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  • Une oraison funèbre pour Marcel Lapierre

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    "Encore une fois, on n'est pas étonné d'observer que les Français des temps qui sont les nôtres, en cette matière comme dans d'autres, ne savent plus au juste ce qu'est la France. La France, ce n'est pas les vignerons hommes d'affaires vedettes des foires aux vins falsifiées. La France, ce n'est pas les vins modelés par des fermenteurs à rotors, de l'osmose inverse, de la micro-oxygénation, des ajouts de tanins, des enzymes ou des levures synthétiques. La France de Marcel Lapierre, du vin de Marcel Lapierre, c'est l'esprit rebelle, la fraternité bruyante, la subtile gourmandise, le gout délicat et l'anarchisme foncier qu'il aura incarnés mieux que personne durant trois décennies, en gros entre 1980 et 2010, dont on se souviendra longtemps".

    On a les morts qu'on mérite. Dans son recueil d'oraisons funèbres publié cette semaine, Jérôme Leroy se met dans la peau d'un Bossuet du début des années 2010. Il passe en revue Thierry Roland, Ben Laden, Amy Winehouse ou Marcel Lapierre. En tant que miroirs de l'époque, ou en tant qu'anti-miroirs, chacun raconte à sa manière la fin du XXe siècle ou le début du XXIe, l'avènement du bling-bling, du simplisme ou du vide. Et avant tout, le temps qui passe.

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  • Un peu de trévise dans ma grappa

    La trévise, la vraie, c’est-à-dire le radicchio rosso di Treviso, a l’apparence d’un fouet mauve, pas d’une boule sans goût. C’est une chicorée aux jolis amers. Que va-t-elle donner dans ma grappa ? Oui, j’ai bien décider de les faire cohabiter quelques temps. Du radicchio, du poivre et une belle grappa de chez Nardini : la recette précise se lit ici.

    Rendez-vous dans 5 mois très exactement pour goûter cette grappa à la trévise. 

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    Lien permanent Imprimer Catégories : Recettes 0 commentaire
  • Un accord Galette des Rois/livre... car comme il y a une pâtisserie de saison, il peut y avoir une lecture de saison

    J'avais déjà râlé il y a quelques temps sur Christophe Michalak qui utilise des myrtilles et des mûres en mai et sur Pierre Hermé qui nous sert des framboises toute l'année sur son Ispahan. C'est pourtant l'évidence même : puisqu'il y a un roulement des saisons pour les fruits et légumes, puisque les bons cuisiniers l'intègrent comme contrainte quotidienne, il n'y a pas de raison pour que les pâtissiers dérogent à cette règle naturelle.

    C'est pourquoi je fréquente assidûment la pâtisserie Des Gâteaux et du Pain, de Claire Damon. Il faut ajouter que, de toutes les pâtisseries parisiennes goûtées (faites moi confiance), c'est le plus haut niveau d'inventivité et de réalisation. Le tout couplé à un parfait respect des saisons. En ce moment, à la mi-janvier, les fruits se font rares. Hormis les agrumes... Cela donne : cheesecake au pamplemousse, tarte au citron, gâteaux aux poires, noisettes, chocolat. De la vraie pâtisserie hivernale.

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    Et de la galette des Rois, même si là, on a plus de latitude avec les saisons. Je suis un bon cobaye, je ne cours pas après les galettes. Le feuilletage m’écœure vite, la frangipane me lasse, la tradition m'ennuie. J'avoue que je ne suis pas resté insensible à cette galette polonaise : feuilletage caramélisé (ça change), crème vanille-amandes (gourmand) et fruits confits (tout le monde a l'impression d'avoir la fève). D'ailleurs, il n'y a pas de fève dans cette galette, il faut l'ajouter soi-même. Quelques clients habitués à qu'on leur fasse tout rechignent un peu. Pourtant, c'est un bon système pour éviter de tomber sur la fève au moment de la découpe. Le tout s'avère assez extra. 

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    Et avec ça, qu'est-ce qu'on lit ?

    Oui, parce que le pinard c'est sympa mais les traditionnels pétillants avec la galette, on a déjà donné. Accompagnons la galette d'un bon livre, qui fasse autant voyager que les épices de Claire Damon. D'ailleurs, la lecture ne peut-elle pas, elle aussi, suivre les saisons ? C'est vrai, le livre n'est pas périssable heureusement et le lecteur garde sa liberté. Mais lire le très rohmérien Adieu aux espadrilles d'Arnaud Le Guern à la fin des vacances d'été vous plonge directement dans l'ambiance.

    Idem avec Gaspard, Melchior et Balthazar de Michel Tournier, ouvert en ce début janvier. C'est vrai, on ne sait rien des Rois Mages. L'écrivain a décidé de leur inventer un passé afin d'expliquer ce qui les mène à Bethléem. Pour rappeler que l’Épiphanie n'est pas qu'une galette.

    "Le poète l'a dit : l'eau qui stagne immobile et sans vie devient saumâtre et boueuse. Au contraire, l'eau vive et chantante reste pure et limpide. Ainsi l'âme de l'homme sédentaire est un vase où fermentent des griefs indéfiniment remâchés. De celle du voyageur jaillissent en flots purs des idées neuves et des actions imprévues.  [...] A ce propos, j'ai répugné à faire partir mes compagnons et mes esclaves sans leur donner d'explication. Je leur ai parlé d'une visite officielle à un grand roi blanc des rivages orientaux de la mer, et j'ai cité un peu au hasard Hérode, roi des Juifs, dont la capitale est Jérusalem. C'était trop de scrupules. Ils m'ont à peine écouté. Pour ces hommes qui sont tous des nomades sédentarisés - et malheureux de l'être -, partir trouve sa justification en soi-même. Peu importe la destination".

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  • Michel Delpech, l'éloge de la fuite et Pantelleria

    Profitez de la mort de Michel Delpech pour réécouter ses chansons - au moins elle aura servi à quelque chose. Et au hasard de textes qui peuvent paraître anodins, en s'y penchant vraiment, vous êtes vite absorbés par un leitmotiv qui transpire : un véritable éloge de la fuite.  

    C'est évident dans les chansons secondaires, de l’ambiguë Trente Manières de quitter une fille ("J'aimerais bien t'aider dans ta lutte pour être libre") en passant par Les Aveux.

    "Il est fatigué le prince charmant
    Il est fatigué son beau cheval blanc
    Ses rêves bleus sont un peu gris
    Son épée d'or est en fer blanc [...] 
    J'étais prisonnier
    Je suis délivré
    De la prison de coton
    Que j'habitais depuis des années"

    On va me dire que ce ne sont que des problèmes de rupture. Pas si simple, le problème est plus profond. La fuite semble toujours contrainte car, ailleurs, d'autres chansons laissent respirer un bonheur certain (Et Paul chantait Yesterday, L'Amour en wagon-lit...).

    Je crois que la clé se trouve dans Ce Lundi-là, une chanson qui est à mon sens l'oeuvre majeure de sa discographie. Un mec plaque tout parce que son entreprise le saoule. Ce n'est pas partir pour partir, mais se résigner à partir quand tout s'oppose à ce qu'on est réellement. En cela, Michel Delpech tranche. 

    Il savait qu'à huit heures la table serait mise
    A côté de son assiette il y aurait ses tranquillisants
    S'il fallait toutes ces salop'ries pour arriver à s'endormir
    Ce n'était pas la peine d'avoir trente ans [...]
    Il revoyait encore la brasserie des "Trois dauphins"
    Où ses amis l'attendraient demain de midi à deux heures
    La crise entraînerait encore des conversations sans fin
    Mais demain à deux heures il serait loin

    Cette obsession de la fuite se retrouve aussi dans les tubes. Pour Les Divorcés, chanson devenue symbole d'une époque, pas besoin d'explication de texte. Wight is Wight est très claire aussi. "Toi qui a voulu t'emprisonner / As tu le droit de condamner / Celui qui cherche à s'évader." Ou encore Pour un Flirt, où il explique : "Je pourrais tout quitter / Quitte à faire démodé".

    Enfin Le Chasseur, vous savez, celle avec les oies sauvages et qui commence par une partie de chasse assez commune et qui finit sur une fuite bien définie. "J'aurais bien aimer les accompagner / Au bout de leur voyage". Mais voilà, la réalité est là : le mec se rend compte qu'il est seul comme un con, avec son épagneul, rêvant à la Méditerranée.

    Aujourd'hui, on enterre Michel Delpech. La Méditerranée est loin du Père-Lachaise. Pourtant, pour ceux qui restent, elle est là, à portée de main. Entre autres, grâce à cette incroyable quille de Gabrio Bini. Lui a fui Milan pour Pantelleria, la terre aux câpres, entre Sicile et Tunisie. La possibilité d'une île est devenue réalité. 

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    Un simili-jus de pamplemousse mi-amer, mi-acidulé, comme une chanson de Michel Delpech. 

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    Cette digression pinardo-musicale ne sera pas complète sans Pauvre Baby Doll, la plus belle chanson de fuite. On la doit à Eddy Mitchell. Et c'est aussi un tir d'artillerie. Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenus.

    "Ses parents n'sont plus rien que deux étrangers
    Ils ont oublié
    Qu'ils se sont tant aimés
    La vie les a doublés
    C'était pourtant pas loin l'Amérique
    Quand ils en ont parlé
    Elle n'est plus là la Californie
    Il ne faut pas rêver [...]
    Même si c'est bien loin l'Amérique
    Partir c'est l'approcher
    Elle n'est pas là la Californie
    Il ne faut pas rêver
    Et tant pis s'il n'y a pas d'Amérique
    Tout mais ne pas rester
    Il y a bien une Californie
    Quelque part où aller"

     

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