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Le vin naturel contre les robots

Le thé était une rareté,
le café avait un goût d’eau sale,
les cigarettes étaient en nombre insuffisant.
Rien n’était bon marché et abondant, à part le gin synthétique.
George Orwell, 1984

 

En réalité, j'ai compris ce que vous voulez. Vous voulez d'un monde où tous se ressemblent. D'un univers standardisé où pas un poil ne dépasse, c'est ça qui vous excite, l'égalitarisme poussé à son paroxysme. Que le soleil soit de la partie en août, qu'il neige à Noël. Sinon vous râlez, vous perdez vos repères.

Vous voulez d'un monde où tout le monde pense pareil. Une espèce de consensus mou ou, au contraire, une simili dictature qui extermine toute pensée singulière, toute pensée tout court. Vous désirez ardemment un monde aseptisé, où vous n'aurez pas peur. Les tomates doivent être bien rondes, bien rouges, même en plein hiver. Et je ne parle pas que de la bouffe. 1984 ne vous a pas servi de leçon.

Quant au vin, la question est définitivement réglée. Champagne pour les grandes occasions - ça tombe bien, il a le même goût tous les ans. Du liquoreux avec le foie gras, du porto avec le melon en entrée, le vin-super-que-me-fait-parvenir-le-grand-oncle-de-ma-belle-soeur-qui-a-un-filon-en-or mais vous savez à peine où il est produit... Et j'en passe. Des réflexes pavloviens. Et partout des vins trafiqués que l'on fait passer pour des produits d'exception. Dans vos têtes, dans vos verres, rien ne vit. Le "gin de la Victoire" que buvait Winston Smith avait le même goût de mort.

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Alors le milieu du vin naturel, avec ses contradictions, ses différences, son joyeux bordel, son flou plus ou moins artistique, vous n'aimez pas. Ou vous ne le connaissez pas vraiment. Antonin Iommi-Amunategui essaie pourtant de vous l'expliquer*. Avec la facilité d'écriture qu'on lui connait, il questionne, donne la parole, tente de définir, dresse des perspectives. Il remet de la vie dans cet univers du vin que beaucoup perçoivent, à raison, comme très ennuyeux. Le vin naturel contre les robots.

Mais de toute façon, vous ne lisez plus. Farenheit 451 ne vous a pas servi de leçon. Et pourtant, à l'instar des voyages, la littérature et le vin constituent des écoles de la vie, c'est-à-dire des zones de véritable libre-échange, un reflet de la complexité du monde et de la complexité des êtres.

La question n'est pas de savoir si le vin naturel est meilleur ou s'il est déviant (terme affreux et inutilisable en l'espèce). La question, c'est : arrivons-nous trop tôt ou trop tard ?

La vie était la lumière des hommes ;
et la lumière luit dans les ténèbres,
et les ténèbres ne l’ont point comprise.
Jean 3:4

 

*Manifeste pour le vin naturel, Antonin Iommi-Amunategui, éditions de l'Epure-Marie Rocher.

 

***

ENGLISH VERSION Manifesto for a natural life

I actually understood what you want. You want a world where we all look alike. A standardized world where not a hair exceeds, that's what excites you, egalitarianism at its climax. The sun in August, snow during Christmas. If not, you lose your bearings.

You want a world where everyone thinks the same. Something like a soft consensus or on the contrary a almost-dictatorship that exterminates any singular thought, any thought. You yearn for a sanitized world, where you will not be afraid. Tomatoes must be perfectly round, bright red, even in winter.

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