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Le Comptoir du Relais d'Yves Camdeborde : une larme de bonheur

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Nous y voilà enfin. Sept mois d'attente pour la table la plus courue de Paris. Aucune étoile Michelin et un niveau de cuisine digne d'un troizétoiles. Un menu du jour à 50 euros, des vins de qualité, un joli décor. Le sentiment d'être un privilégié. "Rappelle-toi quand on a réservé en mai dernier..."

Le vin est vite choisi. Pour les entrées, un blanc déjà connu de nos services : le Jurançon sec, Cuvée Marie de Charles Hours version 2007 (26 euros). Un nectar sublime, l'un de mes vins préférés. Un magnum de rouge pour la viande et le fromage. Ah oui, on ne lésine pas sur les moyens ce soir. Lorsque la bouteille d'un litre et demi arrive sur la table, on se demande si on n'a pas vu un peu trop grand. Château Le Puy 2003. Un bordeaux dans une appellation qui monte, Côtes-de-Francs (58 euros seulement). Un très beau vin bien léger et goûtu.

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C'est parti.

Gougères, chips vitelotte, rondelles de saucisson frère Camdeborde. Je passe vite sur les amuse-gueules qui ont ravi la mienne.

En entrée, on laisse parler le chef. "Tourteau breton, rémoulade pomme avocat, bouillon de crabe à l'huile d'olive". Simple, évident, connu mais oublié. Le terroir sublimé. A refaire, à copier. Même si ça ne réussit pas aussi bien une fois revenu à la maison, ça ne peut pas être foncièrement mauvais.

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Arrive le petit souci, un gramme de problème : le menu à 50 euros peut être vu comme un produit d'appel. Car comment faire si on ne mange pas de tout ? Ou si on a vraiment envie de se faire plaisir ? Je m'explique : en plus du menu imposé, il y avait des suppléments possibles. Certains ont choisi le crémeux à la truffe plutôt que les Saint-Jacques (+ 10 euros). Et les garçons ont craqué pour le lièvre à la royale (+ 15 euros) à la place de l'agneau. On n'est pas chez Camdeborde tous les soirs. Donc no limit comme dit Olivier.

Nos voies ont quelque peu différé. "Crémeux d'oeuf truffes noires et parmesan".

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Et pour les garçons, "Saint-Jacques de la baie de Granville rôties en coquille, beurre demi sel persillé, agrume confit". Vous m'en mettrez une quinzaine en plus, merci. Fondant, marin, parfait.
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Ebouriffant. On attend avec impatience la viande. On croque un bout de pain. "Mais c'est quoi ce truc de malades ?"

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Arrive donc la viande. Là aussi les chemins ont bifurqué. Pour certains, ce qui était dans le menu. "Selle d'agneau des Pyrénées roulée, thym et ail, crosnes au jus, chou de Bruxelles en mousseline, salade". Les crosnes sont ces tubercules qui ressemblent à des vers de terre. Je précise.

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Et pour les garçons, no limit. "Lièvre à la royale à notre façon".

Avant...

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...et après.

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Rien que de revoir les photos... Bref. Le rouge est toujours là, le magnum même pas à demi vidé. Heureusement le fromage débarque, joli prétexte pour pouvoir encore se goinfrer de pain.

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No limit, on a tout goûté. Le ventre se fait lourd. Les fromages viennent de chez Boursault, maison parisienne réputée. Note pour plus tard : faut y aller. Le bleu de Termignon était sensationnel.

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Le dessert est déjà là. "Perles du Japon, lait vanille cannelle, chantilly à la banane". De manière moins poétique, les perles du Japon, ce n'est que du tapioca. Mais façon Camdeborde, c'est à tomber. Un dessert bizarrement très léger. Et pas de photos car mes colocataires de table gueulaient déjà parce que j'en prenais beaucoup. Et là je crois aussi que j'ai oublié. Je m'en veux.

Et puis le moment qui cloue le bec à un dîner comme ça, la cerise sur le gâteau. On a parlé quelques minutes avec Dieu le père : du repas, du Michelin qui le snobe, des clients qui ne le snobent pas, de la daube de joue de boeuf que j'avais copiée, des crédits qu'il doit rembourser, des coups de téléphone aux fournisseurs, des 48 personnes qu'il emploie et des 28 qu'il nourrit chaque soir.

Yves Camdeborde est bien le pape du bistro gourmand à Paris, son inventeur officiel aussi. C'est un sacerdoce, une vocation et un appétit de faire partager des bons produits : du lièvre, un bleu, une Saint-Jacques. Une joue de boeuf, une purée, une chantilly. Et de nous redonner quelque chose que la société moderne a confisqué : le goût.

Et je repense à ce qu'écrivent Sébastien Lapaque et Yves Camdeborde dans leur livre Room Service qui raconte l'histoire et les recettes du lieu : à la manière d'Antoine Blondin, il ne nous reste plus qu'à aller toréer les voitures du boulevard Saint-Germain voisin.

Le Comptoir du Relais, 9 Carrefour de l'Odéon, 75 006 Paris, 01 43 29 12 05.

Commentaires

  • Excellent, ce récit ! On a l'impression d'y être aussi. Manquent plus que les saveurs et les textures... Miam !

  • Tout à fait d'accord avec le commentaire précédent!
    Le récit et les photos nous mettent dans l'ambiance et nous donnent envie.
    Vos photos sont d'ailleurs toujours belles, non pas au sens artistique mais parce qu'elles rendent parfaitement compte de votre point de vue.
    Je suis un lecteur fidèle, découvrant toujours d'avantage avec vous, continuez!

  • fichtre, ca donne diablement envie!!!!
    il faut a ce point reserver 7 mois à l'avance?? car je le mettrais bien sur mes tablettes mais mes venues à paris sont toujours imprevisibles...

  • Oui pour le Comptoir version gastro, il faut réserver plusieurs mois à l'avance (service du lundi au vendredi soir). Actuellement les résas se prennent pour juin. Sinon le reste du temps, il faut absolument essayer la brasserie, même endroit, heures différentes. En semaine à midi, ou tout le week-end. Venir très tôt, ou très tard.

  • Bonjour a toutes et a tous,
    Je suis allé déjeuner avec mon épouse au Comptoir du Relais chez Mr Camdeborde le 9 decembre.
    Apres 3/4 d'heure d'attente sur le trottoir, nous pénétrons enfin dans le bistrot tant convoite et tant louange.
    Le service est pressant et il faut vite se décider.
    Nous optons pour des palourdes au naturel, une dizaine de petits coquillages dans chaque assiette dont 3 coquilles remplies de sable gris avec une sorte de "vinaigrette" imperceptible.
    Entrée sans intérêt et sans la moindre attention au niveau de la présentation.
    Puis je choisis une brandade de morue et ma femme un aloyau de bœuf aux champignons. La brandade est grasse et sans goût. L'aloyau est tendre mais les champignons presque brules.
    Nous commandons les desserts eux aussi sans aucun intérêt, on nous demande si l'on veut des cafés.
    Cerise sur ce déjeuner peu recommandable, tout nous est servi en même temps: dessert, cafés, addition.
    Bien sur, les cafés ont été bus froids.
    Mr Camdeborde, je n'ai aucun doute sur votre talent et j'ai suivi assidument Masterchef et votre prestation. C'est a ce titre que je vous fais part aujourd'hui de mon énorme déception. Je suis convaincu que votre cuisine mérite beaucoup mieux que cette nourriture "passe partout" que l'on peut trouver a tous les coins de rues.
    Cordialement, en espérant que vous lirez cette remarque avec un regard constructeur.

  • Bonjour Jean-Michel.

    C'est gentil de s'adresser ici directement à Yves Camdeborde, mais je ne crois pas qu'il lise ce modeste blog. Je ne vais donc pas répondre à sa place, mais je vais vous donner mon sentiment.

    Déjà, peut-être que l'attente exaspère : quand on entre dans le resto après 45 minutes de poireautage, on prend déjà les choses bien plus mal que si on vous déroulait le tapis rouge. Après, il peut tout à fait y avoir des jours ou des tables sans, dans la restauration. Ensuite, que cela soit clair, mes posts sur ce restaurant n'ont rien à voir avec Yves Camdeborde que je ne connais pas personnellement et encore moins avec Masterchef : j'allais dans ce restaurant avant l'émission, j'y allais pendant et j'irai après. Enfin, je peux témoigner d'un repas pris pas plus tard qu'hier : une poularde façon poule au pot à tomber à la renverse, comme on n'en trouve pas à tous les coins de rue.

    Peut-être qu'il faut aussi arrêter de raisonner par rapport à la télé. Il y a plein de chefs ou de patrons de restos moins médiatiques qui méritent aussi votre attention : ainsi Pierre Jancou, chez Vivant (75010).

    En tout cas, merci de me lire ;-) et je suis vraiment déçu pour vous !

    Guillaume

  • Salut. :D
    Je commence par te féliciter pour la finition du blog.
    J'aimerais aussi rebondir sur le fait que je suis confronté à un gros problème, en utilisant mon ordinateur avec Windows et quand je me sers Internet explorer : le header se déplace sur le bas.

  • Je pense que Mr CANDEBORDE a beaucoup d'activités et ne se trouve que très rarement derrere ses fourneaux.
    Malheureusement ses seconds et commis de cuisine ne doivent pas avoir le talent du maitre. Mais si cela s'avére vrai les tarifs sont prohibitifs.

  • Cher Deroo, question prix ou question chef derrière les fourneaux, on n'est pas chez Ducasse ni chez Robuchon. Il ne faut pas tout mélanger. Pour y aller souvent, je ne pense pas comme vous !

Les commentaires sont fermés.

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