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Italie jolie

  • L'amer tonic, le cocktail de l'été

    C'est du moins ce que voudrait nous faire croire Campari qui s'est payé une belle campagne de pub avec notamment de grandes affiches dans le métro parisien.

    Soit. Pourquoi pas ? Laissons-nous guider par la pub pour une fois. Mais l'amer tonic, on le fait à notre sauce.

    Déjà le terme n'est pas très heureux, ça fait un peu "nique ta mère". A vous de trouver un terme plus vendeur. A la rigueur on s'en fout ; l'important, c'est ce qu'il y a dans le verre.

    T'aimes le spritz ? T'aimes le gin tonic ? Alors pourquoi pas un peu des deux ?

    Le spritz, c'est le tsunami de ces dernières années. Il faut dire que les commerciaux de l'amer Aperol ont abattu un impressionnant boulot de matraquage pour vendre leur liquide orangé et sucré. Cet apéritif au demeurant peu amer, souvent allié à du mauvais prosecco, voire à de l'eau pétillante qui pique, ne produit en définitif que l'ombre de lui-même. 

    Du moins l'ombre de ce qu'il est en Italie. La Botte compte des dizaines de marques d'amer (amaro en italien, bitter en anglais) avec à chaque fois des recettes et des ingrédients souvent secrets et bien différents. En Sicile, on croise l'Amara faite d'oranges amères alors que dans les montagnes du nord, on préfère un mélange d'herbes. A l'Aperol, on oppose souvent le Campari, marque industrielle s'il en est, mais dont la véritable amertume est moins facile d'accès. Ou le Cynar, une liqueur à base d'artichauts. 

    A Venise, on est un peu plus smart qu'ailleurs : on opte pour le Select ("né à Venise en 1920"). Il a cette caractéristique profonde d'être situé quelque part entre les mastodontes Aperol et Campari en ce qui concerne l'équilibre sucre-amertume. Le Select n'en possède pas moins un goût prenant, un parfum de reviens-y qu'on avait déjà croisé à Venise. Et maintenant, on le trouve dans notre belle France.

    C'est donc lui que j'ai choisi pour cet amer tonic, copié sur la recette de la pub Campari. Dans un verre haut, ajoutez des glaçons, faites les tourner pour refroidir le verre, évacuez l'excédent d'eau, versez une dose d'amer pour trois doses de tonic. Un zeste d'agrumes n'aurait pas fait de mal.

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    J'oubliais le tonic ! Moi qui pensais que son meilleur ami était le gin... Qui lui aussi revient de loin. On ne compte plus les distilleries européennes qui bossent incroyablement bien. On en parlait ici l'autre jour. On disait en outre que question tonic, mieux vaut éviter la marque S*****s, celle que tout le monde connait. La bulle est omniprésente, à l'image du sucre et ça laisse un goût de vieux en bouche (j'ai jamais goûté le vieux mais ça doit avoir ce goût-là). Fever Tree a la faveur des spécialistes, on les comprend : les arômes naturels de quinine font tout.

    Donc me voilà avec un cocktail qui pourrait paraître bien amer, un amaro italien dilué dans du tonic ! Pas si simple, car tout se répond plutôt bien. C'est ultra rafraîchissant et puis ça change... même si on a l'impression de jouer à domicile tant ces alcools nous semblent familiers. 

    Ils sont balèzes chez Campari. Ils prennent deux trucs qui marchent bien, le spritz et le gin tonic, et réfléchissent à la manière de surfer sur la vague. Le spritz date de la fin du XIXe et du début du XXe, le gin et le tonic ne sont pas nés de la dernière pluie non plus. Ils n'ont pas attendu une campagne de pub pour exister. La mode sera sans doute passée dans quelques années, le temps que tout le monde soit saoulé - dans tous les sens du terme. Mais nous continuerons à explorer ces nouveaux continents de l'amer.  

    D'ailleurs, pour les thuriféraires des boissons bien de chez nous, ou pour ceux qui préfèrent le jaune tout simplement, n'hésitez pas à remplacer le Select par de la sublime gentiane de chez Couderc. Vous m'en direz des nouvelles.

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    ***

    A lire aussi, L'Amer, Emmanuel Giraud (éditions Argol).

  • Michel Delpech, l'éloge de la fuite et Pantelleria

    Profitez de la mort de Michel Delpech pour réécouter ses chansons - au moins elle aura servi à quelque chose. Et au hasard de textes qui peuvent paraître anodins, en s'y penchant vraiment, vous êtes vite absorbés par un leitmotiv qui transpire : un véritable éloge de la fuite.  

    C'est évident dans les chansons secondaires, de l’ambiguë Trente Manières de quitter une fille ("J'aimerais bien t'aider dans ta lutte pour être libre") en passant par Les Aveux.

    "Il est fatigué le prince charmant
    Il est fatigué son beau cheval blanc
    Ses rêves bleus sont un peu gris
    Son épée d'or est en fer blanc [...] 
    J'étais prisonnier
    Je suis délivré
    De la prison de coton
    Que j'habitais depuis des années"

    On va me dire que ce ne sont que des problèmes de rupture. Pas si simple, le problème est plus profond. La fuite semble toujours contrainte car, ailleurs, d'autres chansons laissent respirer un bonheur certain (Et Paul chantait Yesterday, L'Amour en wagon-lit...).

    Je crois que la clé se trouve dans Ce Lundi-là, une chanson qui est à mon sens l'oeuvre majeure de sa discographie. Un mec plaque tout parce que son entreprise le saoule. Ce n'est pas partir pour partir, mais se résigner à partir quand tout s'oppose à ce qu'on est réellement. En cela, Michel Delpech tranche. 

    Il savait qu'à huit heures la table serait mise
    A côté de son assiette il y aurait ses tranquillisants
    S'il fallait toutes ces salop'ries pour arriver à s'endormir
    Ce n'était pas la peine d'avoir trente ans [...]
    Il revoyait encore la brasserie des "Trois dauphins"
    Où ses amis l'attendraient demain de midi à deux heures
    La crise entraînerait encore des conversations sans fin
    Mais demain à deux heures il serait loin

    Cette obsession de la fuite se retrouve aussi dans les tubes. Pour Les Divorcés, chanson devenue symbole d'une époque, pas besoin d'explication de texte. Wight is Wight est très claire aussi. "Toi qui a voulu t'emprisonner / As tu le droit de condamner / Celui qui cherche à s'évader." Ou encore Pour un Flirt, où il explique : "Je pourrais tout quitter / Quitte à faire démodé".

    Enfin Le Chasseur, vous savez, celle avec les oies sauvages et qui commence par une partie de chasse assez commune et qui finit sur une fuite bien définie. "J'aurais bien aimer les accompagner / Au bout de leur voyage". Mais voilà, la réalité est là : le mec se rend compte qu'il est seul comme un con, avec son épagneul, rêvant à la Méditerranée.

    Aujourd'hui, on enterre Michel Delpech. La Méditerranée est loin du Père-Lachaise. Pourtant, pour ceux qui restent, elle est là, à portée de main. Entre autres, grâce à cette incroyable quille de Gabrio Bini. Lui a fui Milan pour Pantelleria, la terre aux câpres, entre Sicile et Tunisie. La possibilité d'une île est devenue réalité. 

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    Un simili-jus de pamplemousse mi-amer, mi-acidulé, comme une chanson de Michel Delpech. 

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    Cette digression pinardo-musicale ne sera pas complète sans Pauvre Baby Doll, la plus belle chanson de fuite. On la doit à Eddy Mitchell. Et c'est aussi un tir d'artillerie. Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenus.

    "Ses parents n'sont plus rien que deux étrangers
    Ils ont oublié
    Qu'ils se sont tant aimés
    La vie les a doublés
    C'était pourtant pas loin l'Amérique
    Quand ils en ont parlé
    Elle n'est plus là la Californie
    Il ne faut pas rêver [...]
    Même si c'est bien loin l'Amérique
    Partir c'est l'approcher
    Elle n'est pas là la Californie
    Il ne faut pas rêver
    Et tant pis s'il n'y a pas d'Amérique
    Tout mais ne pas rester
    Il y a bien une Californie
    Quelque part où aller"

     

  • Davide Bentivegna, le vigneron qui sème le chaos sur l'Etna

    "Ses cuvées s'appellent Kaos, parce que chez lui, c'est vraiment le chaos." Le patron de la pizzeria Cave Ox m'avait prévenu... Une telle mise en garde te donne forcément envie de rendre visite à Davide Bentivegna, vigneron sur l'Etna.

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    Son domaine Etnella existe depuis le millésime 2010. Davide a commencé par autre chose, par une vie dans les chiffres, entre deux avions. Mais l'héritage familial a pris le dessus. Aujourd'hui, il s'occupe de 6 hectares de vignes et de 4 d'oliviers. Jusqu'ici tout est clair.

    Davide nous donne rendez-vous chez lui, sur les hauteurs d'Acireale, pas trop loin de la touristique Taormine. On commence par visiter son jardin où s'enchevêtrent quelques vignes et arbres fruitiers.

    Puis on passe à table. Normal, on est en Sicile. Davide fait des essais sur les étiquettes de ses bouteilles. Un essai, cela signifie qu'il colle une étiquette nouvelle sur la première bouteille à portée de main. Pour voir ce que ça donne. Parfois, en grattant, on trouve jusqu'à 3 couches différentes de papier. Ce soir, rares sont les vins goûtés qui correspondent à leur étiquette. Les photos sont superflues, le flou s'installe. J'en avais vu des trucs originaux chez les vignerons, mais là...

    Le chaos.

    Davide aime désarçonner le goûteur. Dans les dégustations, il sert ses vins dans des contenants en plastique. Les gens pensent que le jaja n'est pas terrible puis ils changent d'avis. "J'aime partir d'en bas pour ensuite surprendre". Pour ma part, j'apprécie vraiment ses rouges. Ce sont sans doute, avec la cuvée Machado de Francesco Guccione, les rouquins qui m'ont le plus plu sur l'île Sicile. Ainsi la cuvée Notti Stellate 2012, un rouge virevoltant comme un lambrusco bien fait. Mais tu sens un vrai vin derrière la bulle, pas un truc qui s'efface. Forcément, c'est fait avec du nerello mascalese, le pinot noir local travaillé modestement... Bon, en fait, c'est une expérimentation. Et ça ferait un tabac.

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    Villa Petrosa di Santo Spirito (2014). L'idée, c'est de faire du vin comme le faisait ses ancêtres, avec cette tradition de mélange de cépages rouges (nerello mascalese, nerello cappucio) et blanc (catarratto). La superbe couleur rouge légère et un fruit croquant font l'unanimité. La conversation passe ensuite sur ses vins traditionnels menacés par la standardisation ou l'impossibilité de vinifier en palmento, le chai tradionnel de l'Etna. La riposte est claire : "quelqu'un qui est assis à Bruxelles ne peut pas me dire comment faire mon vin."

    Et sa bulle 2013, il l'a additionnée de moûts de 2014 - en lieu et place des levures...

    Le chaos, encore.

    J'adore sa couleur framboise un peu passée pour un vin rafraîchissant et son côté très vineux qui en fait un bon compagnon de table. À la manière d'un grand champagne, la bulle s'estompe très vite. Y a beaucoup de soufre là-dedans ? Pas vraiment, il se fie à la charte de l'A.V.N. : poco ma non troppo. Voire pas du tout.

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    Enfin, les vins du chaos.

    Kaos Etna Bianco mélange principalement deux cépages blancs siciliens, carricante et catarratto. La pierre volcanique donne quelque chose de très minéral, de très droit pour le 2014. Le millésime précédent joue plus sur l'oxydatif.

    "Mais pour moi, le vin naturel c'est la macération". Comme on le suit, Davide ouvre son Kaos 5.0 macéré 5 jours. Pas orange, ni lourd, simplement vibrant. Ces cuvées s'appellent Kaos en souvenir de la théorie mathématique du chaos. Appliqué au vin, cela donne un théorème que l'on connaît bien : tout millésime est différent.

    Hors concours, le nepitello. Un genre de chartreuse maison, à base de la plante baptisée nepitella en italien, le "calament népéta" en français. Le point d'orgue des produits d'un vigneron hallucinant...

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    (En France, pour l'instant, seul l'excellent VinNouveau importe ces quilles.)

    ***

    ENGLISH VERSION Davide Begnanti, the man who brings chaos on Etna

    "He calls his wines Kaos... because with him it is really chaos..." The owner of the pizzeria Cave Ox warned me... But this warning makes me feel very curious about Davide Begnanti, a winemaker on Mount Etna. 

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  • Cave Ox, solide sur les fondamentaux (antipasti, pizza et vins naturels)

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    Le versant nord de l'Etna abrite la plus remarquable cave à manger de Sicile, voire de toute l'Italie. Les choses simples se révèlent toujours les plus difficiles à réaliser. Antipasti, pizze, tiramisu. Du très classique, du très gourmand.

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    (Les courgettes, les tomates, les aubergines... c'est de saison : c'était un repas au mois d'août dernier).

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    Et question vins, c'est le paradis. Le vin blanc de Vino Di Anna, venu en voisin. Nous n'avons pas pu croiser Anna Martens, elle était loin de ses vignes. Par contre, son blanc 2014 servi dans un zalto nous a fait grande impression.

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    A l'instar de ce rosé 2013 bien franc, de l'Azienda agricola Crasa (SRC). Introuvable. Comme tout le reste de la cave de Sandro Dibella, le patron, fou de vins naturels. Du Robinot, du Riffault, tous les meilleurs italiens, du Liban, de la Slovénie... Le monde du vin naturel unifié fait de Cave Ox une étape sicilienne incontournable. Deux nuits dans le coin, deux soirs à manger chez Sandro.

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    Pizza parfaite, produits choisis, vins au naturel : forcément, l'adresse nous fait penser au Coinstot Vino.

    Cave Ox, Via Nazionale 159, Solicchiata, Castiglione di Sicilia (CA), 0942 986171.

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    ENGLISH VERSION Cave Ox, back to basics (Antipasti, pizza and natural wines)

    The northern slope of Etna houses the most remarkable cave à manger of Sicily or maybe Italy. The simple things are always revealed most difficult. Antipasti, pizzas, tiramisu.  

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  • Existe-t-il des restaurants identiques en France ?

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    Mais regardez-moi le panorama depuis la terrasse de ce restaurant qui domine les collines toscanes... La photo, je l'ai prise à table, de ma chaise, là où j'ai mangé. Et mon appareil ne rend pas hommage à la chose.

    Un coup d'oeil maintenant sur cette carte digne des plus grands attrape-touristes connus. Nous sommes toujours à San Gimignano, au coeur de la Toscane, ceci explique donc cela. Le menu en 4 langues, le petit panneau annonçant fièrement que le restaurant est mentionné dans le Guide du routard... Tout aurait dû nous faire fuir. Mais voilà, nous sommes en Italie.

    Et tiens, juste un exemple : en Italie, pour indiquer que les plats sortent du congélo, on juxtapose un petit astérisque à leur intitulé. Et on n'a pas attendu tel docu d'Envoyé Spécial pour le faire.

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    Comme jaja, cap sur le p'tit bio local. Certes, il ne transpire pas le vin naturel, certes ce n'est pas la plus grande bouteille jamais bue, loin de là même. On se soucie peu du nom d'ailleurs. Attention, ce n'est pas non plus une piquette imbuvable, c'est honnête... surtout à 9 euros sur table ! Non, je n'ai pas oublié de chiffre devant ou derrière le 9, c'est bien un seul et unique 9. C'est-à-dire moins de 10 euros pour un vin bio qu'on irait, le coeur guilleret, jusqu'à qualifier d'agréable. Le tout, je le rappelle, face à l'une des plus belles régions d'Italie.

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    Et dans l'assiette ? Les charcuteries exquises proviennent du sanglier et d'une azienda agricola à un kilomètre de là.

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    Les pâtes à la truffe faites maison ne sont pas extraordinaires. Rappelons d'ailleurs cette évidence, à l'heure où les restaurants gueulent partout "fait maison, fait maison !" : ce n'est pas parce que c'est fait maison que c'est bon. En tout cas ici, il y a de la bonne volonté. 

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    Les desserts eux s'avèrent joliment troussés. Surtout le tiramisu, plutôt que le panforte local. Bref, c'est pas mal du tout ce resto à touristes, même si on est loin d'un gastro - ça tome bien, ce n'est justement pas le sujet. La cuisine, comme le vin, est plutôt agréable.

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    Facture ? 55 euros à deux, vin compris. Franchement ? Que demande le peuple ?

    Ben justement, le peuple demande la même chose dans l'Hexagone ! Le peuple réclame l'égalité entre l'Italie et la France. Pourquoi cantonner ce genre d'adresses à la Botte ? Le peuple veut pouvoir faire pareil chez nous ! Le peuple veut se restaurer dans des endroits merveilleux (San Gimigano, la Carcassonne toscane). Le peuple veut profiter d'un décor qui ne soit pas indirectement facturé comme dans les additions françaises (la vue). Le peuple veut savoir d'où viennent les produits (du coin ou de loin, surgelés ou pas). Le peuple veut des produits du coin, justement (ces charcuteries). Le peuple veut des assiettes aguichantes (le tiramisu). Le peuple veut du vin agréable, on se répête (cette vernaccia bio). Enfin, pour se payer tout ça, le peuple ne veut pas hypothéquer son petit appart ou vendre son rein gauche (je le rappelle, on a payé 55 euros à 2). Le peuple demande, le beurre, l'argent du beurre, la crémière, la vue sur les maisons aux alentours et un p'tit coup de blanc bien frais pour faire passer le tout.

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    Bien sûr, mon titre est volontairement provocateur. Je sais bien qu'il existe des restaurants identiques chez nous ; par exemple La Tour Cassée à Valvignières. Mais franchement, combien sont-ils dans les lieux sacrifiés sur l'autel du tourisme de masse ?

    La Vecchia Mura, Via Piandornella 15, 53 037 San Gimignano, 00 39 0577 940270. Vous n'allez pas faire le resto de votre vie mais pensez quand même à demander la terrasse.

  • Ce saucisson ne passe pas à la machine à laver !

    Comme le Port Salut, c'est écrit dessus : il ne faut pas laver ce saucisson à l'eau ! Ne pas utiliser de fer à repasser non plus ! Par contre, utiliser des couteaux fourchettes. Et c'est produit avec du cochon...

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    L'entreprise sise à Poggibonsi, la ville un peu moche à côté de San Gimignano, s'amuse sur l'étiquette. Mais en bouche, cette finocchiona, saucisson toscan aux graines de fenouil, cloue le bec. Viandard mais parfumé, encore mou mais peu gras (enfin, j'me comprends...), il possède un certain pouvoir addictif.  

    Comme beaucoup de produits dénichés dans cette adresse de San Gimignano : D! Vineria. Bon, le catalogue des vins ne présente pas la fine fleur du naturel mais les produits à becqueter (charcuteries, légumes en bocaux, pecorinos...) sont tous locaux et bios. Et très, très bons. Sans doute les meilleurs trouvés dans cette ville bien touristique. En plus, le midi, le proprio propose quelques tartines alléchantes. 

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    D! Vineria, Piazza dell' Erbe 1, +39 0577 943041, San Gimignano, Toscane.

  • Arabica ou orge ?

    Le caffè italiano tel qu'on le connait se fait un peu de mouron, sa suprématie est remise en cause par le café d'orge. C'est identique au café classique... mais avec de l'orge !

    Ici à Florence, le cappuccino d'orge revigore le gourmet de passage. Son bon goût de céréales, son lait aérien (comme partout en Italie) et son prix dérisoire (2 euros) nous rappellent que le cappuccino qu'on boit en France devrait être considéré comme un crime contre l'entente franco-italienne.

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    Souvent bio, l'orge est un dérivatif intéressant, plus local que le café classique (forcément). Mais surtout un goût différent. Alors, pourquoi pas les deux ? Pas sûr d'en trouver par chez nous par contre. Sauf chez RAP évidemment, qui propose la version soluble et parfois moulue ou en dosettes.

  • L'Italie, mère patrie des vins oranges

    Notez déjà que pour un accord vin/coucher de soleil, on ne fait guère mieux...

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    Oui, c'est désormais un clicheton que de vanter la qualité des vins naturels de notre voisin transalpin... N'ayons pas peur du blasphème : oui, ils surpassent quantité de vins naturels d'chez nous. C'est du moins une idée répandue dans mon cercle de francs buveurs. 

    Et il faut bien avouer que s'il y a un domaine dans lequel l'Italie se surpasse elle-même, c'est bien celui des vins oranges, ces vins "blancs typés" produits grâce à une longue macération des peaux de raisin au contact du moût. On sait bien que cette technique permet d'enrichir la palette d'arômes pour l'heureux homme qui tient le verre. Notamment les amers. En passant, sachez que je vous épargne mes comptes-rendus de dégoupillages réguliers, sinon ce lieu de beuverie deviendrait ''du vin orange dans les veines''.

    Or l'amer nous renvoie irrémédiablement en Italie. CQFD. Bien sûr, en France aussi, le vignoble prend ce chemin avec quelques tentatives : il suffit d'un tour à la Cave des Papilles pour s'en convaincre (Prieuré-Roch, Riffault...) ou d'un coup d'oeil sur mes étagères (domaines La Boria, de l'Escarpolette...). Mais la majorité se déniche encore pour l'heure dans la Botte. Et s'il fallait un précurseur, un maître vénéré, un soldat reconnu passé général, c'est bien Josko Gravner. Autour de 30 000 bouteilles par an, parmi lesquelles des merveilles. 

    Ainsi ce Bianco Breg 2004, qui plus est, élevé en amphore. D'ailleurs, l'amphore est-elle une mode ? Ici, on est convaincu qu'il s'agit bien plus que d'une tendance (on y reviendra). Porte-étendard des vins oranges, il sera bien difficile à surpasser à l'avenir. Un vin puissant mais pas lourd, amer mais qui ne fait pas grimacer, relevé en fin de bouche par une pointe d'acidité salvatrice. Le genre de vin qui te transporte du début à la fin de la soirée, qui se suffit à lui-même. Même ces ballons pourris ne l'ont pas banalisé.

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    Le soufre n'arrive qu'à la mise, c'est tant mieux. Toutes les considérations techniques ou gastronomiques sont expliquées avec talent ici. Moi je me suis contenté de trouver la bouteille (Antica Latteria, Via San Matteo 19, San Gimignano, enoantlat@libero.it). Et de boire ce vin du Frioul dans les collines toscanes. Comme dit plus haut, et même si les photos n'en témoignent pas, il épousait très bien la fin de journée .

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  • Le vin anar qui met des couleurs sur le gris des pavés

    Le bon goût se cache dans le Piémont, c'est entendu. Un vigneron anarchiste aussi, c'est moins connu. Avec qui peut-on parler à la fois de Mario Rigoni Stern, le père du berger Tönle, et de la singularité du grignolino, ce cépage piémontais qui offre toute sa poésie à la cuvée Anarchico ? La réponse : Morandi Silvio, qui produit donc un grignolino del Monferrato Casalese (à peine une dizaine d'euros la quille). Rencontré à Plappevignes, il fut sans doute la grosse sensation de ce salon.

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    Vin de soif, vin d'amitié, vin libre, il rend la vie plus légère. Comme dirait Léo, il met des couleurs sur le gris des pavés. Petit rouge qui coule, il impressionne ceux qui continuent à avoir des idées reçues sur le vin italien. Son papa propose de faire quelques moules au citron et au safran pour l'accompagner, oui du rouge avec des moules. Révolution.

    Les "grosses" cuvées du domaine s'apprécient tout autant pour à peine quelques euros de plus. Le seul souci ? En trouver en France, à part à La Vigne d'Adam.

  • Revue de quilles au naturel

    Jura, Jurançon, Ardèche, Mâconnais, Provence... On se croirait dans une chanson de Jean Ferrat. C'est mon côté Robespierre sans doute. Les territoires du vin sont multiples et les grandes bouteilles de vin naturel se retrouvent partout. Les suivantes ont été sifflées en 2012 et nous ont procuré un bonheur inégalé.

    En apéro, un truc qui sente bien la ferme et qui ferait sauter au mur les plus "conventionnels". Le trebbiano 2010 de Camillo Donati, très désaltérant et presque rèche car sans sucre (ni ajouté, ni résiduel). C'est ce même vigneron qui nous a gratifié chez RAP d'un véritable lambrusco et pas d'une merde de supermarché, c'est-à-dire sans sucre et avec de vrais tannins. Moi j'adhère, c'est du vin.

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    Le Canon blanc d'Hirotaké Ooka. Pareil, ça gazouille, c'est troublard, c'est on ne peut plus naturel. Et oui, les palais autour de la table ont bien apprécié, car dans la bouche aucune déviance, juste un beau jus distingué. Et oui, c'est un Japonais qui porte haut les couleurs de l'Ardèche. Un vrai vin de samourai.

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    L'une des claques de l'année : le chardonnay 2008 d'Emmanuel Houillon (maison Pierre Overnoy). Un très grand vin, rien d'autre à ajouter. Parfois, il faut savoir se taire.

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    Autre très, très belle quille. Bouchat 2009 de Guy Blanchard. Possible même que cette bouteille soit passée dans les mains de David (l'une des têtes du Bicéphale Buveur) qui pense qu'il s'agit là du plus grand vin blanc du monde. Il abuse le coquin ? Non, c'est tout à fait crédible. Puissant et classe, le vin te scotche au verre.

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    Autre vin immensément classe, le jurançon sec 2010 de Camin Larredya. Bien sûr, une ou deux années de plus permettrait de l'assagir et c'est un peu plus "classique" que les autres (et ce n'est pas une critique) mais voici déjà un grand monsieur qui passe à table.

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    L'une des claques du moments. Originel 2003 de Julien Courtois (meunier). Grandiose. Comme Overnoy, les vins de toute la famille Courtois sont de ceux qui ne peuvent pas vraiment être expliqués. Et qui doivent garder leur propre mystère.

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    Clos Milan 2004 du domaine Milan. Très équilibré et surtout très soyeux. Aucune lourdeur provençale, une envolée vers les épices. C'est très beau.

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    En ce moment, c'est donc plutôt blanc que rouge.

  • Un vin du sud de l'Italie n'est pas forcément lourd

    C'est con à dire mais ça va mieux en le disant : un vin résulte aussi de sa vinification. Prenons l'exemple de la Sicile. Forcément un vin sicilien, ça ne peut qu'être un gros rouge qui tache, aïe. Avec son cépage insulaire star, le nero d'avola, re-aïe. On ouvre, on verse dans le verre : un jus noir mais des reflets cerise, bon re-re-aïe. Rien de bon. Mais en bouche, il n'est pas lourd du tout. Pas de bodybuilding, pas de surextraction, pas d'arômes boisés qui n'ont rien à faire là. Un jus naturel, parfumé et digeste. On s'attendait au pire, on a eu le meilleur.

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    En réalité, on ne s'attendait pas au pire. J'avais déjà pas mal entendu parler de ce domaine et de la jolie vigneronne, Arianna Occhipinti, tête de proue du vin naturel en Sicile. Bref ce n'est donc pas une surprise (une bonne vingtaine d'euros chez Augé).

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