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Michel Delpech, l'éloge de la fuite et Pantelleria

Profitez de la mort de Michel Delpech pour réécouter ses chansons - au moins elle aura servi à quelque chose. Et au hasard de textes qui peuvent paraître anodins, en s'y penchant vraiment, vous êtes vite absorbés par un leitmotiv qui transpire : un véritable éloge de la fuite.  

C'est évident dans les chansons secondaires, de l’ambiguë Trente Manières de quitter une fille ("J'aimerais bien t'aider dans ta lutte pour être libre") en passant par Les Aveux.

"Il est fatigué le prince charmant
Il est fatigué son beau cheval blanc
Ses rêves bleus sont un peu gris
Son épée d'or est en fer blanc [...] 
J'étais prisonnier
Je suis délivré
De la prison de coton
Que j'habitais depuis des années"

On va me dire que ce ne sont que des problèmes de rupture. Pas si simple, le problème est plus profond. La fuite semble toujours contrainte car, ailleurs, d'autres chansons laissent respirer un bonheur certain (Et Paul chantait Yesterday, L'Amour en wagon-lit...).

Je crois que la clé se trouve dans Ce Lundi-là, une chanson qui est à mon sens l'oeuvre majeure de sa discographie. Un mec plaque tout parce que son entreprise le saoule. Ce n'est pas partir pour partir, mais se résigner à partir quand tout s'oppose à ce qu'on est réellement. En cela, Michel Delpech tranche. 

Il savait qu'à huit heures la table serait mise
A côté de son assiette il y aurait ses tranquillisants
S'il fallait toutes ces salop'ries pour arriver à s'endormir
Ce n'était pas la peine d'avoir trente ans [...]
Il revoyait encore la brasserie des "Trois dauphins"
Où ses amis l'attendraient demain de midi à deux heures
La crise entraînerait encore des conversations sans fin
Mais demain à deux heures il serait loin

Cette obsession de la fuite se retrouve aussi dans les tubes. Pour Les Divorcés, chanson devenue symbole d'une époque, pas besoin d'explication de texte. Wight is Wight est très claire aussi. "Toi qui a voulu t'emprisonner / As tu le droit de condamner / Celui qui cherche à s'évader." Ou encore Pour un Flirt, où il explique : "Je pourrais tout quitter / Quitte à faire démodé".

Enfin Le Chasseur, vous savez, celle avec les oies sauvages et qui commence par une partie de chasse assez commune et qui finit sur une fuite bien définie. "J'aurais bien aimer les accompagner / Au bout de leur voyage". Mais voilà, la réalité est là : le mec se rend compte qu'il est seul comme un con, avec son épagneul, rêvant à la Méditerranée.

Aujourd'hui, on enterre Michel Delpech. La Méditerranée est loin du Père-Lachaise. Pourtant, pour ceux qui restent, elle est là, à portée de main. Entre autres, grâce à cette incroyable quille de Gabrio Bini. Lui a fui Milan pour Pantelleria, la terre aux câpres, entre Sicile et Tunisie. La possibilité d'une île est devenue réalité. 

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Un simili-jus de pamplemousse mi-amer, mi-acidulé, comme une chanson de Michel Delpech. 

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Cette digression pinardo-musicale ne sera pas complète sans Pauvre Baby Doll, la plus belle chanson de fuite. On la doit à Eddy Mitchell. Et c'est aussi un tir d'artillerie. Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenus.

"Ses parents n'sont plus rien que deux étrangers
Ils ont oublié
Qu'ils se sont tant aimés
La vie les a doublés
C'était pourtant pas loin l'Amérique
Quand ils en ont parlé
Elle n'est plus là la Californie
Il ne faut pas rêver [...]
Même si c'est bien loin l'Amérique
Partir c'est l'approcher
Elle n'est pas là la Californie
Il ne faut pas rêver
Et tant pis s'il n'y a pas d'Amérique
Tout mais ne pas rester
Il y a bien une Californie
Quelque part où aller"

 

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