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  • La taverne Yperokeanio nous prouve que le Pirée n'est pas un homme

    Le dauphin dit "Bien grand merci ;
    Et le Pirée a part aussi
    A l'honneur de votre présence ?
    Vous le voyez souvent, je pense ?
    - Tous les jours il est mon ami
    C'est une vieille connaissance".
    Notre magot prit, pour ce coup,
    Le nom d'un port pour un nom d'homme.

    Le Singe et le Dauphin, La Fontaine

     

    Le meilleur moyen de ne pas prendre Le Pirée pour un homme, c'est-à-dire le meilleur moyen de ne pas se tromper, c'est de se rendre au Pirée, extension portuaire d'Athènes, chez Yperokeanio. Le quartier de Xatzikiriakou est un peu éloigné du Pirée-salle-d'attente-pour-ferries-en-partance-pour-les-îles. Grand bien nous en fasse, nous sommes avec les Athéniens plutôt que les touristes.

    Certains, mieux renseignés que moi sur l'ensemble des restaurants de Grèce, considèrent cette taverne de poissons comme la plus fameuse du pays. Ce soir-là, je n'ai pas pu trouver une fausse note, ni dans les plats, ni dans l'addition.

    Feuilles de vignes farcies, carpaccio de bar, poulpe pané.

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    Yperokeanio, Marias Hatzikyriakou 48, Le Pirée, Greece

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    ENGLISH VERSION : Yperokeanio fish tavern seems to be the best of the country

    Pretty difficult to translate the Jean de La Fontaine fables into English...

    But if you don't want to make mistake, please go to Piraeus, the port of Athens. In this tourists-free neighborhood, meet Yperokeanio fish tavern. Some better informed than me on all the Greek restaurants consider this fish tavern as the better in the country. This day I think they are right regarding wonderful dishes and such a light bill...

    Here are stuffed vine leaves, sea bass carpaccio and breaded octopus.

    Yperokeanio, Marias Hatzikyriakou 48, Le Pirée, Greece

     

  • Athènes : Athiri, le restaurant-miroir de la Grèce

    Athiri, anciennement étoilé Michelin, se décarcasse pour proposer les meilleurs produits de Grèce à sa table. Recette traditionnelle qui fonctionne bien : la fava à base de fèves de Santorin. C'est une entrée froide, une composante des fameux mezze. Mais pourquoi pas chaude accompagnant un plat, telle une purée...

    Je le note avant de perdre la recette archi-simple. Tu fais bouillir 4 volumes d'eau pour un volume de fèves de Santorin avant de baisser le feu. Tu écumes comme tu veux, mais tu écumes. Tu prends un oignon que tu coupes en petits morceaux, tu le mets dans le truc. Tu laisses cuire à feu doux 40 minutes, voire une heure. Tu ouvres un bon blanc de Santorin de Hatzidakis. Tu attends que la mixture ait une consistance proche de la purée, tout en remuant régulièrement. Direction le frais. Tu manges ça avec un bon pain, du sel, de l'huile d'olive et ce qui te passe par la tête. Ici du confit d'oignon et des tomates cerises.

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    Dans le verre, ce soir-là, ce n'était pas le blanc de Santorin mais le rosé de Thymioupoulos. Le 2013. Le vigneron expliquait dans nos colonnes que c'est ainsi qu'il préfère son rosé, avec une bonne année de patine. On ne peut pas lui donner tort, mais encore une fois, tout dépend de ce que l'on recherche dans le rosé.

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    Le gros problème d'Athiri, restaurant bien foutu, c'est que ce soir-là, il n'y avait que 4 couverts sur près de 40 envisageables. La faute à la crise grecque ? Sans doute. Mais on en reparlera plus tard.

    Athiri, Plateon 15, Keramikos, Athènes.

    Pour retrouver les bonnes adresses en Grèce, c'est ici.

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    ENGLISH VERSION : Athens : Athiri restaurant is the mirror of Greece

    Athiri, the once Michelin-starred restaurant, looks for the best products in all Greece. Of course the traditional recipes work well especially the the fava purée from Santorini beans. It is a cold appetizer, a component of the famous mezze. But it can be served hot, like a puree ...

    Easy recipe : you boil 4 amounts of water with one volume of Santorini beans before lowering fire. You scum. You cut an onion into small pieces, you put in the stuff. You let it cook over low heat 40 minutes or an hour. You open a Hatzidakis white wine from Santorini. The mixture will have a consistency similar to mashed potatoes if you stir regularly. Put in the fridge. You can eat it with a good bread, salt, olive oil and what goes through your head. Here the onion confit and cherry tomatoes.

    In the glass, this evening it was not a Santorini white but the Thymioupoulos 2013 rosé. The winemaker explained here that this is how he prefers his rosé, one year aged. He obviously right... but again it depends on what you are looking for : fruit or patina.

    The big problem with this damn good restaurant is that we were only 4. We can blame the Greek crisis? Probably. But we'll see later.

    Athiri, Plateon 15, Keramikos, Athens, Greece.

    You can find other food tips in Greece here.

  • Athènes : le salon de thé Stani, dédié au yaourt

    Stani est un salon de thé qui fait surtout dans les produits laitiers. C'est une adresse très renommée qui a bâti sa réputation sur le yaourt à la grecque, avec miel et noix. Un repas presque complet. On peut l'emporter chez soi, commander des variantes. J'adore cette odeur de ferme.

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    Depuis, ils réalisent aussi d'excellent loukoumades, ces beignets enduits de miel. Un repas vraiment complet.

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    Et la crise grecque dans tout ça ? On en reparle bientôt.

    Stani, Marikas Kotopouli 10, Omonia, Athènes.

    Pour retrouver les bonnes adresses en Grèce, c'est ici.

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    ENGLISH VERSION : Tips in Greece #1 : Stani teahouse in Athens.

    Stani is a teahouse known for its wonderful dairy products. This is a very famous address that has built its reputation with the Greek yoghurt. Almost a full meal. You can take away or order other dairy products. I like this farm taste...

    Then they also propose some excellent loukoumades, these honey-coated fritters. A truly complete meal.

    And what about the Greek crisis? We talk soon.

    Stani, Marikas Kotopouli 10, Omonia, Athènes.

    You can find other food tips in Greece here.

  • Delphi, la bière grecque que l'on boit comme du vin

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    "Il est un peu fou..." tranche Kostas Avramidis quand on lui demande pourquoi son père s'est lancé dans la bière. Pantelis, le paternel, travaillait dans la fringue et a décidé de vendre son affaire. Son grand projet, c'était de faire du vin. Seulement, c'est plus cher et plus casse-gueule. Il faut trouver les parcelles, savoir soigner les vignes, financer le chai, mettre en jeu le travail de toute une année au moment des vendanges. Quand on n'est pas un enfant de la balle, c'est très complexe.

    Et puis, avec sa femme Dia Papanikolaou et son ami George Kostopoulos, ils ont rencontré par hasard Davide Zingarelli, un brasseur italien. Va pour la bière ! Ce dernier a aidé tout ce petit monde à lancer l'entreprise Elixi : il a mis au point les recettes et pensé l'organisation de la brasserie. Au départ, elle devait s'établir à une heure de là, vers Delphes et son site antique hors du commun. La famille Avramidis connaît bien ce coin de Grèce, elle possède une maison par là. Seulement, les autochtones sont très prompts à protéger leur paysage extraordinaire. On les comprend.

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    Il a donc fallu s'éloigner un peu. On dit que l'eau est de très bonne qualité vers l'île d'Eubée. Alors cap sur Chalcis, à une heure de route de la capitale et autant de Delphes. Et on a gardé le nom mondialement connu, en anglais et en grec, pour la bière blonde : Delphi.

    La Grèce ne fait pas pousser de houblon et le malt y est d'une piètre qualité. Il faut donc importer, le premier des Etats-Unis et le second d'Allemagne. La bière est ensuite produite de manière classique, en prenant son temps. Après sept jours de fermentation et dix de maturation, on ne pasteurise pas, on ne filtre pas, on se contente de mettre en bouteille. Le tout, à la main, du brassage jusqu'à l'étiquetage. Pour l'instant, on table sur une production moyenne de 6000 bouteilles de 75 centilitres par an.

    Des bouteilles de 75 cl ? Comme des bouteilles de vin ? Exactement. Il existe aussi des demi-bouteilles qui font 37,5 cl. Comme des bouteilles de vin.

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    Mieux, la forme de la quille rappelle une bouteille de champagne ou de prosecco haut-de-gamme. Pourquoi ? "Les Grecs pensent aujourd'hui que la bière est un simple rafraîchissement, comme un vulgaire soda. Nous essayons de changer cela. On voulait un produit de grande qualité qui soit en réalité une bière de gastronomie. Donc on s'est inspiré de l'univers du vin".

    Allez, tout ça c'est du marketing ? Pas faux.

    Mais dans le verre, la bière tient ses promesses. Forçant le trait à fond, le boss demande à ce que la Delphi soit consommée dans un verre à vin. C'est effectivement le meilleur moyen de développer son côté aromatique qui tranche indubitablement avec les pisses d'âne environnantes. Aromatique, mais aussi moins légère et bien plus complexe. Le parti pris est d'en boire deux ou trois verres à table, pas forcément plus. Comme le vin. "Les plus grands amateurs de Delphi sont d'ailleurs de très grands amateurs de vin."

    Forcément, s'il s'agit de faire une comparaison, c'est Cantillon qui nous trotte dans la tête. Même si on n'est évidemment pas au même niveau. "On est au tout début du processus. On voudrait faire une bière de fermentation spontanée mais il faut savoir prendre son temps." 

    Pour l'instant, difficile de trouver Delphi ailleurs qu'en Grèce. Il y a bien un peu d'export à New York mais cela s'arrête là. Signalons aussi une IPA baptisée Marea, très plaisante. Enfin, question vin, Pantelis ne semble pas avoir dit son dernier mot. On sent vraiment que la question le titille... À suivre.

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    Et la crise grecque dans tout ça ? On en reparle bientôt.

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    ENGLISH VERSION : Delphi, a Greek craft beer we drink like wine

    "He's crazy..." says Kostas Avramidis when I ask him about his father who became a beer producer. Pantelis, his father, worked in the clothing industry and decided to give up. His project was to make wine. But it's more expensive and more dicey. You have to find plots, to know how to treat the vines, how to finance a winery, jeopardize the work of a whole year at harvest time. When you have no links with the wine system, it can be very complex.

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  • Quelques heures chez Apostoles Thymiopoulos, le vigneron grec qui préfère le terroir à la chimie

    Dénicher une de ses bouteilles, c'est plus facile à Paris qu'à Athènes. J'en ai fait l'expérience, croyez-moi. Apostoles Thymiopoulos, la trentaine, l'un des vignerons les plus en vue de toute la Grèce, exporte la quasi-totalité de ses vins vers les Etats-Unis, le Canada, l'Europe. 

    Nous sommes tout au sud de l'appellation Naoussa, dans le nord du pays, à une heure à l'est de Thessalonique. Ici c'est la patrie du xinomavro ("acide" et "noir"), cépage rouge qui donne des vins épicés, acides, soyeux. 

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    Le père produisait déjà du raisin mais tout partait à la coopérative de la marque Boutari. Après ses études, le jeune Apostoles reprend le domaine et l'oriente vers toujours plus de qualité. Il met en bouteille sa propre production, développe une gamme claire, travaille la terre au plus près de la nature. Et ça marche : aujourd'hui, il emploie 8 personnes ainsi que deux chevaux, Hermès et Alexandre.

    Les 16 parcelles s'étendent sur près de 28 hectares. Mais on est dans un coin un peu reculé de l'appellation Naoussa. "Toutes nos vignes se trouvent à proximité immédiate de la forêt ou en hauteur. Nous avons très peu de voisins, donc pas de problème avec ceux qui utiliseraient trop de produits chimiques". Mais qui dit forêt, dit problème avec les sangliers, comme souvent en France.

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    Vrana-Petra, c'est la parcelle chouchou de notre vigneron. Petit promontoire, entouré par un ruisseau, elle se révèle une vraie mosaïque de sols. Granite rouge, vert ou violet selon l'endroit où on se balade, du quartz aussi. La nature a fait à sa guise. Le vent venu de la mer aide. Il rafraîchit l'été, limite l'humidité l'hiver. 

    Les vignes sont entretenues selon les préceptes de "l'agriculture naturelle" développée par Fukuoka. En gros, on ne fait rien : pas de labourage, pas de désherbage, pas de compost. Enfin, ça, c'est la théorie. C'est bien plus complexe, il faut tout le temps surveiller.

    Apostoles a déjà une idée derrière la tête : en faire une cuvée à part. Il a déjà réalisé quelques expérimentations. Donc à suivre. 

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    Même si la météo est moins rude que dans le reste du pays, on est tout de même dans un pays méditerranéen. Il faut irriguer. D'où ces tuyaux noirs. "Il s'agit d'aider les jeunes vignes à se développer". Une fois qu'elles atteingnent leur majorité, on coupe le cordon. 

    Montons vers le village voisin, à 500 mètres d'altitude. Cette splendide parcelle baptisée "petite branche" fait face à celle d'un voisin. Nous sommes à la mi-avril. La différence entre les deux vignerons saute aux yeux. Thymiopoulos laisse vivre sa parcelle. Quant à son voisin...

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    Heureusement, la vigne de Thymiopoulos est localisée plus en hauteur que celle de son voisin. Il ne récupère pas toutes les cochonneries balancées dans les vignes. Autour, on aperçoit figuiers, noyers, pommiers. Et des fleurs, beaucoup de fleurs.

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    Plus haut encore, il voudrait planter de l'aidani, le cépage blanc qui réussit très bien chez Hatzidakis, à Santorin. "Je veux essayer quelque chose de nouveau dans cette terre de vins rouges". Ce sera ici, sur cette colline encore vierge.

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    Apostoles Thymiopoulos fait visiter ses vignes autant que celles des voisins. Ici, il a prodigué des conseils pour que la vigne ressuscite. Là, il lorgne sur un petit lopin. Ailleurs, il affectionne ce producteur et aimerait lui acheter du raisin. Il fourmille d'idées et d'amour pour son environnement immédiat. Le reste de Naoussa semble un peu loin et standardisé (hormis Dalamara).

    Au détour d'un chemin, il pointe du doigt la petite parcelle qui voit naître la cuvée de xinomavro nature, un vin sans soufre ajouté. Pourquoi précisément cette vigne pour un vin sans soufre ? Parce que les racines sont plus profondes qu'ailleurs et que le raisin y semble particulièrement résistant. Après des années d'expérimentations, il confie que faire du vin sans soufre ajouté, c'est tout de même très difficile. Avant tout, il faut éviter l'oxydation ou la réduction. Mais, le xinomavro avec son acidité et ses tanins s'avère un cépage hautement recommandé. "Si on ne peut pas faire de vin sans soufre ajouté ici, qui le pourrait ?"

    La production se monte à 3000 ou 4000 bouteilles, selon les années. L'intégralité de cette cuvée part à l'étranger. Il n'y a pas encore de demande en Grèce. Une caviste de Thessalonique, la responsable de la superbe boutique Bientôt, explique que ce n'est qu'une question de temps : un jour, le pays natal va lui aussi demander des vins moins soufrés. En cela, Thymiopoulos est un précurseur. Bien sûr, les cuvées autres que le xinomavro nature ne sont pas bourrées de soufre, juste ce qu'il faut pour que le vin tienne la route. Notre homme est cohérent.

    Et dans le verre ? Ce jour-là, on préparait l'embouteillage du rosé 2014.

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    2014 est millésime compliqué, qui a vu grêle et pluie se mêler continuellement. Le rosé, belle réussite, possède un fruité explosif. Ce qui n'est pas forcément du goût du vigneron : il le préfère assagi. "Mon rosé est meilleur après un an de bouteille". Le 2013 goûté à quelques semaines d'intervalle s'avérait effectivement plus patiné. Tout dépend de ce que l'on recherche.

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    Avant de goûter les rouges, je demande à Apostoles Thymiopoulos ce qu'il aime boire lui. Sans hésiter, il répond pinot noir et nebbiolo et précise qu'il déteste l'extraction massive. On a maintenant une idée des vins que l'on va déguster...

    Une parenthèse encore : il oeuvre aussi comme négociant pour Marks & Spencer UK. Il achète de la malagousia plantée vers Athènes et la vinifie. C'est certain, le vin est plus commun, moins gourmand, ou disons plutôt qu'il lui manque la véritable signature Thymiopoulos. Mais à près de dix euros de la bouteille prix TTC, on a peu de choses à redire.

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    Son naoussa jeunes vignes 2014 sera mis en bouteilles fin mai 2014. Derrière un jus lui aussi porté sur le fruit, on devine l'élégance qui va poindre. Le même, en 2013, s'ouvre sur la cerise, voire la tomate. Mais on s'en fout. "C'est un vin qui appelle la cuisine, la cuisine grecque, une moussaka, un pastitsio..."

    Thymiopoulos est surtout célébré pour son Terre et Ciel, emblématique quille de cette appellation Naoussa. Ici encore, 95 % part à l'exportation. Le 2013 vient d'être mis en bouteille la veille, il est déjà extrêmement en place. On y trouve quelque chose de plus amer, avec des tanins léger. La semaine précédente, j'avais ouverte le 2012 et une question taraudait les buveurs : comment un vin peut avoir un aussi fort coefficient de torchabilité et être aussi élégant ?

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    Au tour de la cuvée xinomavro nature, millésime 2013. C'est forcément une autre dimension. Le fruit là encore explosif laisse entrevoir un véritable terroir derrière : c'est souvent ce que l'on reproche aux vins naturels, d'être faits "hors sol". Pas ici. La caviste de Thessalonique confie qu'elle n'en a bu qu'une fois... à Paris ! 

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    Et la crise grecque ? On en parle bientôt.

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    ENGLISH VERSION : Meeting Apostoles Thymiopoulos, a Greek winemaker who loves terroir more than chemistry

    It is easier to find a Thymiopoulos bottle in Paris than in Athens. Believe me. Apostoles Thymiopoulos, around 30 y-o, is one of the most prominent Greek winemakers. He exports almost all of his wines to the United States, Canada, Europe. 

    Here is the south part of Naoussa appellation, northern Greece, east of Thessaloniki. Here it is homeland of Xinomavro ("acid" and "black"), the red grape that gives spicy, acid, silky wines.

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  • Une croix gammée et une insulte taguées dans les vignes du grand Damijan Podversic

    (Petit aparté italien).

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    (capture du site Diaro di Gorizia)

    Quelqu'un a tagué une croix gammée et une insulte dans la superbe vigne de malvoisie d'Istrie de Damijan Podversic. On a découvert cela hier matin, sur une ancienne pierre tombale slovène. Sur laquelle est gravé un extrait d'une chanson populaire : " J'achèterai une colline, je planterai une vigne et j'inviterai les copains à trinquer".

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    C'est d'ailleurs ce qu'a fait Damijan : il a invité le fautif à boire un verre ! Pour s'expliquer et pour effacer lui-même son méfait. Il lui laisse un an avant de porter plainte. C'est la grande classe italienne.

    Dans cette région à cheval sur l'Italie et la Slovénie, on vit sur la frontière. Dans Tronches de Vin 2, nous avons raconté l'histoire de la famille Stekar, en Slovénie, et de la famille Radikon, en Italie. Les alentours de Gorizia, c'est toute l'histoire du XXe siècle résumée sur quelques kilomètres carrés. C'est aussi une ode à la tolérance des deux côtés de l'ancien Rideau de fer. Alors, ce qui arrive à Damijan nous touche tous. Toutes les infos en italien, c'est ici

    La meilleure des réponses, c'est de se doter d'une quille de malvoisie de Damijan et de l'ouvrir. Je me souviens par exemple d'un dîner chez RAP, le dernier avant la fermeture du restaurant d'Alessandra, avec cette bouteille sensationnelle. Aujourd'hui, on peut trouver les vins de Damijan Podversic chez RAP l'épicerie, dans sa nouvelle adresse de la rue Fléchier. Ainsi qu'à la Cave des Papilles, dealer officiel de grandes quilles.

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     (crédits des 2 dernières photos : Damijan Podversic)

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    ENGLISH VERSION : A swastika and an insult tagged in Damijan Podversic vineyard

    Someone tagged a swastika and an insult in the beautiful Damijan Podversic vines of malvasia. It was yesterday morning on an old Slovenian gravestone. Engraved with an extract from a popular song: "I will buy a hill, I will plant a vineyard, and I will invite my friends to drink."

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  • En Grèce, on ressuscite le vin naturel tel qu'on le buvait il y a 2500 ans

    Les Grecs anciens mettaient de l'eau dans leur vin. Au sens propre. Et pas que de l'eau. Ils aimaient aussi ajouter une touche sucrée. Yorgos Kostis, alias Petit Georges, coordonne le collectif Helession qui veut ressusciter cette manière de boire. 

    Tout commence en 1977. Avec ses quatre potes, Petit Georges cherche à boire du vin sans cochonnerie ajoutée. Ce n'est pas courant en Grèce ; aujourd'hui encore, le vin sans soufre ne se trouve pas à chaque coin de rue. Après des années d'expérimentations avec des vignerons, ils décident de mettre leur production en bouteilles en 2000. Puis germe un autre pari, bien plus fou. 

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    La chimie industrielle et la grande distribution, deux poisons de la seconde moitié du XXe siècle, nous ont fait perdre le goût du vin. Tout le mouvement du vin naturel vise à nous le redonner. Certes. Au siège d'Helession, dans un appartement terne d'un quartier populaire d'Athènes, Petit Georges m'explique qu'il veut remonter le temps encore plus loin... jusqu'à la Grèce antique, il y a 2500 ans.

    Au début des années 2000, ses amis et lui fréquentent les écrits de Platon et de Dioscoride, un médecin réputé. Ils entrevoient le vin que buvaient les philosophes. "Au cours de leur débats, ils avaient l'habitude de boire du vin coupé avec de l'eau de source. Ils diluaient en fonction de leur envie. Ainsi, ils pouvaient continuer le débat philosophique pendant des heures, en gardant tout leur esprit et leur bonne humeur", résume Petit Georges

    Développant, expérimentant, s'amusant, ils mettent au point leur gamme en 2008 : un sirop, de l'eau de raisin, du vin naturel.  

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    Et on mélange. N'importe comment ? Presque. Voici la recette.

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    Le premier élément, c'est le "vin pur" (aρχαιο oίνος, akratos oenos). Un vin naturel à l'image de ceux que nous connaissons en France ou ailleurs. La vigne est cultivée en bio, la vinification se fait sans aucun intrant de synthèse, on n'utilise pas de soufre, on ne filtre pas : que du raisin ! "On trouve que les vins sont morts dès qu'il y a du soufre dedans", tranche Petit Georges. La seule différence avec nos vins naturels habituels, c'est le soleil grec et une récolte de raisins très mûrs, ce qui gonfle le taux de sucre et donc le degré alcoolique. On se retrouve des 14 ou des 15 degrés pour un blanc... Ce qui peut aussi exister en France !

    Evidemment, on ne boit que du cépage grec. Entre le rouge, le rosé et le blanc "classique", mon cœur se tourne vers la cuvée Melichios, version 2013. Le cépage saviatiano, qu'on a l'habitude de faire pisser en Grèce, a macéré un mois sur peaux. Forcément, il rappelle les vins oranges italiens qu'on aime tant.

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    Preuve qu'il s'agit d'un vin sans soufre du tout, l'orange pétant vire au cuivre après une demi-journée d'ouverture.

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    Deuxième élément, l'eau. Les Grecs diluaient leur vin pur pour obtenir du "vin mélangé" (κεκραμένος οίνος, kekramenos oenos, d'où est dérivé le terme κρασί, krasi qui signifie tout simplement "vin" en grec moderne). Fini le cours de grec.

    Quel est le dosage ? Quelle quantité d'eau pour quelle quantité de vin ? Les Anciens faisaient comme ça leur chantait : soit une petite goutte, soit ils y allaient franchement. Helession considère qu'on peut le boire le "vin pur" ou totalement noyé, en descendant jusqu'à 1 degré d'alcool. On peut utiliser de l'eau de source mais Petit Georges préconise l'eau-de-raisin (eιδύλι, heydelli) produite par extraction à basse température et qui utilise le même raisin que pour le vin. Plus parfumée que de l'eau classique, elle met en valeur de légers arômes de fruits.

    Troisième et dernier élément, le stafilomelo, un sirop de raisin, si concentré qu'on dirait un miel de raisin. C'est ce qui va sucrer le vin. Précisément, c'est un jus de raisin que l’on a chauffé à basse température pour faire disparaître l'eau.

    Bien évidemment, on peut très bien s'en passer. Il faut bien se mettre en tête qu'il n'y a pas de dosage obligatoire. Tout dépend de la personne, du moment, du vin, du temps qu'il fait... "Le mélange, c'est à toi de le faire", résume Petit Georges. Et on aussi peut tenter l'expérience avec un vin français, avec de l'eau de source et un joli sirop de raisin. On n'est pas raciste.

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    Certains sont impatients de lâcher critiques, quolibets, moqueries... Je le sais bien, je me suis posé ces questions, avant de les balayer.

    "Et le terroir dans tout ça ?" Les vignes sont cultivées sur le mont Cithéron, près de l'antique Thèbes (ferme Panoussis, en bio depuis 40 ans) ou dans le Péloponnèse, près de Nemea (ferme Pirgakis). L'appellation est donc assez large, Centre Grèce. Autre difficulté : on ne retrouve pas forcément le même cépage dans le vin que dans l'eau ou le sirop : on en vient à mélanger du vin de saviatiano, avec du sirop fait avec de l'agiorgitico et du roditis... Ce qui est sûr, c'est qu'il s'agit du même fruit, du même producteur, de la même manière de travailler. A toi de faire ton assemblage, en somme.

    "Mais peut-on encore parler de vin ?" Je laisse les philosophes de comptoir s'interroger et répondre à leur propre question. Au sens strict, ce n'est sans doute plus du vin, puisqu'on ajoute quelque chose. Mais si on ajoute une seule goutte d'eau ?

    "Franchement, c'est sérieux cette affaire ?" Et ben, pourquoi pas...

    Pour conclure, soyons francs. Il serait idiot de calquer notre grille de lecture traditionnelle sur cette manière de boire. Petit Georges ne désire pas détruire le vin que nous connaissons, ni mélanger tous les vins avec de l'eau, ni revenir au temps des cavernes. Loin de lui l'idée de transformer nos habitudes. Il propose juste un pas de côté, une incartade, une folie douce. Pourquoi ne pas le suivre, parfois ?

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    Et la crise grecque dans tout ça ? On en parle prochainement.

    *** 

    ENGLISH VERSION : Some Greeks want to drink natural wine as the Ancient did 2500 years ago

    The ancient Greeks put water in their wine. Literally. And not that of water. They also liked to add a sweet touch. Yorgos Kostis, alias Georges Petit, coordinates Helession collective that wants to revive this way of drinking.

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