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  • Un livre et un dîner autour des aliments fades

    Pour ma part, je dis "c'est fade !" quand il s'agit d'un plat industriel. Les pâtes surgelées, les sandwichs sous vide, les petits pois en boîte... 

    Ryoko Sekiguchi a travaillé sur cette notion de fade et en a même fait un livre. Fade. Une définition littérale existe, celle des dictionnaires. Mais sa perception réelle est très subjective et fade recouvre plusieurs champs. Ma vision des choses, l'auteure l'explique sous le titre de "manque de nature", ça ne s'invente pas. Mais fade peut aussi être un manque d'un élément constitutif de l'aliment, un manque de ce qu'il devrait être, un manque de repères dans la mémoire, un manque de plaisir, un manque d'émotion, un manque de vie... avec à chaque fois des exemples très précis pour tenter de construire une définition plus proche du sentiment des mangeurs.

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    Au fil du livre, on navigue entre cuisines française et japonaise pour tenter d'expliquer le fade. De ma lecture, je retiens surtout que le fade provient d'une méconnaissance du plat dégusté. En effet, chaque cuisine du monde possède sa propre grammaire et devant certaines assiettes, il est parfois difficile de dire où on habite. L'importance du tofu ou de l'eau dans la cuisine japonaise donne ainsi un éclairage nouveau sur la notion de fade.

    Annoncer "c'est fade" comme un couperet, c'est avant tout un manque de curiosité pour une cuisine inconnue, ses mécanismes, son histoire.

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    Ryoko Sekiguchi a ensuite imaginé quelque chose de rare : associer la théorie littéraire à la pratique culinaire. Avec Koji Higaki, le chef du restaurant L'Inconnu, elle a concocté un éphémère "menu fade" (l'idée germait depuis le fameux plat de cabillaud dégusté dans ce restaurant il y a quelques mois). Attention, il ne s'agit pas de servir des plats sans goût ! L'idée est de sublimer des aliments qui pâtissent de cette mauvaise réputation : concombre, mozzarella, amande, cabillaud, navet... Nous étions mercredi soir à L'Inconnu et c'était mieux qu'une pizza devant un match de foot.

    Beaucoup de blogs ont annoncé ces soirées en se contentant de recopier le communiqué de presse. Quel dommage d'avoir raté ça... Moi j'ai déboursé 65 euros pour le menu complet et je me suis assis face à la petite feuille distillant les commentaires de Ryoko Sekiguchi

    Autant le dire tout de suite, ils sont rares les restaurants parisiens où l'on mange aussi bien. L'Inconnu, restaurant italien tenu par un chef japonais d'envergure, mérite allègrement son étoile Michelin, sinon deux, et nous avons hâte d'y retourner hors ce contexte "fade".

    Amuse-bouche divers. Notamment une jolie soupe froide de petits pois. Dieu en est témoin, le petit pois est sans doute le légume le plus détruit par l'industrie agroalimentaire.

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    Focaccia au maïs.

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    Mousse de mozzarella, gelée de tomates et tomates cerise marinées. "Voyez le jus de tomate tapisser le fond de l'assiette, ses reflets comme ceux d'un lac d'été. Etre en accord avec la saison, ce n'est pas simplement utiliser des produits de saison, mais à partir de ces produits, faire surgir un paysage qui évoque un instant éphémère." Forcément, ça change de Galbani et des tomates en hiver... Un travail d'orfèvre.

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    Carpaccio de maquereau à la gelée de concombres. "Vous ne pourrez pas ne pas remarquer l'odeur tonifiante et rafraîchissante du concombre. Avez-vous déjà respiré son arôme, sa présence si vive ? C'est l'essence de ce légume qui soudain se révèle". Si, si, on avait déjà adoré le concombre... avec du gin tonic ! Voici un plat extrêmement rafraîchissant, le maquereau a été condimenté au sel avant le dressage. Sur le côté, la poudre de navet n'est pas là pour rien.

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    Cabillaud pané de risotto à l'encre de seiche, navets grillés et purée de navet. "Ce plat, que j'ai longtemps considéré comme un plat d'hiver, avec ses navets d'hiver, et que j'ai goûté pour la première fois en décembre, réapparaît ici dans une combinaison de saveurs très différente bien qu'il demeure toujours le même. Ce sont les navets d'été, plus parfumés et épicés, qui transforment le plat." C'est le plat qui a subjugué Ryoko Sekiguchi alors qu'elle dînait à L'Inconnu il y a quelques mois. La tablée s'intéresse surtout à la technique : paner avec un risotto ? Si finement ? Quelle cuisson ? L'auteur explique dans son livre que ce qui donne cette texture si douce au cabillaud, c'est la présence de l'encre de seiche. Ne me demandez pas comment...

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    Entrecôte et risotto aux amandes crues. "Je vous conseille de goûter cet étonnant risotto aux amandes crues d'abord seul, et ensuite seulement avec la viande. Le risotto avance tantôt en soliste sur le devant de la scène, tantôt se fait discret comme la sauce d'un plat". Extraordinaire.

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    Orecchiette aux courgettes. "C'est ici aux textures qu'il convient d'être attentif, la crème de tofu, onctueuse et sensuelle aux lèvres, accompagne les orecchiette qui résistent doucement sous la dent. Vous sentirez aussi pleinement le goût du blé et du soja, souvent considérés comme fades, quand ils ne le sont pas." J'ai vu des larmes à l’œil chez certains autour de la table, ou alors ce devait être chez moi. Oui des pâtes avec du tofu et des courgettes, ça peut te donner la larme à l’œil.

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    Kuzukiri à la mangue. "Le kuzukiri est de ces plats que l'on apprécie pour son nodogoshi, la sensation de douceur qu'il procure au passage de la gorge. A l'instant où ce morceau de soie fraîche vient se glisser contre le palais, on prend conscience par le contraste qu'il procure de l'arrivée de l'été, qui nous donne le plaisir de percevoir notre corps plus vif, à l'intérieur comme à l'extérieur". Un dessert extra-frais dont les Japonais ont le secret. Le kuzukiri ressemble à des pâtes - obtenues par une poudre d'amidon, provenant d'une plante le kudzu.

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    Compotée de nèfles, glace au sésame blanc. "Plus besoin de gloser : vous percevrez le goût de nèfles concentrés dans leur essence ; ou, comme on dit en japonais, mizugashi (les douceurs de l'eau), pour désigner les fruits consommés en dessert." Ah oui, avant, sans y réfléchir, je pouvais dire que les nèfles, c'est fade. Maintenant, j'y réfléchis. Parfois, les nèfles, c'est extra. Et ce goût de l'eau... qui lui aussi appelle l'été.

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    Rares sont les adresses où le vin est à la hauteur de la cuisine. En voyant ces bouteilles, ouvertes et bues, les connaisseurs peuvent donc imaginer l'excellence de la cuisine.

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    Ouiii, le champagne Vallée de Raphaël et Vincent Bérêche, leur négoce de choix.

    Oui, le collio blanc 2012 de Keber. Très joli vin mais éclipsé par l'immensité des autres.

    Ouiiiiii, le trebbiano 2011 d'Emidio Pepe, totalement en force. Un très, très grand vin.

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    Oui aussi, le frappato 2011 d'Ariana Occhipinti, bien fringant, même s'il était temps de le boire.

    Ouiiiiii la Ribolla Anfora (en amphore...) 2004 de Josko Gravner. Un vin référence, de ceux qui font remonter les souvenirs. Je me souviendrai longtemps où je l'ai bu tout comme je me souviens encore du Bianco Breg 2004 en amphore du même Josko Gravner.

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    Ouiii aussi, cette grappa macérée à la camomille de la distillerie de  Lidia et Romano Levi, du jamais bu en France.

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    Fade, de Ryoko Sekiguchi, éditions les Ateliers d'Argol, 2016.

    L'Inconnu, 4 rue Pierre Leroux, 75 007 Paris, 01 53 69 06 03. Menus "fade" jusqu'au dimanche 19 juin, carte italienne "classique" le reste du temps.

  • Allez les bleus (d'Auvergne) !

    Pure coïncidence, ces bleus sont aussi coachés par un certain Deschamps.

    Si, si : Christian Deschamps, fromager primeur de son état, sis à Saint-Amand Tallende, dans le Puy-de-Dôme. La photo a été prise dimanche dernier sur son stand au marché de Vichy et les bleus étaient très en forme.

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    Il faut de l'entraînement pour les reconnaitre tous dès le premier coup d'oeil : le classique A.O.P. bleu d'Auvergne (mais on adore ce genre de classique), le bleu de Laqueuille mon amour, le très rare bleu de la Planèze, sans oublier les fourmes d'Ambert et de Montbrison et même l'industriel Carré d'Aurillac. Avec ces bleus-là, on est sûr de gagner à tous les coups ! 

    Dans cette compétition, on n'est pas raciste ; les bleus peuvent aussi venir d'ailleurs. Le bleu des Causses au lait de vache, le célèbre roquefort, le bleu de Gex et même le bleu de Bavière... Evidemment, la liste n'est pas exhaustive.

    Tiens, c'est aussi l'occasion d'en remettre une couche sur le bleu de Termignon, un fromage en voie de disparition, vu que ses producteurs savoyards doivent se compter sur les doigts d'une main.

    Quant aux chanceux qui passent par chez Christian Deschamps, ils pourront aussi tâter de l'autre merveille locale, le saint-nectaire. Chez tous les maitres fromagers parisiens, on n'en trouve pas d'équivalent.

    Fromagerie Christian Deschamps, Place Pierre Victor Léger, 03 200 Vichy, 04 70 96 03 53.

  • Vichy : l'Empire Café, ses nappes et sa très belle cuisine

    Les nappes Vichy ne sont pas le seul produit local dont use ce bistro de la ville thermale. Le chef proclame que tout se qui se trouve dans l'assiette, hors produits de la mer, pousse ou est élevé dans un rayon de 30 kilomètres. Connaissant la richesse culinaire de l'Allier, on est bien disposé à le croire. 

    Ainsi ses splendides asperges à la poutargue. Une riche idée d'alliance, je la note. L'asperge apporte le côté végétal, la poutargue le côté salin. Franchement, c'est très réussi.

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    Ou la joue de boeuf braisée et accompagnée d'un jus de viande exceptionnel. Carrément. C'est par définition le plat que l'on fait à la maison mais qu'on ne réussira jamais aussi bien. Et oui, faire (bien) à manger, c'est un métier.

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    Et puis la grosse claque de ce repas en crescendo. Certains des restaurateurs parisiens qui se la racontent et donc travaillent trop peu devraient prendre des leçons. Le mille-feuille monté maison. C'est tout simplement magnifique. 

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    Le menu à un peu plus de 30 euros est une véritable aubaine.

    Seule la carte des vins demanderait une refonte. Mais mes goûts sont particuliers, je vous l'accorde et je le sais, la clientèle est toujours bien compliquée à ce propos. Le Fooding râle par exemple parce qu'on y trouve pas assez de vins du coin. Mouais. C'est sûr, l'Auvergne connait actuellement un tsunami viticole et on aimerait accompagner ce splendide repas avec des bouteilles de ces non moins splendides vignerons. Surtout, ce qui est dommage c'est qu'on a peiné à trouver quelque chose à se mettre dans le gosier. Il y a des efforts, des vins bios sont mis en avant mais à mon sens, on ne va pas assez loin. 

    On a déniché un blanc et un rouge. Les vins bus ce soir n'étaient pas mauvais, loin de là, et pas mal foutus - cultivés en biodynamie, levures indigènes, peu de soufre, blabla... Bref ce qu'on aime. Peut-être que l'excellence de la cuisine les a tout bonnement éclipsés...

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    Franchement, quelles belles nappes non ? 

    Empire Café, 3 rue Source de l'Hôpital, 03 200 Vichy, 04 70 59 88 73.
  • L'amer tonic, le cocktail de l'été

    C'est du moins ce que voudrait nous faire croire Campari qui s'est payé une belle campagne de pub avec notamment de grandes affiches dans le métro parisien.

    Soit. Pourquoi pas ? Laissons-nous guider par la pub pour une fois. Mais l'amer tonic, on le fait à notre sauce.

    Déjà le terme n'est pas très heureux, ça fait un peu "nique ta mère". A vous de trouver un terme plus vendeur. A la rigueur on s'en fout ; l'important, c'est ce qu'il y a dans le verre.

    T'aimes le spritz ? T'aimes le gin tonic ? Alors pourquoi pas un peu des deux ?

    Le spritz, c'est le tsunami de ces dernières années. Il faut dire que les commerciaux de l'amer Aperol ont abattu un impressionnant boulot de matraquage pour vendre leur liquide orangé et sucré. Cet apéritif au demeurant peu amer, souvent allié à du mauvais prosecco, voire à de l'eau pétillante qui pique, ne produit en définitif que l'ombre de lui-même. 

    Du moins l'ombre de ce qu'il est en Italie. La Botte compte des dizaines de marques d'amer (amaro en italien, bitter en anglais) avec à chaque fois des recettes et des ingrédients souvent secrets et bien différents. En Sicile, on croise l'Amara faite d'oranges amères alors que dans les montagnes du nord, on préfère un mélange d'herbes. A l'Aperol, on oppose souvent le Campari, marque industrielle s'il en est, mais dont la véritable amertume est moins facile d'accès. Ou le Cynar, une liqueur à base d'artichauts. 

    A Venise, on est un peu plus smart qu'ailleurs : on opte pour le Select ("né à Venise en 1920"). Il a cette caractéristique profonde d'être situé quelque part entre les mastodontes Aperol et Campari en ce qui concerne l'équilibre sucre-amertume. Le Select n'en possède pas moins un goût prenant, un parfum de reviens-y qu'on avait déjà croisé à Venise. Et maintenant, on le trouve dans notre belle France.

    C'est donc lui que j'ai choisi pour cet amer tonic, copié sur la recette de la pub Campari. Dans un verre haut, ajoutez des glaçons, faites les tourner pour refroidir le verre, évacuez l'excédent d'eau, versez une dose d'amer pour trois doses de tonic. Un zeste d'agrumes n'aurait pas fait de mal.

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    J'oubliais le tonic ! Moi qui pensais que son meilleur ami était le gin... Qui lui aussi revient de loin. On ne compte plus les distilleries européennes qui bossent incroyablement bien. On en parlait ici l'autre jour. On disait en outre que question tonic, mieux vaut éviter la marque S*****s, celle que tout le monde connait. La bulle est omniprésente, à l'image du sucre et ça laisse un goût de vieux en bouche (j'ai jamais goûté le vieux mais ça doit avoir ce goût-là). Fever Tree a la faveur des spécialistes, on les comprend : les arômes naturels de quinine font tout.

    Donc me voilà avec un cocktail qui pourrait paraître bien amer, un amaro italien dilué dans du tonic ! Pas si simple, car tout se répond plutôt bien. C'est ultra rafraîchissant et puis ça change... même si on a l'impression de jouer à domicile tant ces alcools nous semblent familiers. 

    Ils sont balèzes chez Campari. Ils prennent deux trucs qui marchent bien, le spritz et le gin tonic, et réfléchissent à la manière de surfer sur la vague. Le spritz date de la fin du XIXe et du début du XXe, le gin et le tonic ne sont pas nés de la dernière pluie non plus. Ils n'ont pas attendu une campagne de pub pour exister. La mode sera sans doute passée dans quelques années, le temps que tout le monde soit saoulé - dans tous les sens du terme. Mais nous continuerons à explorer ces nouveaux continents de l'amer.  

    D'ailleurs, pour les thuriféraires des boissons bien de chez nous, ou pour ceux qui préfèrent le jaune tout simplement, n'hésitez pas à remplacer le Select par de la sublime gentiane de chez Couderc. Vous m'en direz des nouvelles.

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    ***

    A lire aussi, L'Amer, Emmanuel Giraud (éditions Argol).

  • Bourgogne Bigotes 2014 de Frédéric Cossard (Chassorney)

    Je l'ai ouverte une première fois à La Crémerie avec un splendide saumon des Orcades.

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    Quelques jours plus tard, j'en ai ouverte une à la maison avec une daurade royale au four.IMG_3162.JPG

    Puis le lendemain, je l'ai terminée avec des sashimis de langoustines chez Olivier.

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    Jours différents, bouteilles différentes, à peine ouverte ou ouverte depuis 24 heures, plats différents, gens différents... Je l'ai testé dans tous les sens ce millésime 2014 des Bigotes de Frédéric Cossard (domaine de Chassorney).

    Et c'est absolument exceptionnel. Tu ouvres la bouteille et même ton verre n'en revient pas : il a du mal à supporter tous les parfums que tu lui verses dedans. Voici un vrai grand vin, à boire maintenant ou à garder pour un autre jour. Pour demain ou après-demain par exemple.

    Lien permanent Imprimer Catégories : Bourgogne ça cogne 0 commentaire
  • Bourgogne grand ordinaire 2009 (magnum) de Vini Viti Vinci

    Nicolas Vauthier a créé un sacré monument du vin naturel, Les Crieurs de Vins à Troyes, magnifique bar-resto où les vins sont servis à point. Tous les cavistes ne peuvent pas en dire autant, eux dont le métier devrait être de conserver le vin et de le vendre au moment idoine.

    Nicolas Vauthier est désormais négociant et vinificateur sous la dénomination Vini Viti Vinci. Son bourgogne grand ordinaire 2009 (pinot noir) en magnum s'il vous plait a recueilli l'unanimité des présents ce soir-là. Quelques lésés qui n'avaient pu que boire un verre ou deux râlaient même que la bouteille d'un litre et demi était bien trop petite. Sans compter l'étiquette, qui forcément fait parler.

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  • Un expresso acidulé, et c'est une révolution !

    A Paris, on est passé maître en un truc bien dégueulasse : le café au comptoir. Où que vous alliez, dans le bistrot du coin ou chez un chef renommé, il sent la vieille chaussette, la vieille ferraille, voire le vieux chiotte. Bref, il est merdique. Au mieux, on vous sert un Nespresso en faisant au passage une belle marge.

    Mais ça change.

    Grâce à quelques gugusses ont décidé de boboïser moderniser la profession. On croise des jus gourmands grâce à Lomi, L'Arbre à Café, Coutume ou Terres de Café, sans oublier Verlet, le plus ancien de la bande. Des torréfacteurs qui font gaffe à l'origine des grains ; ça semble évident, mais ça ne l'était pas.

    D'ailleurs, comme pour le vin naturel, on voit fleurir des critiques : c'est pas donné, c'est une mode, la torréfaction donne un goût quasi standardisé, on n'y comprend rien entre Aeropress et Chemex, on n'est pas à New York ici merde...

    Pourtant, c'est le sens de l'histoire que d'arrêter de boire du café merdique. Sauf pour ceux qui sont accoutumés au jus de chiottes du comptoir, à l'instar de Winston Smith accroc au "Gin de la Victoire" dans 1984.

    Cette "troisième vague" est en train de s'attaquer à Paris. Tant mieux, ça bouge. A Istanbul, la ville sous caféine par excellence, ce n'est plus une vague mais un tsunami. Tous les quartiers, même les populaires voire les très conservateurs ont leur speciality coffee ("café de spécialité"). Là-bas, j'ai passé un mois et demi à (presque) tout goûté chez tout le monde. Ici mon chouchou, Muz Botanik, le fleuriste-café qui sert l'expresso de chez Petra Roasting.

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    Est-ce une tendance passagère, est-ce le début d'une nouvelle ère, est-ce un dernier sursaut avant l'effondrement d'une civilisation ? C'est la grande question.

    Ce qui est certain, c'est que cette "troisième vague" a permis d'accentuer les recherches et les expériences sur le café, elles qui restaient tout de même très légères. On a amélioré notre savoir quant à l'origine, la culture, la préparation, le séchage, la torréfaction et l'extraction du café ; ce n'est pas rien. Le sujet est immense et ne sera jamais asséché. Pour ceux que ça intéresse, il y a le livre d'Hippolyte Courty de L'Arbre à Café, une photographie de l'état actuel de nos connaissances sur le café.

    Et pour ceux qui veulent s'y plonger, je conseillerais d'aller faire un tour chez Terres de Café. Les gars sont accueillants, connaissent parfaitement la chose et le côté hipster y est moins déroutant qu'ailleurs. Là-bas, goûtez tout, voyez ce qui vous plaît et ce qui est réalisable question budget et question technique. Cela va du très peu coûteux et du relativement simple (Aeropress) à l'infiniment cher et compliqué (machines expresso). Allez aussi chez Hexagone remettre en cause vos certitudes (ah oui, ben l'Aeropress, c'est pas si évident que ça en fait) ou évidemment à L'Arbre à Café (pour les grains d'exception). Et équipez-vous. Moi j'ai une Aeropress. Je lorgne sur la Chemex pour les jours où il y a un peu plus de monde à la maison. Et puis j'ai craqué pour une machine à expresso Carola Quick Mill.

    Et là mon regard sur l'expresso a changé. (En réalité, il avait déjà changé quand on en goûte un dans les adresses citées plus haut.)

    L'idée de l'expresso-jus-de-vieille-chaussette a disparu. Certes, j'avais bien vu en Italie les mecs qui entretenaient bien leurs machines rutilantes mais leur mélange est souvent fait de robusta très robuste, ce qui gomme la finesse. Aujourd'hui, un café choisi dans une machine choisie allié au peu de technique que je possède font déjà un miracle : un expresso acidulé !

    (en photo cet après-midi, les tasses en céramique arménienne de Jérusalem et dedans, un moka semi-sauvage d'Ethiopie)

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    Euh attends...

    L'expresso ? Acidulé ?? Pas amer ???!

    Non pas amer.

    Et oui, c'est une révolution.

    Un blog spécialisé dans la chose l'explique bien mieux que je ne saurais le faire.  

    "Car il faut signaler que l’amertume fonctionne de pair avec l’acidité. Ces deux sensations à priori antagonistes se marient afin d’offrir une tasse équilibrée, comprenez légèrement acidulée. Comme le sucre, l’amertume joue un rôle tampon sur l’acidité. Sans elle, l’acidité peut devenir tranchante et désagréable. [...] L’amertume joue un rôle indéniable dans le café, celui de modérateur de l’acidité. Mais cette fonction doit se faire de manière discrète, voire invisible".

    Une révolution, vous dis-je.

    Je pourrais même tenter un parallèle avec le vin naturel. Citez-moi un mec qui revient au vin conventionnel après s'être tourné vers le naturel... Converti à ces speciality coffees, tu viens de redécouvrir un truc. Tu n'aimais pas le café ? Normal, tu n'en avais bu que des dégueulasses.

  • Ivre, le vigneron naturel colle une mauvaise étiquette sur ses bouteilles

    Le vigneron naturel abuse-t-il de sa production lorsqu'il étiquette ses quilles ? Trois exemples récents nous poussent à le croire.
     
    Ce magnum PGM de Jacques Février par exemple. Le pinot gris de Loire a macéré 15 jours en grappes entières avant le pressurage et l’élevage en cuve a permis de garder le croquant du fruit. Bref, c'était pas commun, délicieux et nous l'avons bu rapidement : nous étions 4.

    Mais en réalité, il parait qu'il ne faisait que 75 centilitres. 
     
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    Vous ne me croyez pas ? C'est écrit pourtant ! 
     
    "75 cl"

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    75 centilitres selon la police, 150 selon les manifestants.
     
    C'est bien un magnum, on le voit bien sur la photo. Bref, y a comme un souci d'étiquette...
     
    Comme disait René Fallet, "y a des litres qui font pas le litre !". Maintenant, il y a des magnums qui font pas leur litre et demi ! 
     
    A l'inverse, cette petite bouteille d'un immense vin (cuvée de l'Oncle Léon 2007 de Schueller) ferait son double... J'ai exprès mis un vrai magnum à côté. 

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    Officiellement, 150 centilitres...

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     Et l'ami Paco, grand timonier de la Cave d'Ivry, a déniché une avarie sur un lot des Sabots d'Hélène que nous aimons beaucoup aussi... 

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    Ces vignerons naturels, ils ne sont vraiment pas sérieux !
     
    On taquine, on sait très bien comment ça se passe. Parfois il manque des étiquettes pour quelques cuvées confidentielles, alors on en met une autre... puis ça fait marrer les buveurs ! Qui d'ailleurs l'ont bien remarqué : certaines bouteilles si divines ne devraient exister qu'en magnums, certains magnums qu'en jéroboams et on pourrait continuer.
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  • Les rosés sociaux

    Plutôt que Facebook, Twitter, Instagram, Google+, Pinterest, LinkedIn et plein d'autres que je ne connais pas, parions sur les rosés sociaux.

    Car franchement, pour se rencontrer, pour communiquer, pour se parler, on n'a rien inventé de mieux qu'une table, quelques chaises, des verres et un coup de rosé. 
     
    Et il en est certains qui mettent tout le monde d'accord. En ce moment, c'est Minimus, de Nicolas Carmarans qui envoie du lourd. Buveurs connaisseurs, buveurs néophytes et buveurs tout court apprécient le breuvage à sa juste valeur. J'en ai ouvert un au Coinstot Vino et quelques minutes après, j'en ai acheté 4 autres. 
     

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    L'une d'elles, débouchée en Auvergne, a fait le même effet. Il faut dire qu'elle était bien accompagnée : le Pm rosé de Jeff Coutelou, lui aussi, un petit bijou rosé. 
     
    Après une journée ensoleillée (c'est rare), voici deux rosés qui sont partis très, très vite (c'est rare). 

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