'aider dans ta lutte pour être libre") en passant par Les Aveux.

    "Il est fatigué le prince charmant
    Il est fatigué son beau cheval blanc
    Ses rêves bleus sont un peu gris
    Son épée d'or est en fer blanc [...] 
    J'étais prisonnier
    Je suis délivré
    De la prison de coton
    Que j'habitais depuis des années"

    On va me dire que ce ne sont que des problèmes de rupture. Pas si simple, le problème est plus profond. La fuite semble toujours contrainte car, ailleurs, d'autres chansons laissent respirer un bonheur certain (Et Paul chantait Yesterday, L'Amour en wagon-lit...).

    Je crois que la clé se trouve dans Ce Lundi-là, une chanson qui est à mon sens l'oeuvre majeure de sa discographie. Un mec plaque tout parce que son entreprise le saoule. Ce n'est pas partir pour partir, mais se résigner à partir quand tout s'oppose à ce qu'on est réellement. En cela, Michel Delpech tranche. 

    Il savait qu'à huit heures la table serait mise
    A côté de son assiette il y aurait ses tranquillisants
    S'il fallait toutes ces salop'ries pour arriver à s'endormir
    Ce n'était pas la peine d'avoir trente ans [...]
    Il revoyait encore la brasserie des "Trois dauphins"
    Où ses amis l'attendraient demain de midi à deux heures
    La crise entraînerait encore des conversations sans fin
    Mais demain à deux heures il serait loin

    Cette obsession de la fuite se retrouve aussi dans les tubes. Pour Les Divorcés, chanson devenue symbole d'une époque, pas besoin d'explication de texte. Wight is Wight est très claire aussi. "Toi qui a voulu t'emprisonner / As tu le droit de condamner / Celui qui cherche à s'évader." Ou encore Pour un Flirt, où il explique : "Je pourrais tout quitter / Quitte à faire démodé".

    Enfin Le Chasseur, vous savez, celle avec les oies sauvages et qui commence par une partie de chasse assez commune et qui finit sur une fuite bien définie. "J'aurais bien aimer les accompagner / Au bout de leur voyage". Mais voilà, la réalité est là : le mec se rend compte qu'il est seul comme un con, avec son épagneul, rêvant à la Méditerranée.

    Aujourd'hui, on enterre Michel Delpech. La Méditerranée est loin du Père-Lachaise. Pourtant, pour ceux qui restent, elle est là, à portée de main. Entre autres, grâce à cette incroyable quille de Gabrio Bini. Lui a fui Milan pour Pantelleria, la terre aux câpres, entre Sicile et Tunisie. La possibilité d'une île est devenue réalité. 

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    Un simili-jus de pamplemousse mi-amer, mi-acidulé, comme une chanson de Michel Delpech. 

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    Cette digression pinardo-musicale ne sera pas complète sans Pauvre Baby Doll, la plus belle chanson de fuite. On la doit à Eddy Mitchell. Et c'est aussi un tir d'artillerie. Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenus.

    "Ses parents n'sont plus rien que deux étrangers
    Ils ont oublié
    Qu'ils se sont tant aimés
    La vie les a doublés
    C'était pourtant pas loin l'Amérique
    Quand ils en ont parlé
    Elle n'est plus là la Californie
    Il ne faut pas rêver [...]
    Même si c'est bien loin l'Amérique
    Partir c'est l'approcher
    Elle n'est pas là la Californie
    Il ne faut pas rêver
    Et tant pis s'il n'y a pas d'Amérique
    Tout mais ne pas rester
    Il y a bien une Californie
    Quelque part où aller"

     

  • Retour en France (et sur quelques quilles)

    Aimer la France,
    c'est toujours aimer autre chose que la France.
    Sébastien Lapaque

     

    Je ne vais pas m’appesantir sur un an d'éloignement. La France a vécu sa vie, moi la mienne. On se retrouve dans un moment pas très simple. Mais on conjure le sort, on panse les plaies, on parie sur l'avenir en partageant quelques bouteilles d'exception. Voici ce qui a circulé dans mon gosier depuis exactement trois mois.

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    La première quille que j'ai prise dans mes bras, dans mon nouveau chez moi. On en a bu des cargaisons de 2005 à la Crémerie ; c'est toujours aussi harmonieux ce combe-bazin

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    Terre de Vertus 2009 de Larmandier-Bernier : un grand, grand champagne non dosé.

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    Les extraordinaires pinots noirs de Bruno Schueller. Evidemment, le Chant des Oiseaux 2009 surpasse tout. Sans doute la quille de ma rentrée.

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    Un fabuleux gin venu de Forêt-Noire. Compagnon du tonic et du clafoutis aux poires.

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    Le jasnières 2011 du domaine Le Briseau, bu chez à Mi-Chemin, ne nous a pas laissé au bord de la route.

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    Le primeur des Foulards Rouges, Octobre, bu quelques jours avant son lancement officiel en novembre.

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    Un souvenir de Thessalonique, de la visite chez Thymiopoulos. Ouvert au Coinstot Vino...

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    ...tout comme ce magnum de primeur italien, bu l'année d'après. Je croyais bien le connaître celui-là, mais quelle bombe après un an d'attente !

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    Un super dîner en petit comité avec Marc Barriot (Clot de l'Origine).

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    Un exquis savagnin 2008 de Puffeney débouché un mardi midi, au Vitis le nouveau resto des frères Delacourcelle.

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    Un très chouette beaujolais dégoupillé avec le vigneron (Julien Merle) chez Versant Vins.

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    Une de mes quilles adorées, lentement patinée par l'équipe du Clown Bar : edelzwicker 2008 de Bruno Schueller (oui, encore lui !).

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    Un vin chilien bu avec Vincent Wallard, qui me donne envie d'aller faire les vendanges là-bas, en mars prochain... Peut-être... 

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    Fantastique Escarpolette 2009 d'Ivo Ferreira

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    Le coucou blanc 2006 (malgré son passage en fût) fait un tabac ! Merci Elian Da Ros !

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    Là aussi, une grande bouteille... qui te fait aimer le cabernet-sauvignon, c'est dire ! Cana 2008 d'Angiolino Maule, en magnum.

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    Les Cinq Elements, la macération de gewurztraminer de JP Rietsch. Que c'est bien de croquer la peau du raisin ! 

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    Sans doute l'autre grande quille de ma rentrée, le chambolle-musigny signé Frédéric Cossard. Revenons aux fondamentaux, à ce qu'on aime. Avec des pâtes au poulpe, une recette de Kalamata exécutée par et chez Alexandre Rallis

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    Chardonnay 2009 d'Overnoy/Houillon. Fallait être là...

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    Enfin du Gabrio Bini ! Un jus de pamplemousse, moitié Sicile, moitié Tunisie. Ce que la Méditerranée fait de mieux (avec les vins grecs).

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    Un autre fantastique bourgogne, on n'est plus à la LCR ! Clos de Monsieur Nolly 2000, domaine Valette. Et à ses côtés, le Pechigo blanc 2009 de Sylvain Saux que j'apprécie particulièrement.

  • Davide Bentivegna, le vigneron qui sème le chaos sur l'Etna

    "Ses cuvées s'appellent Kaos, parce que chez lui, c'est vraiment le chaos." Le patron de la pizzeria Cave Ox m'avait prévenu... Une telle mise en garde te donne forcément envie de rendre visite à Davide Bentivegna, vigneron sur l'Etna.

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    Son domaine Etnella existe depuis le millésime 2010. Davide a commencé par autre chose, par une vie dans les chiffres, entre deux avions. Mais l'héritage familial a pris le dessus. Aujourd'hui, il s'occupe de 6 hectares de vignes et de 4 d'oliviers. Jusqu'ici tout est clair.

    Davide nous donne rendez-vous chez lui, sur les hauteurs d'Acireale, pas trop loin de la touristique Taormine. On commence par visiter son jardin où s'enchevêtrent quelques vignes et arbres fruitiers.

    Puis on passe à table. Normal, on est en Sicile. Davide fait des essais sur les étiquettes de ses bouteilles. Un essai, cela signifie qu'il colle une étiquette nouvelle sur la première bouteille à portée de main. Pour voir ce que ça donne. Parfois, en grattant, on trouve jusqu'à 3 couches différentes de papier. Ce soir, rares sont les vins goûtés qui correspondent à leur étiquette. Les photos sont superflues, le flou s'installe. J'en avais vu des trucs originaux chez les vignerons, mais là...

    Le chaos.

    Davide aime désarçonner le goûteur. Dans les dégustations, il sert ses vins dans des contenants en plastique. Les gens pensent que le jaja n'est pas terrible puis ils changent d'avis. "J'aime partir d'en bas pour ensuite surprendre". Pour ma part, j'apprécie vraiment ses rouges. Ce sont sans doute, avec la cuvée Machado de Francesco Guccione, les rouquins qui m'ont le plus plu sur l'île Sicile. Ainsi la cuvée Notti Stellate 2012, un rouge virevoltant comme un lambrusco bien fait. Mais tu sens un vrai vin derrière la bulle, pas un truc qui s'efface. Forcément, c'est fait avec du nerello mascalese, le pinot noir local travaillé modestement... Bon, en fait, c'est une expérimentation. Et ça ferait un tabac.

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    Villa Petrosa di Santo Spirito (2014). L'idée, c'est de faire du vin comme le faisait ses ancêtres, avec cette tradition de mélange de cépages rouges (nerello mascalese, nerello cappucio) et blanc (catarratto). La superbe couleur rouge légère et un fruit croquant font l'unanimité. La conversation passe ensuite sur ses vins traditionnels menacés par la standardisation ou l'impossibilité de vinifier en palmento, le chai tradionnel de l'Etna. La riposte est claire : "quelqu'un qui est assis à Bruxelles ne peut pas me dire comment faire mon vin."

    Et sa bulle 2013, il l'a additionnée de moûts de 2014 - en lieu et place des levures...

    Le chaos, encore.

    J'adore sa couleur framboise un peu passée pour un vin rafraîchissant et son côté très vineux qui en fait un bon compagnon de table. À la manière d'un grand champagne, la bulle s'estompe très vite. Y a beaucoup de soufre là-dedans ? Pas vraiment, il se fie à la charte de l'A.V.N. : poco ma non troppo. Voire pas du tout.

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    Enfin, les vins du chaos.

    Kaos Etna Bianco mélange principalement deux cépages blancs siciliens, carricante et catarratto. La pierre volcanique donne quelque chose de très minéral, de très droit pour le 2014. Le millésime précédent joue plus sur l'oxydatif.

    "Mais pour moi, le vin naturel c'est la macération". Comme on le suit, Davide ouvre son Kaos 5.0 macéré 5 jours. Pas orange, ni lourd, simplement vibrant. Ces cuvées s'appellent Kaos en souvenir de la théorie mathématique du chaos. Appliqué au vin, cela donne un théorème que l'on connaît bien : tout millésime est différent.

    Hors concours, le nepitello. Un genre de chartreuse maison, à base de la plante baptisée nepitella en italien, le "calament népéta" en français. Le point d'orgue des produits d'un vigneron hallucinant...

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    (En France, pour l'instant, seul l'excellent VinNouveau importe ces quilles.)

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    ENGLISH VERSION Davide Begnanti, the man who brings chaos on Etna

    "He calls his wines Kaos... because with him it is really chaos..." The owner of the pizzeria Cave Ox warned me... But this warning makes me feel very curious about Davide Begnanti, a winemaker on Mount Etna. 

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  • Cave Ox, solide sur les fondamentaux (antipasti, pizza et vins naturels)

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    Le versant nord de l'Etna abrite la plus remarquable cave à manger de Sicile, voire de toute l'Italie. Les choses simples se révèlent toujours les plus difficiles à réaliser. Antipasti, pizze, tiramisu. Du très classique, du très gourmand.

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    (Les courgettes, les tomates, les aubergines... c'est de saison : c'était un repas au mois d'août dernier).

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    Et question vins, c'est le paradis. Le vin blanc de Vino Di Anna, venu en voisin. Nous n'avons pas pu croiser Anna Martens, elle était loin de ses vignes. Par contre, son blanc 2014 servi dans un zalto nous a fait grande impression.

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    A l'instar de ce rosé 2013 bien franc, de l'Azienda agricola Crasa (SRC). Introuvable. Comme tout le reste de la cave de Sandro Dibella, le patron, fou de vins naturels. Du Robinot, du Riffault, tous les meilleurs italiens, du Liban, de la Slovénie... Le monde du vin naturel unifié fait de Cave Ox une étape sicilienne incontournable. Deux nuits dans le coin, deux soirs à manger chez Sandro.

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    Pizza parfaite, produits choisis, vins au naturel : forcément, l'adresse nous fait penser au Coinstot Vino.

    Cave Ox, Via Nazionale 159, Solicchiata, Castiglione di Sicilia (CA), 0942 986171.

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    ENGLISH VERSION Cave Ox, back to basics (Antipasti, pizza and natural wines)

    The northern slope of Etna houses the most remarkable cave à manger of Sicily or maybe Italy. The simple things are always revealed most difficult. Antipasti, pizzas, tiramisu.  

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  • Francesco Guccione mélange ses vins, à l'image de la Sicile qui a vu plusieurs peuples se mélanger

    La Sicile est ouverte sur 3 mers, au carrefour des routes politiques, guerrières et commerciales. Elle en a connu des invasions. Grecs, Carthaginois, Byzantins, Musulmans, Normands, Angevins, Espagnols et quelques Italiens tout de même. La nourriture et l'architecture sont ainsi les témoins de ce mélange.

    J'extrapole en écrivant que Francesco Guccione met à l'œuvre ce melting-pot dans ses quilles.

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    Bien sûr, il fait des rouges et des blancs mono-cépages. Et encore... Son trebbiano 2014 a été aromatisé avec un peu de malvoisie. Mais avant tout, la touche de folie et le talent de Francesco, on les décèle dans ses assemblages, ses hommages inconscients au passé de la Sicile.

    1213 ne correspond pas à un millésime du Moyen-Âge mais très simplement à une réunion de deux millésimes de trebbiano. L'idée est de trouver un équilibre entre 2012, année chaude, et 2013, année plus froide. Pas con. Quand on le goûte, on est encore plus convaincu. Une fois encore, on avoue que Francesco réussit superbement ses blancs. D'ailleurs tous les vignerons siciliens que j'ai rencontrés me l'ont exprimé, parfois avec un peu de jalousie...

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    La cuvée Machado mélange carrément rouge et blanc, moitié/moitié. Dans un fût de 500 litres, Francesco place les raisins rouges de nerello mascalese et perricone avant d'ajouter le jus blanc de trebbiano déjà pressé. Une courte macération et il presse à nouveau. En sort un jus fluet, ni rosé, ni rouge, plutôt un rouge-rosé au fruit croquant, à la torchabilité extrême. À l'instar d'un tavel d'Eric Pfifferling.

    Parfois, à l'image d'autres vignerons, Francesco laisse les peaux du raisin blanc catarratto mariner avec le jus durant 15 jours (pour ce qui est de 2012). Cette cuvée de macération se goûte encore franchement même sur une bouteille ouverte depuis 4 mois ! Aucune lourdeur et toujours cette belle palette aromatique.

    Ces vins originaux ne se laissent pas dénicher facilement, ils sont rares. Et j'ajoute que les buveurs n'ont pas toujours la curiosité requise pour aller vers elles, pour se les faire expliquer. Francesco explique que c'est au Japon qu'il vend le plus. "Les Japonais ne sont pas seulement intéressés par le fait de boire, mais aussi par rencontrer et comprendre un vigneron. Ordinairement, qui dit Sicile dit nero d'avola. Point barre. Mais les Japonais n'ont pas peur de goûter autre chose quand je le leur présente".

    (L'ami Patrick parle aussi très bien de Francesco dans Tronches de Vin 2 ou sur son blog).

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    ENGLISH VERSION Francesco Guccione blends its wines, as Sicily mix people

    Sicily is open on three seas, at the intersection of three roads : politics, war and trade. It has experienced invasions. Greeks, Carthaginians, Byzantines, Muslims, Normans, Angevins, Spanish and some Italian nonetheless. The food and architecture are witness to this mix. I extrapolate when I say that Francesco Guccione puts this melting pot in his bottles.

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  • Porta Del Vento redonne du piquant au catarratto, un modeste cépage blanc sicilien

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    Encore un exemple de mec qui a changé de vie. Marco Sferlazzo était pharmacien à Palerme. Sympa mais on a connu plus trépidant. Et puis, il y a le souvenir de son grand-père vigneron. Vers 8-10 piges, Marco s'est pris d'amour pour le raisin. Quand trop fut trop, il plaqua sa première vie pour monter son propre domaine, Porta Del Vento. C'était il y a dix ans.

    Autant on suffoque à Palerme, autant on respire à Camporeale. À 50 kilomètres au sud-est du chaudron qu'est la capitale régionale, ce sont les montagnes avec une vue à couper le souffle.

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    Et du vent, beaucoup de vent. Une ouverture vers la mer entre deux rochers, c'est la fameuse porte du vent, l'espace par où il s'engouffre l'été. Forcément, le sol en pâtit, la roche s'érode. Ajoute à ce phénomène quelques milliers d'années et ça donne une terre sableuse.

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    Marco règne aujourd'hui sur 14 hectares et peste contre les cépages internationaux. Oui, on est en Sicile, on n'est pas là pour boire du merlot, merde. Le perricone, vous ne connaissez pas ? Normal, ça ne pousse qu'ici. Les rouges et les rosés (cuvées Maque) à base de ce cépage rencontrent un joli succès.

    Mais la vraie belle découverte, c'est le catarratto, un cépage autochtone blanc. Habituellement, on l'internationalise en le coupant avec du chardonnay ou du sauvignon. Ou alors on le prend comme jus d'appoint pour augmenter sa production. Cependant, de plus en plus de producteurs le mettent en bouteille pour lui-même.

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    Porta Del Vento sort trois types de blancs totalement différents à partir du même cépage. Ma tendresse envers Mira n'est plus à démontrer. Cette bulle 100 % catarratto possède une indéniable identité sicilienne. Parfumée et beurrée, elle m'évoque évidemment un joli champagne tout en gardant un côté sudiste assez peu courant. Un vin grandiose.

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    Le Catarratto tranquille dans sa version 2014 se révèle frais et acide, sans trop d'alcool et plutôt élégant. On peut le boire de l'entrée au dessert, ça ne me gênerait pas.

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    Enfin, la bizarrerie du lot : un catarratto de longue macération sur peaux... Un truc assez original en Sicile même si Marco nous dit qu'il y a bien une petite tradition locale en ce qui concerne le vin orange. Il a commencé à expérimenter la chose en 2007 après avoir bu de chouettes Radikon.

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    Cette cuvée Saray (sarai signifie "tu seras") est un vin délectable avec les viandes blanches, les poissons et surtout les desserts agrémentés des fameuses amandes siciliennes. Qu'il s'agisse du 2012 (30 jours de contact) ou 2009 (45 jours), le vin est à chaque fois bien différent. Du fait de l'altitude, on garde une certaine fraîcheur mais puissance et oxydation varient selon les millésimes. Quant à savoir si c'est un vin orange, là aussi ça dépend : Marco limite le contact avec l'oxygène et la récolte en surmaturité. Car il ne désire pas avoir de vins trop oranges... c'est plus difficile à vendre !

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    ENGLISH VERSION Porta Del Vento boosts catarratto, a modest Sicilian white grape

    Another example of a guy who has changed his life. Marco Sferlazzo was a pharmacist in Palermo. Friendly but not really hectic. And he thought about his grandfather who was a winemaker. When he was 8-10 y-o, Marco did fall in love with the grapes. When too much was too much, he stopped his first life to build its own domain, Porta Del Vento. It was ten years ago.

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  • Salvo Foti, le messie du vin sicilien

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    On imagine bien Salvo Foti en train de chasser les marchands du temple. "Le problème en Sicile, c'est que certaines personnes veulent faire trop d'argent" avoue-t-il très vite.

    Ce matin d'août, nous marchons au cœur de la bourgogne sicilienne, à Solicchiata, versant nord de l'Etna. Dans ces vignes parfois centenaires qui portent l'immense Vinupetra, sans doute le plus grand vin rouge de l'île, Salvo grogne contre les travailleurs venus d'Europe de l'Est que les grandes maisons viticoles exploitent. Peu de qualification et aucune connaissance du terroir : deux qualités de choix pour les industriels qui désirent avant tout les payer le moins possible.

    Puis il peste contre la mécanisation à outrance qui a tué la culture en terrasses - ce qui constitue tout de même la base de la culture méditerranéenne. Pire, Salvo s'en prend aux cépages internationaux et à leur haut rendement décidé, ce qui a tué la culture de la vigne "en gobelet", plus joliment appelée arbarello dans cette partie de la Sicile. Les Grecs et les Romains l'avaient popularisée mais la recherche du profit a presque fait disparaître cette tradition.  

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    L'arbarello, c'est l'amour de sa vie, à Salvo. C'est joli, ça pousse droit sur des piquets. Il m'explique. "Le pire ennemi du raisin, c'est l'ombre ; le meilleur ami du raisin, c'est le soleil, me disait mon grand-père. Taillée en gobelet, c'est-à-dire verticalement, la vigne est debout et fait face au soleil. Taillée horizontalement, elle est assise et respire mal. C'est comme un homme..." Sauf que la machine à vendanger automatique préfère une vigne à l'horizontale plutôt que l'arbarello : du temps, donc de l'argent de gagné.

    Mais la lumière fût. Il y a quelques années, Salvo a découvert que l'arbarello était le pilier d'une maestranza dei Vigneri créée en 1435, à Catane. Cette association de vignerons du Moyen-Âge avait imaginé un cahier des charges précis pour la culture du raisin et la vinification dans la région de l'Etna.

    Plus de 500 ans après, Salvo a décidé de relancer cette association, baptisée plus simplement i Vigneri. Son symbole ? Une vigne taillée en gobelet...

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    Salvo signifie "je sauve" en italien. Cela ne s'invente pas.

    Autour de lui, il a regroupé amis et connaissances au sein d'un club de vignerons et de travailleurs, qui de Lipari dans les îles Eoliennes jusqu'à Pachino à l'extrême sud de la Sicile, partagent la même philosophie du vin : une culture en arbarello et le minimum d'intervention dans la vigne comme au chai. 

    Et si moi j'achète une vigne ici et si je demande à travailler avec i Vigneri ? Oui, c'est possible me répond Salvo chez qui on sent de la réserve. Il a raison, je ferais un piètre vigneron. Il veut surtout me faire comprendre que i Vigneri, ce sont des potes qui travaillent ensemble dans les vignes et dans le gros oeuvre (la mise en place des murs à pierres sèches, la construction de maisons...). Une vraie communauté.

    Salvo Foti exploite une parcelle bien précise chez chaque vigneron et met en bouteille les cuvées i Vigneri. Les vignerons ont aussi la possibilité de mettre en bouteille leur propre production dans une quille marquée du sceau i Vigneri mais avec leurs propres étiquettes.

    Nous avons donc croisé Vinupetra en vrai, derrière cette clôture. Salvo en a marre de se faire vandaliser voire de se faire voler des plants pour les faire repousser ailleurs. 

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    Goûté deux heures plus tard, le millésime 2012 est un amour de rouge sicilien. Nerello mascalese (un genre de pinot noir local), nerello cappucio et grenache (alicante). Bien trop jeune pour s'exprimer totalement, il est déjà d'une immense classe.

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    Passons à un rosé splendide, de ceux qu'on n'attend pas. Salvo nous emmène au plus proche du cœur de l'Etna, dans une parcelle à 1300 mètres d'altitude (Vinupetra culminait à 700 mètres) tout près du cratère. Déjà, pour s'y rendre, vous slalomez entre les coulées de lave qui ont le même âge que moi, 34 ans... L'âge du Christ à sa mort, à peu de choses près.

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    S'ouvre la fameuse parcelle Vinudilice, c'est-à-dire le vin des chênes, ceux qui entourent la parcelle. Un mélange de blanc (minella, grecanico et autres trucs que même Salvo ne connait pas) et de grenache pour lui donner de la couleur. Pas de soufre. C'est un vin sensationnel. Ceux qui ont vu ces vignes connaissent ce sentiment de plénitude.

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    Au pied de l'Etna toujours nuageux, un sentiment de grand calme que l'on retrouve dans le verre. Jamais on n'aurait pensé faire un vin ici, dans ce coin reculé où ne semblaient devoir pousser que des arbres ravagés régulièrement par les coulées de lave. D'ailleurs, Salvo reste évasif sur la question. "Vivre sur les pentes de l'Etna, c'est le risque de la vie". Même si la lave coule à des endroits précis, on n'est jamais à l'abri. Ce Vinudilice 2014, c'est l'ermite au désert et les Béatitudes réunis.

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    C'est bien la véritable couleur du vin, Photoshop n'est pas passé par là...

    Chaque parcelle a tellement une identité, une histoire, un sol, un encépagement particuliers, bref un terroir particulier que forcément, chaque vin raconte autre chose. Reprenons la voiture pour une heure, le temps de longer le cratère de l'Etna sous l'orage. "A cause du réchauffement climatique, les orages sont là plus tôt dans l'année". Nous sommes début août alors que traditionnellement c'est plutôt septembre.

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    Direction Milo, la façade est de l'Etna. Ici règne le cépage blanc catarratto, celui qui donne les vins les plus addictifs de l'île. A côté de sa maison, sur une terre ébène, Salvo a planté des vignes pour son fils. "Préparer le futur, c'est respecter le terroir et les personnes".

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    Sur cette photo de vignes-bébés, on comprend encore mieux le principe de l'arbarello, chacun des plants pousse autour d'un tuteur, pas en palissades. D'ailleurs, comment comprendre les vins de i Vigneri sans venir ici ? Salvo ne le conçoit pas. "Je ne travaille pas avec les cavistes ou les importateurs qui ne viennent pas voir les vignes". A l'instar de Saint-Thomas, d'abord voir, ensuite croire.

    Plus loin, poussent les raisins qui donnent cet Aurora, goûté en version 2013 : le "petit" blanc à l'écrasante majorité de catarratto avec un zeste de minella. La cuvée porte le nom d'un papillon de l'Etna en voie d'extinction.

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    Ces vins nous font penser à ceux d'Eric Callcut, carrément. Dans un style totalement différent bien entendu. Mais le calice aux lèvres, on se dit : quel talent ! C'est-à-dire à la fois quelle maîtrise et quelle touche de folie sont nécessaires pour produire d'aussi grands vins...

    Sans trop de soufre ajouté, voire sans aucun ajout, il est possible que les vins de i Vigneri passent par des phases d'oxydation. C'est ce qui rend le vin vivant. "Les gens qui ne comprennent pas l'oxydation, c'est qu'ils sont habitués au Coca-Cola" annonce Salvo, rigolard.

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    Salvo nous reçoit chez lui à table, comme des copains. C'est-à-dire, étymologiquement, ceux avec qui on partage le pain. Mais aussi les pâtes et sa sublime huile d'olive.

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    (L'huile d'olive comme les vins de Salvo Foti, je les avais dénichés la première fois chez RAP, à Paris. Ils s'y trouvent encore).

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    C'est aussi à Milo que le palmento de la guilde se situe. Voici le chai typique des vignerons de l'Etna. Imaginez une maison construite à même le dénivelé de la pente du volcan : on apporte le raisin par le grenier, on le travaille à l'étage et on récupère le jus au rez-de-chaussée. Je simplifie à l'extrême. Cette tradition ancestrale est attaquée par l'Union européenne pour des raisons d'hygiène... La Botte suit ce règlement à la lettre : il est interdit désormais de vinifier en palmento. L'Etna rouge de i Vigneri est donc indisponible à la vente en Italie... Il s'agit souvent des cuvées "à boire" mais pour celui de Salvo, pour ce vin interdit, tu peux ajouter le mot "classe" au terme "à boire".

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    Toutes ces considérations sur la culture du raisin et la vinification sur l'Etna possèdent, j'en suis persuadé, une portée universelle. Si vous ne bradez pas votre identité, vous ferez du bon vin. Suffit, on le disait, de maîtrise et d'un grain de folie ; et cela n'est pas donné à tout le monde, il faut le reconnaître.

    N'oublions pas une once d'intransigeance. Salvo râle encore sur cette appellation Etna, trop large à ses yeux. "Il faut bien faire la différence entre un vin de l'Etna et un vin sur l'Etna. La ville de Giarre dans la plaine, c'est aussi l'appellation Etna mais les terroirs n'ont plus rien à voir avec ceux des pentes du volcan".

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    Ainsi parle Salvo, l'homme qui a ressuscité l'arbarello. La tradition viticole contre les robots. 

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    Et puis on s'est arrêté sur la route du retour, vers Solicchiata. Il y a des journées comme ça...

    "Le païen le plus sûr, l'athée le plus honnête,
    se laisseraient aller parfois à croire en Dieu".
    Brassens, La Religieuse

    ***

    ENGLISH VERSION Salvo Foti, the messiah of Sicilian wines

    We can imagine Salvo Foti chasing the merchants away from the temple. "The problem in Sicily is that some people want to make too much money too" he confesses.

    That August morning, we walk in the heart of the Sicilian Burgundy, in Solicchiata, on the northern slopes of Etna. These centenarian vineyards give birth to the huge Vinupetra - probably the greatest red wine of the island.

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  • Sicile : les vins blancs de Lamoresca ont la grâce des mosaïques romaines

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    Ces sportives remontent au IIIe ou IV siècle. Mosaïques extraordinairement conservées, elles ornent un ouvrage exceptionnel, la villa romaine du Casale, située à côté de Piazza Armerina, dans le centre-sud de la Sicile

    Quelques kilomètres plus loin, Filippo Rizzo nous est plus contemporain. Précédemment restaurateur en Belgique, il est aujourd'hui vigneron. Petite parenthèse : c'est fou combien les vignerons siciliens se cachent dans des coins improbables au panorama démesuré... Vous cherchez les paysages insoupçonnés ? Cherchez les vignerons qui bossent bien.

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    L'homme aux commandes de Lamoresca et sa femme mettent autant d'amour dans leurs vins que les mosaïstes dans leur travail. Et ça se ressent. J'ai passé près de 24 heures chez eux, à discuter, boire, manger, se balader dans ce coin perdu, face à San Michele di Ganzaria. La Sicile touristique suit le tracé des autoroutes, le long des trois façades maritimes. Alors que personne ne vient ici, dans l'intérieur des terres. Sauf les fous du vin naturel.

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    "Mes vins sont normaux : je fais des vins du sud" insiste Filippo en râlant sur la prétendue mode du vin naturel qui rechercherait la fraîcheur avant tout. Ici, il ne peut y avoir de fraîcheur. Mouais, c'est vite dit, notamment si on compare avec l'écrasante majorité des blancs siciliens. Je m'explique.

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    Vu qu'il ne fait pas les choses comme tout le monde, Filippo a planté du vermentino. Aucun cépage autochtone blanc sicilien ne trouvait grâce à ses yeux. Par contre, il est fou des quilles d'Antoine Arena en Corse et de Massa Vecchia en Toscane. D'où le dénominateur commun, le cépage vermentino. 

    Attardons-nous sur le 2014. Après une macération sur peaux de 2 jours, un élevage en béton. "Mon vin de garde c'est le blanc, car les rouges ont une acidité trop faible". Un peu plus de 2000 bouteilles produites seulement, la chasse au trésor est ouverte. 

    Nous avons goûté le 2014 ouvert depuis 3 jours et nous avons goûté le 2014 ouvert depuis 3 secondes. Effectivement, il y a de l'acidité et j'y trouve tout de même une grande fraîcheur par rapport à ce qui se fait ailleurs en Sicile. On est surtout bluffé par les fantastiques arômes d'agrumes (forcément, c'est du vermentino...) et le côté facile à boire couplé à une grande classe. Assez difficile à décrire en somme.

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    Les rouges ne sont pas en reste.

    Le nerocapitano, nom dialectal du frappato, pousse sur de l'argile loin des beaux terroirs de Vittoria : il se fait plus rustique et plus alcooleux. Et alors ? Le mascalisi est un vin de négoce (il achète le raisin dans la bourgogne sicilienne, l'Etna), cépage nerello mascalese tannique et équilibré. Le Lamoresca rosso désigne un assemblage qui change tous les ans : c'est plutôt un vin pour l'hiver qui appelle la viande rouge. Et là nous étions en plein juillet..

    Arrive un camarade de tablée. Le débat passe rapidement sur la sauce tomate. Difficile de le suivre en sicilien, mais on comprend que ça ne rigole pas du tout. On se met d'accord sur un protocole : il faut des tomates bien mûres et mondées. Ajoutons de l'huile, du basilic avant de cuire à feu chaud. On n'en saura pas beaucoup plus...

    Filippo fait un peu de sauce tomate pour les copains. On sent qu'il aimerait développer cette activité, sa femme fronce les sourcils, sous-entendant qu'il a déjà assez de boulot comme ça.

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    Le soir même, on dévore un dîner 100 % Lamoresca : tomates Lamoresca, huile Lamoresca, vin Lamoresca. Besoin d'autre chose ? Une photo ? Vous n'aviez qu'à être là. 

    Le lendemain matin, c'est la balade dans la propriété entre carroubiers, figuiers, grenadiers, amandiers... et quand même de la vigne et des oliviers.

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    L'olive est omniprésente. C'est l'autre grande production de Lamoresca. L'huile est démente : peu grasse, avec un retour de bouche bien pimenté, elle est sicilienne à souhaits. "J'ai besoin de faire du vin pour vivre, mais si je pouvais, je ne ferais que de l'huile". Comme pour le raisin, aucun intrant chimique ne vient perturber le cycle végétal normal. "C'est dans notre culture de ne pas intervenir sur l'olive". Avant de râler sur ceux qui râlent sur le prix : "On dit que mon huile d'olive est chère, mais viens travailler chez moi et tu verras... Je ne gagne rien sur l'huile d'olive".

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    La maison familiale est construite sur un promontoire sur lequel s'étale le domaine. En haut du sable, puis au fur et à mesure du dénivelé, de l'argile. Il y a encore un peu de place pour planter des grenaches. Ou autre chose, on verra. On remarque aussi l'herbe pas trop haute pour éviter la propagation des incendies. 

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    "Entre les rangs, de l'origan sauvage, du laurier, de la menthe : je les laisse aux pieds du frappato et les herbes laissent leur goût aux raisins". 

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    Sous la maison, un chai ultra propre. "La majorité de notre travail c'est de nettoyer". Filippo se tape de grosses journées : il embauche à 5 heures du matin jusqu'à midi, ensuite il fait trop chaud pour le travail en extérieur. Depuis ce coin reculé de Sicile, il lui faut maintenant vendre ses vins. Si je ne m'abuse et en fonction des arrivages, vins et huiles de Lamoresca sont disponibles à Paris chez RAP ou La robe et le Palais et bien d'autres lieux de plaisirs.

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    ENGLISH VERSION Sicilian Lamoresca white wines have the grace of Roman mosaics

    These sportwomen date back to the third or fourth century. These extraordinarily preserved mosaics are located in an outstanding place, the Roman Villa del Casale, next to Piazza Armerina, in south-central Sicily.

    A few kilometers further, we Filippo Rizzo is more contemporary. Previously restaurant manager in Belgium, he is now winemaker.

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  • Le vin naturel contre les robots

    Le thé était une rareté,
    le café avait un goût d’eau sale,
    les cigarettes étaient en nombre insuffisant.
    Rien n’était bon marché et abondant, à part le gin synthétique.
    George Orwell, 1984

     

    En réalité, j'ai compris ce que vous voulez. Vous voulez d'un monde où tous se ressemblent. D'un univers standardisé où pas un poil ne dépasse, c'est ça qui vous excite, l'égalitarisme poussé à son paroxysme. Que le soleil soit de la partie en août, qu'il neige à Noël. Sinon vous râlez, vous perdez vos repères.

    Vous voulez d'un monde où tout le monde pense pareil. Une espèce de consensus mou ou, au contraire, une simili dictature qui extermine toute pensée singulière, toute pensée tout court. Vous désirez ardemment un monde aseptisé, où vous n'aurez pas peur. Les tomates doivent être bien rondes, bien rouges, même en plein hiver. Et je ne parle pas que de la bouffe. 1984 ne vous a pas servi de leçon.

    Quant au vin, la question est définitivement réglée. Champagne pour les grandes occasions - ça tombe bien, il a le même goût tous les ans. Du liquoreux avec le foie gras, du porto avec le melon en entrée, le vin-super-que-me-fait-parvenir-le-grand-oncle-de-ma-belle-soeur-qui-a-un-filon-en-or mais vous savez à peine où il est produit... Et j'en passe. Des réflexes pavloviens. Et partout des vins trafiqués que l'on fait passer pour des produits d'exception. Dans vos têtes, dans vos verres, rien ne vit. Le "gin de la Victoire" que buvait Winston Smith avait le même goût de mort.

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    Alors le milieu du vin naturel, avec ses contradictions, ses différences, son joyeux bordel, son flou plus ou moins artistique, vous n'aimez pas. Ou vous ne le connaissez pas vraiment. Antonin Iommi-Amunategui essaie pourtant de vous l'expliquer*. Avec la facilité d'écriture qu'on lui connait, il questionne, donne la parole, tente de définir, dresse des perspectives. Il remet de la vie dans cet univers du vin que beaucoup perçoivent, à raison, comme très ennuyeux. Le vin naturel contre les robots.

    Mais de toute façon, vous ne lisez plus. Farenheit 451 ne vous a pas servi de leçon. Et pourtant, à l'instar des voyages, la littérature et le vin constituent des écoles de la vie, c'est-à-dire des zones de véritable libre-échange, un reflet de la complexité du monde et de la complexité des êtres.

    La question n'est pas de savoir si le vin naturel est meilleur ou s'il est déviant (terme affreux et inutilisable en l'espèce). La question, c'est : arrivons-nous trop tôt ou trop tard ?

    La vie était la lumière des hommes ;
    et la lumière luit dans les ténèbres,
    et les ténèbres ne l’ont point comprise.
    Jean 3:4

     

    *Manifeste pour le vin naturel, Antonin Iommi-Amunategui, éditions de l'Epure-Marie Rocher.

     

    ***

    ENGLISH VERSION Manifesto for a natural life

    I actually understood what you want. You want a world where we all look alike. A standardized world where not a hair exceeds, that's what excites you, egalitarianism at its climax. The sun in August, snow during Christmas. If not, you lose your bearings.

    You want a world where everyone thinks the same. Something like a soft consensus or on the contrary a almost-dictatorship that exterminates any singular thought, any thought. You yearn for a sanitized world, where you will not be afraid. Tomatoes must be perfectly round, bright red, even in winter.

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    Lien permanent Imprimer Catégories : Bibinographie 0 commentaire
  • Manger un sublime houmous en face de Gaza

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    Sderot dans ma tête, c'était ça. Un cimetière de roquettes. Une ville en Israël de 30 000 habitants à la frontière avec Gaza. La première cible des tirs venus de la bande voisine. 

    israel,gaza,sderot

    Arrêtons de minimiser tout ce qui en découle (morts, traumatismes, conséquences sur le quotidien...). Voici par exemple ce qui trotte dans la tête des enfants du coin.

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    Gaza, que l'on voit au loin sur la photo suivante, vit une tragédie que personne ne peut nier et dont Israël est responsable au même titre que ceux qui jettent de l'huile sur le feu. Cependant, la tragédie de Gaza ne doit pas masquer le difficile quotidien des Israéliens qui vivent de l'autre côté de la frontière. Attention, je ne mets pas de signe d'égalité, cela ne servirait à rien. Mais rien de ce qui est humain ne m'est étranger.

    En sachant qu'Israël refuse l'entrée de Gaza aux touristes, la ville de Sderot reste l'endroit le plus facile d'accès pour comprendre ce coin du monde.

    Encore une fois, je ne vais pas faire un résumé complet de ma visite du côté israélien de la frontière avec Gaza. Car, encore une fois, j'encourage les pro-ceci et les anti-cela à venir faire un tour à Sderot, faute de pouvoir aller à Gaza pour l'instant.

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    Et puis il y a la vie. Sderot reçoit beaucoup d'aides du gouvernement israélien et d'ailleurs. Je découvre une ville étudiante, plutôt calme et fleurie - même si la tension existe et si la situation peut changer d'un moment à l'autre.

    Je trouve aussi un resto délicieux fréquenté par la jeunesse. A des prix défiant toute concurrence hiérosolomytaine. Pas d'autres mots possibles que : je suis sur le cul. 

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    Ce fabuleux houmous.

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    Falafel aux herbes.

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    Arak citronnade.

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    Voyager, c'est changer d'idées. Et c'est pas facile.

    ***

    ENGLISH VERSION Eating an amazing humus in front of Gaza

    Sderot in my mind... That was it. A rocket graveyard. A town of 30,000 inhabitants on the border with Gaza. The first target of rocket fires from the nearby strip. Don't minimize the aftermath (deaths, injuries, consequences on the daily ...).

    Gaza, which is seen in the distance on the next picture, is living a tragedy that no one can deny and which Israel is responsible as those who are adding fuel to the fire. However the tragedy of Gaza should not mask the daily difficulties of Israelis who live on the other side of the border. Note that I do not put an equal sign, it would serve no purpose. But nothing that is human is foreign to me. 

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  • Ze’ev Dunie, le prophète du chenin israélien

    “Je laisse le raisin dessiner le vin. Je l’écoute et je fais ce qu’il veut”. Dans les vignes et au chai, Ze’ev Dunie intervient le moins possible. "Ce n’est pas une religion. C’est une décision simple qui provient d’une question philosophique très complexe : est-ce que l’on contrôle vraiment notre vie et notre environnement ? Moi, je ne le pense pas”.

    Alors, pourquoi vouloir tout contrôler pour le vin ?

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    Dans une première vie, Ze'ev était prof de cinéma à Jérusalem. Après avoir tourné un documentaire sur le vin, il se convertit. Au cœur des montagnes de Judée, dans ce paysage biblique, très sec, au sud de Jérusalem, il plante ses premières vignes en 2002. Syrah, grenache, mourvèdre... Ze’ev ne cache pas son amour pour les côtes-du-rhône. “Je plante et je travaille les cépages que j’aime boire”. C'est si simple. Et les cuvées portent des prénoms ou des noms d’artistes : Antoine (pour Saint-Exupéry), Gaudi, Lennon, Camus, Fellini… “C’est une manière de remercier les personnes extraordinaires qui m’ont donné des heures et des heures de plaisir”. Quant au fait d’avoir baptisé son domaine “SeaHorse”, ce qui signifie “Hippocampe”, “il n’y a pas d’explication logique. J’étais fasciné par cette petite créature qui semble étrangère à notre monde”.

    En 2007, alors qu'il ne vinifie que du rouge, survient le choc. En voyage en Afrique du Sud, il goûte du chenin pour la première fois et tombe amoureux. Le travailler en Israël l'obsède. Pourtant, à cette époque, ce cépage y est inconnu : aucun vigneron ne le fait pousser, aucun caviste n'en importe. Plus près de la côte, à Gedera, près d’Ashdod, il tombe sur une petite parcelle de 40 ans, une vieille vigne en Israël. Ze'ev arrive à convaincre le propriétaire de ne pas l’arracher. Baisse des rendements, récolte à maturité, élevage en fûts de bois jamais neufs… Encore une fois, il répète sa recette : écouter le raisin, être doux, ne pas manipuler. Dans le verre, la cuvée James (pour Ronnie James, un des précurseurs du vin israélien) est un chenin du sud, scintillant, sans aucune lourdeur. “Il me semble que le chenin aime les climats chauds” ajoute modestement Zeev. Le succès est immédiat ; il produit 10 fois plus de bouteilles aujourd’hui que lors du premier millésime.

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    Au total, chaque année sortent 25 000 bouteilles de son chai. Pour l’instant, Ze’ev vend très peu à l’étranger. Il est cantonné à Israël où des curieux passent le voir, où les restaurants achètent son vin. Les Israéliens commencent à apprécier des vins peu communs dans le pays… même si la mode est encore aux blancs très boisés.

    Le petit village de Bar-Giyora se trouve à 20 kilomètres de Jérusalem, à 70 de Gaza.  Comment Ze’ev vit-il les soubresauts du conflit israélo-palestinien ? “Les guerres ne sont propices qu’au commerce des armes. Et nuisibles à tout le reste, notamment la gastronomie et le tourisme”.

    Retrouvez Ze'ev Dunie dans Tronches de vin 2 !

    ***

    ENGLISH VERSION Ze'ev Dunie, the prophet of chenin in Israel

    "Grape make wine itself and I let it live. I listen and I do what it wants". In the vineyards and in the winery, Ze'ev Dunie intervenes as little as possible. "It's not a matter of religion but a simple decision that comes from a very complex philosophical question : do we really control our lives and our environment I? No, I do not think so."

    So, why would you like to control everything for the wine?

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  • Un resto exceptionnel en Palestine : Hosh Jasmin

    La Palestine n'est pas forcément le pays où on mange le mieux sur Terre. D'ailleurs, ce n'est même pas un pays. Et Dieu, s'il existe, sait combien j'y ai fait de restos. Ici plus qu'ailleurs, il faut choisir ses adresses. Aucune n'égale Hosh Jasmin, à côté de Bethléem (mais bien planqué).

    Houmous, taboulé, salade.

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    Boulettes de viande au tahiné chaud.

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    Msakhan : plat traditionnel palestinien (pain au four, oignons au sumac, poulet mariné).

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     Toutes les descriptions du monde ne valent pas un voyage sur place.

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    Hosh Jasmin, Beit Jala. Pas facile de trouver la première fois : en venant d'Hébron, prendre la direction Gilo. En haut de la côte, le centre de Beit Jala se trouve à droite mais prenez à gauche vers Jérusalem. C'est dans la rue qui descend face au supermarché Ricardo. Vu la proximité de la colonie de Gilo, le lieu se trouve en zone C, sous total contrôle israélien. Ce qui explique que Hosh Jasmin se fait régulièrement raser... Encore une fois, pour comprendre la chose, rien ne vaut un voyage sur place.

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    *** 

    ENGLISH VERSION A amazing restaurant in West Bank : Hosh Jasmin

    West Bank is not the best country for food. Actually it's not even a country... And God, if he exists, knows how many restaurants I have tried. Here more than elsewhere, you have to choose the places. Nothing better than Hosh Jasmin next to Bethlehem (but really hidden).

    Humus, tabuleh, salad. 

    Meatballs in hot tahini.

    Traditionnal Palestinian Msakhan : bread, onions wwith sumac, chicken. 

    All notes are not worth a trip there.

    Hosh Jasmin, Beit Jala. Not easy to find : coming from Hebron, take the Gilo direction. At top of the road, see Beit Jala downtown to the right but turn left towards Jerusalem. You'll find the place in the street that goes down from Ricardo supermarket. Given the proximity of the Gilo settlement, the place is in Area C, under full Israeli control. This explains why Hosh Jasmin is regularly destroyed... One more time nothing beats a trip there to understand the situation.

  • Un resto exceptionnel en Israël : la ferme Dubrovin

    Israël n'est pas forcément le pays où on mange le mieux sur Terre. Et Dieu, s'il existe, sait combien j'y ai fait de restos. Ici plus qu'ailleurs, il faut choisir ses adresses. Aucune n'égale la ferme Dubrovin, en Haute-Galilée.

    Aubergine rôtie au tahiné.

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    Salades d'aubergines.

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    Toutes les descriptions du monde ne valent pas un voyage sur place.

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    Ferme Dubrovin, à côté de la réserve naturelle HaHula, sur la route de Kiryat Shmona.

    *** 

    ENGLISH VERSION A amazing restaurant in Israel : the Dubrovin Farm

    Israel is not the best country for food. And God, if he exists, knows how many restaurants I have tried. Here more than elsewhere, you have to choose the places. Nothing better than the Dubrovin farm, in Upper Galilee.

    Roasted eggplant with tahini.

    Eggplant salad.

    All notes are not worth a trip there.

    Dubrovin Farm, next to the Hahula natural reserve, on the way to Kiryat Shmona.

  • Et si on réglait le conflit israélo-palestinien avec du ketchup ?

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    Je vous présente Qalqilya. Cette ville de Cisjordanie se trouve à 20 bornes de Tel Aviv. Sur la photo, on aperçoit les buildings de la ville israélienne au loin. On aperçoit aussi une ligne de béton.

    Car Qalqilya est entourée de toutes parts par ce fameux mur entre Israël et la Cisjordanie. On a connu des situations plus simples. Une fois encore, je ne vais pas entrer dans le détail, il y a des maisons pour ça.

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    J'aimerais juste encourager les pro-ceci et les anti-cela à se rendre sur place afin de juger par eux mêmes de la situation à la fois kafkaïenne et intolérable que vivent les habitants de cette ville. On peut en débattre autant qu'on veut, rien ne vaut une petite visite dans le coin.

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    Même ici, l'espoir peut naître. Mon guide bosse au ministère palestinien de l'éducation, un bon job sans aucun doute. Il milite depuis très récemment pour la construction d'une usine où l'on produirait du ketchup. L'idée tient du génie : les tomates locales sont absolument terribles et toute la Palestine est accro au ketchup. Plutôt que le faire venir d'Israël ou d'ailleurs, consommons local ! Ce mec, il n'a pas de pétrole, ni la possibilité d'aller en Israël, mais il a des idées. J'espère qu'il va aller soumettre son idée à l'Union européenne ou à je-ne-sais-qui au plus vite. On en conviendra, c'est en donnant du travail aux plus démunis qu'on favorise l'avenir de tous. A moins qu'on recherche continuellement le conflit (suivez mon regard).

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    ENGLISH VERSION Ketchup for solving the Israeli-Palestinian conflict

    Let me introduce Qalqilya. This West Bank city is 20 km away from Tel Aviv. In the pix, you can see TA buildings. We also see a line of concrete.

    Because Qalqilya is surrounded on all sides by the famous wall between Israel and the West Bank.

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