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"De chez nous" : toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la fronde

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Lors d'une nuit déjà avancée, il y a quelques années, je croise Sébastien Lapaque entre La Crémerie et Le Moose. Les habitués du Carrefour de l'Odéon situent bien. Sourires, poignées de main. "Viens boire un coup avec nous !" À ses amis, il me présente ainsi : "c'est Guillaume, il est de chez nous". La soirée finira bien plus tard, magnums de bourgueil Les Perrières 2006 (de Catherine et Pierre Breton) et d'Au Hasard et souvent (Jean-Christophe Comor) faisant foi.


Cet écrivain que je tiens comme les plus grands parmi nos contemporains n'a que ce qualificatif à la bouche, depuis des années. Untel ou un autre est "de chez nous". Mais ça peut être un mort aussi, une bouteille, une idée, un moment... Christian Authier, poussé par Sébastien, a décidé d'écrire là-dessus. De tenter de définir ce qui est "de chez nous".

Il y a Germaine Tillion, figure incontournable de l'histoire de France. Il y a Jean-Pierre Melville. Il y a les écrivains que trop peu de gens lisent comme Bernard Chapuis et Stéphane Hoffmann. Il y a des vignerons et leurs quilles, Eric Callcut et Comor à nouveau. Il y a des anonymes.

Il y a aussi des idées, des débats, des symboles, des moments, une "chose qui échappe aux mots". Christian Authier ne passe pas sous silence la complexité de l'histoire et celle de l'homme : les extrémistes de droite et les communistes qui se rassemblent à Londres en 1940, les héros de la France Libre qui devient des ordures pendant la guerre d'Algérie. La mainmise des financiers sur nos vies, les épineuses questions communautaires. Ni ce qu'est devenu le football. L'écrivain aborde aussi les voyages dans un long passage extrêmement touchant, on en reparlera très bientôt. Qu'il définisse ici un élément tangible, ailleurs un concept humain, "De chez nous" est un manuel de survie.

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J'imagine que certains esprits étroits verront quelque chose de nationaliste derrière ce titre. Splendide bêtise. En réalité, ce n'est pas un livre sur la France. Car la réalité de la France s'avère trop souvent le règne du pognon sur la poésie, ou celui de la vulgarité sur les beaux chenins de Loire. Ce n'est pas un livre sur la nationalité, ni l'exception culturelle. C'est un livre sur l'histoire, le courage, la littérature, le cinéma, la bêtise, le vin naturel, bref sur tout ce qui fait un être humain.

Me revient une autre phrase de Sébastien, justement, mise de côté pour des moments comme ça : "Aimer la France, c'est toujours aimer autre chose que la France".

"De chez nous", Christian Authier, Stock, sortie fin août 2014.

"Si tant de choses qui nous étaient chères se sont évanouies, nous savons qu'elles reviendront, ici ou ailleurs. Il se pourrait que la France que nous portons dans nos cœurs disparaisse. Un temps ou pour toujours. Ce n'est pas grave. Nous irons la reconstruire. Au Québec, au Brésil, sur une île. Qu'importe. Nous ne nous rendrons pas. Nous vivrons dans les marges, là où on ne nous dérangera pas pendant que nous sifflerons des mélodies légères. Le vent glissera sur nos cheveux de réfractaires aux soifs contemporaines, n'exigeant pas d'avoir tout, tout de suite, préférant les contraintes choisies aux conventions qui humilient".

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Lien permanent Imprimer Catégories : Bibinographie 0 commentaire

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