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  • Istanbul : au moins, ce vin turc ne ment pas

    Côté pile.

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    Et côté face, on apprend tout. Producteur (Doluca), millésime (2010), degré alcoolique (12,5°). Mais pas que...

    Cépages : sultaniye et emir.

    Région(s) : à la fois, autour de la mer Egée (ouest du pays) et Cappadoce (est du même pays). Hum, hum... Pourquoi pas...

    Et surtout composition. Je cite : "raisin, dioxyde de soufre, antioxydants (acide ascorbique, acide citrique)". Au moins, c'est clair !

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    Bien sûr, on est dans l'industriel et la transparence ne rend pas le vin meilleur. Mais soyons honnêtes et reconnaissons tout de même qu'il triche moins que la majorité des vins français.

  • Istanbul : Mikla, vertige de l'amour

    Notre lieu de perdition de ce soir se situe tout près de la célèbre ancienne Grande Rue de Pera, les Champs-Elysées de l'Istanbul du XIXe siècle (aujourd'hui İstiklal Caddesi). Flaubert, Gautier ou De Nerval ont fréquenté le quartier. Mais depuis, les tours ont poussé. Chez Mikla, nous sommes au 18e étage. Toi aussi clique sur l'image si tu veux la voir en grand !

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    Au loin, de gauche à droite, le mythique palais de Topkapi, à côté Sainte-Sophie et derrière la Mosquée Bleue. On aperçoit aussi le cône de la tour de Galata, la Mosquée Vieille au pied du pont de Galata, une autre derrière dont je ne retrouve plus le nom. Et la Tour de Beyazit tout en bleu. Enfin à droite, l'immense et sublime mosquée de Soliman le Magnifique. Ce n'est pas seulement Istanbul que nous contemplons depuis la table du dîner, mais au minimum quinze siècles d'histoire.

    Donc un resto au 18e étage, ça sent l'attrape-touristes. Mais ici, pas vraiment. Mehmet Gürs, chef turc originaire de Finlande, a ouvert son antre en octobre 2005. Depuis, il est régulièrement cité par la critique internationale comme celui qui fout le feu (aux fourneaux) à Istanbul. Certains vont lui reprocher une cuisine fusion orient-occident (rien vu de tel) ou ses techniques et sa présentation totalement occidentales (ça se discute déjà un peu plus).

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    (photo Mikla)

    Mais il faut reconnaître avant tout le parfait choix des produits turcs. Dans un pays où le mythe a longtemps été celui de l'autosuffisance alimentaire, quelques producteurs locaux n'ont pas cessé de faire le choix de la très haute qualité. C'est là où nous devons tirer notre chapeau à Mehmet Gürs : il fallait une belle table à Istanbul (loin des cuisines de palace) qui ne déroge pas sur la qualité des produits et qui les mette en avant. Evidemment, depuis, il y en d'autres. Mais Mikla a sans doute lancé le mouvement.

    Premier exemple avec ce pastırma, spécialité turque de viande de boeuf pressée et séchée. Le persillé est parfait, il rend la chose fondante et plus que les épices, on sent bien le côté viandard.

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    La véritable star de l'établissement, c'est cet agneau de Thrace. La Thrace, c'est toute la partie européenne de la Turquie qui s'étend même aux pays voisins. L'agneau est de race Kivircik, pour ceux à qui ça parle. Précisément, l'épaule a été cuite durant 24 heures à très basse température. A ses côtés un assemblage de riz pilaf et de riz frit avec une onctueuse sauce à la grenade.

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    L'agneau est vraiment le plat qui te fait prendre 18 étages suppplémentaires. C'est bien grillé et encore rosé malgré l'entière journée de cuisson. Archi-fondant et archi-fin en bouche. Je ne pense pas avoir déjà mangé un agneau de cette qualité et cuit à la perfection comme celui-ci. C'est un véritable choc. On en voudrait pour ses tartines le matin, au petit-déjeuner.

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    A suivre, un petit morceau de fromage avec sa figue rôtie et une très belle pâte de sésame.

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    Cette version haute couture du fromage tulum est en fait un alliage de laits de brebis et de chèvre. C'est une pâte pressée non cuite qui a "mûri" dans des peaux de chèvres. D'habitude, ce fromage se retrouve plutôt émiétté sur les salades mais là il se tient bien. Caractère salin et animal, un très beau produit. J'en voudrais bien plus.

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    Côté vin, la carte est presque complète. Côté français, il y a deux-trois belles choses mais surtout du gros négoce, c'est bien dommage. Côté Nouveau-Monde aussi, il y a plein de trucs mais ma compétence s'arrête là.

    Et côté turc ? C'est là où le livre pour adultes est le mieux fourni... Relativement inculte en la matière, je remarque tout de même que n'y figurent pas les vins de marques turques qu'on rencontre partout ailleurs. Le choix de ce soir : un sauvignon blanc (sic) 2009 des vignes d'Umurbey à 150 kilomètres à l'ouest d'Istanbul. Oui, c'est une (petite) marque mais plutôt qualitative malgré ses 100 000 bouteilles par an. Le vin est plutôt bien foutu, très chaleureux mais toujours avec cette touche pointue du sauvignon pour équilibrer.

    Vaste débat que celui du vin en Turquie. L'avenir ne semble pas rose à ce que confie la responsable d'Umurbey. Et l'aventure qualitative n'en est pourtant qu'à ses débuts.

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    En dessert, l'une des spécialités de la maison, une crème glacée au halva et aux pistaches, recette qui remonte à quelques siècles si j'ai bien compris. Pour les amoureux des fruits secs...

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    En face, une splendide crème brûlée à l'anis de Çeşme, l'un des terroirs à anis, à pistaches, à fruits en tous genres... Ce n'est pas loin d'Izmir et plus précisément, la ville fait face à l'île grecque de Chios. Accompagné de sa boule de glace au yaourt. Un vrai contraste : autant la texture (parfaite) semble régressive, autant ce goût anisé te rappelle que tu as bien grandi, tellement l'anis dans ce dessert n'est pas courant.

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    Conclusion : on ne peut qu'encourager ce genre de tables à se multiplier pour nous faire découvrir l'immense panoplie des territoires turcs. Le hic repose évidemment sur le risque de tomber dans le côté "nouveaux riches", "bling bling" et en définitif "attrape-couillons-avec-un-peu-de-thunes". Ici on n'est pas vraiment là-dedans mais le risque guette ici ou ailleurs puisque la vigueur actuelle d'Istanbul n'est pas prête de se terminer.

    Bien sûr, la vue sur la ville est incomparable. Vient-on pour ça ? Le débat est loin d'être tranché. On ne mange pas les rideaux comme disait Curnonsky, ici on ne mange pas les baies vitrées. Mais au moins, il n'y a pas foutage de gueule dans l'assiette et l'agneau est, je l'ai dit, un véritable choc. Pour le reste, il faut savoir laisser le temps au temps.

    Et question prix ? Pour un restaurant stambouliote à 18 coudées au-dessus des autres, on s'en sort avec une addition digne d'un bon restaurant parisien (10-15 euros l'entrée, moins de 30 pour un plat et 7 le dessert). Ce qui évidemment n'est pas donné pour Istanbul mais c'est une autre planète par rapport au tout-venant. Par contre, pour le vin ça douille.

    Mikla, sur le toit de l'hôtel Pera Marmara, 15 MesrutiyetIstanbul 34430Turquie.

  • Istanbul : Ciya Sofrasi, la belle adresse asiatique

    Je l'avais testée il y a 5 ans, c'est encore plus tranchant aujourd'hui. Arrivés à Istanbul-centre vers 18h30, on saute dans un bateau une demi-heure plus tard. Direction la rive asiatique et le quartier bobo de Kadiköy. L'objectif ? Pour ceux qui ne l'ont jamais fait, mettre un pied en Asie.

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    Second prétexte ? Aller dîner chez Ciya Sofrasi, l'adresse emblématique du coin. On paie l'entrée et le plat au poids.

    Taboulé-salade (à la libanaise) mythique, feuilles de vignes à tomber, auberge séchée-réhydratée-farcie, idem pour le poivron ainsi qu'une espèce de caviar d'aubergine-sans-aubergine pimenté incroyable... 

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    En plat, des boulettes de viandes cuites dans une sauce safranée à la pomme de terre. Avec deux belles assiettes d'entrée, deux plats fondants, les accompagnements, deux grosses bières turques, les cafés, on s'en tire à 13 euros par tête. Un régal.

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    Ciya Sofrasi, Güneşli Bahçe Sokak 44, Istanbul, Turquie.

  • Le 21 mars, le retour de Burger King en France ? Non merci !

    Je n'avais jamais mangé chez Burger King. Chez moi, c'était plutôt McDo et parfois Quick, simple question de commodité. Mais c'est fini depuis quelque temps déjà. Ce n'est pas qu'une posture, je n'aime pas ça.

    Depuis quelques semaines on s'affole en coulisses, sur la toile et dans les médias traditionnels : il parait que Burger King va opérer son retour en France le 21 mars prochain. On semble l'attendre comme le messie gastronomique.

    Ce qui m'exaspère, c'est que tout le monde me vante depuis quelques années la qualité de l'enseigne américaine qui a délaissé la France depuis 1997. Il parait que c'est meilleur que McDo mais on ne m'a pas dit précisément pourquoi. Ce qui m'exaspérait encore plus, c'était de n'y avoir jamais goûté. 

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    Je passe pour un sacré ignorant quand je dis que je n'ai jamais mis les pieds dans un Burger King. Plus de 6 000 mes compatriotes (et sans doute certains de mes amis) luttent "Pour le retour de Burger King en France !" sur le réseau social bien connu. 

    Seule solution : en croquer à l'étranger. Depuis plusieurs voyages, je me dis qu'il est temps de franchir la porte de l'enseigne. Et à chaque fois, je ne sais pas pourquoi, je préfére m'en tenir à la cuisine du pays dans lequel je séjourne. Bizarre non ?

    Enfin, la délivrance. C'était à l'aéroport d'Istanbul. Je me suis dit que de toute façon la bouffe était infâme dans cette enceinte, où que j'aille. Quel contraste avec le reste de la ville, soit dit en passant. Au comptoir, sans doute ai-je choisi le mauvais "plat". En faisant quelques recherches pour cet article, je me rends compte que tout le monde recommande le whooper. Ne me demandez pas ce qu'il y a dedans, je ne le sais pas. Moi j'ai choisi le premier sandwich qui me passait sous les yeux et j'avais faim : le Big King XXL. Il m'en a coûté l'équivalent de 7 euros tout de même... La vache !

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    Bon, je vois à peu près ce qu'il a de big et de XXL mais ce n'est tout de même pas aussi énorme que le cassoulet de L'Auberge Pyrénées-Cévennes (106 rue de la Folie Méricourt  75 011 Paris, 01 43 57 33 78). Et surtout, je ne vois pas ce qu'il a de royal. Passons.

    Qu'y a-t-il de particulier dans ce truc ? C'est gros, c'est lourd, c'est gras : bref, c'est assez classique. Les deux steaks sont grillés, avec du fromage en sus, deux rondelles d'oignons trop blancs, des tranches de faux cornichons, de la "salade" un peu pâle et une sauce relativement sucrée pour lier le tout.

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    C'est grossier, ça part dans tous les sens. Le seul truc marrant, c'est qu'on retrouve les épices utilisées dans les grillades turques.

    Donc c'est meilleur que McDonald's ? Si tout le monde le dit, je veux bien le croire. Mais j'avoue ne pas avoir décelé de franche différence. C'est quasiment la même chose, la même bouillie, la même malbouffe prédigérée. Ma réaction est snob ? Je m'en fous.

    Vouloir à tout prix qu'une chaîne de restauration rapide fasse son retour en France, ça me fait penser à Winston qui se vautrerait toujours plus vite dans la gueule de Big Brother. Non content d'aimer le "gin de la Victoire", cet alcool qui n'a plus de goût, on en redemande. Il y a assez de cochonneries disponibles dans les rues et assez de bons restos qui triment pour ne pas venir surchager la mûle. Et si en plus, il faut s'enthousiasmer pour ce retour... Je trouve ça pitoyable. J'aime bien Burger King, mais je préfère la nourriture.

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    "Il prit son verre et le flaira. Le breuvage paraissait plus horrible à chaque gorgée. Mais il était devenu l’élément dans lequel il pouvait nager. C’était sa vie, sa mort, sa résurrection". C'est toujours l'ami George (ici sans "s") qui donne le la, comme dirait Moustaki... (mais lui parlait de Brassens).

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  • Petit luxe anti-crise #24 : les panforte de R.A.P.

    Les petits luxes anti-crise ! C'est quoi ? Des produits d'exception ou des bouteilles hors du commun pour une poignée d'euros. Plus d'infos sur ce lien.

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    C'est un pain traditionnel de Noël dont l'origine se trouve en Toscane, à Sienne plus précisément. "Si vous aimez le nougat, vous aimerez le panforte" me glisse Alessandra, la patronne de R.A.P. le restaurant où l'on boit si bien. Juste en face, c'est R.A.P. l'Epicerie et j'y passe une fois par semaine me gaver de nougats divins.

    Il en existe deux versions : le premier, photo ci-dessus, plus noir, contient beaucoup d'épices, d'amandes et quelques fruits confits. C'est vraiment Noël dans la bouche. Il est réalisé à la main par un boulanger en Italie (26 euros le kilo).

    Le second, photo ci-dessous, est plus blanc : moins d'épices mais bien plus de zestes d'agrumes et notamment du cédrat. Sa fraîcheur explose. Celui-ci n'est pas réalisé à la main (5,5 euros). Je suis devenu accro aux deux. Evidemment avec l'un ou l'autre, on boit le recioto d'Angiolino Maule.

    Et je ne vous parle pas des nougats piémontais ; y a de quoi écrire une encyclopédie.

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    Pour les chanceux qui, à l'inverse de ma pomme, ne seront pas à Istanbul à ce moment-là, R.A.P. accueille Don Pasta le mardi 28 février. Don Pasta ? Mais oui, l'homme que voudrait épouser Lolita !

  • Mon hachis parmentier au Clos des Cimes

    Mardi soir, c'était dégustation des vins du Clos des Cimes. C'était à la maison et Raphaël Gonzales avait apporté toutes ses cuvées et pas mal d'autres quilles. Forcément, le lendemain il me reste sur les bras quelques fonds de bouteilles ; je ne vais tout de même pas tout boire ou les jeter...

    Tiens, j'ai aussi une belle carotte, un oignon charnu, quelques pommes de terre qui trainent et un céleri rave oublié dans le bac à légumes. On va mélanger tout ça. Il suffit simplement de faire un saut chez le boucher à qui il reste une grosse queue de boeuf (à gauche), un morceau de jumeau (en haut) et une joue (en bas).

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    C'est le théorème d'un pot-au-feu ou d'un hachis parmentier réussi : mariez les morceaux ! Queue pour le gras et donc le goût, joue pour le gras et la viande, jumeau pour la viande. Dans une cocotte avec un peu d'huile d'olive et de beurre, tu fais revenir chaque viande sur chaque face. Puis tu ajoutes les fonds de bouteille de tous les vins de Raphaël qu'il te reste : aujourd'hui j'ai mélangé La Fée des Vignes, La Clef des Champs et le Clos des Cimes.

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    Je n'avais pas vu qu'il me restait aussi le rosé La Petite Fugue. C'est pur syrah avec aucun sucre donc allons-y.

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    Et encore un peu d'eau pour que les viandes soient bien mouillées à hauteur. Tu fais bouillir et tu écumes. Tu baisses le feu et tu ajoutes la carotte et l'oignon coupés en dés. Les viandes vont cuire à feu doux durant quatre heures dans cet assemblage improbable des vins du Clos du Cimes.

    A côté de cela, dans un grand volume d'eau bouillante, tu fais cuire céleri et pommes de terre épluchés. Au bout de 30 minutes, tu écrases le tout à la fourchette. Même pas besoin d'ajouter du beurre ou de la crème comme pour une purée à la Robuchon.

    Au bout des quatre heures, tu récupères la viande et elle s'effiloche toute seule. Tu mélanges bien avec carottes et oignons. Vrai sel non raffiné et poivre de malade (ici un tellichery de Gérard Vives).

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    Dans un plat un peu huilé, tu balances une couche de viande puis une couche de purée. Il ne faut pas oublier de bien presser le tout. Et de laisser reposer à température ambiante. 

    Pendant ce temps, il faut faire réduire le jus de cuisson. A feu vif, fais bouillir le liquide resté dans la cocotte jusqu'à ce qu'il perde beaucoup de volume. Vers la fin, quand il te reste l'équivalent d'une ou de deux louches de bouillon, la liaison se fait automatiquement grâce au gras des viandes qui est naturellement passé dans le bouillon. Donc surtout, ne pas ajouter de farine, de maïzena ou de matière grasse. Tout se fait naturellement. Et la sauce certes grasse est assez sirupeuse.

    Avant le service, mets le plat au four à 200°C pendant au moins 15 minutes. Et sers moi ça sur une belle assiette avec le jus par-dessus.

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    A boire avec... un Clos des Cimes 2007 je dirais. Mais arrêtons de faire de la pub à Raphaël Gonzales et ouvrons un Rivaton vieilles vignes 2006. C'est à la fois complexe et très glouglou. Une très, très belle bouteille dénichée pour 13 euros à la Cave des Papilles, mais il n'y en a plus.

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    N.B. pour la sauce : si tu préfères la dégraisser, il faut la mettre une nuit au frais. Le lendemain, il est très facile d'enlever la graisse en suspension. Comme tous les plats mijotés, le hachis parmentier gagne à se reposer. Enfin, dernière possibilité pour avoir une sauce plus dense et sans rien ajouter : mixer quelques morceaux de carottes cuits avec le bouillon. Et la première idée peut tout à fait se combiner avec la seconde. Pour plus de détails sur ce chapitre passionnant que sont les sauces, il faut lire les livres de Michel Guérard. 

  • Avec Comor et Lapaque, le vin plutôt que le vain

    Désormais, la politique, je la laisse à ceux qui aiment ça et ils sont nombreux. C'est à cause d'Antonin le Vindicateur que je dis ça, il nous a trouvé ce thème pour les 43èmes vendredis du vin

    "Si chaque vin était un candidat, pour lequel voteriez-vous ? Derrière chaque bouteille, il y a en effet un homme, une femme, des idées : retraite ou pas, William Fèvre milite activement pour le F.N., Eva Joly visite des caves, Hollande boit ceci, Sarkozy trempe ses lèvres dans cela, le Front de Gauche se paye une cuvée de vin de pays bio, le vin naturel serait d'ailleurs de gauche… à de notables exceptions près ! Il y en a pour toutes les couleurs ! Elisez donc votre vin présidentiel, qui guidera le vignoble – et le monde entier – vers un avenir radieux !"

    J'aurais pu sortir la cuvée Fucks@rkozy de l'ami Pierre Pitiot ou un vin sarkozyste (si ça existe) pour faire le pendant, j'aurais pu dénicher quelque vin hollandais (c'est-à-dire produit en Hollande, l'une des provinces des Pays-Bas), j'aurais pu trouver le vin du Front de Gauche, j'aurais pu convoquer un vigneron qui vote Marine (pas très difficile), j'aurais pu vous sortir le beaune 1er cru les Grèves du domaine Besancenot. Si, si, ça existe. Je l'ai justement ouverte l'autre jour, qui plus est : millésime 1981 s'il-vous-plaît. Dans le verre, ce n'est pas si mythique ça ; le jus rouge est devenu rose fané.

    Alors, convoquons les valeurs sûres. Depuis que la politique ne m'intéresse plus du tout, j'ai les idées heureuses. En bouteille aussi, j'ai Les Idées Heureuses. Et c'est Jean-Christophe Comor qui la fait. D'ailleurs, notre homme n'a-t-il pas quitté le monde politique pour le vin ? "J'ai quitté le vain pour le vin" disait-il sur le Vin de mes Amis.

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    C'est vrai que l'autre soir, la bouteille n'était pas en forme. Mais vous, vous êtes en forme tous les soirs ? Moi je l'aime beaucoup ce vin et pas que pour son étiquette. C'est un rosé avec pour composants cinsault, carignan et grenache. Pour dire la vérité, c'est le titre d'un roman de Sébastien Lapaque que Comor a choisi pour baptiser sa cuvée. Sorti en 1999, Les Idées Heureuses prend pour socle le début de la romance entre Clara et Philoctète. Philoctète ? Oui et malgré ce que l'on pourrait croire, l'intrigue ne se déroule pas sous l'Antiquité mais de nos jours entre Paris et Rennes. Le héros est un jeune homme d'une trentaine d'années, passionné par l'histoire, la Grèce et la littérature. Son regard sur la société contemporaine est tranchant.

    "Il observait les individus autour de lui. Les aires d'autoroute l'avaient toujours fasciné. Ces lieux où se croisaient des êtres qui ne se connaissaient pas, qui se parlaient à peine, qui ne se reverraient jamais. C'était une préfiguration de la société à venir. Une société anonyme éclairée par une lumière artificielle dans laquelle les individus ne feraient que passer. Un monde où personne ne pourrait se sentir chez lui. Déjà, les centres-villes ressemblaient à des stations-services. On y arrivait, on en repartait. L'envie d'y vivre s'amenuisait jour après jour."

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    Heureusement, il y a des idées heureuses que l'on déniche dans les vieux livres, les musées peu fréquentés ou les belles bouteilles. Et il y a Clara. Alors, forcément, la politique est reléguée loin, loin, loin. Il y a tant de choses plus importantes auxquelles penser.

  • Raphaël, l'Elfe Doré

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    Quatre consonnes et trois voyelles, c'est le prénom de Raphaël (Gonzales). Et il a l'air d'un ange. Non, d'un elfe doré plutôt. L'autre soir, le vigneron du Clos des Cimes était à Paris, à la maison. Et avec les copains, on a tout goûté. Le vignoble est situé dans la Drôme, à Mérindol. Les rouges sont en A.O.C. côtes-du-rhône, les blancs et le rosé ailleurs. Tant mieux.

    Avec sa femme Elodie, ils ont repris le vignoble familial qui avant 2007 vendait la totalité de ses raisins. Pour les passionnés de la chose, j'ajoute : sol argilo-calcaire très caillouteux, moyenne d'âge des vignes de 40 ans, exposition sud/sud-est avec surtout une altitude marquée (entre 500 et 600 mètres) ce qui fait beaucoup de bien à la vigne. Côté vinif, c'est soit de la cuve béton ou des barriques ouvertes pour les rouquins.

    Un moyen mnémotechnique pour retenir le nom des cuvées ? La Fée des Vignes (elle) et l'Elfe Doré (lui) ont fait une Petite Fugue (en Suisse, si j'ai bien compris). Ils découvrirent la Clef des Champs pour ouvrir la porte du Clos des Cimes. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup de Petits Sylphes. D'accord, mais dans le verre, ça dit quoi ?

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    Les Petits Sylphes. Le vin par qui j'ai rencontré Raphaël, c'était chez Sébastien P. et j'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais. Un tiers grenache blanc, un tiers ugni blanc, un tiers chasselas. Le 2011 me va à ravir, sans doute à cause d'une oxydation plus prononcée que le 2010.

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    La Petite Fugue, c'est le rosé de syrah (pressurage direct). A la couleur, je m'attendais à une sacrée dose de sucre, je ne sais pas pourquoi. Et pourtant, je le connais bien, on l'avait bu avec Eva sous une chaleur d'enfer. Aujourd'hui, j'accroche totalement. J'ai vraiment l'impression que l'été s'avère trop chaud et trop tôt pour les rosés. Mieux vaut s'en servir en hiver. Ici, une sensation chocolatée nous rappelle bien qu'on est sur de la très belle syrah. Et quelle couleur ! C'est vrai qu'on sent bien la fraise, moi je l'y mettrais bien sur un dessert. Normal, je ne goûte guère le sucre sur le sucre.

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    Passons aux rouges. Rendons à César ce qui lui appartient, c'est Elodie, la femme de Raphaël qui s'en occupe (Raphaël s'occupe donc des blancs, CQFD). Et elle s'en occupe bien puisque, nous dit-on, c'est garanti sans aucun intrant chimique et les vins ne sont pas filtrés. Soulignons cette caractéristique des vins du Clos des Cimes : ils sont incroyablement "propres", pas de prétendue déviance, pas de gaz carbonique qui gazouille... Les empêcheurs-de-boire-en-rond-sans-avoir-trop-mal-au-crâne devraient aller jeter un coup d'oeil du côté de Mérindol.

    Première quille : La Fée des Vignes 2009 (grenache, cinsault, syrah). Je devrais un jour crier mon amour pour le cinsault, cépage tellement négligé. Il faut l'avouer La Fée n'est pas dans un bon soir, à cause du transport, du froid, du chaud... J'en ai une encore en stock, on va la laisser se reposer. Mais sous la bouteille en méforme pointe tout de même un très joli jus.

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    La Clef des Champs 2008. On prend presque les mêmes (grenache, syrah) et à la place du cinsault, on met du carignan. C'est vraiment très joli, un vin plus sudiste. Après deux heures d'ouverture, il donne le meilleur de lui même, sur des notes très épicées.

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    Enfin la star, le Clos des Cimes 2007 et à côté, un 2008. Evidemment, il aurait aussi nécessité quelques heures d'ouverture. Raphaël nous confie qu'en réalité ce vin en réclamerait deux jours avant de le boire sur les trois suivants. C'est riche mais vraiment buvable. Le 2008, année plus que difficile, est encore à suivre mais le 2007 présente déjà toutes les qualités d'un très beau côtes-du-rhône. Et on peut encore l'attendre. L'élevage est deux à trois fois plus long que les rouges précédents, c'est-à-dire 36 mois.

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    J'avoue que ma grosse surprise de la soirée fut avec L'Elfe Doré et sa vingtaine de grammes de sucres résiduels que l'on sent vraiment très peu. Le sucre dans le vin je veux bien, mais quand c'est discret et très contrebalancé par l'acidité. Là, c'est vraiment très fin. J'attendais une tarte aux agrumes voir un flan, une corbeille de fruit pour l'accompagner. C'est vraiment une réussite.
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    Sous le bras, Raphaël avait aussi les vins de ses copains, c'est-à-dire des vignerons qu'il a regroupés autour de l'association Jeunes Vignerons d'Europe. C'est quoi cette association en devenir ? "Bah, des potes !" Certes, mais pas que. Trente domaines, dont 18 français.

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    Parmi eux, on connait bien Mathias Marquet du château Lestignac. Aujourd'hui, j'ai enfin pu goûter les vins du domaine des Béliers d'Eve Maurice. Alors que tout me rattache à Metz, je n'ai pas encore mis les pieds au domaine, à Ancy, à quelques kilomètres de là. Rubis, le pinot noir, m'a fait grosse impression avec sa belle torchabilité. 

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    Belle claque aussi : le muscadet sèvre-et-maine (cuvée Révélation) de Bernard et Benoît Landron. Dès la première gorgée, tout le monde s'écrie "où sont les huîtres ?". Car si le nez est superbe, la finale très longue et très intense sent l'huître et sa coquille. La bouteille qui donne faim.

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  • A La Crémerie, entre un bourgogne et un jura

    Dans cette adresse où j'aime revenir régulièrement, les bons vins vont par deux. Avec Thomas l'autre fois, avec Olivier aujourd'hui. Le premier (avec le thon de l'île d'Yeu) est une vieille connaissance : saint-aubin 1er cru En Remilly de Dominique Derain. Dégusté souvent avec Olivier, ce vin, on l'a rarement mis à table. La version 2008, extrêmement fringante, on peut la boire maintenant, on peut aussi l'attendre des années.

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    Le second (avec un maaaaagnifique pâté de tête) est un vin jamais bu dans ce millésime. Une vraie grenadine mais hyper classe. On sent que se cache la profondeur d'un terroir et une patte d'honnête vigneron. De quoi s'agit-il ?

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    Et quelle couleur...

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    C'est le ploussard 2010 tout frais sorti du chai de la maison Overnoy-Houillon. cette bouteille a dépucelé Olivier en Overnoy et depuis, il ne parle plus que de ça. C'est l'archétype du grand vin : pas besoin d'attendre qu'il soit vieux pour qu'il soit bon.

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  • Vin d'IveRhô(g)ne : le côtes-du-rhône toulousain

    A l'honneur aujourd'hui, un petit canon qui n'a rien d'un boulet. Ce jus s'appelle Vin d'IveRhô(g)ne et ne le cherchez pas chez votre caviste à moins d'habiter Toulouse.

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    Oui, ce Vin d'Ive Rhô(g)ne est né à Toulouse. C'est une idée de copains cavistes-intelligents.

    Laurent Navarro et Jérôme Rey (Vinéa), Philippe Lagarde (Tire-Bouchon) et Franck Bayard (Vinnouveau) connaissaient bien les Vignerons d'Estézargues. Cette jolie coopérative située à 15 kilomètres à l'ouest d'Avignon travaille extrêmement bien depuis sa reprise par Jean-François Nicq. Elle a bâti sa réputation sur des jus bien foutus et très bon marché. De plus, pour les pros, il y avait la possibilité de personnaliser la chose. Ainsi, la cuvée Pape Noir produite pour certains cavistes dont le Verre Volé à Paris. En 2005, à l'époque où j'étais étudiant, j'ai démarré dans le naturel avec ces "petites" bouteilles. Tu apportes ça en soirée et au milieu des merdes ambiantes, t'es le roi du monde.

    A leur tour, nos amis toulousains ont décidé de faire leur propre cuvée. Depuis 2008, ils décident de l'assemblage tous ensemble et vendent leur pif dans leurs boutiques. 

    Résultat ? C'est à la fois soyeux et plein de fruits. Le vin de copains par excellence. Evidémment, c'est bien fait et ça se sent (c'est-à-dire soufre mini). Moi je l'achète chez Franck et ça me coûte 4,5 euros. Si, si. Tiens, on dirait que le vin naturel n'est pas qu'un truc de Parisiens...

  • Est-il bon au moins le vin élevé au fil des pages des Ignorants ?

    Je ne vais pas à nouveau résumer la célèbre bande dessinée Les Ignorants, car mes copains (StéphanieEva, Olif et Philippe) le font très bien. Intéressons-nous au vin que le vigneron Richard Leroy élève tout au long de l'année passée avec le dessinateur Etienne Davodeau à ses côtés.

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    L'action du livre commence à l'hiver 2009. C'est donc ce millésime particulier qui va grandir au fil des pages. A deux, Richard et Etienne l'observent, le goûtent, le mettent en bouteille.

    Puisque j'avais déjà une première expérience avec les Noëls de Montbenault il y a un ou deux ans, j'ai choisi de goûter (enfin) la "petite" cuvée Les Rouliers. Millésime 2009 donc. Ouverte avec plein d'amis à l'occasion d'une soirée riche en quilles, elle a fait strike. Sa finesse et sa précision ont tout balayé, laissant les palais médusés. Parfaitement équilibrée avec une très grande classe. Je pense que c'est une bouteille d'amoureux, rappelant le yin et le yang en ce qui concerne cet équilibre parfait. A n'en pas douter, c'est cette cuvée que je préfère. Pourquoi ? Et pourquoi vouloir toujours tout expliquer ?

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    Souvent les lecteurs de bandes dessinées veulent passer aux exercices pratiques ; là, il s'agit de boire un coup. Trois d'entre eux m'ont récemment demander où trouver les bouteilles de Richard Leroy à Paris. Je peux donner deux adresses (Lavinia et la Cave du Panthéon) et sans doute y en a-t-il d'autres. Permettez-moi d'ajouter qu'avant Les Ignorants, les bouteilles de ce génial vigneron étaient déjà peu commodes à dénicher puisque très rares. Sans compter le prix, entre la vingtaine et la trentaine d'euros. Espérons que cela ne soit pas encore plus difficile désormais.

  • Chez RAP, un vin italien hors du commun

    Soyons grossier, c'était une véritable baffe dans la gueule. Les produits et la cuisine d'Alessandra Pierini alliés aux conseils du virevoltant sommelier Giovanni Napolitano font de RAP (Ristorante Alessandra Pierini) la plus belle expérience italienne de la capitale.

    C'était vendredi soir, à table avec Olivier et Manu, c'est-à-dire des copains inconditionnels de la Botte et des amoureux du vin bien fait. Je n'ai pas encore récupéré les photos des plats, je ferai un long article plus long dès que ce sera le cas. Mais je peux déjà tuer le suspens : mes tagliatelles de maïs, haché de veau au thym et trévise étaient sensationnelles.

    Question vins, ce fut l'emballement complet. A Giovanni, nous avouons notre réelle inculture en vins italiens hormis quelques standards naturels (Occhipinti, Maule, Radikon...). Et là, l'affaire devient très intéressante, car la maison pense comme nous. Il faut dire que nous choisissons bien nos adresses. Avant chaque plat, le sommelier nous lance : "attendez, je sais ce que vous allez boire". Et il traverse la rue pour descendre à la cave trouver une pépite. Nous lui avons fait confiance du début à la fin du repas.

    Avec les fameuses tagliatelles, ce fut un régal hors norme. Notre homme nous sert le vin comme on ne le fait plus : dans d'immenses verres, il fait tournoyer quelques centilitres autour des parois. Le but ? Evidemment, c'est décupler les arômes au nez. Festival de notes de fruits rouges et incroyable profondeur qui nous fait totalement changer de dimension. La tablée est médusée. Après en avoir versé un peu plus dans le verre, on est surpris par une incroyable acidité. C'est un millésime 2004, on l'aurait dit bien plus jeune. Huit ans après, il conserve une âme de bébé.

    Pour la première fois et toutes proportions gardées, on a l'impression de se transporter en 2003 et de boire l'équivalent d'un vin d'Eric Callcut datant de 96 ou 97. Je ne fais aucune comparaison, il n'y a absolument pas d'oxydation ; je veux simplement dire qu'à l'image des bouteilles du merveilleux vigneron ligérien, ce vin italien (même après 8 ans de bouteille) semble taillé pour les siècles.

    C'est le seul dont j'avais l'image sur mon téléphone. Et pour cause... le Monferato de la famille Zampaglione (Tenuta Grillo). La cuvée s'appelle Protoasciutto et son cépage est donc le barbera.

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    Sur table, le prix est dérisoire par rapport au plaisir procuré : c'est un chef-d'oeuvre accessible (42 euros). Pour preuve, dès le lendemain je retourne à l'épicerie qui fait face au restaurant pour en acheter. Depuis, le vin dort un peu chez moi mais sans doute pas pour longtemps. Dans ladite épicerie, j'y étais déjà entré une ou deux fois : on devient fou, à l'image d'un enfant dans un magasin de jouets. Les trouvailles succèdent aux produits rares, pas forcément très chers. J'y reviendrai là aussi.

    Oui, oui, plein de gens ont déjà parlé de RAP, notamment mon camarade Jacques Berthomeau. Mais comme souvent, je prends un peu de temps pour savourer les excellentes adresses. Alors promis, dès que je récupère les photos des plats et des autres bouteilles, l'article sera bien plus long et tout aussi élogieux.

    RAP, 24 rue Rodier, 75 009 Paris, 01 45 26 86 26.

  • Petit luxe anti-crise #23 : quand un vigneron ne fait pas fermenter son raisin

    Les petits luxes anti-crise ! C'est quoi ? Des produits d'exception ou des bouteilles hors du commun pour une poignée d'euros. Plus d'infos sur ce lien.

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    "Discret mais efficace." La RVF n'a pas tort en ce qui concerne Pascal Pibaleau, vigneron du côté d'Azay-le-Rideau. On le connait pour ses remarquables chenins, jeunes, en cubi, vieux, en moëlleux, etc. Il fait partie de ces vignerons dont on a déjà souvent bu les vins mais dont on ne parle pas assez souvent.

    C'est chez Versant Vins que j'ai découvert son grolleau non fermenté. Kézako ? Ben, du jus de raisin monocépage grolleau tout simplement. Pour ceux qui n'ont toujours pas compris, c'est sans alcool. L'occasion de se familiariser avec ce goût bien particulier. Et cela vous en coûtera 3,90 euros. 

    C'est rudement joli : on croirait presque voir un gamay bien naturel, sentir des arômes de fraises assez soutenus mais équilibrés par un sucre qui en réalité fond très vite. L'étiquette propose aussi de l'associer avec 2/3 de crémant rosé pour "déguster un apéritif à 8°, de quoi passer un bon moment tout en gardant ses esprits". La belle idée...

    Dans la catégorie jus de raisin, je garde aussi un souvenir ému des bouteilles du domaine de Mazel. Très difficile à trouver à Paris (il y en avait parfois au Vin se Livre, mais cette belle boutique a fermé).

  • Rien. Du Paul Eluard.

    Mamadou eut un vague sourire et répondit : 
    "De long en large, comme une croix, s'étend ce qui est accepté. Portes-y le feu de ta haine". 
    J'eus presque envie de l'embrasser.
    - Mamadou, change pas ! Pas d'un iota ! Jamais !
    Le capitaine me jeta un regard fou et demanda :
    - Qu'est-ce qu'il a dit ?
    - Rien. Du Paul Eluard.

    Frédéric H. Fajardie, La Théorie du 1 %, éd. Néo puis La Table Ronde, 1981.

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  • Pique-nique en forêt, barbecue et Brane-Cantenac 1981

    Quand les anniversaires de certains tombent fin janvier et début février et qu'on désire ardemment faire un pique-nique en forêt en Lorraine, ben il faut le dire crûment : on n'est pas dans la merde. C'était il y a deux semaines, on imagine donc bien la température extérieure... Oh ça va, il suffit de mettre double couche de manteau et de pantalon !

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    L'année dernière pour les 30 ans des uns et des autres, j'avais acheté tout un stock de quilles de 1981 que je n'ai pas fini. Il est temps de le liquider, d'ailleurs on aurait mieux fait de boire ces bouteilles il y a quelques années déjà. 

    Pour les saucisses sur le mini-barbecue, j'ai convoqué Brane-Cantenac 1981. Evidemment, le vin a presque gelé, les gobelets en plastique ne lui ont pas rendu hommage mais de toute façon, un peu à l'image des Ormes de Pez du même millésime, le vin était fané. C'était d'ailleurs le cas avec beaucoup de 1981 ouverts depuis un an. Il faut dire que 1981 est vraiment une année pourrie (et là on ne fait pas de politique) car un bon coup de flotte avant les vendanges, y a pas pire. Les deux seuls qui m'ont un peu transporté furent Cos d'Estournel bu l'année dernière et le pommard du Château de Pommard bu la veille de ce pique-nique et dont je ne retrouve plus la photo.

    Oui, un margaux en forêt avec des saucisses, c'est d'un snob... Je vois plutôt cela comme un genre d'accords mets-vins à la con ou la possibilité de sortir les grands bordeaux de leurs oripeaux habituels. Qu'on se rassure et malgré la photo un peu provocante, on n'a tout de même pas fait chips-paprika-margaux... L'Ebrescade 2008 de Richaud tenait évidemment plus la route, mais cela n'a rien à voir.

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  • "La farine dans les gâteaux, c'est comme le soufre dans le vin : il vaut mieux éviter"

    Quand tu t'ennuies, que l'après-midi te semble longue et que tu n'as aucune envie de faire quoi que ce soit, direction la cuisine avec un truc qui change : le gâteau de Zoé, le fameux dessert du non moins fameux Pierre Jancou. Il le préparait à la Crémerie, il le préparait chez Racines, il le prépare encore chez Vivant. J'ai dégoté la recette dans un magazine féminin et dans une vidéo (ici).

    C'est d'ailleurs là que Pierre prononce cette phrase qui vaut son pesant de cacahuètes : "La farine dans les gâteaux, c'est comme le soufre dans le vin : il vaut mieux éviter". En cela qu'elle joue le rôle d'une éponge à (bons) goûts, qu'elle altère les (bons) parfums, qu'elle pompe la complexité du (bon) chocolat. Et quand je lui parle de ça, il m'explique que "souvent la farine a été génétiquement modifiée et contient beaucoup de gluten. Raffinée et reraffinée, elle est morte. Je m'intéresse à des farines telles l'épautre ou le kamut qui sont des farines pures et saines, mais pour le pain, les tourtes, etc." Dans les gâteaux, il suffit de ne pas en mettre.

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    On l'aura compris, le gâteau de Zoé (du nom de sa fille), c'est un genre de fondant au chocolat sans farine. Mais question texture, c'est bien plus que cela... A suivre. Et pour que ce soit bon, il faut que les ingrédients soient bien choisis : c'est l'évidence, mais ça va encore mieux en le disant.

    Pour un moule à manqué d'une vingtaine de centimètres, il nous faut : 
    - 200 grammes de chocolat noir à 75% de caco minimum
    - 120 grammes de bon beurre doux (moi le cru de chez Pascal Beillevaire)
    - 8 centilitres d'expresso bien tassé (qui va ajouter une belle amertume)
    - 80 grammes de sucre non raffiné
    - 6 œufs bio.

    Allez, un tablier et zou ! Four à 200°C. Au bain-marie ou à feu très-très-très doux, tu me fais fondre le chocolat taillé en copeaux et le beurre coupé en morceaux avec l'expresso, avant de laisser tiédir. Dans un saladier, réunis sucre et jaunes d'oeufs et fouette-moi le tout jusqu'à une consistance pâle et bien crémeuse. Mélange avec le choco. A côté, au tour des blancs d'être battus en neige ferme... Ferme ! C'est ferme lorsqu'en retournant le saladier, les blancs y restent cramponnés. Puis tu les intégres très délicatement à l'appareil au chocolat à l'aide d'une maryse. Mets tout cela dans le moule beurré et direction le four pendant 8 à 12 minutes selon sa puissance. Le gâteau monte mais va retomber une fois sorti du four. C'est cuit quand les bords "semblent cuits" et que le coeur semble encore coulant.

    En tiédissant, tout va raffermir. Enfin, presque tout... Le gâteau doit garder une texture aérienne de mousse au chocolat cuite. Oui c'est un peu difficile à imaginer. Mon four étant tout pourri, je le fais toujours trop cuire. Mais quelle texture et quelle légèreté...

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    Et on boit quoi avec ça ? Ben, le soufre dans le vin, c'est comme la farine dans les gâteaux : il vaut mieux éviter. Donc je pencherais pour un vin blanc du Puy-de-Dôme avec un tout petit fond de sucre résiduel. Pardon ? Qu'est-ce que c'est encore que ces bêtises ? Si, si. Vous avez bien lu.

    Le vigneron s'appelle Pierre Beauger ; j'ai déjà parlé de la teinte hallucinogène de son pinot gris. Ce "vendangeur en tongues" nous offre cette fois un chardonnay du Puy-de-Dôme dont une partie des raisins a été botrytisée. Là aussi, c'est un peu l'hallu, alors ça s'appelle Champignon Magique, un vin incroyablement complexe : au nez du whisky, de la noix et une sensation de sucre qui nous semble énorme. En début de bouche idem, puis ce sucre s'estompe complètement laissant place à des arômes de champagne blanc de blancs bien mûr (l'effet chardonnay). Et on finit sur un genre de whisky mûr. Un vin qui ne ressemble à rien et Dieu, s'il existe, sait que c'est un compliment.

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  • Le carpaccio de tête de veau de La Régalade canal historique

    Je n'avais pas mis les pieds à La Régalade depuis... Pffffiou... Oui, au moins ça. C'était déjà Bruno Doucet, celui qui nous ravit avec sa tartiflette du dimanche soir : d'ailleurs c'est un joli plat de saison. Depuis ma première visite à la Régalade, le chef a ouvert une annexe rue Saint-Honoré dont on dit aussi beaucoup de bien. Mais revenons ce soir aux fondamentaux.

    Le plat le plus exceptionnel de la soirée, une sorte de porte-étendard de la smala Camdeborde (boss du lieu avant Doucet), c'est le carpaccio de tête de veau sauce ravigote. Une pure merveille. Camdebordela sert tiède-chaude, ici elle est un peu plus froide et superbement relevée. Et je suis désolé, c'est peu gras.

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    Le meilleur des tests au restaurant est de comparer les assiettes avant et après. Là, y a pas photo. Bon si, en fait, il y a deux photos. Mais bon, y a pas photo. 

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    Et oui, je suis certain que certains fulminent déjà parce que je n'ai pas commencé mon article comme tout le monde. Car qui dit Régalade, dit avant tout terrine maison ! La célèbre, la servie à discrétion, la gourmandise qu'il faut manger modérement si tu veux garder de la place pour la suite. Evidemment, elle était encore là ce soir.

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    A suivre, après la terrine, après la tête de veau, un incroyable chou farci de joue et queue de boeuf et ses légumes. Le plat génial qu'on veut tout de suite recréer à la maison. Un fond de raifort était caché dans le bouillon style pot-au-feu.

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    Et avec cela, la moutarde au grenache faite en Seine-et-Marne par Patrice Boudignat, un producteur dont on a déjà parlé en bien.

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    Et on boit quoi ? La carte des vins est plus classique, c'est-à-dire moins nature qu'un Vivant, mais elle a une sacrée gueule dans le verre. La cuvée Les Chèvrefeuilles de La Réméjeanne (grenache, mourvèdre, syrah, carignan et marselan) se siffle à 24 euros sur table, une aubaine avec ce qu'on mange.

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    La Régalade, 49 avenue Jean Moulin, 75014 Paris, 01 45 45 68 58. C'était le menu entrée, plat, dessert à 34 euros, avec le dessert peut-être un ton en dessous. Sauf les madeleines ! Et ça fera plaisir à Stéphanie.

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  • Drappier vieillit admirablement bien

    1988, 1992, 1993. La maison de champagne Drappier ressort régulièrement des vieux millésimes récemment dégorgés. Au domaine, le prix est ridicule (à peine une trentaine d'euros) pour des jus conservés 20 ou 30 ans. Et les marques célèbres, ça coûte combien ? Récemment et en plus des bubulles pour ma consommation personnelle, j'ai passé commande de ces trois millésimes qui fleurent bon le siècle passé et ça s'est très bien passé.

    Le blanc de blancs grand cru 1988 tranche avec le monocépage pinot noir qui fait la renommée de Drappier. Il a conservé toute sa verdeur et parait bien jeune, sans oublier une finesse qui perce. Il faudrait encore l'attendre.

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    Le Carte d'Or 1992, c'est la bouteille que j'ai ouverte lors du passage à 2012 c'est-à-dire, à quelques mois près, 20 ans après les vendanges. Arômes un peu incongrus de fenouil et élevage présent mais classe.

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    Incroyablement élégant fut le Carte d'Or 1993 : il tirait totalement sur la truffe blanche. Comme à chaque fois, on reconnait la belle mousse qui laisse place à de très fines bulles venant simplement chatouiller les papilles. Franchement, c'est du grand art.

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    Et on le répète, les champagnes de supermarché que tout le monde connait, qui (on le croit) font forte impression sur la table mais se révèlent passe-partout dans le verre, ceux-là on les paie bien plus cher.

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  • Kenji Kobayashi et le pain au whisky Nikka

    Il m'aurait été déraisonnable de ne pas partager cette photo et ce véritable ouvrage d'art : le pain au whisky Nikka, sompteuse gourmandise réalisée en édition plus que limitée par Kenji Kobayashi qui travaille avec Christophe Vasseur chez du Pain et des Idées.

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    Toute l'histoire de ce maître du pain en devenir est contée sur ce fabuleux blog, Painrisien. On y apprend comment il est venu au pain et de quelles tracasseries administratives il fait l'objet ; il nous en avait parlé à Stéphanie et moi. C'est la boulangerie de demain qu'on assassine.

  • Quand la Bourgogne s'amuse dans les Corbières (version 2008)

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    J'avais déjà parlé des infidélités que fait Frédéric Cossard à la Bourgogne. Je récidive avec le Bedeau du Sud 2008 (grenache de l'Aude) bu le même soir que le pommard 2007. Sur le papier et sur l'addition, il n'y a pas photo. La première bouteille apparaît goûteuse, joyeuse, nerveuse ; la seconde plate. Je sais pas ce que j'ai avec les rouges bourguignons de Cossard depuis quelques temps, je n'y arrive plus et ça m'embête.

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    Il faut toujours dénoncer ses dealers : pour le Bedeau du Sud, le mien s'appelle Franck, une fois de plus.

  • Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage (suite et fin)

    Après avoir fait le tour de France et de l'Europe pour la 42ème édition des Vendredis du vin, mettons le cap sur le reste du monde. 

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    Le reste du monde, le centre du monde... Pour beaucoup de gens sur la planète, tout tourne autour de Jérusalem. D'ailleurs, la ville que l'on nomme (un peu facilement) trois fois sainte est incroyablement chère à mon coeur aussi. Et pour plein de raisons. 

     

    (vidéos tournées en 2008 par Julien B. lors de notre premier voyage)

    Quelle place pour le vin là-bas, à Jérusalem ? On trouve bien celui de Cremisan, produit du côté de Bethléem. Sinon il y a de la bière, la Taybeh faite elle dans un village chrétien près de Ramallah. C'est un prisme très intéressant pour comprendre le conflit israélo-palestinien. Mais surtout, c'est sur les chemins de Jérusalem que l'on trouve du vin. Cette longue introduction avait pour seul but de parler du post du Passionné de la Rive Droite qui m'a fait un immense plaisir en mettant à l'honneur du vin libanais et du vin syrien. Parler de cette région pour le vin et pas pour autre chose, cela mérite un grand merci. 

    Allez, rétropédalage. Retour en France, comme on dit au journal télévisé. Mais la France ultra-marine. A la Réunion, on n'a peut-être rien décidé mais on a bu un sacré canon. "Tu as toujours une bouteille du vin de Cilaos dans la cave ? Et la lumière fut. Tu veux du lourd, monsieur le morgonneux président Guillaume. Là, c'est du très, très lourd. Cilaos est l'un des trois cirques de la Réunion." Le Bicéphale Buveur nous a sorti un truc impensable le "Vin de Cilaos rouge demi-doux" classé en "vin du pays". Et dans la bouche ? "Aucune sensation alcooleuse, très peu de fruit, quelques notes de vanille, un fond de canelle et du sucre. C'est lourd. Mais, bizarrement, en le buvant avec Sophie, nous nous attendions à pire. Il y a même des bons souvenirs de l'île de la Réunion qui remontent tout en douceur". La copie de David est parfaite, il y a même quelques photos.

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    (jolie photo volée sur le blog du Bicéphale Buveur)

    Autre île française et ultramarine : Tahiti. Et oui, on fait du vin dans les Tuamotu, précisément dans le vignoble de Rangiroa. Du fait de deux hommes : Dominique Auroy, chef d'entreprise amoureux du vin installé en Polynésie depuis trente cinq ans et Bernard Hudelot, viticulteur en Bourgogne. On y trouve même du carignan, ça fera plaisir à Michel Smith. Pour aller plus loin, Olivier Zavattin (Caveau du Sommelier) nous explique tout dans une petite note publiée sur les rézosocio.

    Dans les îles de dimension plus importante, ne faisons pas l'impasse sur l'Australie. Julien Weber ne l'a pas oubliée en nous présentant le Jacob’s Creek Shiraz Reserve 2006. C'est pas un peu industriel ça comme pinard ? En tout cas, selon Julien, c'est "plutôt fun".

    Juste à côté, la Nouvelle-Zélande. Laurent Baraou a mis le doigt sur ce bel article concernant les vins de Central Otago, au sud du pays. Les températures plus fraîches qu'ailleurs permettent de cultiver du pinot noir. L'ami Patrick lui aussi a sorti une quille néo-zélandaise, un chenin blanc 2008 de chez Millton Vineyard, à Gisborne. Mais non, Patrick n'a pas bu que ça... La suite, c'est plus bas. Dans le Nouveau-Monde, place maintenant aux Etats-Unis. Vinovelo nous emmène dans l'Etat de New York et précisément dans la Finger Lakes Wine Region. C'est-à-dire qu'à vélo, il parcourt les vignobles autour des Grands Lacs.

    Aaah, on se sent partir...

    Mais bon, c'est bien joli tout ça. Maintenant, permettez-moi de pousser un coup de gueule.

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    (sanctuaire de Fushimi Inari, à Kyoto en 2009)

    Comment ça je n'ai droit qu'à un seul vin asiatique ?! Non mais oh ? Alors qu'il existe du sud-coréen, du nord-coréen, du cambodgien... Et même du birman : si tout va bien, je vous en rapporterai à la fin de l'année.

    En tout cas, merci Stéphanie d'être la seule à m'avoir débouché un vin d'Asie et plus précisément de Bali : produit par Hatten Wines et avec l'alphonse-lavallée pour cépage. Oui, tu as raison Stéph', le vin est vraiment l'élixir universel. Car ça se fait aussi ailleurs. Pourquoi la Chine n'aurait-elle pas de grands terroirs à vin ? Evidemment pour l'instant, il manque quelques siècles de pratiques viticoles. Mais n'ayons pas peur de regarder ailleurs, comme on l'a fait à l'occasion de ces Vendredis du Vin : c'est ça, la leçon principale du vin et des voyages.

    ***

    Tour de France, tour d'Europe, tour du monde. Et puis, il y a évidemment les inclassables. Et Dieu, s'il existe, sait que c'est un compliment.

    A tout seigneur, tout honneur. Commençons avec ceux par qui on rêve d'être adopté, ceux qui nous font rêver d'asile gastronomique en Belgique : le clan des Bruxellois réunis autour de Patrick. Jef nous dit même que "c'est le genre de voyage duquel nous ne revenons pas entiers". J'en conviens. Le compte-rendu des Vendredis du vin Brusseleirs, c'est ici. Mention spéciale au saint-véran de Cyril Alonso (P-U-R), je l'aurais vraiment bien goûté. Patrick a aussi une belle idée pour les mois à venir : vivement les Vendredis du vin n°47

    Président de la prochaine édition, celle de février, Antonin n'a pas voyagé très loin : dans le huitième arrondissement de Paris. Les anti-parigots vont encore gueuler, comme quoi on ne passe pas le périphérique. Il a rencontré Judith et ses vins vivants au Bar de l'Hôtel du Ministère. Judith en a profité pour participer à son tour en nous contant ses voyages dans le vignobles ou du voyage des vignerons à Paris. Elle met son (joli) doigt sur le domaine Belmont dans le Quercy.

    Notre chère Isa nous incite à partir "au pays des merveilles" en ouvrant "un bon beaujolais le plus nature possible, un morgon". Là, évidemment, je ne vais pas dire le contraire.

    Et j'aime bien aussi l'idée du Mas Coris, lorsqu'un vin choisi nous suit en voyage. Je l'ai fait à Jérusalem notamment : ouvrir un crémant d'Alsace 2005 de Binner sur une terrasse face aux trois lieux saints, c'est un souvenir plus que sympathique. Alors quand le Mas Coris déguste son propre vin dans les Caraïbes, c'est "une joie sans nom". 

    Enfin, je ne crache jamais sur les digestifs, alors voici un truc assez insolite (j'adore). C'est le Gin Saffron ; comme son nom l'indique, c'est un gin mais produit à Dijon (par la distillerie Gabriel Boudier) et additionné de safran.

    ***

    Voyage pour les yeux : Arnaud Daphy nous offre ses belles photos de vignobles à travers le monde. Voyage pour les neurones : le sommelier belge Gérard Garroy nous offre une petite digression à laquelle nous ne pouvons que souscrire. Si les voyages forment la jeunesse, la dégustation de vin fait de même.

    Et puisque tout devrait toujours finir avec de la poésie, laissons la parole à Sébastien Fleuret. Notre micro-vigneron a la plume déliée. "C'était il y a quelque temps, au bal de la Nuits-Saint-Georges que j'ai rencontré la petite Julie (énas) , une fille drôlement Gigondas, un sacré beau Meursault, bien charpentée, avec de la cuisse et des seins Nicolas de Bourgueuil et sous sa robe vermillon, un grand cru classé, avec des arômes de cassis et de fraises des bois. Tout sauf une barrique ! Le coup de foudre." La suite du poème, c'est ici.

    Il me reste à remercier la blogosphère du vin pour sa participation, j'espère n'avoir oublié personne. Le mot de la fin sera pour vous souhaiter à tous de bons voyages à venir. Moi, ce sera Istanbul à la fin du mois de février. L'une des plus belles villes du monde à n'en pas douter, où j'ai déjà eu la chance de mettre le pied deux fois. Si vous avez de bonnes adresses, n'hésitez pas ! Ben quoi, j'en profite...

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    (photo : office du tourisme d'Istanbul)

  • Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage

    Ou comme cestuy là qui conquit la toison, et puis est retourné, plein d'usage et raison, vivre entre ses parents le reste de son âge, avec une bonne bouteille dans le sac. Oui, c'était le sujet sur lequel j'avais demandé à la bloglouglou de plancher avec remise des copies le 27 janvier dernier. Cette 42ème édition des Vendredis du Vin était placée sous le signe des voyages. : quel vin aviez-vous envie de rapporter chez vous lorsque vous étiez en voyage ? Pour schématiser, ça balaie le monde entier, avec une grosse concentration en Europe.

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    Certains sont restés en France et ont surtout voyagé dans le verre. Je vais commencer par ce Clos du Chêne Vert 1991 du domaine Charles Joguet que nous a débouché Philippe Rapiteau alias la Pipette. Pourquoi ? De tous les vins que la blogosphère du pif a mis en avant vendredi dernier, c'est peut-être celui que j'aurais vraiment aimé goûter. Charles Joguet, c'est tout de même quelque chose... Quoi ? J'ai le droit d'avoir des chouchous ! 

    Toujours en France, toujours en voyage autour de la chambre, on me sort un "vin cristallin" qui "vibre sous le nez, comme un mirage libyen". C'est le meursault Casse-Têtes 2006 d'Hubert Chavy mis à l'honneur par Christian sur Littinéraires viniquesStella de la Rhune s'intéresse elle à un sauvignon qui soutient ses 10 grammes de sucre résiduels : le Pech Badin 2005 du domaine de Pech. "Un voyage à lui tout seul sur la planète des vins naturels & d'une nouvelle approche du vin." Et ce n'est pas moi qui le dit. Notre amie a bu ce vin à l'Auberge de Bardigues qui elle aussi a participé à l'événement en choisissant L’Equilibriste de La Grange Tiphaine à Montlouis et en expliquant que l'accord est parfait avec un foie gras ''aux parfums d'Asie". Première participation aussi pour Anne Graindorge qui s'envoie un joli ligérien qui nous donne envie de relire Nabokov : le Sweet Lolita du domaine PZ.

    L'aventure est parfois au coin de la parcelle, certains ont enfourché leur monture et se sont baladés à quelques lieues de leur domicile. Bel exemple avec l'ami Michel Smith du côté de Fitou, qui nous présente le domaine des Enfants Sauvages. Olif, qui décidément aime bien les montagnes nous envoie de l'autre côté de la douce France, en Savoie, ce qui n'est pas trop loin du Jura. Il nous fait envie avec son gringet de Belluard dans sa version 2005. Le gringet ? Ben oui, un cousin du savagnin : la boucle est bouclée.

    S'il y a une jeune fille qui a voyagé loin de ses bases angevine et parisienne, c'est bien Eva. Elle est allée faire un petit tour du côté du pays basque, avec ses blases imprononçables. Voici le blanc Hegoxuri 2004 du domaine Arretxea. Un vin "complètement déroutant. A tel point que j’ai du mal à trouver mes mots et à qualifier ce vin [NDLR : et à le prononcer], pourtant exceptionnel. Rien à voir avec ce que l’on connait déjà. Notre palais est ailleurs. Whaaaaaa…" Sinon, elle me connait bien, elle sait comment me prendre : elle parle de bouffe dans l'article. Bref, j'ai faim.

    Clôturons ce carré français avec un truc bien original : le vin made in Normandie.


    Si, si. Du vin normand. Et en plus c'est passionnant : c'est VinPlaisir qui nous raconte la genèse de ce projet. "Ici on ne vend rien, pas d’étiquettes, pas d’esthétisme, pas de m’as tu vu… juste un peu de vie, d’amitiés, de nature et de partage. Tout ca pour rappeler que la vigne pousse partout et que l’ami vin pourra donc vous accompagner partout."

    Une belle ribambelle de cocos est allée se balader de l'autre côté des Alpes. Pour eux aussi, une musique pourrie de circonstance, y a pas de raison.

    Saluons la première participation du Bon Vivant qui nous dégote un barolo 2001 de Clerico. Julien Marchand remet le couvert avec le Fossatti 2005 d'Enzo Boglietti. Idem encore pour Nina de Lost in Wine qui nous apporte un Nizza de la Cantine Cavallotti classé en Barbera d'Asti Superiore

    Oui je cite tout cela un peu vite mais il me faut avouer ici ma totale inculture en vin italien, hormis quelques spécimens qui ne sentent pas le soufre. Bon, je dis ça mais je me contredis tout de suite et d'ailleurs c'est le moment de faire mon autopromo : moi aussi j'ai choisi un vin italien, un vin de paille de Vénétie, c'est le Recioto d'Angiolino Maule. Mais bon, il m'en reste beaucoup à apprendre de ce côté-ci des Alpes. 

    En Italie encore, on voyage à travers le verre. Exemple : ce vin italien vinifié par un Belge : le Roero Arneis 2010 du domaine le Cecche. Une sacrée trouvaille signée Steven Dufour... Et puis il y a ceux qui n'ont pas pu choisir. France ? Italie ? Ou même Espagne ? Hé bien, allons-y pour les trois et c'est sur un blog que j'affectionne tout particulièrement, celui des Cousins.

    D'ailleurs, je me disais que ça manquait un peu l'Espagne. Heureusement il y a Vincent qui nous fait voyager à Barcelone et à velo (ça grimpe dur parfois) pour faire le tour des cavistes. Que des bonnes adresses testées, et approuvées, et re-testées, et re-approuvées... J'aime bien le cyclisme, mais ce que je préfère dans le vélo comme dans le vin, c'est la descente. Jérémy de World Wild Wine s'intéresse quant à lui aux blancs oxydatifs de la Rioja, chez Lopez de Heredia. Pour avoir sifflé du 1988 il y a quelques Noëls de cela, je ne peux que lui donner raison.

    Bon, qui dit Espagne dit Portugal. Ah en voilà un grand pays. Qui a légué d'immenses cerveaux à l'humanité. Et même dans ses anciennes colonies.

    Question vins par contre, je serais plus modéré. Mais là encore, je reviens sur ce que j'ai dit : j'ai l'eau à la bouche devant le porto 1984 que nous a trouvé Caroline Henry. Les pasteis de Belem dont elle parle, je m'en suis empifré il y a quelques années dans cette boutique et ce, avant la visite du cloître des Hiéronymites, l'un des plus beaux endroits de la planète. Je voudrais aussi goûter à ce vin de l'Alentejo trouvé par Susanne Werth-Rosarius dans cette région à la gastronomie la plus rayonnante du pays. Et surtout, surtout : cette perle des Açores dont parle Alain Fourgeot qui frappe très fort pour son premier Vendredi du Vin. Un Vin de l'île de Terceira et là franchement, chapeau.

    Et puis il y a les pays d'Europe qu'on n'attendait pas forcément. Ah bien sûr, ce sont (parfois) de grands terroirs de vin, mais on les oublie trop souvent. Marie-France du blog Une Cuillérée pour Papa nous emmène en Hongrie, pays cher à celui-dont-on-ne-dit-pas-le-nom-mais-on-s'en-fout-car-il-ne-boit-pas-de-vin-et-il-ne-devrait-de-toute-façon-plus-nous-embêter-très-longtemps. Bref un tokaj et une recette sublime à la clé.

    Nathalie Merceron du très fouillé blog Saveur Passion nous fait partir en Grèce avec un vin du nord et un second du sud. Et en plus, on apprend à dire "santé !" en grec. Et par les temps qui courent... Le vin, c'est un voyage mais ce sont aussi des souvenirs. De voyage, de musique pourrie ou de grands romans (comme avec Nabokov) qui ont aussi parfois donné de grands films. Les parfums de retsina m'évoque par exemple cette scène mythique.

    Notre chère Iris remonte un peu dans le froid et nous présente ses découvertes autrichiennes goûtées à Millésime Bio. L'Autriche, l'Autriche... Sans doute le grand pays européen du vin le plus passé sous silence, c'est bien triste.

    Et la Croatie ? Elle est bien représentée par ce vin produit sur la presqu'île de Pelješac avec le cépage Plavac Mali : "Un vin relativement agréable au global, qui donne envie de se pencher sur une région au passé viticole riche, varié, aux efforts qualitatifs soutenus."

    Et ma chère Russie ? Pauline de Eyes Wine Open nous a trouvé un vin qui s'est malheureusement révélé sans intérêt. Idem pour Antoon Laurent à qui on a rapporté un champagne russe. "Le moment passé autour de cette bouteille fût plus mémorable que le contenu."

    Terminons ce tour d'Europe par le grand Jacques qui fait dans l'insolite avec sa quête du graal suédois à travers les rues de Paris. Il ne part pas à la recherche d'Anita Ekberg (comme on pourrait le croire en lisant son article) mais d'un vin du Gotland, la plus grande île suédoise. Trouvera-t-il la bouteille tant désirée ? La remplacera-t-il par une autre ? Pour connaitre la fin de cette dolce vita à la suédoise, c'est ici. Pour les plus jeunes ou ceux qui vivraient sur une autre planète, Anita c'est elle.

     

    Finissons la première partie de ce compte-rendu sur cette note lascive... Après ce tour de France et d'Europe, il va falloir patienter pour le reste du monde et les articles insolites.

    Pour patienter, réfléchissez déjà au thème très politique d'Antonin pour février !

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