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Bibinographie - Page 2

  • Te fiche pas de moi, je cuisine !

    te fiche pas de moi,je cuisine

    À l’heure des produits surgelés sans âme, des sandwichs sous vide sans goût ou des plats à emporter sans éclat, il est plus que jamais nécessaire de retourner derrière les fourneaux. Et ça n’a rien d’une corvée ! Franckie pour les dessins et ma pomme pour les textes, nous avons pas mal réfléchi. Le résultat est beau comme un camion : ça s'appelle Te fiche pas de moi je cuisine ! et on le trouvera dès mercredi 12 dans toutes les bonnes librairies. Allez, un peu d'autopromo !

    De quoi s'agit-il ? D'un coffret de 60 fiches illustrées (50 recettes, 10 fiches de conseils) à destination des étudiants et de tous les curieux en général. On a essayé de faire un objet à la fois pratique dans la forme et aussi intelligent que possible dans le fond.

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    Pratique, déjà. Nous avons délimité 6 thèmes, chacun avec sa couleur appropriée, pour coller à tous les moments de la vie quotidienne. A chaque fois, 8 recettes : 

    Pour un quotidien qui bouge : le club sandwich, l'empanada, un taboulé, une salade niçoise, un gâteau au sirop, un far breton, un brownie et des sablés.

    Pour un moment convivial : un cake salé, une tortilla, une quiche lorraine, une pizza, des lasagnes à la bolognaise, un chili con carne, un riz au lait et une mousse au chocolat.

    Pour une bouffe rapide : du guacamole, des crêpes, un cordon-bleu, un hamburger, un croque-monsieur, du pain perdu, un gâteau au vin blanc et des cookies.

    Pour un plat qui impressionne : des chips maison, un tartare de la mer, des champignons à la grecque, un risotto, un osso bucco, un bifteck à la cambodgienne, une panna cotta et un cheesecake.

    Pour un repas copieux : des croquettes au jambon, des galettes de pommes de terre, des gnocchis au pesto, des pâtes carbonara, du hachis parmentier, une tartiflette, une tarte à la confiture et des muffins.

    Pour un menu léger : un gaspacho, une soupe de légumes, une moussaka légère, un poisson en papillote, des tomates farcies végétariennes, une compote de pommes, un crumble et un smoothie.

    Ajoutons à cela deux fiches cocktails (avec ou sans alcool) pour pimenter un peu les moments conviviaux. Et vu qu'il s'agit de plaquettes plastifiées, cuisiner devient bien plus simple : plus besoin d'ouvrir un gros livre qui craint les taches de gras ! 

    te fiche pas de moi,je cuisine

    Aussi intelligent que possible, ensuite. Ici, pas de recettes à base de cordon-bleu sous vide, de Nutella ou de pâtes feuilletées pleines de je-sais-pas-quoi. Tant qu'à retourner en cuisine, on fait tout maison, de la pâte à pizza à la purée de pommes de terre ! On cuisine responsable, voire tout simplement logique, en suivant un principe de base : les saisons ! C'est meilleur pour la planète, pour le goût des fruits et des légumes et pour le portefeuille.

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    Et tout comme un bon repas va souvent de pair avec le vin, on donne aussi quelques conseils dans ce domaine.

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    Volontairement, ce coffret de fiches-cuisine qui s'adresse aux étudiants comme à tous les curieux se veut un peu exigeant parce qu'on ne réchauffe pas de produits tout préparés et qu'on n'utilise pas de micro-ondes. Mais au final, faire la cuisine soi-même c'est plus économique, bien meilleur, en réalité assez simple et assez marrant !

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    Finissons sur le plus important : se faire plaisir et faire plaisir. Car, qu'il s'agisse d'une pizza ou d'un homard, la cuisine est avant tout l'occasion d'un moment de plaisir partagé. D'ailleurs, quelle plus grande preuve d'amour que de cuisiner pour quelqu'un ? Alain Chapel, un des plus grands cuisiniers du siècle passé écrivait que "la cuisine, c'est beaucoup plus que des recettes. Des produits d'abord et avant tout, et des émotions sans doute, qui s'enracinent dans des paysages, des visages, un quotidien familier, un bonheur plus ample que la table". C'est tout cela qu'on a essayé de faire passer.

    Te fiche pas de moi, je cuisine ! de Franckie Alarcon et Guillaume Nicolas-Brion, aux éditions Milan, 10,90 euros. Dans toutes les bonnes librairies à partir du 12 octobre. Pour les infos, c'est ici et pour tout contact c'est

  • Quand le vin naturel est le fil rouge d'un roman

    L'écrivain Jérôme Leroy publie demain un polar dont on n'a sans doute pas fini de parler. Le Bloc (éd. Gallimard) raconte l'arrivée au pouvoir d'un parti d'extrême-droite. Evidemment, on l'attend et certes, l'idée de départ n'est pas gaie. Mais dans cette atmosphère d'agonie propre aux livres de Jérôme Leroy, il y a toujours quelque chose à quoi se raccrocher.

    Dans un précédent roman La Minute prescrite pour l'assaut (éd. Mille et une nuit, 2008), c'est le vin qui permet de rester en vie. Et pas n'importe lequel... Le personnage principal rencontre sa nouvelle amie grâce au Brut Nature zéro dosage de Drappier et ils font l'amour sur une plage en compagnie du chablis des De Moor. Quelqu'un autre passe en contrebande le cheverny rouge de Villemade qu'il a acheté chez mon ancien caviste, Michel, rue de la Folie-Méricourt aujourd'hui fermé, chez qui on goûte le morgon de Marcel Lapierre. On se soigne au pouilly-fumé de Didier Dagueneau et on arrose ses repas avec le mâcon de chez Valette, les Glaneurs des Foulards rouges et un irouléguy et d'une poire Williams de chez Brana. Le départ vers le sud ne se fait pas seul : on emporte à nouveau le cheverny de Villemade et les blancs de Dagueneau.

    Lorsqu'on referme La Minute, on se dit que c'est marrant d'être à ce point en terrain connu, en ce qui concerne le vin et en ce qui concerne le reste.

  • De l'utilité des blogs indépendants sur le vin

    A cette interrogation légitime, voici une réponse quelque peu anachronique par Alain Braik. On est en 1983 et celui que Marcel Lapierre surnomme "L'Ingénieur Liberté" écrit à Jacques Néauport :

    "Et je trouverais d'un cynisme misérable de déguster un bon vin inconnu sans lui faire la réputation qu'il mérite, condamnant ainsi le vigneron à subir une injustice terrible. Il faut au contraire avoir le panache et la fierté de faire à un vin la réputation qu'il mérite."

    Ce paragraphe est extrait de l'ouvrage Les Raisins de la Raison (éditions Jean-Paul Rocher, 1998) dans lequel on suit le cheminement de l'éditeur Braik à qui Néauport a confié le texte de Réflexions d'un amateur de vins. Braik refuse les logiques commerciales et les circuits traditionnels de distribution ; il tente l'invention d'un nouveau modèle. L'édition artisanale, en quelque sorte. 

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  • Le supplément vin de L'Aberration

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    Il y a quelques jours, je gueulais contre Libération coupable à mes yeux de s'être vendu à la RVF pour faire son supplément vin se voulant dans l'air du temps. Raisin sur le gâteau, il est intitulé "le vin grandeur nature". Donc, on se dit que ça cause de vin naturel, ça tombe bien c'est tendance, c'est "bobo" parait-il. Alors bien sûr, la RVF évolue grâce à Sylvie Augereau mais l'alliance RVF-Libé continue à me faire sourire.

    J'ai mis un peu de temps à commencer à le feuilleter. Il faut dire qu'il y a de belles choses (Sylvie Augereau explique bien les différences entre bio/biody/naturels, des articles sur le domaine Lapierre, Zind-Humbrecht, Elodie Balme, sur Jeanne la caviste de Versant Vins...) ou des trucs déjà plus attendus (oui, certains grands bordeaux aussi sont en bio et encore un papier sur Chapoutier). Bef pour les néophytes de belles choses, pour les amateurs rien de très neuf.

    A côté de cela, on signale les dates des foires aux vins de la grande distribution. Mais pourquoi une telle différence entre le vin vanté dans les articles et ceux de la GD ? On avait presque oublié que ce supplément arrivait pile au moment des foires aux vins. Et ça ne loupe pas : la RVF y va de ses bons conseils. Au moins, ça change un peu ; on ne classe plus les vins par enseigne mais par région. Tout de même, c'est un peu fourre-tout. Sans compter les pages de pub pour les interprofessionnelles, puisqu'il faut bien vivre.

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    Et juste en face, je vois quoi ? Du morgon dans les veines cité dans la partie "les sites d'informations et les blogs". Ici même, Camilo m'en avait parlé. Bon, voilà j'ai pas l'air con : gueuler dessus et être cité dedans. Evidemment, c'est plutôt sympathique. Merci Libé-RVF. Ce qui me flatte vraiment, c'est d'être là en très bonne compagnie. A côté d'autres blogs bien sympathiques (dont celui de Jean-Charles Huon), de Sébastien Lapaque pour son livre sur Marcel Lapierre, ou de Jacques Néauport pour un superbe Petit traité de dégustation (dont on reparlera plus tard). 

    Mais cela ne me rend pas aveugle : il manque une nouvelle fois Olif dans cette revue de blogs. Je ne veux pas être le censeur de service, je ne veux pas être celui qui dit qu'il manque tel ou tel, ou que tel ou tel n'y a pas sa place. Mais franchement, dans un supplément axé sur le vin naturel, faire une revue de blogs  sans Olif, c'est comme faire du vin sans raisin... Que le Bettane et Desseauve ne le cite pas, tout le monde comprend. Mais qu'il ne soit pas ici, je ne le comprends pas.

    Dans sa revue de presse, Coluche s'intéressait à France-Soir (le fameux journal "à grand tirage, parfait pour allumer le feu") mais citait aussi les articles du "Bigarreau" et de "L'Aberration" : la critique n'a pas vieilli.

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    P.S. : Sur la critique de l'édito de DemorandJacques a déjà tout dit.

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  • L'armée des douze sages, par Pierre Jancou

    S'il y avait un tiercé du pinard, Pierre Jancou miserait sur 12 chevaux, pas moins. Et dans le désordre : du Roussillon à la Loire en passant par le Beaujolais, le Gard ou Saint-Péray, son nouveau livre "Vin Vivant" est une promenade viticole et surtout amicale dans la France du vin de raisin. Amicale, car pour parler des choses avec autant d'amour, il faut connaitre et apprécier chaque vigneron-artisan. Et c'est aussi amical envers le lecteur ; car voici un livre qui nous veut du bien. 

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    Ceux qui savent qui est Pierre Jancou savent bien de quoi je parle. Les autres aussi ont de la chance car il leur reste pas mal de choses à découvrir... Le patron du restaurant Vivant, à Paris, fait la cuisine que j'aime, celle qui ne se la raconte pas et dont le seul objectif est de sublimer un produit déjà bien né. Alors quand il écrit un livre où il dresse le portrait de douze hommes du vin, il s'agit de vignerons d'élite (mais pas pour une élite). Ces artisans qui travaillent hors des sentiers battus, rebattus et abattus par la grande distribution élaborent ce vin qualifié de naturel lorsque l'homme refuse toute chimie à la vigne et au chai. Pour résumer, Pierre Jancou parle du vin que j'aime et dont je parle ici à longueur de pages.

    A qui s'adresse le livre ? Aux néophytes comme aux connaisseurs ? A ce niveau-là, ça ne veut plus dire grand-chose. Les défenseurs du "vin classique" (celui dans lequel on ajoute des levures en sachet, de la gomme arabique, de l'acide ascorbique, des bactéries lactiques...) qui veulent rester enfermés ne l'ouvriront pas. Par contre, tous les autres curieux, experts en pinard ou glouglouteurs récemment convertis, pourront y trouver quelque chose. Au départ, je me suis demandé si ce livre était vraiment fait pour le grand public, celui qui ne réfléchit pas au vin qu'il boit, s'il en boit. Première réponse, non, ça ne va pas les intéresser de savoir reconnaître un vin bio d'un vin naturel (et d'ailleurs, ce n'est pas toujours facile) et surtout, aucune des bouteilles présentées ici ne se trouve facilement, dans ta supérette-d'en-bas-de-chez-toi. Mais je suis revenu sur ma première idée : Pierre Jancou ne nous bassine pas avec les arômes de cuir de Russie après la pluie d'automne dans un sous-bois de pierre à fusil aux notes de ketchup d'aubépine. On n'est pas la pour déguster, encore moins pour mettre des notes : ici, le boss de Vivant raconte des histoires. Il dresse le portraits d'hommes attachants (ah oui, tiens, aucune femme dans les douze hormis Ghislaine, la compagne d'Alain Castex...), des gens qu'on a envie de rencontrer, avec qui on a envie de boire un coup ou de devenir potes. 

    Et la question-fil-conducteur de ce petit livre est la suivante : comment en arrive-t-on au vin naturel ? Souvent, c'est au hasard d'une rencontre déterminante (Max Léglise pour Alain Castex, Gérald Oustric pour Gilles Azzoni), ou autour d'un p'tit canon bu dans un bistro (pour Loïc Roure), ou à la suite d'une histoire familiale malheureuse (pour Olivier Cousin), ou encore en écoutant France-Inter (pour Christian Ducroux). Il suffit de lire le livre pour se plonger dans ses parcours d'hommes, parfois tortueux, parfois évidents.

    Pourquoi ne parler que de douze vignerons ? Déjà, il faut dire qu'on aurait du mal à en trouver 5 000. Certes les vignerons respectueux (du vin, donc d'eux-mêmes et du consommateur) ne se comptent pas sur les doigts de la main, mais tout de même, à l'échelle de l'industrie pinardière, ils ne sont pas très nombreux. Sébastien Lapaque parle d'un petit pourcent de la production totale, une théorie que l'on peut d'ailleurs appliquer à bien des choses. Ces vignerons-artisans sont des artistes : d'ailleurs ce dessin de Michel Tolmer où le vigneron marche sur les mains entre les bouteilles résume la situation. Limiter les intrants puis faire n'importe quoi est à la portée de beaucoup. Faire un vin délicieux et humble sur un terroir exigeant et sans, ou sans trop, de soufre ajouté est un travail d'artiste. A l'image d'un sculpteur ou d'un peintre qui mettrait une année entière à créer son oeuvre. Ce talent n'est pas donné à tout le monde. Jancou nous livre donc ici la vie de douze virtuoses, c'est déjà énorme. 

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    Parlons peu, mais parlons tout de même : y a qui dans ce bouquin ? J'en ai déjà cité quelques uns. Ce qui est rassurant pour ma pomme, c'est que j'en connais un bon paquet. Ouf, j'aurais pas eu l'air con, si je n'en avais connu aucun. Il aurait été beau le mec qui consacre son blog en grande partie au vin naturel... Tout d'abord, mon chouchou, Alain Castex (Le Casot des Mailloles) qui nous offre peut-être les jus les plus aboutis. Andrea Calek, bu à Noël ou chez Jancou justement. Gilles Azzoni.... C'est dire si je connais ses quilles, j'ai fêté mes 30 ans avec elles. Et bu pas mal d'autres ici ou . Suit Hirotaké Ooka, l'homme de Saint-Péray dont j'affectionne énormément ses Canons. Stéphanie aussi apprécie beaucoup. Ah Loïc Roure... Je me suis d'une première claque chez Quedubon au tout début, avec son blanc. Alexandre Bain, découvert avec la bande à L'Hédoniste : quelle couleur ! Jean-Yves Péron, l'homme qui me fait aimer la Savoie à laquelle je ne connais rien... Superbe en mondeuse comme en cidre sans soufre ajouté. Philippe Jambon : tiens je n'en ai pas encore parlé ici mais David s'en charge pour moi. Et pourtant, j'en ai bu des Tranches de Jambon. Il y a aussi ceux dont les noms me sont très familiers et dont je n'ai pas encore goûté le vin : ainsi, Pierre Beauger dont les cuvées m'intriguent depuis des années (Champignon Magique, Vitriol ou Saint-Nectar... et je sais que je vais adorer) ou Alain Allier (ça y est, je viens de me procurer Cacous et Pitchounet). Restent deux autres noms inconnus, et je m'en excuse : d'abord, Olivier Cousin dans la Loire. A ce propos, Philippe de la Pipette me donne très soif. Enfin, Christian Ducroux, et là honte à moi, car il se trouve dans le Beaujolais. Promis, promis, je vais me rattraper. Pour ceux à qui ces douze ne suffisent pas, à la fin du livre l'auteur cite une liste de 150 vignerons de confiance. 

    "Ces vignerons font du vin à l'image du travail des moines et des paysans qui ont construit la réputation du vin français et la notion même de terroir". On pourrait dire qu'ici, nous avons douze apôtres. Mais ne manque-t-il pas le Père, celui qui a ouvert la voie à ces vignerons talentueux ? Jancou n'en parle pas, pourtant il le connait très bien, ainsi que toute sa famille. Cet homme, le "meilleur d'entre nous" du vin naturel, c'est Claude Courtois. Faut dire qu'il lui avait déjà consacré ce petit livre, que je retrouve dans ma bibliothèque, Le Vin des Poètes tome 1. Pourquoi ne pas l'évoquer ? Par respect pour le maître qui goûte peu aux hommages ? Pour mettre en avant la nouvelle génération ? Parce qu'il mérite un livre à lui tout seul ? Et pas qu'un livre de poésie, même si la poésie est peut être ce qui nous manque le plus aujourd'hui.

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    "Dans l'univers mercantile, déshumanisé où nous vivons, il ne faut pas désespérer, de petites étoiles demeurent et scintillent ça et là : l'herbe repousse dans les vignes, des chevaux et des mulets disparus depuis les années 1970 font leur réapparition pour les labours... Exemple vivants qui témoignent que l'on peut faire autrement". Dans ce petit paragraphe écrit pour Alain Castex, Jancou veut témoigner qu'il existe autre chose. Il suffit de pousser la porte d'un des cavistes dont les bonnes adresses sont mentionnées en fin d'ouvrage avant de découvrir l'extraordinaire au sens propre : le vin et l'homme qui sortent de l'ordinaire. Plutôt que de se concentrer continuellement sur ce qui ne va pas, essayons de ne regarder que le beau et de ne boire que le bon. Sinon, comme dirait Coluche, ce serait "utiliser son intelligence à ses dépens".

  • J'ai mal, c'est bon...

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    Plutôt que le hors-série Vins de l'Express qui a déchaîné les passions il y a quelques semaines, je préfère me vautrer dans la lecture de Fluide Glacial "spécial pinard". C'est du lourd, du gras et surtout du décomplexé.

    Jacques avait déjà cité plusieurs exemples dont le "vin d'occasion" absolument mythique. La partie qui m'a fait le plus rire est une succession de sketchs par Fabcaro et Patrice Cablat sur les différents types de buveurs de vin : le frimeur, le candide, le jouisseur, le "bioman" jusqu'au sado-maso. Où on voit deux jolis hommes bedonnants s'infliger des sévices, dirons-nous, classiques (pinçage de tétons, martinet sur les fesses, coups de pied dans les côtes) jusqu'au châtiment ultime...

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    Je n'y connais que peu de choses en dessin, hormis un dessinateur, mais ces deux-là aussi ont un sacré talent.
  • Loin du prêt-à-manger et du prêt-à-boire

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    Il y a dix jours, j'avais quelques minutes à tuer dans un de ces temples de la ''culture", en vérité un grand magasin de dvd-informatique-jeux vidéos-logiciels-cd-gps-livres-ordinateur-appareil-photo-neuf-et-occasion : je ne délire pas, il se présente comme tel sur son site internet. D'ailleurs j'ajouterais "mozzarella" puisqu'il s'en vend au sous-sol de ce lieu. Et je ne délire toujours pas.

    Bref, je m'approche du rayon vin et après avoir parcouru des yeux les guides "truc" et "bidule", je m'arrête sur la tranche d'un livre qui me semble bien sympathique. "Mieux vaut boire du rouge que broyer du noir". Joli papier crème en plus, pas cher (10 euros) et publié aux éditions Libertaires. Comme quoi ses grands magasins fournissent des munitions contre eux-mêmes...

    C'est le petit opuscule de Benoist Rey, écrivain-cuisinier comme d'autres sont écrivain-journaliste ou écrivain-rentier... Loin du livre pour bobos, Benoist Rey ("papy mauzac" pour les intimes) siffle du mauzac nature de Plageoles depuis 20 piges au moins, quand les bobos n'étaient pas sociologiquement nés.

    Dans sa petite introduction, il voudrait que son livre "donne faim et soif". On pourrait donc le reconnaître d'utilité publique. A la partie autobiographique où Benoist Rey raconte avec humour et poésie comment il est devenu cuisinier et surtout comment il travaille dans son restaurant ardéchois succèdent des recettes revigorantes : salade de pommes au terre au vin blanc, gaspacho andalou, joues de porc au gingembre, chili con carne, boeuf bourguignon, daube... A chaque fois, quelques lignes viennent célébrer le mariage avec le vin : tel plat avec un muscadet de Landron, tel autre avec une Poignée de Raisins de Gramenon, ou celui-ci avec Le Vin est une Fête d'Elian Da Ros...

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    Enfin quelques digressions sur le pique-nique, l'attirail du cuisinier ou les bistrots parisiens. Et quelques bons mots. Dans son joli post, Jacques Berthomeau a déjà cité celui de Marcel Lapierre. Il me reste cette phrase du grand Antoine Blondin dont on fête les 20 ans de la disparition : "avec ce que j'ai dépensé pour boire, j'aurais pu m'acheter un bistro". Et un ami de Benoist Rey qui évoquait ainsi les temps difficiles de l'Occupation, des larmes dans la voix : "l'hiver 43, on a failli manquer de vin !"

    Quant à nous, nous n'allons pas manquer de bonnes idées pour enfin retourner en cuisine (pour faire autre chose que des macarons à la rose) et boire un bon coup de vin libertaire.

  • Boire du vin naturel, un acte de résistance

    En ces temps troubles, la lecture de Jérôme Leroy m'apparait ô combien salutaire. Pour le style qui fait tant défaut à d'autres, pour l'atmosphère qui se dégage de ses livres et, avouons-le, pour les jolies quilles naturelles qu'il descend à longueur de pages. D'ailleurs, il me faudra faire un billet inventoriant les bouteilles citées dans La Minute prescrite pour l'assaut (2008). Mais la puissance d'un écrivain, c'est aussi l'art de résumer une situation, un concept ou l'état du monde de manière percutante. Ainsi, dans Monnaie bleue (1997).

    "Ce qui comptait, c'était de préserver un écosystème intime, d'éprouver le maximum de plaisirs et le minimum de chagrin. Certains appelleront ça de l'égoïsme, je n'y voyais qu'une forme de dignité face à un monde qui vous souhaite soumis, coupable, sanglotant".

    Et tant pis si on se fout de ma gueule quand j'affirme haut et fort que boire du vin naturel est un acte de résistance politique... Autre jolie trouvaille de Jérôme Leroy, l'opération Sauvegarde du Sourire qu'il mène sur son blog où il invite les internautes à lui laisser leurs 5 titres de livres préférés.

  • Jérôme Leroy encore

    Je ne me lasse pas d'extraire certains passages de cette saine lecture, surtout l'année de mes 30 ans... Ici un dialogue entre profs dans le nord de la France, dans un futur proche. (La Minute prescrite pour l'assaut, éd. Mille et Une Nuit, 2008)

    "- Qu'est-ce que vous leur reprochez aux profs trentenaires ?
    -
    [...] D'être des mutants implantés, ce qui leur permet de supporter les sandwichs sous vide, les samedis dans les supermarchés, les programmes scolaires, l'offre politique, les pics de pollution, les crédits sur cent dix ans pour acheter un deux-pièces pourri en centre-ville ou un pavillon qui sent le cancer en banlieue, de ne plus se mettre à table, de ne plus lire. Et ça ne concerne pas que les profs : tous les trentenaires, disons tous ceux qui sont nés après le premier choc pétrolier, sont des mutants de fait. Bref, d'accepter la fin du monde en cours."

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  • Les chemins de JP Géné

    Récemment, j'ai (enfin) goûté le dessert phare d'un pâtissier d'un coin de province que je connais bien. Il y a quelques années, à l'occasion d'un gros événement dans la région, il avait créé cette petite douceur toujours disponible dans sa boutique. Je suis persuadé qu'il a contribué à réveiller gastronomiquement ce coin de France et qu'il peut faire d'excellentes choses. Mais visuellement déjà, sa pâtisserie semblait inspirée (pour ne pas dire plus) d'une autre mondialement connue et, elle, parfaitement exécutée. Question goût, ça ne tenait pas la route non plus. A plus de 4 euros, on pouvait vraiment s'attendre à mieux.

    Je me suis dit : "à mon tout petit niveau, je vais en parler, faire un post normal où je vais forcément descendre ce dessert et ce genre de méthode même si parallèlement je pense que notre homme a un gros potentiel". Et puis j'ai lu l'extraordinaire livre de JP Géné, le critique gastronomique du Monde2. Il y explique ne jamais s'en prendre à une marque ou à qui que ce soit dans ses articles : publicité positive ou publicité négative, l'important pour la marque est qu'on parle d'elle. Par ailleurs, il y a tellement de bons artisans à défendre qu'il ne faut pas gaspiller son énergie.
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    Extrait. "Puis il y eut le cas Bolino. Toujours dans Libé où j'avais tiré un coup de bazooka contre le <<hachis parmentier>> Bolino, une infâme mixture sous plastique dont les auteurs avaient eu l'audace de m'envoyer un échantillon. Quelques jours après la publication, courrier de la maison Bolino. Je m'attendais à des protestations indignées vu le costard que j'avais taillé. Au contraire, sur papier à lettres de qualité, ils me remerciaient d'avoir cité leur marque dans mon article. Peu importait ce qu'on en disait, l'essentiel était d'en avoir parlé. J'ai su dès lors que rien ne servait de déglinguer et que la meilleure arme à l'égard des malfaisants était le silence."

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    Le reste est tout aussi passionnant : l'enfance, la montée à Paris, les voyages, les débuts de critique, le journalisme d'aujourd'hui...

    Mes chemins de table, JP Géné, Hoëbeke, 18 euros.

    MISE A JOUR : si Bolino c'était dégueu, la pub télé est extraordinairement représentative des années 80. J'ai aussi un faible pour le design des pots Bolino de l'époque...


  • Le beaujolais nouveau, c'est aussi un livre

    Si ce blog s'appelle Du Morgon Dans Les Veines, c'est grâce au roman de René Fallet, Le beaujolais nouveau est arrivé. Sorti en 1975, il raconte les aventures de trois soiffards (Poulouc, Camadule, Captain Beaujol) qui mettent le grappin sur le cadre plus si dynamique que cela (Debedeux). Ou comment l'amitié et le vin peuvent triompher du buziness et de la prétendue modernité. Un roman désaltérant, profond, humain, bien plus philosophique qu'il n'y parait à la première lecture.

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    Une des scènes mythiques est la descente à la cave des quatre compères bien décidés à siffler en un soir toute la collection de bouteilles de Debedeux. Considérant désormais que le vin est fait pour être bu et non pas pour être amassé, il a décidé d'ouvrir ses trésors à ses amis. En extase devant les grands crus, certains en oublient le tire-bouchon (ils étaient "outillés comme des putains sans cul"). Première quille à tomber entre leurs main, un clos-vougeot. Extrait.

    Le bruit du bouchon lui coupa la parole. Les traits de Camadule s'illuminèrent quand il versa avec tendresse le vin dans les quatre verres. Il trempa les lèvres dans le sien, se fendit d'un sourire d'enfant fourré jusqu'au cou dans ses souliers de Noël : "Messieurs, le bonheur existe, je viens de le rencontrer". [...] Jamais épouse et mère méritante, jamais père au sourire si doux, jamais amante ardente, échevelée, bavante, ne furent traités avec autant d'égards et de piété que ne le fut cette bouteille de clos-vougeot. [...] "Beaujol dit qu'il est fier d'être né en France. Une boutanche pareille, c'est kif-kif la Joconde ou la Victoire de Samothrace. Du bien de chez nous. Je me mets à la place des Boches qui se sont tant battus pour devenir Français."

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    Au chapitre V, René Fallet aborde le beaujolais nouveau. Et ça swingue.

    Ce Te Deum éclatait sur Paris, sur toutes les grandes villes, roulait dans leurs artères, chantait Montmartre et Contrescarpe, défilait dans la rue Saint-Denis, tintait louis d'or sur tous les zincs où se pressait le peuple pour voir et toucher le divin enfant de l'année. [...] La fête est revenue pour quelques jours, fête tuée par l'armée des pisse-vinaigre mais ressuscitée en cachette par les chante-la-joie increvables comme elle. [...] Le beaujolais nouveau est arrivé ! Coquinet de la cuisse, un poil canaille, sans soutien-gorge, il était arrivé dans les arrière-gorges, un rien pute, léger et court vêtu, un brin muguet, un brin de fille, un doigt de Dieu, un doigt de cour. Il coulait source dans les hommes, il ne repartirait qu'en leur laissant au coeur le plus clair de la vie, la vertu d'un sourire. [...] Les députés quittaient la Chambre en volée de moineaux, les flics jaillissaient des cars de police, les prisonniers s'évadaient, suivis de leurs gardiens assoiffés et braillant "Le beaujolais nouveau est arrivé !" [...] On perçait les tonneaux en une émouvante défloraison. Quel goût aurait-IL ? Serait-IL fruité ? Souple ? N'aurait-IL pas perdu son grain ? Après le dépucelage venait la première communion entre LUI et son copain l'homme.

    Et ça continue comme ça des pages entières.

  • Sébastien Lapaque évoque Marcel Lapierre

    Et c'est ce soir à 19h tapantes, en la belle librairie L'Arbre à Lettres, rue Boulard. A quelques coups de griffes du Lion de Denfert, face à la Cave des Papilles et non loin de la boucherie d'Hugo Desnoyer. Joli périmètre.

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  • Claude Chabrol : "Si on n’attache pas d’importance à cela, alors à quoi en attache-t-on ?"

    En novembre dernier, deux journalistes de Libération, Jacky Durand et Catherine Mallaval, interrogeaient Claude Chabrol sur son rapport à la bouffe. Un véritable manifeste à lire en intégralité ici.

     

    Petits extraits.

     

    - Pourquoi tant de nourritures dans vos films ?

    Si les personnages ne mangent pas… Ils meurent ! On ne peut pas faire croire au spectateur que les gens ne mangent jamais à l’écran. Et puis, on ne ment pas la bouche pleine. Beaucoup d’aveux se font à table. Et les déclarations d’amour aussi. Là, on voit le type, la bouche pleine, qui dit «je t’aaaaaime». Pour les scènes de repas, je veux que les plats soient vraiment cuisinés. C’est pas du bidon. Les comédiens aussi mangent vraiment mais je leur promets de ne pas faire plus de trois prises. Je n’aime pas ces scènes où on voit l’acteur qui prend sa fourchette et hop au moment où il doit la mettre dans la bouche, la caméra passe sur l’autre personnage. On doit voir le comédien mettre le produit en bouche et le mâcher. Chez moi, on mange. [...]

     

    - Est-ce que vous nourrissez bien vos équipes de tournage ?

    Ma cantine est très bonne. Ça me permet d’ailleurs, parfois, d’avoir des acteurs un peu moins chers. Ils baissent leurs tarifs car ils savent qu’ils vont s’en mettre plein la lampe. En plus, je n’oblige pas à boire de l’eau. Un acteur un peu gai après un repas, ce n’est pas mal. [...]

     

    - Qui a un bon coup de fourchette ?

    Carmet mangeait bien. Le gros Gégé [Depardieu] aussi. Mais sur le tournage de Bellamy, il essayait de maigrir. Donc il prenait juste un steak de thon mais de 500 grammes. Jean Poiret s’y connaissait vraiment et en vins aussi. C’était très agréable de manger avec lui. Je me souviens sur le tournage de l’Inspecteur Lavardin en Bretagne, nous avons voulu essayer un nouveau restaurant tenu par un couple de jeunes gens charmants. Ils nous ont servi des plats qu’ils croyaient sophistiqués et notamment un filet de rascasse aux herbes fines avec sa confiture de coing. C’était tellement dégueulasse qu’on en a pleuré de rire. Dans les bâfreurs, il y aussi Berléand, Arditi et Michel Bouquet, celui-là avec sa gueule d’ascète, intellectuel du théâtre, tu parles… [...]

     

    - Et ceux qui n’aiment pas manger ?

    Quelle est la seule chose que l’on fasse deux fois par jour dans sa vie ? Manger. Si on n’attache pas d’importance à cela, alors à quoi en attache-t-on ?

  • Christian Millau aime le vin grâce à la Bourgogne

    En ces temps de rentrée littéraire, je suis tombé là-dessus. Un ouvrage désaltérant à paraître le 16 septembre : Le Petit roman du vin. Son auteur, Christian Millau, le cofondateur du guide bien connu, y avoue sa véritable passion : le vin.

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    Narrant des rencontres et des dégustations hors du commun (dont un tout-Yquem), Christian Millau revient sur son apprentissage du vin dans l'épicerie parisienne du "père Besse", célèbre caviste dont la boutique est devenue aujourd'hui De Vinis Illustribus. Plutôt que les bordeaux un peu bas de gamme avec lesquels il a commencé à se faire le palais, il a compris le goût des bonnes choses grâce aux bourgognes.

    "De Corton-Charlemagne en Clos de Vougeot ou de Santenay en Gevrey-Chambertin, j'ai découvert la grandeur sacrée de ces vins de Bourgogne, qui racontent encore mieux que des enluminures l'histoire du vieil occident chrétien."

    Plus loin, Millau raconte les dégustations quasi mystiques d'un couple entièrement nu chaque soir face à la bouteille (et qui forcément reçoit peu d'amis) ou celles du curé de Saint-Emilion qui absolvait les péchés à coups de "trois ave et pour votre curé, une caisse de bon vin". Après quelques pages sur les vieux millésimes chers et souvent fanés, il livre les clés du plus grand des bordeaux, Petrus, et du vin qui rend fou, le jacquez, interdit depuis 1935.

    Sa définition d'un bon pif ? Qu'il fasse "glisser le bonheur au fond du gosier".

    Le Petit Roman du Vin, Christian Millau, éditions du Rocher.

  • Napoléon à boire

    Au château de Malmaison (92), on sait comment appâter le visiteur. Jusqu'au 22 avril, on y fait une descente dans la cave de Napoléon.

    L’exposition s’attache en premier lieu à montrer l’évolution de la production vinicole et sa commercialisation. Celle-ci bénéficie des progrès de l’industrie du verre dont l’incidence est particulièrement sensible sur l’évolution de la forme des bouteilles. La richesse et la diversité des commandes de l’impératrice sont révélées par des documents iconographiques et des livres de comptes des maisons auprès desquelles Joséphine se fournissait. Le tout resitué dans le contexte de l'époque. Rappelant combien Napoléon trinquant avec un simple soldat ("Après vous, Sire") fut utilisé à des fins de propagande. Ou l'histoire du cognac Napoléon.

    Et quelques pièces originales, comme ce pichet un peu blasphématoire.

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    La Cave de Joséphine, le vin sous l'Empire à Malmaison, Musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau (92), du 18 novembre 2009 au 22 avril 2010.
  • Guy Debord (Panégyrique) : sur le vin qu'on ne voulait déjà plus boire en 1989

    "La majorité des vins, presque tous les alcools, et la totalité des bières dont j'ai évoqué ici le souvenir, ont aujourd'hui entièrement perdu leurs goûts, d'abord sur le marché mondial, puis localement ; avec les progrès de l'industrie, comme aussi le mouvement de disparition ou de rééducation économique des classes sociales qui étaient restées longtemps indépendantes de la grande production industrielle ; et donc aussi par le jeu des divers règlements étatiques qui désormais prohibent presque tout ce qui n'est pas fabriqué industriellement. Les bouteilles, pour continuer à se vendre, ont gardé fidèlement leurs étiquettes, et cette exactitude fournit l'assurance que l'on peut les photographier comme elles étaient ; non les boire."

    Heureusement, aujourd'hui le consommateur peut accéder à des poches de résistance : Villemade, Binner, Lenoir pour ne citer que ces trois là.

  • Queue de boeuf façon Marcel Proust

    "Le boeuf froid aux carottes fit son apparition, couché par le Michel-Ange de notre cuisine sur d’énormes cristaux de gelée pareils à des blocs de quartz transparent. [...] Et, en effet, Françoise, surexcitée par l’ambition de réussir pour un invité de marque un dîner enfin semé de difficultés dignes d’elle, s’était donné une peine qu’elle ne prenait plus quand nous étions seuls et avait retrouvé sa manière incomparable de Combray. « Voilà ce qu’on ne peut obtenir au cabaret, je dis dans les meilleurs : une daube de boeuf où la gelée ne sente pas la colle, et où le boeuf ait pris parfum des carottes, c’est admirable ! Permettez-moi d’y revenir », ajouta-t-il en faisant signe qu’il voulait encore de la gelée."

    Plutôt que la madeleine d'A la recherche du temps perdu, mon intérêt se porte sur le boeuf en gelée d'A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

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    Joli plat d'été, je le fais alors que l'hiver arrive. Pas très complexe, un poil long à désosser cette foutue queue de boeuf. Mais c'est autre chose que du paleron. L'idée vient d'un livre de recettes liées aux grands écrivains, Room Service, chez Actes Sud. La partie bouffe étant écrite par Yves Camdeborde et la partie écrivains par Sébastien Lapaque. Recettes un peu abruptes, alors que les textes littéraires sont (presque) plus gourmands. Je veux dire que les descriptions de Lapaque donnent faim. On salive des paupiettes à la Gabriel Fouquet rien qu'en lisant quelques lignes sur Antoine Blondin. On n'a qu'une envie, c'est de descendre à la cave avec Rabelais, même si ici il n'est pas question de nourriture solide.

    Cette gelée là n'était pas aussi bien réussie que chez Proust. Un poil trop liquide. Mais l'alliance des saveurs (carottes, poireaux, queue moutardée, pied de veau) est sensationnelle. Je l'ai goûtée chaude hier soir, c'était parfait. Donc on va oublier la gelée, surtout en hiver. Et on fait pareil mais on mange le tout bien chaud, surtout en hiver.

    Et Rabelais alors ? Avec ça on boit quoi bordel ? Un vin nouveau, cépage pinot noir. Celui de l'excellentissime domaine de Chassorney, de Frédéric Cossard, mon domaine chouchou du sud de la Bourgogne. Je n'ai bu que trois vins de chez eux, mais les ai bus souvent et n'ai jamais été déçu. Plus que ça : toujours été charmé. Voici à quoi devrait ressembler la Bourgogne : un fruit de noble lignée dans lequel on croque.

    On croirait une bouteille de limonade à la grenadine. Presque, mais surtout moins sucré. Un côté acide désagréable sur tout vin nouveau, qui s'estompe dans le verre. Un vin de pique-nique.

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    Enfin pour finir ce post-fleuve, je copie Sébastien Lapaque qui cite un très bel autre extrait du livre de Proust. Qui résume l'importance qu'il faudrait tout le temps donner à la qualité de chaque produit, avant de le cuisiner.

    "Comme elle attachait une importance extrême à la qualité intrinsèque des matériaux qui devaient entrer dans la fabrication de son oeuvre, elle allait elle-même aux Halles se faire donner les plus beaux carrés de rumsteck, de jarret de boeuf, de pied de veau, comme Michel-Ange passant huit mois dans les montagnes de Carrare à choisir les blocs de marbre les plus parfaits pour le monument de Jules II".

  • INFO EXCLUSIVE MORGON : Michel Drappier et Sébastien Lapaque chez Lavinia

    En passant chez Lavinia ce jour, j'ai dégoté mon premier scoop, ma première INFO MORGON. Vu que je ne l'ai vue nulle part ailleurs, je considère que c'est un scoop ok ?

    Bref, en tout cas c'est une bonne nouvelle : l'un des plus grands écrivains français, Sébastien Lapaque, accompagné de l'un des plus grands vignerons français, Michel Drappier (des champagnes du même nom) seront présents pour une rencontre dédicace chez Lavinia à Paris le samedi 19 décembre, de 15h à 19h.

    Sébastien Lapaque dédicacera sa nouvelle édition du Petit Lapaque des vins de copains et son roman Les Identités remarquables chez Actes Sud.

    Et Michel Drappier... euh... il dédicacera ses bouteilles ?

    Bon, toutes les infos seront logiquement postées sur le site www.lavinia.fr

  • Un vin naturel, c'est quoi bordel ?

    «Ce n'est pas à nous d'écrire vin bio sur les étiquettes, c'est aux autres d'indiquer vin chimique», s'amusait un jour Jean-Claude Chanudet à propos du beaujolais qu'il produit avec Marcel Lapierre au Château Cambon.

    C'est la conclusion d'un très bel article de Sébastien Lapaque, dans le Figaro, en avril dernier. Il explique de manière concise ce qu'est un (vrai) vin.

    C'est ici sur le site du Figaro, et ça prend 2 minutes et 07 secondes pour changer sa vision du vin.

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