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du morgon dans les veines - Page 4

  • Ulysse Collin égale Jacques Selosse

    Des pépites dorment dans certaines caves. C'est sûr, je ne parle pas de Lafite 61 ni de La Tâche, n'importe quel millésime, bouteilles qui me feraient hypothéquer ma maison. Non, cultivons la simplicité. Il existe des bouteilles achetées il y a deux ou trois ans et oubliées volontairement en cave. Après un certain laps de temps, notre esprit lui aussi les oubliées. On les redécouvre par un heureux hasard. Ah bon, il t'en reste une ?...

    En octobre 2011 chez Augé, la première fois où nous avons rencontré Olivier Collin (champagne Ulysse Collin), le coup de foudre fut immédiat. L'autre Olivier et moi partîmes avec le carton de Blanc de blancs extra-brut 2007. Seulement, si moi j'ai très vite tout bu, Olivier en a laissé à la cave.

    Depuis, la Seine a coulé sous le Pont Mirabeau. Depuis, j'ai brossé le portrait d'Olivier (Collin) dans Tronches de Vin et bu les autres quilles au hasard et souvent : le blanc de blancs devenu Les Perrières, l'introuvable Les Roises (autre parcelle gourmande) et Les Maillons, le blanc de noir magnifiquement épicé. Depuis, j'ai même tenu le stand d'Olivier (Collin) au salon Rue89 un après-midi de 2013.

    Et donc, le 1er janvier, vers 00h15, l'autre Olivier a trifouillé dans sa cave pour récupéré un 2007. Rien n'était prévu et c'était temps mieux.

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    A voir le sourire béat des chanceux qui mirent leur nez au-dessus de leur verre, on se dit que l'affaire était entendue. Que notre intuition était vérifiée : les champagnes Ulysse Collin dépassent ce que la région peut produire de mieux. Dans Tronches de Vin, je lançais l'hypothèse qu'un jour Olivier Collin égalerait le maître Anselme Selosse (domaine Jacques Selosse). Comment ne pas en être convaincu avec le 2007 dans le verre ?

    Des l'ouverture, il respire la classe. La fine bulle laisse la place à quelque chose comme un grand vin de Bourgogne. De toute façon, preuve en est que la tablée réclame un autre verre. Puis un magnum. 

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    Alors, forcément : bonne année !

  • Plutôt que de faire des quenelles, mangez-en !

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    Personne ne viendra taxer cette quenelle-là d'antisémite. Les Romains en faisaient déjà et on l'appréciait aussi à la table du Roi-Soleil. C'est Charles Morateur, un pâtissier vivant au XIXe siècle près de Lyon, qui instaura la quenelle moderne. Eau/lait, farine, beurre, oeufs, brochet... Les recettes et les accompagnements varient selon l'histoire et les envies.

    Plus jeunes, nous nous sommes tous régalés de quenelles en boîte, en réalité absolument détestables : mouillées, pâteuse, fadasses... Quelques années plus tard, nous restons sur un apriori négatif. Et à Paris, on l'avait un peu oubliée la quenelle, il faut bien l'avouer. Pourtant, quand c'est bien fait, on s'écarte vite de l'image du plat de mamie. 

    J'ai misé sur les Giraudet, dont le patron ne goûte guère la fameuse actualité de la quenelle et on le comprend. J'ai acheté les traditionnelles, au brochet, dans la boutique parisienne face au marché Saint-Germain. Avec une béchamel maison additionnée d'eau et d'huile d'olive grecque (pour donner une sauce plutôt liquide) et quelques champignons taillés finement, c'est un régal après 20 minutes à four chaud.

    Et finalement, si c'était cette quenelle-là qui était anti-système ? Qu'y a-t-il de plus révolutionnaire que le retour à l'ancien ?

  • Aujourd'hui, le mur de séparation israélien empêcherait la naissance de Jésus à Bethléem

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    En ce 25 décembre 2013, Marie accoucherait sans doute au checkpoint de Gilo300, entre Jérusalem et Bethléem.

    Venue de Nazareth (dans le nord d'Israël) avec Joseph, la Vierge se verrait aujourd'hui arrêtée par le mur qui sépare Israël de la Palestine. L'artiste britannique Banksy a affolé les réseaux sociaux avec sa carte de vœux qui illustre bien l'affaire.

    Plus réelle est cette crèche en bois d'olivier imaginée par la famille Anastas qu'elle vend dans son magasin de souvenirs, à Bethléem. L'image s'avère forcément traditionnelle mais l'idée géniale, c'est d'ajouter un mur de séparation amovible qui sépare (ou non) le petit Jésus des Rois Mages. 

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    Il faut dire que Johnny et Claire Anastas vivent dans une maison entourée des trois côtés par le mur de séparation. Forcément, ça donne des idées.

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    Israël désire ardemment "protéger" la Tombe de Rachel. D'où ce dédale. Chez les Anastas, l'accueil est souriant malgré tout. Quel meilleur endroit pour parler des conséquences de l'occupation sur le quotidien des Palestiniens ? Ici, on fait aussi chambres d'hôtes. Pour y accéder, c'est toujours tout droit par rapport à la sortie "piétons" du checkpoint.

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    Joyeux Noël quand même.

  • Naplouse : une pizza dans un camp de réfugiés palestiniens

    Après la guerre qui fit suite à la création de l'Etat d'Israël en 1948, des milliers de Palestiniens ont fui les villes et les villages de l'ouest du pays. Pour les pays limitrophes notamment mais aussi pour ce qui allait devenir la Cisjordanie. Pour les accueillir, on construisit des camps de réfugiés, forcément temporaires. Le camp que nous visitons aujourd'hui, celui de Balata, a été établi en 1950. Le temporaire dure, c'est un peu un leitmotiv dans le coin. D'abord situé en lointaine périphérie de Naplouse, il a depuis été rattrapé par l'urbanisation galopante.

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    Aujourd'hui, c'est un quartier de la ville comme un autre, à ceci près que les habitants n'en sortent que très peu. Et que la densité de population est l'une des plus élevée au monde : sur un quart de kilomètre carré, se concentrent près de 25 000 habitants. Foin des quelques tentes bien alignées, on a construit en dur. Et génération après génération, on ajoute un étage à des bâtiments déjà extrêmement précaires. 

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    Libération ouvrait ainsi son article en 2008. "Balata est l'un des rares endroits en Cisjordanie, où l'on peut croire que la deuxième Intifada bat encore son plein". Même lorsqu'elle est terminée depuis longtemps partout ailleurs. Pendant plus d'une heure et demi, le directeur du centre social du camp témoigne auprès de nous dans son bureau. Rien n'est facile à entendre. Son désarroi, son abandon, son impression de se battre contre des moulins à vent, son pessimisme sur la question de l'impossible droit des réfugiés au retour. "Ce qui se passe de mauvais en Cisjordanie, se passe d'abord à Balata." Aucune parole, aucun article, aucun documentaire ne pourra rendre compte de la tristesse de ce témoignage. Ni de l'effroi qui nous saisit lorsque nous visitons le camp. Deux rues principales puis rien que des murs.

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    C'est l'ONU (via l'UNRWA, l'agence spécialement dédiée aux réfugiés palestiniens) qui gère le camp, l'approvisionnement en eau, les écoles... La mairie de Naplouse aide aussi autant qu'elle peut. Mais comme partout les budgets baissent.

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    Même si Naplouse est autour et qu'il n'y a pas de barrière physique pour s'y rendre, il s'agit en réalité de deux mondes bien distincts. Une sorte de ghetto dans une ville déjà peu épargnée par l'histoire récente. Il est rare qu'un habitant quitte le camp pour un autre lieu, même si tout est possible. On naît réfugié, on se marie réfugié, on a des enfants réfugié, on vieillit réfugié. Au quotidien, on subit un chômage chronique sans commune mesure avec ce que l'on connait en Europe.

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    En conséquence, la population soufre de beaucoup de problèmes psychiques voire psychiatriques. La violence domestique, la prostitution (texto : "on n'avait jamais vu une fille de 13 ans sucer des bites pour de l'argent dans notre région très conservatrice..."), les trafics en tout genre polluent les rues.

    Et pourtant, à la sortie de l'école, les enfants baragouinent deux mots d'anglais ou de français, demandent ce que nous faisons là, tiennent à saluer les étrangers. Comme pour dire qu'on est vivant. 

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    Je pensais auparavant qu'Hébron était l'enfer sur terre. Maintenant, je miserais sans mal sur Balata en premier lieu. Et puis, au milieu de la misère, surgit un four à pizza. Un semblant de vie normale, comme partout dans le monde.

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    Certes, elles auraient du mal à gagner un prix du Fooding. Mais comme le vin des Samaritains, comme le vin des moines de Crémisan, comme la bière de Taybeh, comme l'arak de Bethléem, l'important c'est surtout que cette pizza existe.

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    Pas de tomate du Vésuve, ni de mozza di bufala. Juste une jolie pâte, une belle cuisson.

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    ...et un résultat final qui ferait frémir plus d'un pizzaiolo parisien qui n'a pas honte de vendre des cochonneries surgelées à 10 euros pièce. Ici le mélange zaatar-fromage est un délice. Un euro pièce.

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    Assis, mastiquant son bout de pizza, on se demande si on n'a pas mieux à faire que tenir un blog qui parle de choses aussi futiles que le vin naturel ou le dernier resto à la mode. 

  • Naplouse : la recette du knaffeh expliquée pas à pas

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    Qu'on l'appelle kenafeh, kanafe, kneffeh, künefe... Qu'on y mette des "a", des "e", un seul ou plusieurs "f"... Qu'on le mange au Liban, en Syrie, en Palestine... On parle à chaque fois du même dessert. Un genre de mozzarella chaude avec de la semoule par-dessus, le tout sucré. C'est la grande douceur de Naplouse qui en est la capitale palestinienne. Dans la vieille ville, ce sont les hommes de la famille Shantir (pâtisserie Al-Aqsa, près de la mosquée An-Nasir) qui sont considérés comme les Pierre Hermé du knaffeh. Ils nous expliquent la recette.

    D'abord, on beurre une grande plaque qui va sur le feu. 

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    On étend une belle couche de semoule.

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    On ajoute le fromage. Ici c'est de du chèvre préalablement dessalé. Il donne un goût très caractéristique, bien plus prononcé qu'un "vulgaire" fromage de vache.

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    On le chauffe sur le gaz à feu vif.

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    Au cour de la la cuisson, on le badigeonne de sirop ce qui évite d'obtenir une consistance trop sèche.

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    C'est prêt.

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    La petite assiette ne vaut même pas un euro.

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    Les magnifiques couleurs tendant sur le jaune-orangé, son goût fort, son sucre envoûtant tranchent avec tout ce qu'on a goûté dans la région, notamment avec le knaffeh pourtant réputé que l'on trouve dans la vieille ville de Jérusalem (Jaffar's Pastry, Rue Khan el Zeit près de la porte de Damas).

    Dans la capitale palestinienne, les couleurs font moins envie, l'ensemble est bien plus fade, ça sent le chimique. Mais cela reste un pis aller : on ne peut pas faire le chemin à Naplouse tous les jours.

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  • Naplouse : le célèbre magasin d'épices survit

    On se faufile dans les ruelles de la vieille ville de Naplouse pour tomber sur cette caverne d'Ali Baba. Le cliché littéraire correspond totalement à la réalité. Rappelons-nous qu'on a découvert l'Inde pour ses épices, que le poivre était synonyme de très grande richesse, que Venise en a bien profité... Cette boutique devrait faire la fortune de la famille Braik installée ici depuis 1936.

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    Et à Jérusalem ou à Bethléem, ce magasin croulerait sous les groupes de visiteurs. A Naplouse, l'affaire n'est évidemment pas gagnée d'avance, les touristes n'étant pas légion.

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    Pourtant, les épices y sont à proprement parler extraordinaires quand on les compare avec celles des échoppes de Jérusalem ou de Bethléem justement. Comme toute maison qui se respecte, le zaatar est mélangé (thym, sumac, sésame) selon une recette familiale. Le sumac est incroyablement odorant... Toutes viennent de Cisjordanie, pas de Chine ni de Turquie.

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  • Cisjordanie : aujourd'hui, le Bon Samaritain fait du vin sans soufre

    Les Samaritains produisent du vin rouge. "The best arak in the world" nous lance même Husney Kahen, le directeur du Musée Samaritain posant fièrement devant les attributs de sa charge religieuse. Oups, il confond vite arak et vin mais il faut comprendre que même lui n'en boit que très peu, tant la production est minime. Et pour cause, plutôt réservé aux fêtes religieuses, ce vin reste difficile à se procurer.

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    Les Samaritains, combien de divisions ? Beaucoup de gens pensent qu'ils n'existent que dans la célèbre parabole de l'évangile selon Saint-Luc. C'est en réalité la plus petite communauté religieuse au monde, seulement 700 âmes. Depuis le premier millénaire avant Jésus-Christ, les Samaritains prient sur le mont Garizim (au-dessus de Naplouse) qui est un peu leur Jérusalem. Considéré par Israël comme les premiers israélites, ils ont un statut envié (passeport israélien, cartes d'identité palestinienne et jordanienne) mais reconnaissent souffrir quotidiennement de la colonisation israélienne qui grignote la Samarie, la région entre la Judée et la Galilée. Il faut dire que Naplouse est un foyer traditionnel du terrorisme palestinien, même si aujourd'hui la ville est calme.

    Là-haut, sur le mont Garizim s'est développé un village où les traditions, notamment religieuses, persistent. Certes on vit entre soi mais c'est un village semblable à ceux des alentours : des maisons on ne peut plus classiques, des magasins et un soldat israélien qui garde la route qui monte au village... Sans oublier ce musée qui expose le quotidien des Samaritains aux rares touristes et une épicerie qui vend de l'alcool. Les jeunes de Naplouse viennent d'ailleurs ici pour s'approvisionner : la ville grande palestinienne en contrebas est très conservatrice, la vente d'alcool y est interdite. Les soiffards viennent donc faire leur course au plus proche, chez les Samaritains. 

    Et ce vin alors ?

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    Je t'entends rire sous cape, te foutre un peu de la figure des Samaritains. Ce n'est pas très gentil. Bien sûr on s'attend à une immonde piquette. Et bien, ce n'est pas le cas. Bu sur plusieurs jours, le vin gagne à être aéré. Il est extrêmement fruité (arômes de fruits noirs), possède une belle acidité volatile (moi je trouve ça beau !) et s'avère très digeste. Je suis prêt à parier qu'il y a très peu, voire pas de soufre ; on retrouve assez la patte connue des vins naturels. C'est normal, c'est un vin qui n'a pas vocation à être conservé mais bu sur le fruit chaque année lors du sacrifice rituel. Bon, après... Je ne te cache pas qu'il manque un vrai vigneron derrière tout cela.

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    Cépages ? Conduite des les vignes ? Type de vinification ? Vous n'avez peut-être pas bien lu : le patron du musée confondait déjà arak et vin, ce n'est pas auprès de lui que j'ai pu trouvé des infos. Une fois rentré en France mes tentatives n'ont pas plus abouti. Si un lecteur peut aider...

  • Hébron : un repas dans une famille palestinienne vivant sous la menace des colons

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    Hébron, 400 colons israéliens protégés par près de 2 000 militaires israéliens pourrissent la vie de 180 000 habitants palestiniens. C'est la seule ville de Cisjordanie à voir coexister colons et Palestiniens en son centre ville. C'est ce qui fait d'Hébron une situation tout à fait particulière et un baril de poudre qui explose régulièrement.

    La présence juive ici est multiséculaire. Mais deux événements ont marqué l'histoire récente. D'abord le massacre de juifs par des Arabes en 1929. Chassés d'Hébron, ils reviennent après la guerre de 1967. Puis en 1994, un fanatique religieux, Baruch Goldstein, ouvre le feu à la mosquée et tue 29 personnes. Sur sa tombe est écrit "ci-gît un saint, le Dr. Baruch Kappel Goldstein. Bénie soit la mémoire d'un homme juste et saint, que Dieu venge son sang, à celui qui dévoua son âme aux Juifs, au judaïsme et au pays juif." Ambiance.

    Désormais la colonisation s'étend. La tension est quotidienne. Et là, on ne rigole plus. De plus, depuis près de 15 ans, la vieille ville d'Hébron est coupée en deux parties : la majorité sous contrôle palestinien ("zone H1" là où vit l'essentiel de la population arabe) et le centre ville sous contrôle israélien ("zone H2", où vivent les colons avec les Palestiniens comme voisins immédiats - en mauve sur la carte). Voies de circulation séparées, boutiques palestiniennes fermées par mesures de sécurité, incursions récurrentes de l'armée, ripostes palestiniennes souvent graves... on appelle ça de l'apartheid. Ou la guerre. 

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    (source B'Tselem - cliquer pour agrandir)

    On aura beau montrer toutes les cartes que l'on veut, il n'y a qu'une visite sur place qui fera comprendre les choses. La partie la plus sensible est donc la "zone H2". La rue Al-Shuhada, ancien marché aux fruits et légumes de la ville, est aujourd'hui fermée au commerce et à la circulation pour la Palestiniens. Il faut bien que les colons rentrent chez eux. C'est un centre-ville fantôme.

    Partout ailleurs, les colons se sont installés sur les hauteurs. Soit à l'étage des habitations et ils lancent tous les détritus imaginables sur la rue palestinienne...

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    ...soit il s'agit de colonies sauvages (interdites par le gouvernement mais régulièrement régularisées) construites sur les collines. Ainsi la maison de Hashem Azzeh se tient juste en-dessous des caravanes des colons extrémistes de Tel Rumeida. Qu'ils viennent des Etats-Unis ou d'autres pays comme la France, les colons juifs nationalistes d'Hébron n'ont rien de commun avec les habitants d'Israël, juifs ou non. Le problème, c'est l'impunité que leur accorde le gouvernement et la protection que l'armée leur apporte. Bref, un quasi soutien étatique.

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    Il pose devant l'entrée "traditionnelle" de sa maison aujourd'hui bouchée par des hautes herbes, des détritus, des barbelés. Depuis quelques années, il est assigné à résidence parce qu'il parle à des journalistes ou à des groupes qui se frottent à une visite alternative d'Hébron. La conversation enchaîne sur le quotidien. Impossibilité de sortir de chez soi, agressions quotidiennes des autres membres de la famille par les colons (sa femme a perdu un enfant), difficultés pour entrer et sortir de la "zone H2", pour circuler en Palestine, l'importance des observateurs internationaux présents "temporairement" à Hébron...depuis les années 1990, et j'en passe.

    Le harcèlement de la part des colons en "zone H2" a été révélé à Israël et au monde à travers notamment deux vidéos filmées par les victimes elles-mêmes. Des O.N.G. israéliennes ont maintenant l'habitude de fournir des caméras aux Palestiniens pour filmer leur quotidien. Sur la première, des volontaires internationaux accompagnent des jeunes Palestiniennes à l'école sous les cailloux et les coups des colons.


    Sur la seconde, un femme colon traite de "pute" (charmouta en arabe) une Palestinienne après s'être introduit dans sa maison.

    Ce n'est pas ici que j'exposerais toutes les facettes du conflit. Il y a des reportages, des documentaires et donc des O.N.G. israéliennes pour se documenter. Pour comprendre, il n'y a pas 36 possibilités : il faut aller sur place.

    Retour aux choses simples, chez Hashem Azzeh pour manger un maqloba préparé par sa femme.

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    C'est un genre de plat de viande avec oignons, tomates compotées et du du riz.

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    Une fois encore, on est scié par la qualité des légumes palestiniens, souvent cultivés sans produit chimique. 

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    Une courte pause bienvenue dans ce merdier inextricable qu'est devenu Hébron.

  • Hébron : où manger du chameau ?

    Nous nous trouvons juste en face de la dernière usine de céramique artisanale d'Hébron appartenant à la famille Natsheh. Ici notre boucher ne fait que dans le chameau, la "vitrine" en témoigne.

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    C'est la seule adresse de Cisjordanie où on pourra en déguster. Malheureusement, il m'a manqué du temps et un appareil de cuisson.

  • Hébron : avant, c'était le marché aux fruits et légumes

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    Mais ça, c'était avant.

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    Non, ce n'est pas un jour férié. C'est ainsi tous les jours.

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    Tout est fermé sur ordre des autorités israéliennes. Et pourquoi ?

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    Pour que les colons puissent rentrer chez eux en sécurité (colonies de Beit Hadassah, Beit Romano ou Avraham Avinu).

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    (source B'Tselem - cliquer pour agrandir)

    Les photos ont été prises rue Al-Shuhada en septembre 2013. Ce sont les Champs-Elysées d'Hébron aujourd'hui fermées à tout commerce ainsi qu'au simple passage des Palestiniens (sauf s'ils sont résidents directs).

  • Bethléem : le vin des moines menacé par le mur de séparation israélien

    Les moines salésiens font du vin dans la vallée de Crémisan, juste au nord de Bethléem, depuis plus d'un siècle. Nous sommes à une dizaine de kilomètres au sud de Jérusalem, dans un coin entouré de colonies israéliennes. Aujourd'hui, la quiétude des lieux est remise en cause par le tracé du mur de séparation israélien qui isole la Cisjordanie.

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    Déclaré illégal en 2004 par la Cour internationale de justice de La Haye, le mur grignote le territoire palestinien, il ne respecte pas les frontières d'avant 1967, reconnues par l'ONU. Dans la région, vouloir faire respecter le droit international c'est déjà s'engager.

    Les chiffres donnent le tournis. Une hauteur de 8 mètres, un coût de construction estimé à 2,5 millions d'euros le kilomètre pour une longueur totale de 700 kilomètres (pour l'instant il n'est construit qu'à 60 %), 12 % de la Cisjordanie grignotée, 500 000 colons résidant à l'est du mur... Et 500 000 Palestiniens ont vu leur quotidien changer. Mais plutôt que des chiffres, ce sont les histoires personnelles qui illustrent le mieux cette hérésie. On le sait, le sens de l'Histoire est de faire tomber les murs. Mais pour l'instant, il est là.

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    Voulu ainsi par Israël, le tracé du mur couperait la vallée de Crémisan en deux. Une vallée verte, fertile où poussent oliviers, pêchers, amandiers et de la vigne...

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    (source Google Earth)

    Le mur, frontière franchissable seulement par quelques checkpoints disséminés sur son tracé, séparerait aussi les nonnes (qui se retrouveraient côté palestinien) des moines (qui seraient côté israélien, avec les vignes).

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    (source BBC)

    La justice israélienne saisie par les moines et les propriétaires du terrain a donné raison en début d'année au gouvernement qui décide du tracé. La plainte datait de 2006, on attend donc de voir les réalisations concrètes sur le terain. Quelles seront les conséquences pratiques ? Sur l'organisation du couvent ? Sur la vie quotidienne des Palestiniens ? Sur la production du vin ?

    Et ce vin justement ? 

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    Les moines produisent 180 000 bouteilles par an. Oui, on n'est pas chez le tout petit artisan non plus. Mais à ma connaissance, c'est le seul vin produit en Palestine (hors ceux des colons). Ce blanc est réalisé à partir de dabouki, un cépage originaire de Syrie et aujourd'hui en voie de disparition car très sensible aux maladies.

    Dans le verre, le vin s'avère un peu lourd, tabassé par le soufre. Souci fondamental, il manque d'un vigneron consciencieux derrière. Mais on perçoit une certaine trame, une envie de bien faire, un terreau favorable. Mais l'important n'est-il pas que cette bouteille existe, tout simplement ?

    MISE A JOUR 2015 : la Cour Suprême vient de donner raison aux moines après dix ans de combat. Mais y aura-t-il un nouveau tracé... Explications en détail. 

  • Bethléem : la maison du pain

    Au détour d'une rue du souk de Bethélem, une boulangerie vend des galettes de pain semi complet pour quelques centimes d'euros. Béthléem, بيت لحم, la maison du pain en arabe. Les chrétiens ajoutent que ce n'est pas un hasard si Jésus (étant lui-même le pain) est né ici.

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  • Mer morte : le bar le plus bas du monde ne sert pas de vin naturel

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    Nous sommes dans une colonie israélienne, tout au nord de la Mer morte, à Kalya Beach précisément. Selon les accords d'Oslo, nous sommes en "zone C", tout comme 61 % de la superficie de la Cisjordanie, c'est-à-dire sous contrôle total d'Israël. Pourtant, nous sommes bien à l'est de la ligne verte de 1967 et du mur de séparation, à seulement quelques kilomètres au sud de Jéricho. Malgré tout, il est intéressant de venir ici et ce, à plus d'un titre. Bien sûr, c'est l'endroit le plus proche de Jérusalem pour se baigner dans la Mer morte, ce qui est une sensation unique au monde dans un paysage unique au monde. C'est aussi le point le plus bas du globe.

    C'est aussi l'occasion de se rendre compte de l'avancée de la colonisation économique de la Cisjordanie par Israël. La plage privée avec ses deux cahutes a fait place à des constructions en dur, faites pour durer justement. À coté, d'autres plages publiques ont poussé ces dernières années. La cantine du nouveau bâtiment s'avère nullissime, hormis la terrasse qui permet de jouir d'un panorama merveilleux sur... la Jordanie. On n'imagine pas l'occupant laisser cette manne financière à d'autres.

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    Autre curiosité : en bas, sur la plage, le bar le plus bas du monde. 418 mètres sous le niveau de la mer. On n'y sert que du Coca-Cola et autres boissons dans le genre.

  • Jérusalem : Ezra Kedem, le Passard israélien

    Ezra Kadem cultive son jardin. Comme Voltaire, comme Alain Passard. Des monts de Judée provient plus de la moitié des légumes (cultivés en biodynamie) servis dans son restaurant Arcadia, dans le centre-ville de Jérusalem-Ouest. Le reste, il l'achète à des paysans avec qui il entretient une relation on ne peut plus régulière. Alors qu'Israël, malgré ses richesses naturelles, subit de plein fouet la malbouffe, ici les légumes ont un goût de reviens-y. Pour preuve ce carpaccio d'aubergine, plat désormais mythique de mon Panthéon culinaire.

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    Ezra Kadem est avant tout un homme facile d'accès. Comme sa cuisine pourrait-on dire. D'ordinaire, en septembre et en octobre, le restaurant est fermé. Mais c'est vrai que j'ai un peu insisté et surtout, j'ai eu de la chance : il ouvrait pour un dîner privé, un anniversaire pour une tablée d'une demi-douzaine de personnes. Il a accepté ce jour-là que nous venions à deux manger au restaurant, nous aussi. Moment magique s'il en est : le fleuron de la gastronomie israélienne (quasi) privatisée. Une soirée au calme et comme serveur, le chef lui-même. Il vient s'enquérir de notre avis sur le vin, sur chaque plat avant d'apporter là une assiette supplémentaire, là un entremets en plus. Dès la fin de l'entrée, l'estomac crie assez.
     
    Mais revenons au début. À côté de l'aubergine, quelques coupelles avec une huile d'olive de belle naissance, quelques épices et surtout ce houmous sur la gauche, la deuxième claque de la soirée. Le chef nous livre son secret : en fait ce n'est pas du houmous, car il n'y a pas de pois chiche. Certes le goût prononcé du tahiné nous a induit en erreur ; l'ingrédient principal, c'est du fromage blanc battu. Additionné d'un peu d'huile de curcuma, il donne un antipasto de haut vol. Avec un pain maison à se damner... ce qui à Jérusalem est un comble. 
     
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    A côté, les gnocchis aux crevettes et différents tartares de poisson (mérou, bar...).
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    La viande du moment, c'était l'agneau. En côtes ou en selle cuite amoureusement en cocotte, c'est déjà beaucoup trop pour nos deux estomacs. Bien sûr, c'est parfaitement cuit mais surtout la petite salade chaude de pois chiche/féculents/légumes verts confine au merveilleux.

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    En dessert aussi, nous avons eu droit à du rab. 

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     Pour couronner le repas, une infusion du jardin à tomber à la renverse de fraîcheur et d'équilibre.

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    J'allais en oublier le vin. C'était aussi une belle surprise même si évidemment on reste dans le classique. La carte de vins israéliens est somme toute longue même si on reste très souvent sur un travail avec des levures exogènes et une belle tripotée de soufre. La Sea Horse Winery produit un très joli chenin (cuvée James) qui scintille parfaitement avec tout le repas. Aucune lourdeur, une sacrée classe.
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    Arcadia, Agripas 10, Jérusalem-Ouest. Les photos sombres ne rendent pas hommage au travail du chef. Encore une fois, pour se faire une idée, il faudra venir sur place...
  • Un dîner à l'American Colony Hotel, le palace de Jérusalem-Est

    Peut-on vraiment utiliser le mot de palace, ici à Jérusalem-Est ? Avec la chambre qui commence à 300 dollars, on répond oui. Le lieu est en tout cas un havre de paix (au sens propre comme au figuré, ce qui est rare dans le coin) que les hautes sociétés palestinienne, israélienne, étrangère fréquentent régulièrement. La presse internationale, les responsables d'O.N.G. et les experts de tout poil ont fait du petit patio leur QG officieux. Voire officiel tel Tony Blair qui, lorsqu'il était médiateur pour le conflit, avait loué tout un étage. Plus poétiquement, Chagall, Le Carré, Mandela avaient leurs habitudes ici. C'est tout de même plus joli que le massif King David Hotel, son homologue à Jérusalem-Ouest.
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    La cuisine palestinienne est remarquable. Les assiettes commencent à 20 euros tout de même, mais rappelons que partout en ville, les prix n'ont rien à envier à ceux de Paris. Depuis quelques années, plutôt que les bombes, ce sont les tarifs des restaurants qui ont explosé.

    On rigole moins quand on a ces légumes fourrés au riz dans l'assiette. C'est l'un des plats palestiniens les plus répandus, le premier qui m'ait été donné de manger dans une famille de Jérusalem il y a plusieurs années. Ici il est magnifié. Les légumes (courgettes, aubergines, feuille de vignes - nous sommes mi-septembre) ont le goût de légumes, la sauce tomate apporte une remarquable acidité.

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    En dessert, une tarte aux pommes bien troussée pour le prix d'un mauvais dessert à Paris (7 euros). 
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    Le havre de paix est aussi culinaire : enfin, une adresse paradoxalement assez simple et loin de la malbouffe. Et comme la Taybeh à la pression n'est pas plus chère qu'ailleurs...

    Arabesque, restaurant de l'American Colony Hotel, 1 Louis Vincent Street, Jérusalem-Est.

  • Jérusalem : la cuisine des femmes palestiniennes

    Le centre Melia aide les femmes palestiniennes depuis 1926. En haut du quartier chrétien, dans Frères Street, une boutique propose des broderies réalisées dans les villages de Cisjordanie. A côté, l'association gère aussi le restaurant Bint-al-Balad ("la fille du pays"). Chaque matin, des femmes cuisinent pour le repas du midi, l'endroit étant fermé le soir comme beaucoup d'autres dans la vieille ville.

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    Kubbeh (fameuses croquettes à la viande), feuilles de vigne farcies au riz, plats du jour... Tout est réalisé à la main, puis congelé quand il y a du surplus. Bref, on est à la maison et ici à Jérusalem, ça n'a pas de prix. Loin des fast-foods débitant de la bouffe industrielle à la tonne, c'est l'un des restaurants-révélation du séjour.

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    L'addition ? Encore une fois, ce n'est pas donné mais à part une assiette de houmous, rien n'est donné dans cette ville. Seulement, on se répète, ici la bouffe ne sort pas du Métro israélien et l'argent n'est pas dépensé en vain.
     
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    Bint al Balad, Frères Street, quartier chrétien, vers la Porte Neuve.
  • Jérusalem : un apéro avec la jeunesse palestinienne

    En remontant de la porte de Damas, tout le monde s'arrête au Jerusalem Hotel. C'est normal : il est dans tous les guides, le patio est agréable, la bière palestinienne Taybeh à la pression et la nourriture correcte. C'est l'endroit parfait pour rencontrer des membres d'ONG ou les journalistes que l'on ne croise pas à l'American Colony. C'est-à-dire qu'on n'y rencontre pas les chefs, mais les sous-chefs. Le problème, c'est que pour un papotage avec l'autochtone, on fait mieux. Et mieux, c'est un tout petit peu plus loin dans Nablus Road, à l'étage d'une vieille maison ottomane datant de 1905. 

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    Ancien siège du Parti communiste local, Al-Mihbash a perdu cette vocation politique pour devenir un hôtel-restaurant. Ici, très peu voire pas du tout d'étrangers. Seule la jeunesse palestinienne aussi dorée que le Dôme du Rocher se paie du bon temps. Déjà, elle a la chance d'habiter à Jérusalem, ce qui est bien plus simple pour trouver du travail. Ensuite, à voir les consommation et les narguilés se succéder, on soupçonne qu'elle n'est pas à plaindre.
     
    La carte brasserie fait la part belle à la cuisine palestinienne. Et c'est étonnement frais, notamment ce taboulé à la libanaise ou les pizzas au zaatar. Dans le verre, Taybeh à la pression aussi (on ne redira jamais assez que c'est là qu'elle est la meilleure) ou le vin des moines de Crémisan, à côté de Bethléem.

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    Al Mihbash, 1 Nablus Road, Jérusalem-Est.
  • Jérusalem : ah bon, ça ne voyage pas le vin naturel ?

    A pied jusqu'au métro. Puis RER. Puis la navette Orly-Val. Puis à pied jusqu'au comptoir d'enregistrement. Puis tapis roulant. Puis, confiée à la compagnie Pegasus Airlines, je l'imagine transbahutée d'un chariot à un tapis roulant avant de voyager en soute. Puis rebelote, car escale à Istanbul. Récupérée à l'aéroport Ben-Gourion à Tel Aviv, elle est revenue sur mon dos. Puis taxi collectif jusqu'à la porte de Jaffa à Jérusalem. Puis à pied à travers la vieille ville pour un premier coucou de nuit au mur des Lamentations et au Dôme du Rocher. Puis taxi privé pour rejoindre mon hébergement. Dans la chambre, elle s'est reposée 3 jours à température ambiante (il faisait 33 degrés dehors, pas beaucoup moins dedans, avec une forte amplitude thermique la nuit).

    Tout ça pour dire qu'elle a bien bourlingué la boutanche de Noëlla Morantin. C'est le gamay 2012 baptisé Mon Cher que j'ai apporté à Jérusalem (coquelicot sur un rocher, comme disait l'autre - ok, c'est plutôt des roses sur l'étiquette). C'était ma seule concession à la saine obligation de boire local ; je voulais voir si le cœur de Mon Cher allait s'accorder avec mon amour pour cette ville.

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    Émerveillée d'être offerte à un paysage si différent des bords de Loire, elle n'avait même pas pris le temps de se refroidir. Malgré les 23 degrés de ce début de soirée, les verres moutarde n'ont pas suffit à banaliser les splendides arômes de fruits rouges. Certes, ça bubullait un peu au début, mais c'est parfois le cas à Paris.

    Son fabuleux voyage, les différences de pression, de température, d'altitude (Jérusalem se trouve à 800 mètres au-dessus du niveau de la mer dans les monts de Judée)... Rien n'a entaché le potentiel de ce vin. C'était ma foi fort glouglou et tempérait le côté fumé du houmous. Le lendemain matin, j'ai refait la photo collector avec la bouteille bien vide.

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    Cette petite parenthèse ligérienne entre le houmous et l'arak est maintenant terminée.

  • Jérusalem : une assiette en céramique arménienne

    Il y a ce qu'on met dans l'assiette et il y a l'assiette elle-même. J'ai vraiment eu un coup de foudre pour le magasin de céramiques Sandrouni. Le patron parle joliment français et fait visiter le petit atelier où tout est fait à la main. C'est forcément un peu plus cher que tout ce qui est vendu dans la vieille ville, mais là on ne sait pas vraiment d'où ça vient.

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    Sandrouni, Rue du Patriarcat arménien, face à la cathédrale arménienne Saint-Jacques.

  • Jérusalem : l'arak, le médicament palestinien

    L'arak résulte d'un subtil travail du raisin. On distille des jus blancs avec trois ou quatre passages dans l'alambic avant d'ajouter quelques graines d'anis pour parfumer. Si certains peuvent penser que son goût est similaire à celui de notre pastis, force est de constater que le processus de production de l'arak est bien différent, notre Ricard n'étant qu'une macération/distillation de pneus d'herbes aromatiques plus ou moins bien maîtrisée selon les producteurs. Dans l'arak, c'est du raisin, comme le cognac ou l'armagnac.

    Comme pour tout bon digestif, on peut le boire en apéro : allongé avec de l'eau, sa transparence en fait un liquide tout blanc que l'on surnomme "lait de lion" dans le Croissant fertile. Et en tant que digestif, bu pur, il soigne tout : maux de ventre, bactéries, rhumatismes, conflit israélo-palestinien...

    Qu'on l'appelle raki en Turquie, ouzo en Grèce ou arak au Liban-Syrie-Jordanie-Palestine, on évite là aussi de disserter sur qui l'a inventé. Israël aussi suit le mouvement et en produit un peu mais le pays reste à la traîne, préférant les alcools importés. Ce qui est sûr, pour en avoir goûté un peu partout dans la région, c'est que celui des arabes chrétiens de Bethléem, l'Arack Sabat Extra, est le plus fin. Ne cherchez pas chez votre caviste en ligne, ça n'existe pas. On ne peut se procurer son shoot que dans les échoppes autour de la Porte Neuve, à Jérusalem.

    Mes amis disent souvent que Jésus en buvait déjà à son époque. Peut-être. En tout cas, ils disent ça après en avoir eux-mêmes un peu abusé...

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  • Jérusalem : boire une bière contre l'occupation israélienne

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    A Paris, on se repère grâce aux stations de métro. A Jérusalem, on se repère grâce aux stations du chemin de croix. 

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    Ce café arménien se situe juste entre les IIIe et IVe station du chemin de croix. Devant l'entrée, Jésus est tombé pour la première fois. Puis, dans ces hauts murs se cache l'humble chapelle commémorant la rencontre avec sa mère. 

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    Bien à l'écart du tumulte de la rue Al Wad qui descend de la Porte de Damas au mur des Lamentations, ce petit café est le lieu parfait pour une pause, un biscuit, une bière palestinienne Taybeh.

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    Cette bière est produite à Taybeh dans un village chrétien de Cisjordanie, à quelques kilomètres de Ramallah, un village que Jésus a aussi visité selon Saint-Jean. Sa saveur incomparable alterne les amers et les acides. C'est évidemment à la pression qu'elle donne le meilleur d'elle-même (au Jerusalem Hotel, à l'American Colony, chez Al Mihbash...). Elle surpasse de très loin les infâmes pisses israéliennes, danoises, néerlandaises dont le pays est abreuvé. Son slogan "The finest beer in the Middle East" n'est pas usurpé. 

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    Chaque année, la brasserie s'amuse à faire sa propre Oktoberfest qui attire des soiffards venus du monde entier. Et forcément ça ne plait pas des masses à une Cisjordanie assez rigoriste même si la teuf a bien eu lieu en 2013.

    La Taybeh sort des frontières de Cisjordanie pour être vendue en Israël, mais on ne la trouve pas partout - c'est-à-dire qu'il faut viser les cafés chrétiens. Ailleurs, elle est disponible en Belgique ou en Allemagne, mais c'est une licence concédée par la brasserie palestinienne. Elle n'est donc pas brassée en Cisjordanie, elle n'a pas tout à fait la même saveur. 

    De manière plus générale et tout à fait sérieuse, la bière peut à elle seule illustrer la complexité de Jérusalem. J'avais déjà consacré un article à cette "géopolitique de la bière".

  • Jérusalem : comment reconnaître une bonne limonade ?

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    Si le houmous est le plat national (mais au fait, de quelle nation parle-t-on ?), la limonade est son équivalent liquide. C'est la boisson que l'on retrouve partout, chez les Israéliens ET chez les Palestiniens, notamment dans les endroits où on ne sert pas d'alcool. Des deux côtés de la ville, des deux côtés du mur de séparation comme en témoignent ces deux photos quasi identiques : la première chez Afteem à Bethléem, la seconde chez Abu Shukri dans la vieille ville de Jérusalem.
     
    Citron, eau, sucre. Et un peu de menthe, d'où cette couleur parfois verte, parfois un peu plus caca d'oie quand la menthe est moins fraîche. On mixe le tout et on le sert très frais. Pour reconnaître l'adresse est honnête, on se fie à l'acidité du jus : les jus maison sont bien citronnés, les industriels tendent plutôt vers le sucre, saveur réputée plus accessible.
     
    Aparté. Comme dans beaucoup d'autres pays, on est sidéré par le nombre de restaurants qui servent une bouffe aseptisée, insipide. Mais ici, c'est un problème assez caractéristique. Alors que les richesses naturelles du pays sont si nombreuses, alors que les cultures culinaires sont si variées, la consommation de bouffe industrielle (et surtout sans âme) tient le haut du pavé. Heureusement, il y a des exceptions magnifiques.

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  • Jérusalem : où manger du houmous ?

    Réponse : partout.

    Ne voulant pas déclencher une troisième Intifada à moi tout seul, je me garderais bien de me prononcer sur l'origine du houmous : est-il libanais ? Ou israélien ? Ou syro-palestinien ? Ce qui est indéniable, c'est que ce mets somme toute un peu bizarre est devenu le symbole culinaire de Jérusalem, comme le Dôme du Rocher en est le symbole architectural. On en mange à l'ouest, on en mange à l'est, on en mange au nord, on en mange au sud, on en mange sur la Ligne verte de 1967, on en mange face au mur de séparation, on en mange près du mur des Lamentations, on en mange près du Saint-Sépulcre... Comme les chats errants la nuit, le houmous ne connait pas les frontières.

    Précisément, de quoi s'agit-il ? Il y a sans doute autant de recettes que de familles, voire d'individus, mais une base est partout respectée : un savant mélange de pois chiche écrasés, de tahiné (pâte de sésame dont le goût peut lui aussi varier à l'infini) et d'huile d'olive. Les dosages diffèrent partout, la qualité des produits aussi. Manger le même houmous dans deux endroits différents relève du coup de chance ou d'une bouffe industrielle (et là, pas de chance).

    Comment faire pour choisir son houmous ? Nous sommes allés à la rencontre de quelques adresses historiques. Réaliser une monographie du houmous à Jérusalem reviendrait à tester presque tous les restaurants de la ville. Déjà, pour en faire sortir certains du lot, notre estomac a été mis à rude épreuve : houmous à midi, houmous le soir. Il y a un moment où tu n'en peux plus et ce moment arrive rapidement. Voici quelques résultats glanés avant d'être devenu moi-même un gros pois chiche. Il n'y a pas de classement ici, c'est idiot les classements.

    Dernière chose : dans chaque restaurant, le houmous est servi avec du pain pita (plus ou moins bien fait) et des pickles (légumes saumurés plus ou moins comestibles). A chaque fois, il en coûte entre 3 et 4 euros l'assiette, ce qui reste raisonnable dans une ville où ces dernières années, ce sont les prix (plutôt que les bombes) ont explosé.

    Lina : soyeux, crémeux, très poischiché. De loin, le meilleur de la ville, à mon avis. A 20 mètres au-dessus de la 8e station du chemin de croix. Oui, à Paris, les bistrots me servent de points de repère ; à Jérusalem, ce sont les stations du chemin de croix ou les édifices religieux. 

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    Abu Shukri : une institution. Une bonne dose de tahiné rend la chose très torréfiée. L'huile d'olive qui l'accompagne est très plaisante. Rue Al Wad, face à la 5e station du Chemin de croix. 

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    Jerusalem Hotel : moins crémeux mais malgré tout plus léger. Une réussite. Sur Nablus Road, à quelques minutes de la porte de Damas. 

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    Al Mihbash : l'assiette la plus "fait maison". Comme pour tout ce qui vient de ce restaurant, le houmous semble extrêmement frais. Un peu plus haut que le Jerusalem Hotel, sur Nablus Road aussi.

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    Rahmo : là aussi, forte dose de tahiné. La texture très fondante s'explique sans doute parce qu'il n'est pas servi à température ambiante mais un peu chaud. Dans la rue Ehskol, à côté du marché Mahane Yahouda, côté Jérusalem-ouest.

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    Versavee : comme l'ensemble des plats servis ici, le houmous ne laisse aucun souvenir. Le passage dans lequel est situé le restaurant, juste à gauche après la porte de Jaffa faisait envie. Mais non. La déception du séjour.

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    Afteem : une belle assiette et un plat très citronné. A Bethléem, en contrebas de la place de la Crèche. Une halte connue des pèlerins depuis que les proprios ont été chassés de Jaffa en 1948.

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    Et on en oublie...

  • Jérusalem : le presse-agrumes hérétique

    Même ceux qui n'ont jamais mis les pieds à Jérusalem voient de quoi je parle. Voici un objet que je trouve délirant, tout droit sorti du cerveau fécond d'un designer foufou. Croisé dans une exposition à la Tour de David, à Jérusalem : un presse-agrumes façon Dôme du Rocher. Quand on sait que ce monument est depuis le VIIe siècle le symbole de la ville, qu'on le voit sur (presque) toutes les cartes postales et sur tous les posters de "martyrs" palestiniens... Ce n'est malheureusement qu'un prototype qui montre une (sacrée) liberté de penser.

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    Les touristes se pressent de plus en plus nombreux à Jérusalem, sur les lieux chargés d'histoire, sur les lieux saints des trois religions monothéistes ou encore sur les lieux du conflit actuel. La preuve, il y a maintenant un Guide du Routard sur Israël et Palestine, c'est dire.

    Tout cela, j'ai eu l'occasion de le vérifier lors de ma quatrième visite là-bas, en septembre dernier. C'est pourtant le premier voyage que je vais chroniquer ici. Dans les jours à venir, nous allons donc parler de Jérusalem, d'Hébron, de Naplouse, de colonies, de zaatar, de vins locaux, de limonade... J'oubliais que j'avais déjà évoqué précédemment les bières locales et du vin de Cremisan - mais on en reparlera aussi.

    A suivre donc un carnet de bonnes adresses si jamais la folle idée vous prend d'aller visiter ce joyeux bordel...

  • Recette enfantine : la tarte au vin

    La cuisine au vin s'avère intéressante lorsqu'on considère le vin comme un véritable ingrédient, pas comme le composant d'une sauce ou un simple exhausteur de goût. D'ailleurs, je considère qu'il se fond mieux dans les desserts que dans les plats salés. Parmi mes desserts stars trône le cake au vin blanc ; voici maintenant la tarte au vin blanc. Encore plus foufou.

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    Certes ma photo n'est pas digne de Elle à Table. Déjà, l'exécution de la recette ne donne pas un résultat parfait - encore heureux, la cuisine sans aspérité ennuie. Le résultat n'est pas non plus photoshopé, ça prouve bien que la photo ne sort pas d'un dossier de presse même si j'ai trouvé cette recette d'origine vaudoise sur le site de l'office du tourisme de Suisse. En gros : c'est un fond de tarte, tu ajoutes du vin dessus et tu laisses cuire. Enfantin. 

    Pour la préparer, on ouvre spécialement un vin alsacien, le sylvaner 2012 (en bouteille d'un litre) de Jean-Pierre Rietsch. J'aimerais bien dire qu'il m'est resté sur les bras un fond de bouteille et que je l'ai utilisé pour la recette. Mais ce serait mentir : lorsqu'on ouvre une bouteille de Jean-Pierre, il n'en reste jamais, c'est bien trop bon. Alors pourquoi l'ouvre-t-on spécialement ? Parce que la cuisine au vin répond à un théorème : on ne cuisine pas avec un vin qu'on ne voudrait pas boire. Logique. Mais ça va mieux en le disant.

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    Pour la pâte : mélanger 200 grammes de farine avec 80 grammes de sucre et une pincée de sel. Ajouter 120 grammes de beurre froid coupé en morceaux et travailler à la main. Ajouter un œuf battu. Beurrer et fariner un moule à tarte avant d'y mettre la pâte. Conserver au froid une demi-heure.

    Pour la garniture : mélanger 30 centilitres de vin naturel (oui ça marche aussi avec un autre vin, c'est fou...), 120 grammes de sucre, 1 belle cuillère à soupe de fécule de maïs (on peut faire le couillon-fainéant comme moi et prendre la marque de supermarché, mais c'est mieux avec de la fécule bio) et une pointe d'épices type cannelle. 

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    Verser le liquide sur la pâte directement. Ajouter quelques noisettes de beurre à la surface et direction le four préchauffé à 200°C pendant 40 minutes. Je la préfère un peu rafraîchie. Ce qui étonne la tablée, c'est que le vin tire désormais vers le miel.

  • Une brasserie à Montmartre ? Heu ? T'es sûr ?

    Les prix sont parisiens, la carte ne change pas tous les jours, le nombre de couverts ne correspond pas à ceux des restaurants que l'on fréquente habituellement. Bref, c'est une brasserie. Je laisse ça à ceux qui aiment ; ils sont nombreux.

    Malgré tout, cette adresse sort du lot. Et même mieux : toute brasserie devrait lui ressembler. Naguère, je louais le meilleur rapport qualité/prix de Paris : c'était la maison-mère. Depuis, je fréquente l'annexe dans le XVe, moins enclavée que la première. Aujourd'hui, je suis aux anges : La Cantine de la Cigale, troisième adresse de Christian Etchebest, est à un battement d'aile de palombe de chez moi.

    On y retrouve les plats désormais classiques, à commencer par cette mythique oreille de cochon grillée.

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    Ou les couteaux avec une divine sauce aux olives. C'est à se demander si on ne ferait pas mieux de prendre seulement des entrées tellement les assiettes sourient.

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    Lors de mes derniers passages, le caviar d'aubergine le disputait au civet de marcassin ou aux saint-jacques purée. Sur le papier, c'est simple voire simpliste. Mais c'est ça la cuisine, bordel !

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    Il me reste à tester le parmentier de boudin d'Eric Ospital que j'imagine grandiose. Comment n'ai-je pas pu commander ce plat-là lors de mes dernières sorties ? C'est honteux.

    J'ai pourtant repéré un bémol, par deux fois. Les frites. À la Cantine du Troquet Dupleix, elles sont généreuses, crousti-fondantes, bien arrosées de poivre. Ici elles font grise mine, manquent d'un bain de friture et attendent l'assaisonnement plus corsé. Oui, elles font la gueule. Et second gratouillage : les desserts bien troussés qui tournent autour de 9 euros, on peut aisément s'en passer.

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    Côté vin, on s'amuse bien aussi. Thierry Chancelle, Marcel Lapierre, Robert Plageoles, Hervé Souhaut... Les superbes noms en côtoient certains moins excitants. Mais il faut de tout pour faire un monde. Voici en détail à quoi ressemble la carte en ce début novembre.
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    Autre marque de fabrique des Cantines, l'accueil toujours engageant. Tout ça pour dire que quand la bise est venue, je ne me suis pas retrouvé dépourvu.

    La Cantine de La Cigale, 124 boulevard de Rochechouart, 75 018 Paris, 01 55 79 10 10.

    Sinon à Montmartre, tout n'est pas définitivement perdu : il nous reste un caviste parfaitun café à la jolie terrasse et même des tapas.

  • Mimi Fifi et Glouglou, c'est moi

    J'avoue avoir été contrarié en lisant les premières pages de Mimi Fifi & Glouglou. J'avais l'idée d'un bon titre pour cet article, d'une référence à Flaubert, et v'là t'y pas qu'elle apparaît texto dans la préface de cette bande dessinée. Tant pis, je la garde quand même ! Car c'est tout moi dans ces pages. Déjà, les trois compères imaginés par Michel Tolmer, je les connais depuis les quelques planches disséminées au gré des humeurs sur le site Glougueule. A force de les lire sur écran, je faisais un transfert. Sous couvert de dégustation, ils caressent le vin naturel comme d'autres leur violon : essayer de comprendre son propre goût c'est un sport, c'est de l'entrainement. Mais lorsqu'on a l'ouvrage entre les mains, c'est encore plus flagrant : ces copains de goulot, ces stakhanovistes du lever de coude, ces arsouilles engoncés dans leurs (fausses) certitudes, c'est moi, c'est toi, c'est nous.

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    Mais on ne s'arrête pas en bon chemin. A mon sens, Mimi Fifi & Glouglou n'est pas une simple B.D. d'introduction au vin, ni une satire de dégustations incontrôlables. Non, c'est avant tout un pamphlet contre la standardisation de toute chose. Ou plutôt un traité sur la complexité de l'univers. Complexité du vin bien sûr et surtout complexité des caractères de chacun des personnages. Amitié, convivialité, éclats de rire, tendresse, mais aussi idées reçues, préjugés et mauvaise foi : le vin n'est que le révélateur de tout cela. Mimi, Fifi & Glouglou ont autant de (prétendues) déviances que les vins qu'ils boivent. Bref c'est une B.D. sur la vie, tout court. Comme Madame Bovary.

    A ce propos : en réalité, Flaubert n'aurait jamais prononcé ce célèbre mot sur son héroïne. Par contre, Eva me l'a clairement dit dans un message la semaine dernière. "Mimi Fifi & Glouglou page 70, c'est toi". Elle n'a pas tort.

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    Mimi Fifi & Glouglou, petit traité de dégustation, Michel Tolmeréditions de l'Epure, 22 euros. Et minute autopromo : Michel Tolmer avait aussi colorié la couv´ de Tronches de Vin.

  • Baron de Lestac : ce bordeaux c'est personne

    Au hasard d'une page de pub à la radio, avez-vous prêté l'oreille à ce spot vantant la grandeur d'un bordeaux à petit prix, le Baron de Lestac ? Je ne vais pas détailler ce qui se dit sur sa force, son boisé, son caractère. Si vous avez loupé cette tirade, n'ayez crainte : la campagne continue jusqu'au 13 février. Sur deux semaines, 400 "contacts" sont prévus selon Rayon Boissons. Il se conclut avec le nouveau slogan officiel de ce vin :

    "Baron de Lestac, ce bordeaux c'est quelqu'un". 

    Il faut parfois rappeler la réalité. Aucun noble n'a été fait baron de Lestac et pire, aucun domaine n'est baptisé Baron de Lestac. Donc il est faux de dire que c'est quelqu'un. Le Baron de Lestac, c'est personne. Ce n'est qu'une marque créée par le groupe Castel. Au même titre que les autres marques du groupe : Roche Mazet, Vieux Papes, Sidi Brahim... Tout le monde le sait mais tout le monde l'a-t-il oublié ?

    Castel, Lestac... En français, ce vin porte un nom : c'est un anagramme, tout simplement. 

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    (source : www.barondelestac.com. Vous ne croyez tout de même pas que j'en ai acheté...)

    Et pour ne pas faire de jaloux, tapons aussi sur Pierre Chanau. Chanau, qui lui n'est que l'anagramme de Auchan.

    ***

    Rédigé et publié début février 2012, cet article est toujours d'actualité : comme la pub radio pour ce vin repasse ce mois-ci sur les ondes, je me suis dit que moi aussi j'allais faire dans la rediffusion.

  • Le vin naturel croate existe, je l'ai rencontré

    Cuvée Sveti Jakov 2010, de Giorgio et Vesna Clai, vignerons dans l'Istrie croate. 

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    Quel vin détonnant ! Voici un blanc macéré à l'oxydation très fine, qui nous laisse un peu désarçonné : à la fois une grande structure et quelque chose d'extrêmement facile à boire. Il y a un mot pour ça : c'est bon ! Regoûté quelques temps plus tard à La Maison du Whisky (qui importe toute la bande Triple''A''), c'était tout aussi saisissant. Un vin rare.

  • La Cave du Miroir, ma nouvelle planque

    Michou n'est pas très loin, seulement quelques mètres plus bas. On pourrait alors s'imaginer La Cave du Miroir semblable aux "restaurants" des alentours : bouffe infâme, pinards exécrables, addition coup de bambou. Montmartre oblige. Sauf que la nourriture est terrible. Sauf que les vins m'inspirent. Sauf qu'on sort pas de là avec un salaire en moins.

    Et sauf que Sonia y bosse. Me voilà donc à nouveau pris en flagrant délit de copinage. D'un côté, faut l'avouer, c'est rare. De l'autre, si tout était pourri, je le dirais. Le souci, c'est qu'il n'y a aucune fausse note. Et même mieux que ça.

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    Un verre de blanc à 3 euros dans un bar à Montmartre ? C'est ici. Une assiette d'huîtres qu'a d'la gueule ? C'est ici. Une terrine de boudin maison ? C'est ici. L'assiette de fromages du merveilleux Stéphane Tabert facturé amicalement ? C'est ici.

    Et dans le verre justement ? Un rouge à 3 euros aussi, c'est le sympathique Romain Paire. A côté, on trouve Claude Courtois au verre aussi, rien que ça. Sinon Prieuré-Roch, Sébastien Brunet, Laurent Combier, Olivier Guyot... Ouais bon, ça manque un peu d'Auvergnats ou d'Ardéchois tout ça. Ben quoi ? Si on ne peut même pas chercher la petite bête.

    En champagne ? Deux de mes chouchous : Olivier Horiot et surtout mon amour Olivier Collin (domaine Ulysse Collin). D'ailleurs, qu'on se le dise, il reste ici quelques quilles de blancs de noirs (Les Maillons) introuvables. Mais laissez m'en une. Toutes les bouteilles sont ouvrables sur zone à prix caviste avec 7 euros de droit de bouchon.

    Ce soir-là, c'était un ravissant Mademoiselle M 2010 de l'excellentissime Alexandre Bain. Un nez plein de miel, une bouche à l'italienne. Lui, c'est vraiment le sorcier de Pouilly : aucun millésime ne se ressemble, un verre en appelle un autre, il y a un truc en plus par rapport à ce qu'on boit d'habitude. Bref, c'est du vin (du vrai).

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    Reste maintenant à aller faire un tour à la maison-mère, le resto d'en face, baptisé depuis quelques temps déjà Miroir tout simplement. D'ailleurs j'annonce dans ces lignes qu'on va bientôt réserver une table avec des cocos que le patron connait aussi, les deux qui ont pondu La Cuisine, des Métiers, une passion. Comme ça, on en reparlera.

    La Cave du Miroir91 rue des Martyrs, 75 018 Paris, 01 46 06 50 73.  

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