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  • Sicile : les vins blancs de Lamoresca ont la grâce des mosaïques romaines

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    Ces sportives remontent au IIIe ou IV siècle. Mosaïques extraordinairement conservées, elles ornent un ouvrage exceptionnel, la villa romaine du Casale, située à côté de Piazza Armerina, dans le centre-sud de la Sicile

    Quelques kilomètres plus loin, Filippo Rizzo nous est plus contemporain. Précédemment restaurateur en Belgique, il est aujourd'hui vigneron. Petite parenthèse : c'est fou combien les vignerons siciliens se cachent dans des coins improbables au panorama démesuré... Vous cherchez les paysages insoupçonnés ? Cherchez les vignerons qui bossent bien.

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    L'homme aux commandes de Lamoresca et sa femme mettent autant d'amour dans leurs vins que les mosaïstes dans leur travail. Et ça se ressent. J'ai passé près de 24 heures chez eux, à discuter, boire, manger, se balader dans ce coin perdu, face à San Michele di Ganzaria. La Sicile touristique suit le tracé des autoroutes, le long des trois façades maritimes. Alors que personne ne vient ici, dans l'intérieur des terres. Sauf les fous du vin naturel.

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    "Mes vins sont normaux : je fais des vins du sud" insiste Filippo en râlant sur la prétendue mode du vin naturel qui rechercherait la fraîcheur avant tout. Ici, il ne peut y avoir de fraîcheur. Mouais, c'est vite dit, notamment si on compare avec l'écrasante majorité des blancs siciliens. Je m'explique.

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    Vu qu'il ne fait pas les choses comme tout le monde, Filippo a planté du vermentino. Aucun cépage autochtone blanc sicilien ne trouvait grâce à ses yeux. Par contre, il est fou des quilles d'Antoine Arena en Corse et de Massa Vecchia en Toscane. D'où le dénominateur commun, le cépage vermentino. 

    Attardons-nous sur le 2014. Après une macération sur peaux de 2 jours, un élevage en béton. "Mon vin de garde c'est le blanc, car les rouges ont une acidité trop faible". Un peu plus de 2000 bouteilles produites seulement, la chasse au trésor est ouverte. 

    Nous avons goûté le 2014 ouvert depuis 3 jours et nous avons goûté le 2014 ouvert depuis 3 secondes. Effectivement, il y a de l'acidité et j'y trouve tout de même une grande fraîcheur par rapport à ce qui se fait ailleurs en Sicile. On est surtout bluffé par les fantastiques arômes d'agrumes (forcément, c'est du vermentino...) et le côté facile à boire couplé à une grande classe. Assez difficile à décrire en somme.

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    Les rouges ne sont pas en reste.

    Le nerocapitano, nom dialectal du frappato, pousse sur de l'argile loin des beaux terroirs de Vittoria : il se fait plus rustique et plus alcooleux. Et alors ? Le mascalisi est un vin de négoce (il achète le raisin dans la bourgogne sicilienne, l'Etna), cépage nerello mascalese tannique et équilibré. Le Lamoresca rosso désigne un assemblage qui change tous les ans : c'est plutôt un vin pour l'hiver qui appelle la viande rouge. Et là nous étions en plein juillet..

    Arrive un camarade de tablée. Le débat passe rapidement sur la sauce tomate. Difficile de le suivre en sicilien, mais on comprend que ça ne rigole pas du tout. On se met d'accord sur un protocole : il faut des tomates bien mûres et mondées. Ajoutons de l'huile, du basilic avant de cuire à feu chaud. On n'en saura pas beaucoup plus...

    Filippo fait un peu de sauce tomate pour les copains. On sent qu'il aimerait développer cette activité, sa femme fronce les sourcils, sous-entendant qu'il a déjà assez de boulot comme ça.

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    Le soir même, on dévore un dîner 100 % Lamoresca : tomates Lamoresca, huile Lamoresca, vin Lamoresca. Besoin d'autre chose ? Une photo ? Vous n'aviez qu'à être là. 

    Le lendemain matin, c'est la balade dans la propriété entre carroubiers, figuiers, grenadiers, amandiers... et quand même de la vigne et des oliviers.

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    L'olive est omniprésente. C'est l'autre grande production de Lamoresca. L'huile est démente : peu grasse, avec un retour de bouche bien pimenté, elle est sicilienne à souhaits. "J'ai besoin de faire du vin pour vivre, mais si je pouvais, je ne ferais que de l'huile". Comme pour le raisin, aucun intrant chimique ne vient perturber le cycle végétal normal. "C'est dans notre culture de ne pas intervenir sur l'olive". Avant de râler sur ceux qui râlent sur le prix : "On dit que mon huile d'olive est chère, mais viens travailler chez moi et tu verras... Je ne gagne rien sur l'huile d'olive".

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    La maison familiale est construite sur un promontoire sur lequel s'étale le domaine. En haut du sable, puis au fur et à mesure du dénivelé, de l'argile. Il y a encore un peu de place pour planter des grenaches. Ou autre chose, on verra. On remarque aussi l'herbe pas trop haute pour éviter la propagation des incendies. 

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    "Entre les rangs, de l'origan sauvage, du laurier, de la menthe : je les laisse aux pieds du frappato et les herbes laissent leur goût aux raisins". 

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    Sous la maison, un chai ultra propre. "La majorité de notre travail c'est de nettoyer". Filippo se tape de grosses journées : il embauche à 5 heures du matin jusqu'à midi, ensuite il fait trop chaud pour le travail en extérieur. Depuis ce coin reculé de Sicile, il lui faut maintenant vendre ses vins. Si je ne m'abuse et en fonction des arrivages, vins et huiles de Lamoresca sont disponibles à Paris chez RAP ou La robe et le Palais et bien d'autres lieux de plaisirs.

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    ENGLISH VERSION Sicilian Lamoresca white wines have the grace of Roman mosaics

    These sportwomen date back to the third or fourth century. These extraordinarily preserved mosaics are located in an outstanding place, the Roman Villa del Casale, next to Piazza Armerina, in south-central Sicily.

    A few kilometers further, we Filippo Rizzo is more contemporary. Previously restaurant manager in Belgium, he is now winemaker.

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  • Le vin naturel contre les robots

    Le thé était une rareté,
    le café avait un goût d’eau sale,
    les cigarettes étaient en nombre insuffisant.
    Rien n’était bon marché et abondant, à part le gin synthétique.
    George Orwell, 1984

     

    En réalité, j'ai compris ce que vous voulez. Vous voulez d'un monde où tous se ressemblent. D'un univers standardisé où pas un poil ne dépasse, c'est ça qui vous excite, l'égalitarisme poussé à son paroxysme. Que le soleil soit de la partie en août, qu'il neige à Noël. Sinon vous râlez, vous perdez vos repères.

    Vous voulez d'un monde où tout le monde pense pareil. Une espèce de consensus mou ou, au contraire, une simili dictature qui extermine toute pensée singulière, toute pensée tout court. Vous désirez ardemment un monde aseptisé, où vous n'aurez pas peur. Les tomates doivent être bien rondes, bien rouges, même en plein hiver. Et je ne parle pas que de la bouffe. 1984 ne vous a pas servi de leçon.

    Quant au vin, la question est définitivement réglée. Champagne pour les grandes occasions - ça tombe bien, il a le même goût tous les ans. Du liquoreux avec le foie gras, du porto avec le melon en entrée, le vin-super-que-me-fait-parvenir-le-grand-oncle-de-ma-belle-soeur-qui-a-un-filon-en-or mais vous savez à peine où il est produit... Et j'en passe. Des réflexes pavloviens. Et partout des vins trafiqués que l'on fait passer pour des produits d'exception. Dans vos têtes, dans vos verres, rien ne vit. Le "gin de la Victoire" que buvait Winston Smith avait le même goût de mort.

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    Alors le milieu du vin naturel, avec ses contradictions, ses différences, son joyeux bordel, son flou plus ou moins artistique, vous n'aimez pas. Ou vous ne le connaissez pas vraiment. Antonin Iommi-Amunategui essaie pourtant de vous l'expliquer*. Avec la facilité d'écriture qu'on lui connait, il questionne, donne la parole, tente de définir, dresse des perspectives. Il remet de la vie dans cet univers du vin que beaucoup perçoivent, à raison, comme très ennuyeux. Le vin naturel contre les robots.

    Mais de toute façon, vous ne lisez plus. Farenheit 451 ne vous a pas servi de leçon. Et pourtant, à l'instar des voyages, la littérature et le vin constituent des écoles de la vie, c'est-à-dire des zones de véritable libre-échange, un reflet de la complexité du monde et de la complexité des êtres.

    La question n'est pas de savoir si le vin naturel est meilleur ou s'il est déviant (terme affreux et inutilisable en l'espèce). La question, c'est : arrivons-nous trop tôt ou trop tard ?

    La vie était la lumière des hommes ;
    et la lumière luit dans les ténèbres,
    et les ténèbres ne l’ont point comprise.
    Jean 3:4

     

    *Manifeste pour le vin naturel, Antonin Iommi-Amunategui, éditions de l'Epure-Marie Rocher.

     

    ***

    ENGLISH VERSION Manifesto for a natural life

    I actually understood what you want. You want a world where we all look alike. A standardized world where not a hair exceeds, that's what excites you, egalitarianism at its climax. The sun in August, snow during Christmas. If not, you lose your bearings.

    You want a world where everyone thinks the same. Something like a soft consensus or on the contrary a almost-dictatorship that exterminates any singular thought, any thought. You yearn for a sanitized world, where you will not be afraid. Tomatoes must be perfectly round, bright red, even in winter.

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