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Ailleurs dans le monde - Page 4

  • Jérusalem : un apéro avec la jeunesse palestinienne

    En remontant de la porte de Damas, tout le monde s'arrête au Jerusalem Hotel. C'est normal : il est dans tous les guides, le patio est agréable, la bière palestinienne Taybeh à la pression et la nourriture correcte. C'est l'endroit parfait pour rencontrer des membres d'ONG ou les journalistes que l'on ne croise pas à l'American Colony. C'est-à-dire qu'on n'y rencontre pas les chefs, mais les sous-chefs. Le problème, c'est que pour un papotage avec l'autochtone, on fait mieux. Et mieux, c'est un tout petit peu plus loin dans Nablus Road, à l'étage d'une vieille maison ottomane datant de 1905. 

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    Ancien siège du Parti communiste local, Al-Mihbash a perdu cette vocation politique pour devenir un hôtel-restaurant. Ici, très peu voire pas du tout d'étrangers. Seule la jeunesse palestinienne aussi dorée que le Dôme du Rocher se paie du bon temps. Déjà, elle a la chance d'habiter à Jérusalem, ce qui est bien plus simple pour trouver du travail. Ensuite, à voir les consommation et les narguilés se succéder, on soupçonne qu'elle n'est pas à plaindre.
     
    La carte brasserie fait la part belle à la cuisine palestinienne. Et c'est étonnement frais, notamment ce taboulé à la libanaise ou les pizzas au zaatar. Dans le verre, Taybeh à la pression aussi (on ne redira jamais assez que c'est là qu'elle est la meilleure) ou le vin des moines de Crémisan, à côté de Bethléem.

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    Al Mihbash, 1 Nablus Road, Jérusalem-Est.
  • Jérusalem : ah bon, ça ne voyage pas le vin naturel ?

    A pied jusqu'au métro. Puis RER. Puis la navette Orly-Val. Puis à pied jusqu'au comptoir d'enregistrement. Puis tapis roulant. Puis, confiée à la compagnie Pegasus Airlines, je l'imagine transbahutée d'un chariot à un tapis roulant avant de voyager en soute. Puis rebelote, car escale à Istanbul. Récupérée à l'aéroport Ben-Gourion à Tel Aviv, elle est revenue sur mon dos. Puis taxi collectif jusqu'à la porte de Jaffa à Jérusalem. Puis à pied à travers la vieille ville pour un premier coucou de nuit au mur des Lamentations et au Dôme du Rocher. Puis taxi privé pour rejoindre mon hébergement. Dans la chambre, elle s'est reposée 3 jours à température ambiante (il faisait 33 degrés dehors, pas beaucoup moins dedans, avec une forte amplitude thermique la nuit).

    Tout ça pour dire qu'elle a bien bourlingué la boutanche de Noëlla Morantin. C'est le gamay 2012 baptisé Mon Cher que j'ai apporté à Jérusalem (coquelicot sur un rocher, comme disait l'autre - ok, c'est plutôt des roses sur l'étiquette). C'était ma seule concession à la saine obligation de boire local ; je voulais voir si le cœur de Mon Cher allait s'accorder avec mon amour pour cette ville.

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    Émerveillée d'être offerte à un paysage si différent des bords de Loire, elle n'avait même pas pris le temps de se refroidir. Malgré les 23 degrés de ce début de soirée, les verres moutarde n'ont pas suffit à banaliser les splendides arômes de fruits rouges. Certes, ça bubullait un peu au début, mais c'est parfois le cas à Paris.

    Son fabuleux voyage, les différences de pression, de température, d'altitude (Jérusalem se trouve à 800 mètres au-dessus du niveau de la mer dans les monts de Judée)... Rien n'a entaché le potentiel de ce vin. C'était ma foi fort glouglou et tempérait le côté fumé du houmous. Le lendemain matin, j'ai refait la photo collector avec la bouteille bien vide.

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    Cette petite parenthèse ligérienne entre le houmous et l'arak est maintenant terminée.

  • Jérusalem : une assiette en céramique arménienne

    Il y a ce qu'on met dans l'assiette et il y a l'assiette elle-même. J'ai vraiment eu un coup de foudre pour le magasin de céramiques Sandrouni. Le patron parle joliment français et fait visiter le petit atelier où tout est fait à la main. C'est forcément un peu plus cher que tout ce qui est vendu dans la vieille ville, mais là on ne sait pas vraiment d'où ça vient.

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    Sandrouni, Rue du Patriarcat arménien, face à la cathédrale arménienne Saint-Jacques.

  • Jérusalem : l'arak, le médicament palestinien

    L'arak résulte d'un subtil travail du raisin. On distille des jus blancs avec trois ou quatre passages dans l'alambic avant d'ajouter quelques graines d'anis pour parfumer. Si certains peuvent penser que son goût est similaire à celui de notre pastis, force est de constater que le processus de production de l'arak est bien différent, notre Ricard n'étant qu'une macération/distillation de pneus d'herbes aromatiques plus ou moins bien maîtrisée selon les producteurs. Dans l'arak, c'est du raisin, comme le cognac ou l'armagnac.

    Comme pour tout bon digestif, on peut le boire en apéro : allongé avec de l'eau, sa transparence en fait un liquide tout blanc que l'on surnomme "lait de lion" dans le Croissant fertile. Et en tant que digestif, bu pur, il soigne tout : maux de ventre, bactéries, rhumatismes, conflit israélo-palestinien...

    Qu'on l'appelle raki en Turquie, ouzo en Grèce ou arak au Liban-Syrie-Jordanie-Palestine, on évite là aussi de disserter sur qui l'a inventé. Israël aussi suit le mouvement et en produit un peu mais le pays reste à la traîne, préférant les alcools importés. Ce qui est sûr, pour en avoir goûté un peu partout dans la région, c'est que celui des arabes chrétiens de Bethléem, l'Arack Sabat Extra, est le plus fin. Ne cherchez pas chez votre caviste en ligne, ça n'existe pas. On ne peut se procurer son shoot que dans les échoppes autour de la Porte Neuve, à Jérusalem.

    Mes amis disent souvent que Jésus en buvait déjà à son époque. Peut-être. En tout cas, ils disent ça après en avoir eux-mêmes un peu abusé...

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  • Jérusalem : boire une bière contre l'occupation israélienne

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    A Paris, on se repère grâce aux stations de métro. A Jérusalem, on se repère grâce aux stations du chemin de croix. 

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    Ce café arménien se situe juste entre les IIIe et IVe station du chemin de croix. Devant l'entrée, Jésus est tombé pour la première fois. Puis, dans ces hauts murs se cache l'humble chapelle commémorant la rencontre avec sa mère. 

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    Bien à l'écart du tumulte de la rue Al Wad qui descend de la Porte de Damas au mur des Lamentations, ce petit café est le lieu parfait pour une pause, un biscuit, une bière palestinienne Taybeh.

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    Cette bière est produite à Taybeh dans un village chrétien de Cisjordanie, à quelques kilomètres de Ramallah, un village que Jésus a aussi visité selon Saint-Jean. Sa saveur incomparable alterne les amers et les acides. C'est évidemment à la pression qu'elle donne le meilleur d'elle-même (au Jerusalem Hotel, à l'American Colony, chez Al Mihbash...). Elle surpasse de très loin les infâmes pisses israéliennes, danoises, néerlandaises dont le pays est abreuvé. Son slogan "The finest beer in the Middle East" n'est pas usurpé. 

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    Chaque année, la brasserie s'amuse à faire sa propre Oktoberfest qui attire des soiffards venus du monde entier. Et forcément ça ne plait pas des masses à une Cisjordanie assez rigoriste même si la teuf a bien eu lieu en 2013.

    La Taybeh sort des frontières de Cisjordanie pour être vendue en Israël, mais on ne la trouve pas partout - c'est-à-dire qu'il faut viser les cafés chrétiens. Ailleurs, elle est disponible en Belgique ou en Allemagne, mais c'est une licence concédée par la brasserie palestinienne. Elle n'est donc pas brassée en Cisjordanie, elle n'a pas tout à fait la même saveur. 

    De manière plus générale et tout à fait sérieuse, la bière peut à elle seule illustrer la complexité de Jérusalem. J'avais déjà consacré un article à cette "géopolitique de la bière".

  • Jérusalem : comment reconnaître une bonne limonade ?

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    Si le houmous est le plat national (mais au fait, de quelle nation parle-t-on ?), la limonade est son équivalent liquide. C'est la boisson que l'on retrouve partout, chez les Israéliens ET chez les Palestiniens, notamment dans les endroits où on ne sert pas d'alcool. Des deux côtés de la ville, des deux côtés du mur de séparation comme en témoignent ces deux photos quasi identiques : la première chez Afteem à Bethléem, la seconde chez Abu Shukri dans la vieille ville de Jérusalem.
     
    Citron, eau, sucre. Et un peu de menthe, d'où cette couleur parfois verte, parfois un peu plus caca d'oie quand la menthe est moins fraîche. On mixe le tout et on le sert très frais. Pour reconnaître l'adresse est honnête, on se fie à l'acidité du jus : les jus maison sont bien citronnés, les industriels tendent plutôt vers le sucre, saveur réputée plus accessible.
     
    Aparté. Comme dans beaucoup d'autres pays, on est sidéré par le nombre de restaurants qui servent une bouffe aseptisée, insipide. Mais ici, c'est un problème assez caractéristique. Alors que les richesses naturelles du pays sont si nombreuses, alors que les cultures culinaires sont si variées, la consommation de bouffe industrielle (et surtout sans âme) tient le haut du pavé. Heureusement, il y a des exceptions magnifiques.

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  • Jérusalem : où manger du houmous ?

    Réponse : partout.

    Ne voulant pas déclencher une troisième Intifada à moi tout seul, je me garderais bien de me prononcer sur l'origine du houmous : est-il libanais ? Ou israélien ? Ou syro-palestinien ? Ce qui est indéniable, c'est que ce mets somme toute un peu bizarre est devenu le symbole culinaire de Jérusalem, comme le Dôme du Rocher en est le symbole architectural. On en mange à l'ouest, on en mange à l'est, on en mange au nord, on en mange au sud, on en mange sur la Ligne verte de 1967, on en mange face au mur de séparation, on en mange près du mur des Lamentations, on en mange près du Saint-Sépulcre... Comme les chats errants la nuit, le houmous ne connait pas les frontières.

    Précisément, de quoi s'agit-il ? Il y a sans doute autant de recettes que de familles, voire d'individus, mais une base est partout respectée : un savant mélange de pois chiche écrasés, de tahiné (pâte de sésame dont le goût peut lui aussi varier à l'infini) et d'huile d'olive. Les dosages diffèrent partout, la qualité des produits aussi. Manger le même houmous dans deux endroits différents relève du coup de chance ou d'une bouffe industrielle (et là, pas de chance).

    Comment faire pour choisir son houmous ? Nous sommes allés à la rencontre de quelques adresses historiques. Réaliser une monographie du houmous à Jérusalem reviendrait à tester presque tous les restaurants de la ville. Déjà, pour en faire sortir certains du lot, notre estomac a été mis à rude épreuve : houmous à midi, houmous le soir. Il y a un moment où tu n'en peux plus et ce moment arrive rapidement. Voici quelques résultats glanés avant d'être devenu moi-même un gros pois chiche. Il n'y a pas de classement ici, c'est idiot les classements.

    Dernière chose : dans chaque restaurant, le houmous est servi avec du pain pita (plus ou moins bien fait) et des pickles (légumes saumurés plus ou moins comestibles). A chaque fois, il en coûte entre 3 et 4 euros l'assiette, ce qui reste raisonnable dans une ville où ces dernières années, ce sont les prix (plutôt que les bombes) ont explosé.

    Lina : soyeux, crémeux, très poischiché. De loin, le meilleur de la ville, à mon avis. A 20 mètres au-dessus de la 8e station du chemin de croix. Oui, à Paris, les bistrots me servent de points de repère ; à Jérusalem, ce sont les stations du chemin de croix ou les édifices religieux. 

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    Abu Shukri : une institution. Une bonne dose de tahiné rend la chose très torréfiée. L'huile d'olive qui l'accompagne est très plaisante. Rue Al Wad, face à la 5e station du Chemin de croix. 

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    Jerusalem Hotel : moins crémeux mais malgré tout plus léger. Une réussite. Sur Nablus Road, à quelques minutes de la porte de Damas. 

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    Al Mihbash : l'assiette la plus "fait maison". Comme pour tout ce qui vient de ce restaurant, le houmous semble extrêmement frais. Un peu plus haut que le Jerusalem Hotel, sur Nablus Road aussi.

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    Rahmo : là aussi, forte dose de tahiné. La texture très fondante s'explique sans doute parce qu'il n'est pas servi à température ambiante mais un peu chaud. Dans la rue Ehskol, à côté du marché Mahane Yahouda, côté Jérusalem-ouest.

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    Versavee : comme l'ensemble des plats servis ici, le houmous ne laisse aucun souvenir. Le passage dans lequel est situé le restaurant, juste à gauche après la porte de Jaffa faisait envie. Mais non. La déception du séjour.

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    Afteem : une belle assiette et un plat très citronné. A Bethléem, en contrebas de la place de la Crèche. Une halte connue des pèlerins depuis que les proprios ont été chassés de Jaffa en 1948.

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    Et on en oublie...

  • Jérusalem : le presse-agrumes hérétique

    Même ceux qui n'ont jamais mis les pieds à Jérusalem voient de quoi je parle. Voici un objet que je trouve délirant, tout droit sorti du cerveau fécond d'un designer foufou. Croisé dans une exposition à la Tour de David, à Jérusalem : un presse-agrumes façon Dôme du Rocher. Quand on sait que ce monument est depuis le VIIe siècle le symbole de la ville, qu'on le voit sur (presque) toutes les cartes postales et sur tous les posters de "martyrs" palestiniens... Ce n'est malheureusement qu'un prototype qui montre une (sacrée) liberté de penser.

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    Les touristes se pressent de plus en plus nombreux à Jérusalem, sur les lieux chargés d'histoire, sur les lieux saints des trois religions monothéistes ou encore sur les lieux du conflit actuel. La preuve, il y a maintenant un Guide du Routard sur Israël et Palestine, c'est dire.

    Tout cela, j'ai eu l'occasion de le vérifier lors de ma quatrième visite là-bas, en septembre dernier. C'est pourtant le premier voyage que je vais chroniquer ici. Dans les jours à venir, nous allons donc parler de Jérusalem, d'Hébron, de Naplouse, de colonies, de zaatar, de vins locaux, de limonade... J'oubliais que j'avais déjà évoqué précédemment les bières locales et du vin de Cremisan - mais on en reparlera aussi.

    A suivre donc un carnet de bonnes adresses si jamais la folle idée vous prend d'aller visiter ce joyeux bordel...

  • Le vin naturel croate existe, je l'ai rencontré

    Cuvée Sveti Jakov 2010, de Giorgio et Vesna Clai, vignerons dans l'Istrie croate. 

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    Quel vin détonnant ! Voici un blanc macéré à l'oxydation très fine, qui nous laisse un peu désarçonné : à la fois une grande structure et quelque chose d'extrêmement facile à boire. Il y a un mot pour ça : c'est bon ! Regoûté quelques temps plus tard à La Maison du Whisky (qui importe toute la bande Triple''A''), c'était tout aussi saisissant. Un vin rare.

  • Daily Syrien, ou la difficulté de trouver un bon falafel à Paris

    En ces temps troublés, il est bon de se souvenir que la Syrie est le berceau de toutes les cuisines du Proche-Orient, Alep en étant le point stratégique. Cette région du globe a connu plusieurs conflits militaires ou religieux... mais aussi des conflits plus culturels, ainsi cette guerre du falafel : tous les pays du Proche-Orient se disputent la paternité de ces boulettes de pois chiche souvent fourrées dans un sandwich. Et à Paris, les quelques restaurants syriens, libanais, palestiniens ou israéliens ne brillent pas autant que la coupole du Dôme du Rocher... Comme beaucoup de Parisiens ou de touristes, j'ai longtemps erré rue des Rosiers où L'As du Fallafel est devenu, bon an mal an, la référence parisienne. Va savoir pourquoi.

    Puis mes séjours à Jérusalem ont changé la donne. A Bethléem plus précisément, où, face à la basilique de la Nativité, Afteem (Manger Square, 00 972 2 2747940) sert le nec plus ultra du falafel avec le pain cuit chez le boulanger... Evidemment, chaque retour en France se fait dans la tristesse de ne pas retrouver l'équivalent. J'en suis venu à bouder L'As qui en définitive se révèle plus que banal quand on a eu la chance de goûter ce mets de choix dans sa région d'origine. Bref, je ne mangeais plus que des falafels maison, confectionnés avec la poudre bio de Naturalia, additionnée d'eau et frite. Faute d'être l'éclate, c'était un bon succédané, moins onéreux que dans le Marais. Enfin ça, c'était avant. Avant l'arrivée de cette échoppe : le Daily Syrien, curieux mélange de maison de la presse et d'ambassade gastronomique du Proche-Orient. 

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    Le patron viendrait du sud de la Syrie, juste à côté de la frontière israélienne. N'ayez pas peur, on n'est pas dans Hatufim. Ici, on ne parle que de bouffe : c'est frais et c'est extrêmement bon. 

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    A emporter ou à table (ici l'assiette des mezze).

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    Labneh, le fromage frais un peu aigre, sommet insurpassable de la gastronomie du Croissant fertile. 

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    Même le houmous n'est pas lourd, pas saturé de tahiné, pas suitant d'huile. C'est dire...

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    Tiens, je n'ai pas goûté ce taboulé. Au fait : le taboulé proche-oriental n'a rien à voir avec notre semoule indigeste. Là-bas, la base est constituée d'herbes fraîches, d'où cet alléchant vert.

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    J'allais oublier la douceur. Le mouhalabieh, cet entremets pour lequel on dénombre sans doute 50 orthographes et 50 recettes différentes. Léger, sans forcer sur l'eau de fleur d'oranger, il appelle son petit frère même si la cuisine qui a précédé tient au corps.

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    Question boisson ? C'est un peu le désert de Judée... Alors un thé à la menthe.

    Daily Syrien, 55 rue du Faubourg-Saint-Denis, 75 010 Paris, 09 54 11 75 35.

  • Existe-t-il des restaurants identiques en France ?

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    Mais regardez-moi le panorama depuis la terrasse de ce restaurant qui domine les collines toscanes... La photo, je l'ai prise à table, de ma chaise, là où j'ai mangé. Et mon appareil ne rend pas hommage à la chose.

    Un coup d'oeil maintenant sur cette carte digne des plus grands attrape-touristes connus. Nous sommes toujours à San Gimignano, au coeur de la Toscane, ceci explique donc cela. Le menu en 4 langues, le petit panneau annonçant fièrement que le restaurant est mentionné dans le Guide du routard... Tout aurait dû nous faire fuir. Mais voilà, nous sommes en Italie.

    Et tiens, juste un exemple : en Italie, pour indiquer que les plats sortent du congélo, on juxtapose un petit astérisque à leur intitulé. Et on n'a pas attendu tel docu d'Envoyé Spécial pour le faire.

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    Comme jaja, cap sur le p'tit bio local. Certes, il ne transpire pas le vin naturel, certes ce n'est pas la plus grande bouteille jamais bue, loin de là même. On se soucie peu du nom d'ailleurs. Attention, ce n'est pas non plus une piquette imbuvable, c'est honnête... surtout à 9 euros sur table ! Non, je n'ai pas oublié de chiffre devant ou derrière le 9, c'est bien un seul et unique 9. C'est-à-dire moins de 10 euros pour un vin bio qu'on irait, le coeur guilleret, jusqu'à qualifier d'agréable. Le tout, je le rappelle, face à l'une des plus belles régions d'Italie.

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    Et dans l'assiette ? Les charcuteries exquises proviennent du sanglier et d'une azienda agricola à un kilomètre de là.

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    Les pâtes à la truffe faites maison ne sont pas extraordinaires. Rappelons d'ailleurs cette évidence, à l'heure où les restaurants gueulent partout "fait maison, fait maison !" : ce n'est pas parce que c'est fait maison que c'est bon. En tout cas ici, il y a de la bonne volonté. 

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    Les desserts eux s'avèrent joliment troussés. Surtout le tiramisu, plutôt que le panforte local. Bref, c'est pas mal du tout ce resto à touristes, même si on est loin d'un gastro - ça tome bien, ce n'est justement pas le sujet. La cuisine, comme le vin, est plutôt agréable.

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    Facture ? 55 euros à deux, vin compris. Franchement ? Que demande le peuple ?

    Ben justement, le peuple demande la même chose dans l'Hexagone ! Le peuple réclame l'égalité entre l'Italie et la France. Pourquoi cantonner ce genre d'adresses à la Botte ? Le peuple veut pouvoir faire pareil chez nous ! Le peuple veut se restaurer dans des endroits merveilleux (San Gimigano, la Carcassonne toscane). Le peuple veut profiter d'un décor qui ne soit pas indirectement facturé comme dans les additions françaises (la vue). Le peuple veut savoir d'où viennent les produits (du coin ou de loin, surgelés ou pas). Le peuple veut des produits du coin, justement (ces charcuteries). Le peuple veut des assiettes aguichantes (le tiramisu). Le peuple veut du vin agréable, on se répête (cette vernaccia bio). Enfin, pour se payer tout ça, le peuple ne veut pas hypothéquer son petit appart ou vendre son rein gauche (je le rappelle, on a payé 55 euros à 2). Le peuple demande, le beurre, l'argent du beurre, la crémière, la vue sur les maisons aux alentours et un p'tit coup de blanc bien frais pour faire passer le tout.

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    Bien sûr, mon titre est volontairement provocateur. Je sais bien qu'il existe des restaurants identiques chez nous ; par exemple La Tour Cassée à Valvignières. Mais franchement, combien sont-ils dans les lieux sacrifiés sur l'autel du tourisme de masse ?

    La Vecchia Mura, Via Piandornella 15, 53 037 San Gimignano, 00 39 0577 940270. Vous n'allez pas faire le resto de votre vie mais pensez quand même à demander la terrasse.

  • Ce saucisson ne passe pas à la machine à laver !

    Comme le Port Salut, c'est écrit dessus : il ne faut pas laver ce saucisson à l'eau ! Ne pas utiliser de fer à repasser non plus ! Par contre, utiliser des couteaux fourchettes. Et c'est produit avec du cochon...

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    L'entreprise sise à Poggibonsi, la ville un peu moche à côté de San Gimignano, s'amuse sur l'étiquette. Mais en bouche, cette finocchiona, saucisson toscan aux graines de fenouil, cloue le bec. Viandard mais parfumé, encore mou mais peu gras (enfin, j'me comprends...), il possède un certain pouvoir addictif.  

    Comme beaucoup de produits dénichés dans cette adresse de San Gimignano : D! Vineria. Bon, le catalogue des vins ne présente pas la fine fleur du naturel mais les produits à becqueter (charcuteries, légumes en bocaux, pecorinos...) sont tous locaux et bios. Et très, très bons. Sans doute les meilleurs trouvés dans cette ville bien touristique. En plus, le midi, le proprio propose quelques tartines alléchantes. 

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    D! Vineria, Piazza dell' Erbe 1, +39 0577 943041, San Gimignano, Toscane.

  • Arabica ou orge ?

    Le caffè italiano tel qu'on le connait se fait un peu de mouron, sa suprématie est remise en cause par le café d'orge. C'est identique au café classique... mais avec de l'orge !

    Ici à Florence, le cappuccino d'orge revigore le gourmet de passage. Son bon goût de céréales, son lait aérien (comme partout en Italie) et son prix dérisoire (2 euros) nous rappellent que le cappuccino qu'on boit en France devrait être considéré comme un crime contre l'entente franco-italienne.

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    Souvent bio, l'orge est un dérivatif intéressant, plus local que le café classique (forcément). Mais surtout un goût différent. Alors, pourquoi pas les deux ? Pas sûr d'en trouver par chez nous par contre. Sauf chez RAP évidemment, qui propose la version soluble et parfois moulue ou en dosettes.

  • L'Italie, mère patrie des vins oranges

    Notez déjà que pour un accord vin/coucher de soleil, on ne fait guère mieux...

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    Oui, c'est désormais un clicheton que de vanter la qualité des vins naturels de notre voisin transalpin... N'ayons pas peur du blasphème : oui, ils surpassent quantité de vins naturels d'chez nous. C'est du moins une idée répandue dans mon cercle de francs buveurs. 

    Et il faut bien avouer que s'il y a un domaine dans lequel l'Italie se surpasse elle-même, c'est bien celui des vins oranges, ces vins "blancs typés" produits grâce à une longue macération des peaux de raisin au contact du moût. On sait bien que cette technique permet d'enrichir la palette d'arômes pour l'heureux homme qui tient le verre. Notamment les amers. En passant, sachez que je vous épargne mes comptes-rendus de dégoupillages réguliers, sinon ce lieu de beuverie deviendrait ''du vin orange dans les veines''.

    Or l'amer nous renvoie irrémédiablement en Italie. CQFD. Bien sûr, en France aussi, le vignoble prend ce chemin avec quelques tentatives : il suffit d'un tour à la Cave des Papilles pour s'en convaincre (Prieuré-Roch, Riffault...) ou d'un coup d'oeil sur mes étagères (domaines La Boria, de l'Escarpolette...). Mais la majorité se déniche encore pour l'heure dans la Botte. Et s'il fallait un précurseur, un maître vénéré, un soldat reconnu passé général, c'est bien Josko Gravner. Autour de 30 000 bouteilles par an, parmi lesquelles des merveilles. 

    Ainsi ce Bianco Breg 2004, qui plus est, élevé en amphore. D'ailleurs, l'amphore est-elle une mode ? Ici, on est convaincu qu'il s'agit bien plus que d'une tendance (on y reviendra). Porte-étendard des vins oranges, il sera bien difficile à surpasser à l'avenir. Un vin puissant mais pas lourd, amer mais qui ne fait pas grimacer, relevé en fin de bouche par une pointe d'acidité salvatrice. Le genre de vin qui te transporte du début à la fin de la soirée, qui se suffit à lui-même. Même ces ballons pourris ne l'ont pas banalisé.

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    Le soufre n'arrive qu'à la mise, c'est tant mieux. Toutes les considérations techniques ou gastronomiques sont expliquées avec talent ici. Moi je me suis contenté de trouver la bouteille (Antica Latteria, Via San Matteo 19, San Gimignano, enoantlat@libero.it). Et de boire ce vin du Frioul dans les collines toscanes. Comme dit plus haut, et même si les photos n'en témoignent pas, il épousait très bien la fin de journée .

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  • Pour les grosses chaleurs, pensez à la glace au vin blanc

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    D'ordinaire, on fuirait la boutique de Sergio Dondoli. La file d'attente, les calicots grossiers qui vantent les productions maison, les photos avec les stars européennes de la bouffe (Pierre Gagnaire, Pierre Hermé...) ou avec Miss Italia 1996... On frise le ridicule ici à San Gimignano, magnifique Carcassonne toscane.

    Pourtant, tout laisse à penser que le produit est exceptionnel. Déjà, des amis plus que crédibles nous avaient lâché le tuyau. Ensuite, les renseignements pris sur notre homme plaident en sa faveur. Certes, son site internet le présente comme le meilleur glacier d'Italie, donc du monde (mais soyons chauvins, n'oublions pas Terre Adélice ou Pierre Geronimi entre autres). Cependant, l'Italien est multiple champion du monde et surtout l'un des rares Master Gelato Maker, genre d'association des tout meilleurs glaciers de la planète. Bref, malgré le décor, on entre là dedans le sourire au gosier.

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    Et on a raison. Surtout qu'en plus des parfums communs ou des créations propres, Dondoli s'active autour du vin blanc local, la vernaccia di San Gimignano. Le cépage est connu pour produire des vins bien acides, on en reparlera (dans une version naturelle). 

    On le devine presque sur la première photo, la texture s'avère terriblement aérienne : au vu des 35°C extérieurs, on se verrait bien fondre nous aussi dans une baignoire bien remplie. Belle surprise, la bouche n'est pas écrasée par trop de sucre. Le goût du cépage correspond bien à ce qu'on a pu boire dans un verre : le raisin est là.

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    Avec quel vin est-il fait ? Sans doute pas avec la vernaccia la plus naturelle au monde, vu que cela ne court pas les rues par ici. Il existe pourtant un producteur plus qu'honnête, on en reparlera (bis). Dans les bacs, le vin est bien plus classique. N'oublions pas que nous sommes dans un endroit éminement touristique et que le vin qu'on aime n'est pas forcément compatible avec la chose... Mais un jour, pourquoi pas ?

    Juste en face, sur la même Piazza della Cisterna, la Gelataria dell'Olmo profite de la célébrité de la rivale pour se proclamer "meilleure glace du monde". On ne sait pas trop d'où ça sort, mais c'est de bonne guerre. Comme beaucoup de touristes, on a goûté.

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    Et donc ? Mieux vaut éviter de se tromper d'adresse. 

    Sergio Dondoli - Gelateria della Plazza, Piazza della Cisterna 4, 53037 San Gimignano, Toscane, Italie, 0039 0577 942244.

  • L'Italie flamboyante du vin, c'était chez RAP

    Mon banquier va pouvoir souffler, le restaurant italien RAP ferme ses portes demain midi. De l'autre côté de la rue, l'épicerie reste ouverte. Ouf. Et c'est là où pourra se procurer quelques quilles et tout le reste de la Botte gourmande. Mais bon, on se sent un peu orphelin tout de même.

    En fin de compte, de RAP, je n'en ai pas souvent parlé ici ; il faut dire que j'étais souvent là-bas. Et si Alessandra a dans l'idée d'ouvrir une autre adresse, forcément mon banquier pourra à nouveau se faire du mouron.

    Comment tenter de résumer tous ces moments passés dans cette adresse ? Avant la superbe cuisine qui n'a cessé de s'affirmer, c'était d'abord pour nous certaines bouteilles hors du commun. Avec Alessandra, avec Giovanni, avec toute l'équipe en cuisine, notre chemin fut pavé de trouvailles, de bombes, de dépaysements. Je suis persuadé que les plus jolis litres peuvent se limiter à une photo, tant les mots manquent pour décrire les émotions. 

    Plutôt que de longs discours, voici quelques photos de ce que vous avez loupé.

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    Et encore je ne les ai pas toutes mises, je sens déjà que certains s'ennuient. Certes il me manque des photos comme les Foradori, mais j'ai toutes les bouteilles en tête. Boire pour se souvenir, comme disait l'autre.

    Il y avait aussi les bouteilles vraiment hors du commun, celles qui nous ont fait prendre conscience de la folie douce du vin italien. Bien sûr, on en avait déjà une petite idée mais quelle déferlante à chaque fois !

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    Et une dernière danse, le tango. Merci Alessandra.

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  • Mon vigneron fait aussi dans l'huile d'olive

    L'huile d'olive, ce n'est pas ma civilisation. Je suis plutôt beurre, comme je suis plus blé que riz et plus quiche lorraine que ratatouille. Mais je me soigne, la preuve.

    On dit toujours qu'il faut deux huiles d'olive à portée de main : une pour la cuisson, l'autre pour l'assaisonnement. J'ai fait le compte. Oui, j'en ai une pour la cuisson. Et pour l'assaisonnement, ça monte à neuf ! Dont une turque et ma chère palestinienne

    Sur ces neuf, six proviennent de vignerons qui cultivent aussi des oliviers, cet autre fruit de la Méditerranée. Ceux-là ont compris bien avant les autres l'importance de la polyculture. Ici, les soins apportés auc oliviers se calquent sur le mode de production du vin, souvent bio ou naturel. Forcément, les vignerons dont je parle sont plutôt situés autour de Mare Nostrum : pour les olives, le climat y est moins rigoureux qu'en Champagne mais, qui sait, les choses changent...

    Petite revue des troupes de ma cuisine : commençons par la très grosse déception, l'huile d'olive du domaine Gramenon.Elle fleurit en ce moment chez certains épiciers. Grasse et sans saveur particulière, mieux vaut l'utiliser en cuisson. Mais à ce prix-là (18 euros le demi-litre), ça fait cher de la matière grasse.

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    Un caviar, maintenant : la fleur d'huile d'olive de Jeff Coutelou (Mas Coutelou). Dès que les olives sont mises à macérer et à broyer, s'écoule un jus, que l'on obtient donc sans aucune pression sur les fruits. Délicatement amère, cette huile donne l'impression de croquer la peau du fruit comme dans on croque la peau du raisin dans les vins de Jeff. La photo du contenant n'est pas à la hauteur du contenu.

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    Côté Vaucluse, à Faucon précisément, une belle surprise : l'huile d'olive A.O.C. Nyons de La Roche-Buissière. Les papas de Petit Jo et Gaïa sortent un nectar relativement doux et fruité à prix  raisonnable quand on l'achète en bidon de 3 litres directement à Faucon. On reparlera bientôt de ce domaine-resto-caviste-oléiculteur-abricoculteur-etc.

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    Traversons la mer. En Sicile, à côté de ses vignes, Arianna Occhipinti possède 15 hectares d'oliviers dont elle tire deux huiles biologiques, non filtrées et millésimées. La Gheta (oliviers de 80 ans, variété Nocellara del Belice) fait elle aussi partie de la catégorie douce-fruitée. Plus relevée, la Panterei (oliviers centenaires, variété Tonda Iblea) se révèle plus piquante, plus rock. Mais à chaque fois, on a un fruit très fin, rien d'aggressif.

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    Remontons un peu plus au nord de l'île, du côté de l'Etna. Le domaine I Vigneri produit des vins qu'il me tarde de goûter tant son huile d'olive est merveilleuse. A la fois acide, pimentée et saline ; et chaque sensation vient renforcer l'autre. C'est assez grandiose. En vente chez RAP, comme les deux précédentes.

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    Le photo de l'huile d'olive du Clos Romain ne sort par d'un dossier de presse  mais de l'appareil de Stéphanie. C'est la seule dont je ne dispose pas chez moi, je ne l'ai même pas goûtée mais ma copine m'en dit beaucoup de bien : "Je l'ai toujours rangée dans la case des douces et fruitées, ce qui fait qu'elle est très agréable en cuisine parce qu'elle ne prend jamais le pas dans les recettes. Elle est très équilibrée"

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    Et il y en a évidemment une ribambelle d'autres... Mais je n'ai plus de place dans ma cuisine.

  • Apprenez le geste qui sauve les vignerons grecs !

    Pour sauver la Grèce, buvez du vin naturel grec ! Oui, c'est tout con. Mais encore fallait-il y penser. On connaissait déjà le lever de coude appliqué aux vignerons ligériens et français dans leur ensemble. Mais voici le visage humain de la mondialisation : ivrognes de tous pays, unissez-vous !

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    Cuvée n°15 (100 % assyrtiko, un cépage blanc qui cartonne) de Haridimos Hatzidakis. Il est produit sur la fameuse île de Santorin (Santorini), où j'ai eu la chance de me rendre il y a quelques années. Les touristes s'arrêtent au premier village, c'est bien dommage. Santorin, c'est un volcan monté de la mer ; les éruptions ont en outre formé d'étranges plages de sable noir. C'est le même sol où a poussé la vigne. Cette bouteille est issue de trois parcelles cultivées en bio, avec sol labouré et aucun intrant chimique (seulement de la fleur de soufre dans les vignes). Sa puissance le rapproche d'un jurançon sec mais je trouve ça bien glouglou par rapport à certains de ses homologues béarnais. Et pour l'exportation, une jolie contre-étiquette tout en français pour les fanas du détail.

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    Il suffit de quoi ? Un tire-bouchons et des verres. Et à portée de main un bouquin, que dis-je, un hymne au plaisir perpétuel, dont l'action se passe en Crète (mais on transpose facilement) : Alexis Zorba, de Nikos Kazantzaki. Celui qui donna naissance à Zorba le Grec, le film avec Anthony Quinn.

    Sur la dernière page, on peut lire quelque chose comme ça.

    "Ecoute encore : si un pope vient pour me confesser et me donner les sains sacrements, dis-lui de déguerpir en vitesse et qu'il me donne sa malédiction ! J'ai fait des tas et des tas de choses dans ma vie, et je trouve que ce n'est pas encore suffisant. Des hommes comme moi devraient vivre mille ans. Bonne nuit !"

  • Stanko Radikon, l’homme libre du vin italien

    "Pour bien connaître un pays, il faut le manger, le boire et l'entendre chanter"
    Michel Déon

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    Aujourd'hui, j'accueille un invité : mon gars Olivier, fin connaisseur du vin naturel italien. Avec lui et Jacques, nous buvions l'autre jour un verre de vin blanc de Stanko Radikon, fameux alchimiste du raisin transalpin. C'était chez LMDW Fine Spirits, la seconde adresse de la fameuse Maison du Whisky. Ici on est bien moins exclusif que chez la maison mère : on y vend toutes sortes de spiritueux. Et depuis quelques semaines, du vin naturel italien de grande classe. Parmi les références, Radikon donc, déjà goûté à Venise et que je retrouve désormais à Paris. C'est d'ailleurs, à mon avis, le seul caviste parisien à en proposer à la vente. Ce verre donna à Olivier l'envie de composer ce petit texte sur un vigneron qui représente bien plus que son vin: une certaine idée de l'Italie.

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    Tout proche géographiquement de la frontière slovène, situé précisément à Oslavia une localité située comme son nom ne l’indique pas en Vénétie-Julienne, Stanko Radikon est une des grandes signatures du vin italien, un des rares à être capable de vinifier intégralement sans soufre. Conséquence : un style très tranché, unique mais procurant à chaque dégustation un moment de grâce à l’instar de ce que procure la lecture d’un grand livre (ceux d'Italo Svevo pour rester dans la région de Trieste) ou la vision du soleil se couchant sur l’Adriatique.

    Territoire de la république aristocratique de Venise pendant des siècles, puis province de l’empire austro-hongrois, cette région fut définitivement rattachée à l’Italie après la seconde guerre mondiale, entérinant les frontières du traité de Versailles. Ce qui ne manque pas de rappeler que l’Italie est une jeune nation dont l’unification remonte à 1860, un composé historiquement libre (« Italia fara da se » comme l’expliquait Verdi) de peuples dont les racines remontent au plus loin dans l’histoire.

    Et c'est justement après la Deuxième guerre mondiale que certains vignerons commencèrent à replanter, dans cette région, les vignobles avec d’anciens cépages, notamment le fameux Ribolla Gialla. En 1980, Stanislao (Stanko) Radikon prend la direction du domaine familial fondé par son grand-père Franz Mikulus. En 1995, il approfondit sa démarche : il utilise désormais des cuves en bois de 25-35 hectolitres, dans lesquels les raisins de blanc vont macérer avec les peaux pour produire des vins capables de résister à l'oxydation. Après un repos de trois années dans des foudres de chêne, le vin est ensuite mis en bouteille sans collage ni filtration ni ajout de soufre et repose neuf mois en bouteilles avant commercialisation. Les couleurs profondes et intenses des vins de Radikon proviennent de ce processus, qui produit également naturellement des anti-oxydants nécessaire à la préservation du vin. D’où, l’absence de sulfites ajoutés… 

    Radikon fait désormais partie du 1 % cher à Sébastien Lapaque [seul 1 % des vignerons travaillent la terre au plus près de la nature et ils constituent à la fois le passé et l'avenir du vin]. Le Ribolla Gialla 2005 était superbe avec sa robe ambrée et ses notes minérales, puis épicées en fin de bouche.

    Olivier

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  • Alep, grande ville syrienne et mère de toutes les cuisines du Proche-Orient

    "Jouir des bonnes choses renforce l'adoration chez le serviteur de Dieu
    et elles tirent de son coeur la louange la plus pure".
    Ibn al-‘Adîm dit l’Alépin (1192-1262).
     
    Cette citation est extraite d'un traité culinaire de l'époque ayyoubide, c'est-à-dire la dynastie présente dans la moitié sud du croissant fertile au XIIe (son représentant le plus connu est Saladin). L'ouvrage s'intitule précisément "al-Wuslâ ilâ lhabîb fî wasf al-tayyibât wa-l-tîb", ou plus simplement la Wulsa. C'est-à-dire le "Livre du lien avec l’amant à travers les bons plats et des saveurs". Ceux qui l'ont étudié parlent d'un ouvrage subtil aux recettes variées refletant la diversité culturelle d'Alep et de toute la région. Si un éditeur aux idées larges voulait se donner la peine de le traduire en français...
     
    Simplifions la chose : la Wulsa est la première codification de toute la tradition culinaire du Proche-Orient, un peu comme le "Mesnagier de Paris" pour la France. Il consacre Alep comme la capitale régionale de la gastronomie. Aujourd'hui encore, et même si elle dispute cette place à certains coins du Liban ou de la Palestine, c'est bien la Syrie qui reste la mère de toutes les cuisines proche-orientales.

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    Toute cette histoire est racontée dans un livre à mettre entre toutes les mains : "Les Secrets d'Alep" (éditions Sindbad-Actes Sud), écrit il y a six ans par Florence Ollivry, alors enseignante au Centre culturel arabe d'Alep. Ce n'est donc pas l'attachée de presse qui me l'a envoyé mais l'ami Olivier, fin connaisseur de ce pays, qui me l'a mis sous le nez. "Les Secrets d'Alep" s'avère un livre rare. Il revient sur l'histoire de la région, reprend les bases de la Wulsa, décrit des spécialités culinaires actuelles, fait le point sur les coutumes des différentes communautés d’Alep. L’auteur dépeint également la vie sociale alépine  par des détails ethnologiques (comment nait-on à Alep ? Comment se marie-t-on à Alep ?...) toujours sous l'angle gastronomique. Comment mieux connaître une ville que par sa nourriture et par les rites qui en découlent ? Le livre est extrêmement détaillé et je dirais, efficace : aucune phrase n'est superflue, aucune lourdeur. Quand on connait à ce point son sujet, on n'a pas besoin de tirer à la ligne. Enfin, les recettes livrées en parallèle sont relativement accessibles.

    Petites courgettes farcies au frikké (mahchi 'ajjour bel-frikké)

    Pour 6 personnes, prévoir 250 grammes de frikké (brisure de blé vert), 250 grammes de viande hachée (du veau ou du mouton), 2 kilos de petites courgettes de 6 centimètres de longueur, un bon poivre noir parfumé et du sel. Retirez l'opercule des courgettes et la chair à l'intérieur. Rincez le frikké et mélangez à la viande. Salez et poivrez. Remplissez la courgette aux trois-quarts sans trop appuyer et disposez les légumes dans une cocotte à la verticale. Couvrez d'eau, salez, donnez un bouillon et laissez cuire à feu doux pendant une heure. Vérifiez la cuisson en piquant la peau avec une fourchette. Egouttez puis servez avec une sauce faite de laban, de poudre de menthe et d'ail pilé.

    Paris, on trouve du frikké palestinien, de Jénine précisément, dans la fameuse épicerie libanaise Aux Délices d'Orient, là même j'avais acheté le vin naturel libanais, le château Musar. 

  • Un sauvignon récolté en juillet !

    Les vendanges en juillet, il y a des maisons pour cela. Paraphraser Clemenceau en début de billet pourrait faire sourire. Pourtant, bon nombre de vins de basse extraction se récoltent trop tôt. Ici, on parle vraiment d'autre chose ! D'une expérimentation très intéressante. Notre homme s'appelle Matteo Ceracchi (domaine Piana dei Castelli). L'affaire se passe à Velletri, dans le Latium (Lazio en italien), c'est-à-dire la région de Rome. On n'est qu'à quelques dizaines de bornes de la capitale et on prend une grande leçon de viticulture. 

    La vendange de ce sauvignon a eu lieu le 27 juillet 2011. D'où le nom de 27.07 : ce n'est pas un agent secret, mais un vin quasi secret, 9300 bouteilles. Les vignes sont cultivées en biodynamie mais on ne le dit pas trop. Résultat ? Forcément inattendu. Bien sûr, une forte acidité mais pas dérangeante, au contraire : rafraîchissante. Une finale très minérale. Ce vin n'est pas vert : le fruit est mûr, le jus est précis, la quille taillée pour quelques belles années. Assurément, on l'a bu trop tôt. C'est une sacrée découverte. "Le beau vin" comme dit l'ami Jacques.

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    Pourquoi une récolte fin juillet ? Lucia, la soeur de Matteo, répond que "c'est une provocation. Le goût des Italiens nous a << obligés >> à explorer les autres particularités de ce cépage. Normalement, les arômes typiques d'un sauvignon (comme celui que nous produisons en septembre) sont le buis et les arômes dus à la pourriture noble (miel, fruits confits). Or le 27.07 a une robe jaune paille aux reflets verdoyants et des arômes végétaux. Il est moins coquin qu'un sauvignon classique et il exprime à fond le territoire crayeux et siliceux du Latium. Le fait d'arriver à faire une vendange en juillet ne dépend pas du soleil, ou plutôt cela ne dépend pas que du soleil : c'est grâce à l'énorme travail que nous faisons dans les vignes. C'est en janvier que l'on comprend comment anticiper toutes les phases phénologiques. C'est en janvier aussi que l'on voit si les plants seront bien hydratés et bons pour juillet. Bien sûr, le climat doux du centre de l'Italie aide énormément nos expérimentations".

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    De manière un peu plus classique, le domaine Piana dei Castelli offre aussi un merveilleux pinot gris, cuvée sobrement baptisée Grigio. La merveilleuse couleur provient de la macération des peaux de raisins.

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    Un nez plutôt simple mais une bouche sacrément pulpeuse : les chanceux présents ce soir-là adhèrent tout de suite. Au fur et à mesure de l'ouverture, il montre ses nuances qui tirent vers les fruits blancs et notamment la pêche. C'est un ravissement.

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    Enfin, la "petite" cuvée de blanc baptisée Grechetta, qui est aussi le nom du cépage autochtone qui la compose. Un très joli vin qui est resté simple, léger, incroyablement buvable.

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    Les rouges aussi m'ont fait bonne impression, notamment le Vendemmia 1 (cabernet-merlot) un genre de bordeaux enfin buvable. Mais les blancs ont vraiment tout écrasé.

    Comme je suis sympa, je partage mes bonnes adresses. Pour ce genre de vins italiens extraordinaires (au sens propre, hors de l'ordinaire) mais accessibles (entre 10 et 15 euros prix caviste), il n'y a qu'une seule adresse à Paris, c'est R.A.P. On croyait en connaître un rayon sur l'Italie, tu parles... On se rend compte qu'on ne connaissait rien.

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  • Un rioja très glouglou

    C'est à la cave Les Babines, dont on parle trop peu, que j'ai dégoté cette quille. Un rioja pas du tout là on l'attend : pas de boisé, pas d'extraction, pas de lourdeur. Du jus, du gouleyant, de la chaleur certes, mais rassurante. Et ce, malgré ces cépages que je trouve d'habitude lourds (75 % tempranillo, 10 % graciano, idem pour le cabernet-sauvignon et 5 % de grenache).

    C'est le domaine Martín Alonso Etayo et la cuvée Viña Ilusión dans son millésime 2010. Un coup de coeur pour à peine plus de 10 euros en France et moitié moins en, chez L'Anima del Vi.

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    Une porte d'entrée dans le vin naturel espagnol ? Sans doute !

  • Le vin naturel libanais existe, je l'ai rencontré.

    Château Musar... Rien que le nom m'excite. C'est par la version 1997 de ce vin terrible que je suis venu au vin justement. Je l'ai déjà raconté ici : j'ai trempé mes lèvres dans ce breuvage il y a bien 10 ans. A l'heure estudiantine où nous buvions encore les piquettes de supermarché, il a suffi d'une seule gorgée pour comprendre ce qu'est réellement le vin : pilier incontournable du goût et traduction liquide de l'Histoire. Oui, c'est grâce à un vin libanais que j'ai eu la révélation.

    Musar, c'est un peu le vin naturel du Liban. Les vignes sont conduites en bio, on y réalise très peu d'intervention et le SO2 n'est utilisé qu'à des doses minimales. Après avoir un peu abusé, nous pouvons confirmer ces informations. Mais à l'époque de la première bouteille débouchée, il y a dix ans donc, nous n'en savions rien, nous n'y connaissions rien. Et pourtant, quel choc gustatif... Depuis nous avons ouvert le 1999. Et ce samedi, nous avons décidé de frapper fort avec deux rouges ainsi que le rarissime blanc.

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    On est donc au Liban dans la célèbre et fertile plaine de la Békaa. Ici les vignes sont protégées dans deux massifs, le Mont-Liban et l'Anti-Liban. Le domaine qui appartient toujours à la famille Hochar est situé à plus de 1 000 mètres d'altitude, sur un sol argilo-calcaire légèrement graveleux. La vigne date des années 1930 et est continuellement replantée depuis.

    Les rendements tournent autour de 30 hectolitres par hectare. C'est la richesse du climat et la forte altitude qui permettent de limiter les interventions tant à la vigne qu'au chai. Résultat : loin des idées reçues sur les vins libanais, les vins de Musar sont digestes mais plein de classe, glouglou mais avec une vraie complexité.

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    Le Musar rouge est un assemblage de cabernet-sauvignon, carignan et cinsault à parts égales même si cela varie un peu selon les millésimes. Le travail est énorme : longue fermentation dans une cuve en ciment avant d'élever le vin un an dans des fûts de chêne français avec seulement 30 % de bois neuf. Le vin repart ensuite dans des cuves en ciment pour un an. Puis embouteillage sans collage ni filtration. Les quilles sont commercialisées quatre ans plus tard, soit sept ans après récolte.

    On est très loin d'un vin standardisé d'une année à l'autre. Selon les aléas climatiques, le cabernet ou le cinsault peuvent prendre le dessus. Pour certains millésimes, on s'approche du bordeaux, l'année suivante ça tire vers les cotes-du-rhône, parfois c'est plutôt un languedoc.

    Le 2004 s'avère évidemment bien plus plus jeune que les jus bus jusque là (1997 et 1999). Il nous appararait un poil plus bordelais dans le style. Nous sommes peu enclins à siffler du cabernet mais il faut dire ici que c'est vraiment très élégant. Grossissons le trait : voilà un bordeaux comme on aimerait en boire plus souvent.

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    Le 1998 apparait clairement comme un grand vin du sud : le cinsault et le carignan semblent avoir pris le pas sur le cabernet même si à la couleur, on penche pour un beaujolais... C'est fin, incroyablement complexe, très classe : un très grand vin.

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    Et le blanc ? Le Musar blanc est aussi rare qu'un raisin sain dans une cuve de Baron de Lestac. Rarissime, exceptionnel, quasiment introuvable. On pourrait dire que ce vin n'existe pas. Oui, j'insiste bien quitte à me répêter. Olivier me l'a rapporté de Sicile ; c'était la première fois que nous en voyions. Les cépages ? Des machins autochtones quasiment inconnus au bataillon : l'obeideh. Mais si ! C'est le merveilleux raisin qui une fois distillé et additionné d'anis vert donne naissance à l'arak, l'apéritif anisé qui devrait être remboursé par la sécurité sociale. A côté de lui, un cousin : le merwah. Le premier est apparenté au chardonnay, le second au sémillon.

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    Ici les vignes se situent à 1 400 mètres au dessus du niveau de la mer et on en tire 25 hectolitres par hectare. Le processus pour le blanc est presque le même que pour le rouge : élevage pendant neuf mois dans des fûts de chênes français avec 30 % de bois neuf, puis mise en bouteilles avant de le laisser vieillir six ans. Idem que pour le rouge : le vin est commercialisé sept ans après récolte. Le 2000 que nous avons dégoté est constitué d'un tiers de merwah et de deux tiers d'obeideh. Nez explosif ! On croit à un sauternes avec le merwah (cousin du sémillon). Aucun sucre en réalité, une bouche très ample, un genre de très grand bordeaux blanc mais tendu, tendu, profond, très peu vanillé, encore bien acide, avec limite une petite oxydation bien plaisante en fin de bouche. Certains n'hésitent pas à boire le blanc après les rouges de Musar. Une fois de plus on est loin, très loin, des idées reçues sur le vin libanais.

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    A noter qu'il existe une gamme de seconds vins de Musar, certes moins chers mais assez sympathiques au demeurant. Quelques cuvées de Musar sont disponibles dans la très fréquentable épicerie libanaise Aux Délices d'Orient ; c'est là où nous avons acheté les rouges (30 euros pour le 2004, 45 euros pour le 1998). Le blanc a été acheté en Sicile une trentaine d'euros. Enfin, je signale à la cantonade que l'épicerie libanaise propose aussi des produits palestiniens très difficiles voire impossibles à trouver en France.
  • Les vins et les huiles d'olive d'Arianna Occhipinti disponibles à Paris

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    Ils sont venus, ils sont tous là, ils viennent du sud de l'Italie, les vins d'Arianna Occhipinti.

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    (source : Facebook)

    Arianna Occhipinti cultive 10 hectares de vignes à Vittoria, au sud de la Sicile, à côté de la ville de Raguse. Loin de la standardisation de l'écrasante majorité des vins italiens (à l'instar des vins français), les jajas d'Arianna sont légers, fins, digestes, aériens, parfumés, subtils...

    On connait bien le frappato (on me dit le plus grand bien du 2010, on va bientôt le vérifier) et le siccagno. (100 % nero d'avola). On s'est aussi armé de deux missiles moyenne portée : les SP68, les "petites" cuvées version 2011. C'est le nom de la strada provinciale, la départementale qui court à côté. L'immensément rare SP68 bianco (muscat d'alexandrie et albanello sur des vignes de 10 ans : nez très muscaté, bouche amère, incroyable profondeur, très sec, très ample, encore vert). Et le SP68 rosso (frappato et nero d'avola, déjà bien en place et bien glouglou).

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    Et puis la grande, la très grande, l'immense bouteille, la bombe : le Grotte Alte 2006 classée en Cerasuolo di Vittoria. Force et amplitude toujours alliées à ce côté aérien et parfumé. Arianna dit que ce vin est la synthèse de ce que la Sicile représente pour elle. Le parallèle me semble si évident dans le verre que je me permets de vous présenter le grand bourgogne du sud de l'Italie...

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    Mais il n'y a pas que le vin... Là, on arrive dans le pas connu de chez pas connu. A côté de ses vignes, Arianna Occhipinti possède aussi 15 hectares d'oliviers dont elle tire deux huiles biologiques, non filtrées et millésimées. La Gheta (oliviers de 80 ans, variété Nocellara del Belice) très fruitée, douce, amoureuse. 

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    ... et plus relevée, la Panterei (oliviers qui ont plus d'un siècle, variété Tonda Iblea) plus piquante, plus rock. Mais à chaque fois, on a un fruit très fin, rien d'aggressif.

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    Plus besoin d'aller en Sicile pour se procurer ces produits. Désormais, on trouve la gamme complète de l'azienda Occhipinti dans un seul et même lieu, à Paris. J'avais déjà parlé de R.A.P. pour son fabuleux pratoasciutto et sa formule du midi. Il y aurait beaucoup à dire sur l'épicerie du même nom qui se trouve juste en face, j'ai déjà commencé à propos des panforte. Et je continue car toutes les jolies choses dont nous venons de parler, c'est aussi chez R.A.P. qu'on les déniche. Bien sûr, il y a siccagno et frappato que l'on peut trouver ailleurs (Vin en Tête, Augé, Le Siffleur de Ballons...). Mais chez R.A.P. attend surtout le merveilleux "bourgogne sicilien" Grotte Alte 2006. De plus, et je ne voudrais pas trop m'avancer, mais je suis quasi sûr que cette épicerie est sans doute le seul endroit de France où acheter le SP 68 blanc et les huiles d'olive d'Occhipinti.

    R.A.P. L'épicerie, 15 rue Rodier, 75 009 Paris, 01 42 80 09 91.

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  • A Alger, on se cache pour boire de l'alcool

    Rarement article du Figaro.fr m'aura autant interpelé. Avant les législatives du 10 mai prochain, Thierry Portes s'est intéressé à la percée des islamistes plus ou moins modérés en Algérie. Le meilleur exemple ? Le papier est illustré au moyen d'un photo de La Taverne du Parc, alias Chez Kader le rideau baissé. C'était mon port d'attache lors de mon séjour en Algérie il y a deux ans et demi. C'était un de mes lieux de mémoire. Depuis janvier dernier, il a définitivement fermé sous la pression des islamistes et avec la complicité des autorités. Beaucoup de Kabyles rencontrés là-bas nous l'assuraient déjà à l'époque : bientôt il faudrait se cacher pour boire en Algérie. On y est.

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    La photo du Figaro est signée Lahcène Abib.

    La Taverne du Parc, l'autre office du tourisme d'Alger

    Avouons-le, ça m'a foutu un coup. En haut de la rue Didouche-Mourad (ex-Michelet), résistait, outre La Taverne du Parc, un sympathique restaurant. Certains l'appelaient L'Asiatique, d'autres Le Satisfait. J'avais d'ailleurs évoqué ici une mythique soirée autour de rougets, de camembert algérien et de cabernet-sauvignon local. Julien et moi nous étions assis à la table de parfaits inconnus qui nous avaient accueillis comme si nous étions leurs propres fils. Soulignons encore qu'à côté de ces deux adresses chéries, se tenait aussi un caviste qui avait insisté pour que nous goûtions la cuvée Monica. Que sont devenus ces lieux ? 

    Pour La Taverne du Parc, on l'a compris : c'est terminé. C'est là où nous avons plongé directement dans le bain algérois et ce, le premier soir de notre séjour. Nous nous y sommes familiarisés avec la gentillesse des Algérois. C'était - il faut parler au passé - un petit bistrot sans prétention. La salle avec sa dizaine de table en plastique était souvent pleine de clients exclusivement masculins qui devisaient dans la bonne humeur. C'était pour nous un genre d'office du tourisme : on y a recueilli des conseils, des adresses et surtout le pouls de la ville. 

    Au comptoir, tous optaient pour la bière locale, la Tango. Le premier homme qui s'approcha de nous insistait sur le prix des consommations. "Vous savez, la Tango est bien moins chère qu’une Heineken expliqua-t-il d’une voix chevrotante. 110 DA contre 150 DA (1,1 euro contre 1,5). Car Heineken est importée, la Tango produite ici". Même si le groupe néerlandais a désormais racheté la brasserie algéroise. "Les jeunes, eux, ils veulent Heineken, Heineken, Heineken. Moi, je préfère Tango. C’est une question d’état d’esprit." Nous avons bien contribué à éponger le stock.

    Il serait faut de dire que nous étions une attraction. C'est plutôt l'hospitalité des Algérois et leur volonté de communiquer qui a fait que tout le monde venait nous saluer, que ce soit pour une simple poignée de main ou un dialogue plus long. Je me souviens surtout des confidences de cet employé d'hôtel dont le frère travaillait dans le nord de Paris. "Je n’y suis jamais allé. C’est compliqué, il faut un visa et le consulat n’en donne pas beaucoup. Ou alors faut payer très cher, près de 7 000 euros". A qui ? On ne saura jamais exactement. Au milieu d’une autre discussion, un inconnu qui revenait des toilettes nous interpella : "Si vous voulez investir dans ce pays, allez-y ! Y’a plein d’argent à se faire !" Ce n'était pas vraiment le but de notre voyage, mais c'est noté. Un énième interlocuteur tenta pour sa part de résumer la sitation. "Ici, c’est le cœur d’Alger". 

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    Depuis quelques années, 2000 débits de boisson fermés en Algérie

    C'était un vrai lieu de socialisation La Taverne du Parc, chez Kader. Nous n'y avons jamais vu d'individus ébréchés. Les plus imbibés, ce fut souvent nous. Et ce n'était sans doute pas le seul lieu de la ville à résister aux assauts des religieux qui aiment bien tout verrouiller. Voyons maintenant ce qu'explique l'article du Figaro.

    Le journaliste est allé interroger Ali Hamani, président de l'Association des producteurs algériens de boissons qui livre ce chiffre effarant : environ 2 000 débits de boissons ont été fermés ces dernières années et rien que sur Alger, 66 points de vente et 74 bars et restaurants ont baissé le rideau. Les bars clandestins et la distribution parallèle ont explosé. Pourquoi ? Ali Hamani renchérit. "Il y a une tendance à l'intérieur du pouvoir et dans certaines administrations pour interdire l'alcool". N'importe quel petit délit, trouble à l'ordre public ou simple entorse au règlement sert de prétexte pour lancer une procédure de fermeture qui arrive souvent à son terme. Il n'y a aucune preuve administrative officielle mais le journal parle de la pression insidieuse exercée par les milieux islamistes qui semble payer. L'article l'évoque rapidement : depuis que le F.L.N. a contracté des accords électoraux avec les islamistes pour se maintenir au pouvoir, le parti majoritaire doit bien faire des concessions à ses nouveaux amis. C'est le cas avec les islamistes du Mouvement de la Société pour la Paix, un parti d'obédience Frères Musulmans. Et justement depuis 2005 les ministres du Commerce Lachemi Djaaboubé puis Mustafa Benbada sont issus de ce mouvement, baptisé Hamas auparavant.

    La triste histoire de Saïd Mahroun

    Le Figaro nous livre enfin le témoignage de Saïd Mahroun dont la police a fermé le magasin sis rue Mohamed-Belouizdad, ex-rue de Lyon, dans le quartier Belcourt. Là où Albert Camus a grandi. Magasin fermé mais ils n'ont pas retiré la licence. Des jeunes ont ensuite attaqué son magasin. Puis l'année dernière, nouveau pillage et gros incendie. Le commissariat se situe à 200 mètres. "La police a mis une heure et demi pour arriver ! Les voyous, ils ont ensuite vendu la marchandise à moitié prix dans la cité." Le procès devrait avoir lieu en avril. Laissons le journaliste conclure son article. "Alors qu'à moins de 50 mètres, le bar malfamé qui sert de l'alcool n'a jamais été inquiété. Mais il est sans doute protégé par quelques clients policiers buvant à la santé de l'alliance entre le F.L.N. et les islamistes".

  • Le vin en Syrie ? "On n'en vend pas en parlant des bombes"

    Karim et Sandro Saadé sont les gérants du domaine Bargylus qui produit "le seul vin syrien de stature internationale". Leurs deux cuvées, un blanc (chardonnay et sauvignon) et un rouge (syrah, cabernet-sauvignon et merlot), commencent à être disponibles chez certains cavistes parisiens. J'ai goûté leur blanc il y quelques mois. Bien sûr, les puristes du nature (et j'en suis) vont lui reprocher un certain côté "techno", mais on est tout de même agréablement surpris. Dénicher une bouteille de vin syrien de cette qualité méritait tout de même quelques éclaircissements.

    Lors de leur passage à Paris, les deux frères de nationalité libanaise (également à la tête du domaine Marsyas au Liban) ont répondu à mes questions sur la genèse de leur entreprise ou sur les spécificités du vin syrien. Impossible de faire l'impasse sur l'actualité syrienne : ce jeudi 15 mars marque d'ailleurs le premier anniversaire de l'insurrection. Les frères Saadé l'évoquent aussi, notamment ses conséquences sur la production de vin.

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    Bargylus, une histoire antique et une histoire de famille

    Le mont Bargylus (aujourd'hui Jebel Al-Ansariyé) où se situe le domaine était déjà connu de Pline l’Ancien. La vigne y poussait il y a 2 000 ans. Précisément, il se trouve dans le village de Deir Touma, dans l'arrière-pays de Lattaquié, la grande ville syrienne sur la Méditérannée. Nous sommes aussi à quelques kilomètres de la ville antique d'Antioche (aujourd'hui Antakya en Turquie). 

    La famille Saadé, chrétienne grecque-orthodoxe, puise ses origines dans tout le pourtour méditerrannéen. Sous Nasser, elle a été chassée de ses terres syriennes qui produisaient des olives, du coton ou des agrumes. Direction le Liban. Le père, Johnny, a toujours voulu faire du vin mais s'est lancé dans d'autres domaines, notamment les transports maritimes et terrestres. 

    Si les affaires semblent florissantes, on ne peut pas nier la passion des deux frères Karim et Sandro pour le vin. On sent chez eux un désir de se tourner "vers le plus noble" comme ils me l'expliquent. "La décision de faire du vin a été prise à la fin des années 1990. D'abord, on a voulu acheter un château du côté de Bordeaux". Mais la décision de revenir au pays a été plus forte. "Et de plus, depuis 20 ans, le gouvernement syrien a voté des lois pour encourager les investissements industriels en général, pas que dans le vin. Et ce, dans le but de créer des emplois". En 2003 naît Bargylus à partir de terres rachetées petit à petit, car il est impossible de mettre la main sur un grand domaine d'un seul tenant en Syrie.

    Un décret ministériel donne naissance à Bargylus

    Coup d'accélérateur fondamental, un décret ministériel taillé pour Bargylus aide à la naissance du domaine. "Il y a beaucoup de ministères en Syrie, les formalités administratives sont lourdes. Le décret ministériel avait pour but de rendre légal une telle exploitation et cela permettait surtout l'exportation des vins. Sinon il aurait été impossible de sortir les vins de Syrie". 

    Est-ce compliqué de créer un domaine viticole dans ce pays ? "Nous ne faisons pas du vin comme nous faisons des affaires. Forcément, nous avons pris de gros risques. Déjà parce que nous avons démarré ce vignoble à partir de zéro. Ensuite on a décidé de le créer en Syrie. On a voulu tout planter nous-mêmes, il a fallu faire former les locaux par des professionnels venus de France. De même, les analyses du sol ou des cuvées, on les fait au Liban ou en France : on est obligé de tout externaliser".

    Un côtes-du-Rhône syrien

    C'est un Français bien célèbre dans le monde du vin qui a conseillé l'entreprise : le consultant bordelais Stéphane Derenoncourt. Les frères Saadé l'ont rencontré grâce à des amis communs. Derenoncourt est venu en Syrie, il semble avoir eu un coup de coeur pour le terroir et depuis, il conseille Bargylus et le domaine Marsyas, créé au Liban quelques années plus tard.

    Le premier millésime de Bargylus remonte à 2006. Le mot terroir revient comme un leitmotiv dans la bouche des deux frères. "On n'est pas venu en Syrie avec un business plan, on s'est adapté au terroir. Ce terroir s'avère très calcaire. Le vignoble est situé à 950 mètres d'altitude, ce qui confère un important écart de température entre le jour et la nuit. De plus, le climat subit les influences maritimes venant de l’ouest". 

    Aujourd'hui, le domaine s'étend sur 12 hectares et produit 55 000 bouteilles. En Syrie, il n'existe pas vraiment de cépage autochtone (hormis l'obeidi à partir du duquel on fait l'arak). Pour le rouge au départ, trois cépages entraient à parts égales dans Bargylus : syrah, merlot et cabernet-sauvignon. "Mais ce dernier n'arrivait pas à maturité optimale". Diverses expériences ont été tentées par la suite ; depuis, c'est la syrah qui domine (2/3). Le reste se répartit entre cabernet-sauvignon et merlot. Il faut dire aussi que cela correspond plus au goût des frères Saadé qui confessent un amour pour les côtes-du-rhône. Autres chiffres : des rendements de 25 hectolitres à l'hectare et un élevage de 12 à 14 mois dans un tiers de barriques neuves seulement.

    Le blanc est constitué à 60 % de chardonnay et à 40 % de sauvignon. L'idée, et c'est réussi, est de rompre avec l'image de vins sudistes frappés de soleil et confiturés. On recherche plutôt une certaine finesse comme ce blanc 2008 goûté l'an dernier avec Thomas et Olivier.

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    La vision de bio chez Bargylus

    Bargylus est-il un vin bio ? Avez-vous des débats entre vous et avec Stéphane Derenoncourt sur le soufre ou les intrants chimiques ? "Nous sommes assez proches du bio dans nos méthodes de travail. Pas de pesticides, ni d'herbicides. Nous n'utilisons que du soufre et du cuivre, ce qui est autorisé en agriculture bio. Et des doses de soufre minimales à la mise en bouteille. On a même planté des céréales entre les rangs". Par contre, ils disent préférer les levures exogènes, ce qui peut sembler contradictoire.

    "Mais nous n'avons pas très envie d'aller vers la certification bio, car cela limite plus qu'autre chose. Il y a tellement de restrictions dans le cahier des charges en bio que lors d'une mauvaise année, nous ne pourrons pas traiter les problèmes. Pour nous, un logo bio n'est ni positif ni négatif. Ce qui est important, c'est la flexibilité. Ce n'est pas forcément notre but que d'être très innovant question bio ou sans soufre".

    Boire du vin en Syrie

    Que représente le vin en Syrie ? "L'Etat produit du vin, mais c'est relativement mineur. Les autres vins sont le fait des églises chrétiennes et sont destinés à la consommation personnelle, voire au seul vin de messe. C'est-à-dire que la consommation du vin est quasi nulle : il s'agit de bouteilles à 1 ou 2 euro(s). Souvent, le vin rouge n'est que du blanc que l'on colore : bref, ce n'est pas exportable".

    Le domaine des frères Saadé n'a pas du tout été pensé dans la même idée : "Bargylus, c'est le seul vrai vin syrien, c'est même le premier vin syrien de stature internationale. Mais il n'est pas distribué en Syrie. On peut imaginer qu'il se vendrait bien dans certains restaurants du côté d'Alep ou de Damas. Mais nous voulons qu'il soit apprécié par les connaisseurs. C'est donc pour cela que nous avons décidé de l'exporter en totalité".

    Produire du vin dans une Syrie déchirée

    Depuis un an, la Syrie se rapproche d'un état de guerre civile. "C'est à Deraa puis à Lattaquié que les heurts ont commencé mais le domaine se trouve à 60 kilomètres du centre de Lattaquié et il se situe en altitude. Nous n'avons pas connu de problèmes particuliers. Mais il est vrai que nous avons un peu anticipé : il y a 4 mois, nous avons passé des commandes plus conséquentes de bouteilles ou de bouchons. De quoi tenir un ou deux ans, de quoi voir venir". 

    Les difficultés concernent surtout les exportations. "Nous sommes obligés d'envoyer le vin au Liban avant de le réexpéditer à l'international." Les frères Saadé n'aimeraient pas voir des restrictions de circulation s'appliquer aux marchandises syriennes, ce serait "ridicule."

    Arrive enfin une question que le consommateur français peut se poser. Lui qui aperçoit une bouteille de vin syrien (fait déjà hautement "exotique") chez son caviste va peut-être se demander si boire du vin syrien est un acte politique. Est-ce un soutien à Bachar el-Assad ou au contraire, un acte de résistance ? Les frères Saadé balaient cette question : "ce n'est ni l'un, ni l'autre. On ne vend pas de vin en parlant des bombes. En buvant du vin syrien, vous soutenez les 15 employés permanents du domaine. Vous encouragez les gens sur place. Vous les encouragez à vivre dans leur pays, à vivre de leur travail et à travailler dans le domaine du vin."

    Produire du vin en Syrie aujourd'hui est un défi, pour des raisons liées à l'actualité certes, mais la question est aussi plus générale. Pourquoi le Proche-Orient ne retrouverait-il pas le panache de son histoire viticole ? Bargylus a vocation à être le gros domaine qui redonne la confiance à plein d'autres producteurs. C'est en tout cas la vision optimiste des choses. 

    (Vu que j'ai oublié de dégainer mon appareil lors de notre rencontre, la photo des dux frères dans les vignes est signée Bargylus).

  • Que boire à Istanbul ?

    Petite liste absolument pas exhaustive et totalement subjective du bon glouglou (avec ou sans alcool) dans cette ville merveilleuse qu'est Istanbul. On y mange aussi et même très bien. Et c'est ici.

     

    Le vrai café turc. Bouilli plusieurs fois avec son marc, il te prend aux tripes. Petits joueurs, s'abstenir. Bu face au Bosphore à la sortie du palais de Dolmabahçe, là où est mort Atatürk.

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    Pour les achats de café, direction une petite échoppe à côté du Bazar égyptien à Eminönü, le torréfacteur Mehmet Efendi.

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    La bière. La marque Efes domine le marché. Assez neutre, on en trouve vraiment partout. Elle supplante le vin.

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    Le vin turc. D'immenses progrès ont été réalisés. Les blancs notamment ont de la tenue. Pour l'instant, je n'ai pas trouvé de petits vignerons qui respectent leur terroir et le consommateur. Je n'ai pas vraiment cherché mais c'est sûr, il y en a. La mosaïque de terroirs turcs est immense, la viticulture de qualité commence même si la partie ne semble pas gagnée d'avance.

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    Le raki. Dans les pays arabes, on l'appelle arak. Mais ça n'a rien à voir avec nos pastis à base de plantes. Le raki, c'est du raisin distillé auquel on a ajouté de l'anis. On le boit en apéro ou en digestif mais surtout pendant tout le repas. Attention, ça monte à 45°. Pur, il purifie le corps. Additionné d'eau c'est pour quand il fait trop chaud ; il devient alors "lait de lion", c'est-à-dire de couleur blanc laiteux. Je voue une vraie passion pour ce type d'alcool. A Istanbul, on trouve partout le Yeni Raki, j'ai une préférence pour l'Altinbas.

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    Du yaourt. L'origine du yaourt est turque, malgré tout le bien qu'on pense de la Bulgarie. Celui de Kalinca, sur la rive asiatique du Bosphore s'ouvre avec une peau un peu plus dure à la surface. Il cache un coeur presque liquide (mais pas brassé) car peu amalgamé. Pas si aigre que ça, mais il est vrai qu'un bon miel le transcende ; ça se boit ou ça se mange, ça se discute.

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    Le jus de grenade fraîchement pressé. Sur les étals des ruelles peu touristiques, ça coûte moins d'un euro. C'est tannique, on dirait un gros rouge qui tache. Et ça fouette le sang. 

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    Le sahlep. Sans doute la bizarrerie liquide d'Istanbul. Pour simplifier, c'est le chocolat chaud de celui qui n'aime pas le chocolat. Précisément, c'est concocté à base de poudre de racine d'orchidée à laquelle on a ajouté du lait. Le tout parsemé de cannelle, c'est vraiment excellent. 

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  • Que manger à Istanbul ?

    Petite liste absolument pas exhaustive et totalement subjective du bon miam-miam dans cette ville merveilleuse qu'est Istanbul. On y boit aussi et même très bien. Et c'est ici.

     

    Les maquereaux grillés. Sur la gauche du pont de Galata côté Eminönü, plusieurs bateaux proposent des maquereaux à la plancha pour quelques pièces de monnaie. Les poissons sont cuits sur les bateaux qui tanguent ; sur la rive ont été installées quelques tables de jardin. Très bel exemple de nourriture de rue. Les mouettes l'ont bien compris.

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    Les moules farcies au riz. Simple comme bonjour et merveilleux quand c'est bien frais.

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    Le turbot stambouliote. On l'appelle kelkan ou poisson-bouclier à cause des petits "boutons" sur sa peau. Oui c'est peu ragoûtant, on le croirait malade à cause de la pollution du Bosphore. Il n'en est rien surtout quand il est frais et frit comme chez Balikci Sabahattin, à quelques rues au sud de Sainte-Sophie.

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    Les raviolis turcs. Ils s'appellent mantı à Istanbul. C'est tout petit et tout mignon, c'est cuit à l'eau ou au four pour les rendre plus croquants (pour l'apéro par exemple). Souvent fourrés à la viande ou au fromage. Pas cher et copieux.

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    Le köfte. Pour ces fameuses boulettes de viande, il y autant de recettes que de familles stambouliotes. Attention à l'accompagnement : ici les frites sont niaises, le boulgour pas extra. Par contre, un peu de yaourt, du sumac et du persil et le tour est joué.

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    L'agneau de Thrace. C'est celui dégusté au fameux restaurant Mikla : l'épaule a cuit durant 24 heures à basse température. Un vrai choc dans ta bouche.

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    Les loukoums. C'est la confiserie turque par excellence. Les meilleurs sont chez Haci Bekir. Bien sûr, il y a les parfums pour les touristes (pomme, rose, citron...) mais on aime par-dessus tout ceux aux pistaches (sans colorant), au mastic (résine végétale qui provient d'un arbre particulier ; en gros, c'est un genre de chewing-gum naturel) et surtout, surtout le must : le loukoum au kaymak, sommet insurpassable de la gastronomie turque. C'est-à-dire au lait de bufflonne, celui avec lequel on fait la véritable mozzarella.

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    Le pudding au riz. Un des desserts les plus courants en ville. C'est terriblement crémeux et il y a relativement peu de riz, parfait pour ceux qui n'aiment pas trop le riz au lait.

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    Les baklavas et autres pâtisseries orientales. Oui, à Istanbul aussi.

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    Dondurma, la glace turque. Elle est bien plus consistante que la nôtre, la texture se rapproche du chewing-gum : on la coupe donc au couteau. Elle se trouve souvent au chocolat, à la pistache ou au mastic.

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    Le tavuk göğüsü. Insolite de chez insolite. C'est un flan crémeux au blanc de poulet. Si, si... Il parait qu'une nuit, bien inspiré, le pâtissier d'un sultan a confectionné ce dessert (sucré) avec tous les restes disponibles, dont du blanc de poulet. Aujourd'hui, on le parsème de cannelle. C'est très doux, assez bon mais incroyablement filandreux alors qu'on s'attend à quelque chose d'assez mou.

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  • Istanbul : les loukoums au kaymak, sommet insurpassable de la gastronomie turque

    Kézako ? L'affaire se passe surtout l'hiver, car l'été il fait bien trop chaud dans les rues pour conserver cette friandise de haut vol : les loukoums au kaymak. Ils sont frais, tranchés à la demande et ne se conservent que 5 jours au frais. Rien à voir avec ces boites de loukoums aromatisés à la pomme et sortis d'ateliers hyper industrialisés que l'on sert aux touristes à chaque coin de rue.

    Mais c'est quoi le loukoum au kaymak précisément ? C'est un loukoum au goût assez nature (belle dose de beau miel, on dirait) fourré avec le kaymak, une crème de lait de bufflonne. Le lait de bufflonne, c'est celui avec lequel on fait la véritable mozzarella, celle classée en Denominazione di Origine Protetta.

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    C'est une confiserie extra fraîche, extra tendre, extra douce. Le sucre n'est absolument pas agressif dans le palais et on finit sur un vrai côté crémeux qui effectivement rappelle le fromage italien. Une texture incroyablement moelleuse fait de ce type de loukoums un délice insurpassable, Rolls de la pâtisserie stambouliote. Ils se trouvent chez le pâtissier Haci Bekir et il y en a trois adresses dans la ville.

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  • Istanbul : au moins, ce vin turc ne ment pas

    Côté pile.

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    Et côté face, on apprend tout. Producteur (Doluca), millésime (2010), degré alcoolique (12,5°). Mais pas que...

    Cépages : sultaniye et emir.

    Région(s) : à la fois, autour de la mer Egée (ouest du pays) et Cappadoce (est du même pays). Hum, hum... Pourquoi pas...

    Et surtout composition. Je cite : "raisin, dioxyde de soufre, antioxydants (acide ascorbique, acide citrique)". Au moins, c'est clair !

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    Bien sûr, on est dans l'industriel et la transparence ne rend pas le vin meilleur. Mais soyons honnêtes et reconnaissons tout de même qu'il triche moins que la majorité des vins français.

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