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Languedoc et son ami Roussillon

  • Les rosés sociaux

    Plutôt que Facebook, Twitter, Instagram, Google+, Pinterest, LinkedIn et plein d'autres que je ne connais pas, parions sur les rosés sociaux.

    Car franchement, pour se rencontrer, pour communiquer, pour se parler, on n'a rien inventé de mieux qu'une table, quelques chaises, des verres et un coup de rosé. 
     
    Et il en est certains qui mettent tout le monde d'accord. En ce moment, c'est Minimus, de Nicolas Carmarans qui envoie du lourd. Buveurs connaisseurs, buveurs néophytes et buveurs tout court apprécient le breuvage à sa juste valeur. J'en ai ouvert un au Coinstot Vino et quelques minutes après, j'en ai acheté 4 autres. 
     

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    L'une d'elles, débouchée en Auvergne, a fait le même effet. Il faut dire qu'elle était bien accompagnée : le Pm rosé de Jeff Coutelou, lui aussi, un petit bijou rosé. 
     
    Après une journée ensoleillée (c'est rare), voici deux rosés qui sont partis très, très vite (c'est rare). 

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  • Sylvain Respaut est apiqueron, apiculteur et vigneron

    Sylvain Respaut inscrit le néologisme sur les étiquettes de ses bouteilles. "Apiqueron". Contraction d'apiculteur et de vigneron. Nous sommes juste en-dessous de Maury. D'un côté, 200 ruches à Caramany et de l'autre 4 hectares de vignes sur la commune de Montner. D'un côté du miel de lavande, de rhododendron, de buplèvre, d'inule visqueuse et de l'autre des quilles de grenache et de carignan.

    Ce jour-là, c'était un joli pétnat qui ne se la raconte pas et qui égaie l'apéritif (10 euros chez Terroirs d'Avenirs). On en redemande ! Et il nous faudrait goûter le miel...

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  • Salvo Foti, le messie du vin sicilien

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    On imagine bien Salvo Foti en train de chasser les marchands du temple. "Le problème en Sicile, c'est que certaines personnes veulent faire trop d'argent" avoue-t-il très vite.

    Ce matin d'août, nous marchons au cœur de la bourgogne sicilienne, à Solicchiata, versant nord de l'Etna. Dans ces vignes parfois centenaires qui portent l'immense Vinupetra, sans doute le plus grand vin rouge de l'île, Salvo grogne contre les travailleurs venus d'Europe de l'Est que les grandes maisons viticoles exploitent. Peu de qualification et aucune connaissance du terroir : deux qualités de choix pour les industriels qui désirent avant tout les payer le moins possible.

    Puis il peste contre la mécanisation à outrance qui a tué la culture en terrasses - ce qui constitue tout de même la base de la culture méditerranéenne. Pire, Salvo s'en prend aux cépages internationaux et à leur haut rendement décidé, ce qui a tué la culture de la vigne "en gobelet", plus joliment appelée arbarello dans cette partie de la Sicile. Les Grecs et les Romains l'avaient popularisée mais la recherche du profit a presque fait disparaître cette tradition.  

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    L'arbarello, c'est l'amour de sa vie, à Salvo. C'est joli, ça pousse droit sur des piquets. Il m'explique. "Le pire ennemi du raisin, c'est l'ombre ; le meilleur ami du raisin, c'est le soleil, me disait mon grand-père. Taillée en gobelet, c'est-à-dire verticalement, la vigne est debout et fait face au soleil. Taillée horizontalement, elle est assise et respire mal. C'est comme un homme..." Sauf que la machine à vendanger automatique préfère une vigne à l'horizontale plutôt que l'arbarello : du temps, donc de l'argent de gagné.

    Mais la lumière fût. Il y a quelques années, Salvo a découvert que l'arbarello était le pilier d'une maestranza dei Vigneri créée en 1435, à Catane. Cette association de vignerons du Moyen-Âge avait imaginé un cahier des charges précis pour la culture du raisin et la vinification dans la région de l'Etna.

    Plus de 500 ans après, Salvo a décidé de relancer cette association, baptisée plus simplement i Vigneri. Son symbole ? Une vigne taillée en gobelet...

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    Salvo signifie "je sauve" en italien. Cela ne s'invente pas.

    Autour de lui, il a regroupé amis et connaissances au sein d'un club de vignerons et de travailleurs, qui de Lipari dans les îles Eoliennes jusqu'à Pachino à l'extrême sud de la Sicile, partagent la même philosophie du vin : une culture en arbarello et le minimum d'intervention dans la vigne comme au chai. 

    Et si moi j'achète une vigne ici et si je demande à travailler avec i Vigneri ? Oui, c'est possible me répond Salvo chez qui on sent de la réserve. Il a raison, je ferais un piètre vigneron. Il veut surtout me faire comprendre que i Vigneri, ce sont des potes qui travaillent ensemble dans les vignes et dans le gros oeuvre (la mise en place des murs à pierres sèches, la construction de maisons...). Une vraie communauté.

    Salvo Foti exploite une parcelle bien précise chez chaque vigneron et met en bouteille les cuvées i Vigneri. Les vignerons ont aussi la possibilité de mettre en bouteille leur propre production dans une quille marquée du sceau i Vigneri mais avec leurs propres étiquettes.

    Nous avons donc croisé Vinupetra en vrai, derrière cette clôture. Salvo en a marre de se faire vandaliser voire de se faire voler des plants pour les faire repousser ailleurs. 

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    Goûté deux heures plus tard, le millésime 2012 est un amour de rouge sicilien. Nerello mascalese (un genre de pinot noir local), nerello cappucio et grenache (alicante). Bien trop jeune pour s'exprimer totalement, il est déjà d'une immense classe.

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    Passons à un rosé splendide, de ceux qu'on n'attend pas. Salvo nous emmène au plus proche du cœur de l'Etna, dans une parcelle à 1300 mètres d'altitude (Vinupetra culminait à 700 mètres) tout près du cratère. Déjà, pour s'y rendre, vous slalomez entre les coulées de lave qui ont le même âge que moi, 34 ans... L'âge du Christ à sa mort, à peu de choses près.

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    S'ouvre la fameuse parcelle Vinudilice, c'est-à-dire le vin des chênes, ceux qui entourent la parcelle. Un mélange de blanc (minella, grecanico et autres trucs que même Salvo ne connait pas) et de grenache pour lui donner de la couleur. Pas de soufre. C'est un vin sensationnel. Ceux qui ont vu ces vignes connaissent ce sentiment de plénitude.

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    Au pied de l'Etna toujours nuageux, un sentiment de grand calme que l'on retrouve dans le verre. Jamais on n'aurait pensé faire un vin ici, dans ce coin reculé où ne semblaient devoir pousser que des arbres ravagés régulièrement par les coulées de lave. D'ailleurs, Salvo reste évasif sur la question. "Vivre sur les pentes de l'Etna, c'est le risque de la vie". Même si la lave coule à des endroits précis, on n'est jamais à l'abri. Ce Vinudilice 2014, c'est l'ermite au désert et les Béatitudes réunis.

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    C'est bien la véritable couleur du vin, Photoshop n'est pas passé par là...

    Chaque parcelle a tellement une identité, une histoire, un sol, un encépagement particuliers, bref un terroir particulier que forcément, chaque vin raconte autre chose. Reprenons la voiture pour une heure, le temps de longer le cratère de l'Etna sous l'orage. "A cause du réchauffement climatique, les orages sont là plus tôt dans l'année". Nous sommes début août alors que traditionnellement c'est plutôt septembre.

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    Direction Milo, la façade est de l'Etna. Ici règne le cépage blanc catarratto, celui qui donne les vins les plus addictifs de l'île. A côté de sa maison, sur une terre ébène, Salvo a planté des vignes pour son fils. "Préparer le futur, c'est respecter le terroir et les personnes".

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    Sur cette photo de vignes-bébés, on comprend encore mieux le principe de l'arbarello, chacun des plants pousse autour d'un tuteur, pas en palissades. D'ailleurs, comment comprendre les vins de i Vigneri sans venir ici ? Salvo ne le conçoit pas. "Je ne travaille pas avec les cavistes ou les importateurs qui ne viennent pas voir les vignes". A l'instar de Saint-Thomas, d'abord voir, ensuite croire.

    Plus loin, poussent les raisins qui donnent cet Aurora, goûté en version 2013 : le "petit" blanc à l'écrasante majorité de catarratto avec un zeste de minella. La cuvée porte le nom d'un papillon de l'Etna en voie d'extinction.

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    Ces vins nous font penser à ceux d'Eric Callcut, carrément. Dans un style totalement différent bien entendu. Mais le calice aux lèvres, on se dit : quel talent ! C'est-à-dire à la fois quelle maîtrise et quelle touche de folie sont nécessaires pour produire d'aussi grands vins...

    Sans trop de soufre ajouté, voire sans aucun ajout, il est possible que les vins de i Vigneri passent par des phases d'oxydation. C'est ce qui rend le vin vivant. "Les gens qui ne comprennent pas l'oxydation, c'est qu'ils sont habitués au Coca-Cola" annonce Salvo, rigolard.

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    Salvo nous reçoit chez lui à table, comme des copains. C'est-à-dire, étymologiquement, ceux avec qui on partage le pain. Mais aussi les pâtes et sa sublime huile d'olive.

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    (L'huile d'olive comme les vins de Salvo Foti, je les avais dénichés la première fois chez RAP, à Paris. Ils s'y trouvent encore).

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    C'est aussi à Milo que le palmento de la guilde se situe. Voici le chai typique des vignerons de l'Etna. Imaginez une maison construite à même le dénivelé de la pente du volcan : on apporte le raisin par le grenier, on le travaille à l'étage et on récupère le jus au rez-de-chaussée. Je simplifie à l'extrême. Cette tradition ancestrale est attaquée par l'Union européenne pour des raisons d'hygiène... La Botte suit ce règlement à la lettre : il est interdit désormais de vinifier en palmento. L'Etna rouge de i Vigneri est donc indisponible à la vente en Italie... Il s'agit souvent des cuvées "à boire" mais pour celui de Salvo, pour ce vin interdit, tu peux ajouter le mot "classe" au terme "à boire".

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    Toutes ces considérations sur la culture du raisin et la vinification sur l'Etna possèdent, j'en suis persuadé, une portée universelle. Si vous ne bradez pas votre identité, vous ferez du bon vin. Suffit, on le disait, de maîtrise et d'un grain de folie ; et cela n'est pas donné à tout le monde, il faut le reconnaître.

    N'oublions pas une once d'intransigeance. Salvo râle encore sur cette appellation Etna, trop large à ses yeux. "Il faut bien faire la différence entre un vin de l'Etna et un vin sur l'Etna. La ville de Giarre dans la plaine, c'est aussi l'appellation Etna mais les terroirs n'ont plus rien à voir avec ceux des pentes du volcan".

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    Ainsi parle Salvo, l'homme qui a ressuscité l'arbarello. La tradition viticole contre les robots. 

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    Et puis on s'est arrêté sur la route du retour, vers Solicchiata. Il y a des journées comme ça...

    "Le païen le plus sûr, l'athée le plus honnête,
    se laisseraient aller parfois à croire en Dieu".
    Brassens, La Religieuse

    ***

    ENGLISH VERSION Salvo Foti, the messiah of Sicilian wines

    We can imagine Salvo Foti chasing the merchants away from the temple. "The problem in Sicily is that some people want to make too much money too" he confesses.

    That August morning, we walk in the heart of the Sicilian Burgundy, in Solicchiata, on the northern slopes of Etna. These centenarian vineyards give birth to the huge Vinupetra - probably the greatest red wine of the island.

    READ THE FULL ARTICLE IN ENGLISH !

  • La nature choisit son camp (la preuve en image)

    C'est un seul et même arbre sur cette photo, un figuier, quelque part dans le sud de la France. On le voit mal, mais le figuier est entouré de vignes ; il se trouve précisément entre deux parcelles distinctes, dont les propriétaires n'ont pas la même philosophie. 

    La parcelle de gauche appartient à un vigneron qui traite ses vignes à grands renforts de produits chimiques et qui taille son figuier : voici l'intervention vulgaire de l'homme.

    La parcelle de droite appartient, elle, à un vigneron qui ne traite pas avec des cochonneries et qui laisse le figuier vivre sa vie : voici le respect de la nature.

    Choisis ton camp camarade !

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    Notre vigneron explique. "Comme il est régulièrement taillé car il avance, ça le gène et il décide d'aller de l'autre coté. C'est la preuve que la nature choisit son terrain. En plus, à gauche il n'y a qu'une demi récolte annuelle alors que sur mon coté, je fais bien les trois..."

    MISE A JOUR : Le vigneron de la parcelle de gauche s'est reconnu et m'a contacté. Il a raison d'introduire de la complexité dans cette affaire. Je le cite : "je suis le vigneron de « la parcelle de gauche » que vous désignez par un effet de clivage au « vigneron de droite » comme intervenant à « grands renforts de produits chimiques » et je peine à me reconnaître dans ce portrait que vous esquissez sur un mode accusatoire sans prendre le temps de me connaitre. Votre choix de saisir la description du figuier pour mettre en exergue la rupture (voire la guerre pour reprendre la sémantique du combat) entre deux modes de culture peut être interrogé à plusieurs égards (observation du sens du vent, côté sud etc.) A l’image du respect dont vous témoignez pour la nature, une démarche débattue aurait été plus transparente et moins arbitraire (d’autant que « le vigneron de droite » ne se reconnait pas dans les propos tenus). Éprouvant ce métier empli de doutes et de tensions, je pense que la viticulture ne peut être restreinte à deux camps et de nombreux vignerons optent d’ailleurs pour des « philosophies » alternatives. Pour ma part, je tends en toute humilité à œuvrer pour une agriculture respectueuse pour la nature".

  • Les trésors de la cave de Jeff Coutelou

    En juin dernier, Jeff Coutelou nous a fait découvrir sa vigne à Puimisson, près de Béziers. On a souvent parlé de ses bouteilles, ici, dans Tronches de Vin ou au bistro.

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    Jeff nous a aussi ouvert les portes de sa cave. Comme un inventaire des stocks. Voici par exemple son premier pétillant (2007). Parfaite entrée en matière.

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    Roberta (2003), sauvignon avec un poil de su-sucre, super fringant, aucune lourdeur.

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    Voici le BL02 (2002), jamais commercialisé. A base de sauvignon et muscat, l'une des premières expériences sans soufre. Très, très bon.

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    Le blanc 1999, seule bouteille un peu en retrait.

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    Et son premier millésime, le 1993, avec une syrah encore joliment épicée. J'ai beaucoup, beaucoup aimé cette bouteille.

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    Mais il n'y a pas que les vieux millésimes...

    Les 2013 goûtés une fois sur fûts et une autre fois juste après la mise en bouteille sont explosifs. Notamment Sauvé de la Citerne, même s'il faut encore laisser le mourvèdre vivre sa vie. Et il a refait Les Copains, dont la dernière référence datait de 2003 ! Le cinsault y fait des merveilles.

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    A suivre dans les semaines qui viennent chez ton caviste préféré !

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  • Octopus : allez-y au lieu de rester plantés devant l'ordi !

    Comme souvent, les photos d'un blogueur ne rendent pas hommage à l'intelligence des assiettes. Le texte non plus, vous me direz. Je ne déroge pas à la règle, mais j'ai des excuses : dîner tardif, lumière crépusculaire, nullité de l'appareil photo et avant tout nullité du photographe (à savoir moi-même).

    De toute façon, les photos ne remplacent pas les moments vécus. Alors pour vivre, direction Octopus, le restaurant de Rachel et Fabien Laurent. Tourteau, gambas, ris de veau, les vins des copains, la sympathie des patrons. Tout s'avère évident, à point, réussi.

    Sauf mes photos. 

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    Comme quoi, on peut parler de certaines villes autrement que sous le prisme de l'actualité politique.

    Octopus, 12, rue Boieldieu, 34 500 Béziers, 04 67 49 90 00.

  • Deux magnums qui mettent tout le monde d'accord

    Voici deux bouteilles, deux tronches, contre les idées reçues : le rosé ça se conserve pas, les filles ne boivent pas de rouge, c'est la crise, les vins du sud c'est pas glou-glou...

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    A ma gauche, Marie-Rose de Noëlla Morentin. Composé de cabernet-sauvignon, le cépage pourri des rouges qui tachent et que je déteste, mais ici travaillé dans la Loire et en rosé avant d'être amoureusement conservé chez un bon caviste. Car la vendange a été faite en 2010. C'est incroyablement aromatique, même servi trop froid, c'est dire...

    A ma droite, Sauvé de la Citerne de Jeff Coutelou, au-dessus de Béziers. C'est beaucoup de mourvèdre et un peu de grenache et ça date de 2011. Là aussi, coefficient torchabilité de 100 % : le jus coule dans la gorge et, seule définition du vrai vin : un verre en appelle un autre.

    C'est du vécu : tu rassembles quinze personnes dans une pièce, tu ouvres (parmi d'autres) ces deux bouteilles (en magnum, c'est plus simple). Et tu regardes ce qui descend le plus vite. Chacun en redemande, même celles/ceux qui sont en froid avec le rosé, même celles/ceux qui sont en froid avec les vins du sud. Il y a des bouteilles de 75 cl qui ne sont toujours pas terminées, alors qu'on râcle la dernière goutte de ces deux-là. Bref, unanimité.

    Ah oui, le prix. 22 euros à la Cave des Papilles pour le rosé et 17 euros pour le rouge au Vin au Vert. Le problème c'est que parfois, un magnum ça ne suffit pas. 

  • Les vins nouveaux de 2011 ont fait leur Pâques

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    Traditionnellement, on dit que les dix crus du Beaujolais doivent "faire leur Pâques". C'est-à-dire qu'il faut attendre que les fêtes chrétiennes de la mi-avril soient passées pour que les vins puissent être appréciés à leur juste valeur. Mais pourquoi ne pas faire de même pour le beaujolais nouveau et pour le vin nouveau en général ?
     
    Cette semaine, j'ouvre deux vins de 2011 qui étaient disponibles sur le marché dès le troisième jeudi de novembre de l'année dernière. Je simplifie : mon beaujolais nouveau, je l'ai conservé quelques mois. Autre précision : il n'y a pas de soufre ajouté dans ces deux quilles puisqu'elles sont généralement sifflées dans les deux mois après la mise en bouteille. Et ajoutons encore que nous sommes en présence de vignerons extrêmement consciencieux.
     
    A ma gauche, le charmant beaujolpif nouveau d'Isabelle et Bruno Perraud (domaine des Côtes de la Molière) baptisé Brut de Cuve. A ma droite Octobre, le vin nouveau des Foulards Rouges de Jean-François Nicq (Roussillon). Nos deux amis ont superbement bien passé l'hiver et le début du printemps, rien à redire. Nez exhubérant, bouche fruitée et jus présent pour le premier ; nez un peu effacé mais le vin s'avère terriblement glouglou pour le second. Moralité : n'hésitez pas à conserver un peu vos bons vins nouveaux.
     
    L'idée m'était venue d'une bouteille de Pfifferling orpheline puis débouchée presque un an après la mise. Quelle joie se fut.
  • Casot des Mailloles, Clôt de Taillelauque 2002

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    Les connaisseurs vont saliver dès le titre, car tout est dit. Premier jour d'ouverture : très tannique. Deuxième jour : idem, on sent encore un terrible potentiel de garde. Troisième jour : on s'envoie du fruit et des fleurs, une matière très soyeuse, plus aucune lourdeur en bouche. La bouteille a évolué sur la finesse. Avec Antonin, nous avons goûté les derniers millésimes à la Dive. Il n'y a pas à dire, le Casot des Mailloles, ce sont mes chouchous. Comme je le dis souvent, et à la limite de la mauvaise foi : "tu m'écris Casot des Mailloles sur une bouteille de coca, je suis prêt à aimer ça".

    La petite soeur version 2005, simplement appelée Taillelauque, bue chez Michel, ex-Cave de l'Insolite, nous avait fait grand effet. 

  • Dégustation à l'aveugle

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    Petit jeu. C'est quoi dans ce verre ? Réponse plus bas, le temps de vous laisser réfléchir un peu.

    Et pendant ce temps-là à Vera Cruz.

    Alors une petite idée ? Non, ce n'est pas du vin nord-coréen, quoique la couleur y ressemble. C'est un vin qui, semble-t-il, a un peu vieilli mais qui reste incroyablement tendu, incroyablement équilibré de fait. Au nez, on ressent déjà une finesse et en bouche, on la confirme.

    Il reste du sucre là-dedans ; je peux le dire, on est dans le liquoreux. Mais rien à voir avec de l'explosion de fruits faciles, comme les litchis. C'est un fruit tapé, un peu blet, mais pas trop blet non plus : c'est-à-dire qu'il reste une sensation d'alcool mais elle n'est pas âpre. En tout cas, ce n'est pas du riesling, c'est pas du gewurztraminer : c'est assurément un cépage sudiste.

    Bingo ! Je t'aide : grenache. Alors qui dit grenache avec du sucre en bouche, dit peut-être Roussillon. Oui. Allez, le plus célèbre : Banyuls ? Oui, mais non. Disons que ce n'est absolument pas lourd comme d'habitude dans le coin, on n'a pas ce poids de l'alcool avec lequel on a muté. C'est très fin. Bien sûr, cela existe des nectars extrêmement légers dans le coin, ainsi le Vin de Méditation. Donc c'est à rapprocher de cela, quelque chose d'extrêmement vieilli, voire une solera ?

    On s'éloigne. Mais qu'est-ce que c'est bon... C'est cristallin, c'est lumineux dans le verre au reflet de la bougie. C'est incroyablement long en bouche, c'est pur et pour tout dire c'est la bouteille qui me réconcilie avec le sucre dans le vin.

    Un début de réponse ? C'es un genre de vendanges tardives de grenache d'au moins 10 ans d'âge. Précisément, c'est du 1999. Et on n'avait pas tout à fait tort quand on parlait de Banyuls, car c'est produit dans le coin. Et dernier indice : évidemment c'est du tout naturel.

    A Banyuls, du tout naturel en 1999 ? Le Casot des Mailloles ? Impossible, ils ne laissent pas de sucre dans leurs cuvées : certains béotiens qui tombent par hasard sur leur chai au centre de la rue principale de Banyuls le leur reprochent assez souvent... Qu'est-ce que c'est alors ?

    REPONSE :

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    Vin Antique 1999 du Casot des Mailloles.

    Quoi ? Ils font ça au Casot ? Jamais entendu parler de ce truc. Ils l'ont fait en 1999 en 2002, ça c'est certain. Ensuite, ils semblent l'avoir arrêté. Autant te dire que les heureux détenteurs de telles bouteilles doivent se compter sur les doigts des deux mains. Moi j'ai trouvé la mienne chez VinNouveau et pas sûr qu'il en reste à Franck.

  • Accord mets/vins "à la con" n°4 : que boire avec le chocolat ?

    Jouons avec les accords mets/vin "à la con" !

    Avec le chocolat, ma réponse va être rapide. Alors que tout le monde ne jure désormais que par le maury dont un certain Mas nous abreuve, je propose de faire pareil mais encore une fois, en enlevant le sucre. Restons donc dans le coin, gardons donc le même cépage et voyons ce que peuvent faire de jeunes grenaches du sud du Roussillon avec un carré de chocolat de haute volée. Le sucre ne vient pas casser l'amertume du carré et au contraire, il apporte un joli panier de fruits rouges. Mon chocolat, c'est ainsi que je l'aime. 

    Pourquoi pas les jolis primeurs du domaine des Foulards Rouges ? En grenache, comme en syrah d'ailleurs, ça le fait...

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  • Le Grunge Tasting avec Ivo Ferreira, la meilleure crapule du Languedoc

    Cette semaine, nous passons au crible les 6 vignerons rebelles invités au Grunge Tasting le 12 décembre.

    Après un passage par les restaurants étoilés, Ivo Ferreira est devenu vigneron à Montpeyroux, au coeur des terrasses du Larzac, au nord-ouest de Montpellier. Sur les sols arides du domaine de l'Escarpolette, il cultive 3 hectares et demi de vignes. 

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    Peux-tu nous parler de ton travail dans les vignes ? 

    J'ai pour habitude de dire que je travaille de manière naturelle et pourtant ancestrale ! Mon domaine est partagé en une quinzaine de parcelles elles-mêmes situées dans cinq villages différents : une sacrée mosaïque de terroirs, d'altitudes et de cépages ! J'en fait cinq cuvées de rouge, une de blanc et un tout petit peu de liquoreux. Mes vignes sont travaillées et uniquement traitées avec des minéraux, la plupart du temps par poudrage. Les sols sont labourés légèrement en surface une fois par an au début du printemps. Mes vins sont faits sans aucun ajout de produit œnologique et mes cuvées haut de gamme sont sans sulfite ajouté.

    Travailler de la sorte, c'est un acte rebelle ?

    Aujourd'hui, faire du vin est devenu facile et accessible au commun des mortels. Avec l'aide des conseillers viticoles et d'un bon labo oenologique, on peut arriver à faire un vin sans défaut. Mais où est l'authenticité, l'expression du vigneron, son caractère ? Pour moi c'est une évidence et je ne saurais pas faire autrement. Je recherche une sorte de pureté, d'expression du terroir et du millésime ; pour y parvenir, je ne fais aucune concession et je ne suis aucune recette établie... Juste de l'instinct et beaucoup d’attention.

    Peux-tu nous présenter une de tes cuvées que tu vas nous faire goûter le 12 décembre ?  

    Le blanc de l'Escarpolette ! C'est la première année que j'en fais. Bien sûr, je le trouve bien bon mais surtout ce sont les premières parcelles que j'ai récoltées cette année, une récolte mémorable...  C'est un assemblage de muscat et de macabeu qui subit une macération jusqu’à la fin des sucres, un peu comme en rouge. Du coup, on a un nez très, très exotique avec une bouche fraiche et tranchante. Le contraste surprend et j'aime ça !

  • Le Grunge Tasting avec Luc Charlier, le sans-culotte du Roussillon

    Cette semaine, nous passons au crible les 6 vignerons rebelles invités au Grunge Tasting le 12 décembre.

    Médecin de formation, ancien collaborateur à la revue In Vino Veritas et formateur en oenologie, Luc Charlier a créé en 2005 le domaine de la Coume Majou. Son vignoble d'une dizaine d'hectares s'étend sur Saint-Paul-de-Fenouillet, Estagel et Tautavel, à l'est de Perpignan.

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    Peux-tu nous parler de ton travail dans les vignes ?

    Je suis un littéraire (je parle 6 langues et j'ai étudié le latin et le grec) que ses parents ont obligé à faire une formation scientifique (bac + 14 !). La vigne est une passion et passe par les principes suivants : le moins de chimie possible, le respect de la planète, des petits rendements, une propreté absolue (mais pas stérilité !), une technique maîtrisée là où il faut, pas d’ésotérisme (Steiner, le père de la biodynamie, est un leurre et une tricherie). Et élaborer le vin qui me plaît et trouver la clientèle qui partage ces goûts, pas l’inverse. Il n’y a pas de vin sans soufre mais, moins on en utilise, mieux cela vaut.

    Pour toi, le sans-culotte du Roussillon, le vin c'est quelque chose de fondamentalement rebelle ?

    Jacques Berthomeau a publié – un peu à mon incitation – une photo en kilt, révélant que je ne porte pas de slip. Mon affinité avec les sans-culotte s’arrête là. Je serais plutôt d’obédience trotskiste, sans la réthorique pseudo-révolutionnaire. Mon coup de gueule c'est plutôt contre la grand-distribution : celle-ci tue l’agriculture, partout et toujours. Mais on se passe aussi très bien de vin : c’est un produit de culture, de plaisir, d’échange et pas un produit de grande consommation. En même temps, c’est un truc d’enfant gâté, de bobo, de snob, de happy few. Grosse contradiction.

    Quelle cuvée vas-tu nous faire goûter au Grunge Tasting le 12 décembre ?

    Je vais mettre en avant la Cuvée Majou 2008. C’est mon coeur de gamme (entre 4 000 et 8 000 bouteilles par an). Elle renferme les meilleurs grenaches du domaine et des fantastiques vieux carignans. C’est le vin que je voulais élaborer et il ressemble à un Châteauneuf-du-Pape qui aurait de l’élégance en plus. Si on n’aime pas cette cuvée – et c’est le droit de chacun – on n’adhère pas à mes goûts en matière de vin. Son prix également me paraît correspondre à une réalité raisonnable. Suivant le millésime, il tourne entre 12 et 18 euros TTC pour les particuliers. Vu le rendement ridiculement bas (autour de 15 hectolitres par hectare), je pense que c’est bon marché. Personnellement, j’éprouve rarement du plaisir à boire des vins de moins de 7-8 euros (le muscadet est souvent une exception) et il ne m’arrive jamais de payer plus de 20 euros (sauf pour des liquoreux allemands de sommet de gamme).

  • Vendredi du Vin n°39 : le vin qui aimait les femmes

    Le vin qui aimait les femmes... Le thème lancé par Jacques me fait de suite réfléchir à un beau repas à préparer amoureusement pour deux personnes. Question plat, peu de réflexion : un risotto aux truffes. Si ce n'est pas la saison de ce champignon, l'assiette vaut surtout par un superbe riz, le carnaroli de chez Acquerello, affiné un an. Ferme, délicat et incroyablement léger : aucune sensation de trop plein, même avec 100 grammes par tête.

    Pour fleurir la soirée, et c'est là que réside l'intérêt de ce Vendredi du Vin, il faut un vin qui va la séduire. Pour le choix du domaine, ce n'est pas trop compliqué. Par contre, il faut choisir une cuvée qui accroche, quelque chose de pas courant. Rustique et envoûtant, le Soula 2001 du Casot des Mailloles d'Alain Castex et Ghislaine Magnier. Trouvé chez Franck. Bien sûr, c'est plus accessible après 2 heures de carafe. Avec cette note caractéristique de griotte liée au grenache, le fruit à peine émoussé par les 10 ans d'âge. C'est incroyablement digeste et pur pour 14,8°. Fort, avec de la matière, mais pas lourd : un véritable nuage. C'est tout à fait son type de vin.

    Si facile à boire qu'il n'aurait pas dépareillé avec un dessert aux fruits rouges. Le lendemain midi, après 20 heures de carafe, il restait deux verres d'un très grand vin.
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    Je finirai en citant Antonin : "Le Casot quand y en a plus, y en a plus. Et on se dit merde... Y en a plus !"

  • 7, rue de la Pompe (à Puimisson)

    Ce n'est pas une adresse des quartiers chics de la capitale mais bien le nom d'une "petite" cuvée de Jeff Coutelou, vigneron à Puimisson dans l'Hérault. Fruits rouge, épices, poivre et immense fraîcheur. Le 7, rue de la Pompe est l'un des meilleurs rapports qualité/prix que j'ai bu récemment. Six euros et des brouettes à la Cave des Papilles, rue Daguerre. Enfin, quand il y en a... Il faut vraiment cultiver l'amour de son prochain pour ne pas rafler tout le stock. Buvez les vins de Jeff et vivez heureux ! 

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  • Yo ! Yo !

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    Le domaine s'appelle Yoyo, mais on ne joue pas avec. La vigneronne s'appelle Laurence Manya et avec sa Tranchée, le grenache souple et gouleyant prend l'allure d'un beaujolais corsé. A Banyuls, Manu nous avait recommandé cette bouteille pour l'apéro. En suivant la voie tracée par le Casot des Mailloles, les quilles deviennent de plus en plus excitantes dans ce finistère.

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  • Collioure : les vins du domaine de la Tour Vieille

    Le domaine de la Tour Vieille nous a été chaudement recommandé par plusieurs personnes. Arrivés à Collioure, on passe boire un petit coup de blanc sec, les Canadells (grenache gris, grenache blanc, macabeu et vermentino, puis faibles rendements et élevage long). Dur mais, ma foi, bien sympathique.

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    Les éloges portaient plutôt sur le Vin de Méditation, un banyuls (VDN, vin doux naturel) réalisé en solera. Chaque année depuis 1952, on ajoute le nouveau millésime au précédent : le vieux vin éduque le plus jeune. Un véritable phénomène culturel. On nous avait sorti les plus grands qualificatifs : "vin fabuleux", "vin anti suicide"... Nous avons monté quelques marches pour prendre un peu de hauteur et surplomber la petite ville.

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    On débouche la bouteille et là, grosse déception. Oui, c'est bon, très bon mais on est loin d'être subjugué. Le sucre est fondu pour laisser place à une grande finesse, on est heureux d'être là, le vin aussi. Mais on n'est loin d'être subjugué. Hélène, Thomas et moi sommes d'accord.

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    On redescend. Peut-être qu'au niveau de la mer ça sera mieux. Surtout ça nous permettra de mieux voir la couleur du nectar, un joli tabac très classe. Ah, c'est très beau dans le verre. Bon, il y a une forte lumière jaune, faut dire. A la lumière naturelle, c'est plutôt un rouge ocre nuancé. Dans tous les cas, on est bien, on boit un très bon vin. Mais toujours pas subjugué.

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    Bouchée puis réouverte et finie à Paris avec des fous de vins. Oui, on est en toujours à dire que c'est bon, très bon. Mais qu'on n'est pas dans le vin "anti suicide". Et ce n'est pas faute d'avoir essayé. Peut-être n'avons nous pas les clés pour l'apprécier à sa juste valeur : mais là, nous sommes 8 à l'avoir goûté... (50 euros les 50 cl, prix domaine).

  • Banyuls : le Casot des Mailloles, artisans vignerons

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    Ghislaine Magnier et Alain Castex sont partis en week-end, la porte est close. Dommage pour Thomas et Hélène qui n'auront pas la chance, à l'inverse de ma pomme l'année dernière, de rencontrer ces véritables stars.

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  • Catherine Bernard, une leçon d'humilité

    Ah, retrouver le goût soyeux et puissant d'un pic-saint-loup... Derrière son étiquette Vin de Pays de l'Héraut, cette bouteille de Catherine Bernard me fait renouer avec les belles quilles de Christophe Peyrus que mon oncle m'a fait découvrir il y a quelques années. Je me rappelle à nouveau ô combien j'aimais les vins de cette petite montagne proche de Montpellier. Le vin de Catherine Bernard (2010) est joliment aguicheur, droit et coule bien.

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    Le livre qui l'accompagne (aux merveilleuses éditions du Rouergue) est une leçon d'humilité. Partie d'un job de journaliste (hum, hum...), elle se mue en vigneronne sur une toute petite parcelle. Elle raconte tout de A à Z : les premiers pas dans les vignes, l'achat de matériel, la question du bio, les moqueries des voisins, les listes de courses pour nourrir les vendangeurs, les questions techniques liées à la vinification... Toutes les interrogations sont formulées sans ambage et dans le détail : utiliser des produits chimiques ? si oui, quelle dose ? quelle type de cuve utiliser ? Et là, je mets des levures ? Vinifier c'est faire des choix, quitte à se tromper. Voilà en tout cas une belle introduction au métier de vigneron qui casse les idées reçues : c'est une réponse aux urbains qui, sur leur nuage, pensent qu'ils vont quitter leur boulot, venir à la campagne pour faire du vin et se reposer. Non, le vin n'est pas simple et même pour ceux qui le font, il garde ses mystères.

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  • Grenache blanc, mon amour

    Les Vins de France un peu subversifs cachent leur millésime sur le bouchon. C'était le cas hier pour le Quartz de Claude Courtois, c'est aussi le cas pour le Tir à Blanc (grenache blanc, macabeu) du Casot des Mailloles. On s'arrange comme on peut avec la loi.

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    Ce Tir à Blanc (2009), je l'ai bu plusieurs fois : l'été dernier à Banyuls avec Alain et Ghislaine alors qu'il était tout juste mis en bouteille (il était encore "vert"), une fois rentré à Paris tirant plus sur le grenache et aujourd'hui. Acide mais rond en fin de bouche, en quelque sorte mûr. Evolué, civilisé. Le Casot des Mailloles, c'est sans doute mon domaine préféré. Pas de soufre, des cuvées en blanc parfaites, des rouges explosifs et surtout un couple de vignerons hors du commun.

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    Avec ça, on mange quoi ? On dit toujours qu'il y a certaines règles dans les accords mets-vins : le rouge avec le fromage, le sauternes avec le foie gras et autres conneries dans le genre. On oublie le plus essentiel : merci de ne pas flinguer le bon vin avec un MacDo. Quand le vin est bon, il faut avant tout que le mets le soit aussi, bref qu'on ait envie de manger. C'est la règle n°1 non ? Alors ce soir, comme je n'ai pas envie de cuisiner un bar à la sauge et yuzukosho, on décide d'aller prendre une bonne pizza chez Al Taglio (qui les vend tout de même assez cher alors qu'on n'est tout de même pas chez William Ledeuil non plus). Pas très compliqué, c'est juste en-dessous de chez nous. Pour ceux qui ne suivent pas, c'est une pizzeria qui vend ses focaccie à la coupe.

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    Je m'excite tout de suite sur la pomme de terre-truffes mais il n'y en a plus qu'un seul morceau qu'un gros c*** nous pique. On me sussure : "asperges-truffe". Ouais, balance... Bien plus fin qu'avec la pomme de terre évidemment, mais j'aime ce côté rustique. En tout cas, c'est impecc avec le blanc acide : qui a dit que l'enfer des someliers était pavé d'asperges et de petits pois ?
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    Mention spéciale aussi pour la focaccia crème de potiron, pancetta, scamorza. J'ai faim.

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  • Dans la catégorie "pinard introuvable"

    Dans les Misérables, Victor Hugo enjoignait les bourgeois à "laisser la peur du rouge aux bêtes à cornes". Ce serait un trop beau cadeau fait aux bovins, tant il est difficile de dégoter cette cuvée La Peur du Rouge. Moi je l'ai trouvée à la Cave des Papilles (même pas 15 euros) où il y en avait même des magnums. Mais peu.

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    Les grenaches du Temps des Cerises d'Axel Prüfer sont bien connus des amateurs de vin naturels. Toutes ses cuvées politiques en rouge racontent un peu d'histoire. Mais il y a aussi un peu de blanc, un truc de ouf tout naturel. Un peu de bubulles encore, un parfum je dirais euh... strident, piquant. Si quelqu'un a une info sur le(s) cépage(s), moi aucune. Je n'ai pas l'impression d'avoir retrouvé le grenache blanc (si ?). Un jus de franc-tireur comme on les aime et qui se mérite.

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  • Banyuls : le Casot des Mailloles, étendard des vins naturels

    Une visite à Banyuls est inconcevable sans un petit tour au domaine du Casot des Mailloles (prononcer "cazotte") chez Ghislaine Magnier et Alain Castex. Leurs vins figurent tout en haut de l'affiche depuis pas mal d'années maintenant. En Corbières avant, à Banyuls maintenant.

    Avant de commencer, il faut préciser qu'aucun vin n'est sulfité au Casot. C'est même écrit sur la bouteille. "No sulfites". A ceux qui disent qu'on ne peut pas faire de grand vin sans soufre, je les invite à se rendre à Banyuls.

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    Ce qui frappe dès l'entrée du caveau, au coeur de Banyuls, c'est l'impression de bric-à-brac. Ghislaine certifie que des dégustateurs arrivent ici par hasard dans un joli foutoir qui change de ces caves javellisées si communes. On entre ici dans quelque chose de vivant.

    En réalité ce qui frappe dès l'entrée du caveau, c'est la gentillesse de Ghislaine et d'Alain partageant avec le visiteur le premier verre de la journée. Ça tombe bien : c'est l'un de mes vins préférés, le Blanc du Casot (28 euros) ici goûté dans sa dernière version, le 2009. Ou IX pour être précis car tous leurs grands vins sont classés en vin de table. Interdiction donc d'indiquer le millésime en chiffres. Une fois en bouche, on change de planète. Quel régal ! Encore un peu jeune, presque encore vert, il développe une longueur infinie malgré (où grâce à) un reste de gaz qui vient chatouiller la langue. Le grenache tel qu'il devrait être partout mais tel qu'il n'est qu'ici.

    Cela a un prix : debout tous les jours vers quatre ou cinq heures, Alain part travailler à la piche dans ses vignes avant le soleil de midi et tient le caveau l'après-midi. Sur 5 hectares, les cultures en terrasses surplombant Banyuls rendent le labeur presque insensé. La vigne va chercher loin la complexité qui rend son jus si admirable.

    Très sec aussi, la "petite" cuvée Tir à Blanc (15 euros, provient d'un vignoble à Trouillas face au Canigou) également très verte enchantera dans quelques mois. Tout comme El Nino (21 euros), superbe rouge, à mon sens le meilleur de la région. A nouveau fin et complexe, dense mais sans aucune lourdeur.

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    Qu'il est beau mon carton ! 3 Blanc du Casot, 2 Tir à Blanc, 1 El Nino. En plus, il est bien arrivé à la maison.

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    Même si en chemin, on a ouvert un Blanc du Casot à Avignon. Avec une belle soupe de poisson. Mais le vin jusdefruité se suffit seul, dans un canapé en réfléchissant sur le présent.

    Domaine du Casot des Mailloles, 17 av du Puig del Mas, Banyuls, 04 68 88 59 37.

  • Languedoc et son ami Roussillon chez Augé

    Avec Olivier, le coeur nous en disait ce samedi. On a filé une petite heure aux caves Augé, goûter les mises de 2009 et quelques cuvées antérieures. Grand bien nous en a pris sous le soleil d'avril.

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    Domaine du Possible (Loïc Roure), Le Temps des Cerises (Axel Prüfer), Bruno Duchêne... Les connaisseurs comprendront qu'on s'est bien amusé.

    Mon coup de coeur va aux vins du Casot des Mailloles (Ghislaine Manier et Alain Castex) notamment leur vin blanc de grenache, le Blanc du Casot. A tout de même 35 euros la bouteille. Mais à ce prix-là, c'est du jamais bu pour cette région. Les vignobles sont autant en pente que mon gosier : difficile à travailler, la vigne va chercher loin cette perfection.

    PS : pour les envieux, le calendrier des prochaines dégustations aux caves Augé se trouve ici.

  • L'aramon lui tournant la tête...

    Aramon. De ce cépage, on a tout oublié. Sauf, peut-être, ce vers de FernandelL'aramon lui tournant la tête / Elle murmura quand tu voudras

    Aramon. Ce cépage, totalement oublié donc, refleurit à Souvignagues dans le Gard, chez Thierry Forestier. C'était le cépage qui faisait pisser la vigne en Languedoc-Roussillon. Devenu synonyme de mauvaise qualité, on l'arracha sans réfléchir. Il faut le talent d'un homme et un peu d'audace pour le remettre aujourd'hui en bouteille. La cuvée Anathème forcément ne coûte pas cher (moins de 6 euros au Vin se livre) et en bouche c'est bien loin de la Romanée-Conti. Simplement un vin d'homme qui rassemble tout son courage contre le viticolement correct.

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    Et un petit clin d'oeil à la petite Félicie B-G qui vient d'arriver dans un monde où on boit à nouveau (un peu) d'aramon.

  • Chez mon dealer, c'est lugubre

    Pour les trois Martiens qui ne seraient pas au courant (parce qu'ils habitent sur une autre planète), il neige aujourd'hui. Même à Paris.

    Quelques rares jours par an, l'atmosphère change. Les gens sont au courant et beaucoup prennent leur voiture. Mais roulent plus doucement. Les gens sont au courant et beaucoup, comme moi, prennent le métro. Mais marchent plus doucement. Bref il y a foule. Et la ville s'écoule plus doucement. C'est pas du genre "whaouahouah c'est magique, c'est Noël, ressers-moi du vin chaud !". Avant la tombée de la nuit, l'atmosphère est plutôt satinée.

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    Une journée pas trop ordinaire donc, faite pour se balader un peu si on a de bonnes chaussures. En arrivant (comme souvent) dans le 3e arrondissement, au nord du Marais, je me dégèle les arpions dans le marché des Enfants Rouges près du square du Temple. Peut-être le lieu le plus accueillant de Paris, l'un des plus cachés et malgré cela l'un des plus branchés. Ce qui explique le prix du kilo de tomate.

    Mais on préfère s'en tenir à L'Estaminet des Enfants Rouges, au petit Coréen Taeko ou aux Enfants Rouges, rue de Beauce. Et au milieu coule Versant Vins, petit caviste bien meilleur que Julien, pas loin d'ici, rue Charlot.

    Jeanne tient son petit stand avec beaucoup de délicatesse. Même quand il fait trois degrés comme aujourd'hui. Pas de chauffage d'appoint, des mitaines pour tapoter sur son Mac. C'est avant tout l'un des rares cavistes chez qui je suis à peu près sûr de trouver les vins de Catherine Marin-Pestel, alias la Grande Catherine comme l'a surnommé un blog sympa.

    Cette ancienne cadre du Louvre, docteur en littérature, a tout quitté pour les Corbières. Mon rêve ? Sans doute. En tout cas, pourquoi pas faire un jour un vin blanc aussi exceptionnel que le sien ? Non, en réalité c'est trop dur. Je préfère boire le sien. Sa cuvée La Vagabonde, AOC Corbières, est une alliance hors du commun entre macabeu et marsanne. Sec, fruité, aérien. Une bouteille ne suffit jamais. Il y a quelques années il était déjà sublime à quelques euros de moins. Aujourd'hui, même à ce prix (11 euros), La Vagabonde reste le plus grand vin blanc de France. J'assume.

    Revenons-en à Versant Vins. Je prends quatre Vagabondes. Pour demain, pour samedi, pour Noël. Le lieu accueillant comme toujours. Ce qui change aujourd'hui, c'est l'endroit. Qui se retrouve la tête à l'envers. Le marché des Enfants Rouges n'est que l'ombre de lui-même. D'ailleurs il n'est qu'ombres. Surtout quand on connaît les couleurs de l'endroit dès qu'un rayon de soleil se pointe. Ou dès qu'il fait cinq degrés. Mais là il fait trois degrés et les Enfants sont gris. Rassurons-nous car on le goûtera ce week-end : le vin sera sans doute aussi bon.

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  • Axel Prüfer et ses grenaches

    Grenache. Un mot qui donne soif. Raison de plus si ce sont les vins étonnamment légers de Axel Prüfer. Avec une finale qui prend son temps avant de s'estomper. Un grand vin de copains.

    L'homme a quitté sa RDA natale pour le Languedoc. Son histoire, son domaine Le Temps des Cerises et cette cuvée Les Lendemains qui chantent (14 euros au Verre Volé) le classent forcément sur l'échiquier politique. Fou des vins de Prüfer le radical, Sébastien Lapaque qui rappelons-le sévit au Figaro écrit : "Buvons ses vins avant qu'il ne demande l'asile politique à Cuba." Promis.

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  • Le Laouzil, c'est qui, c'est quoi ?

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    Je cherche un petit rouge du Languedoc-Roussillon pour boire à Noël parce que mon oncle Gaston adore. Donc je goûte, je défriche le terrain. J'avais déjà bu du Thierry Navarre. Il vinifie déjà un muscat extraordinaire et remet en bouteille des cépages oubliés comme le ribeyrenc. Ici, sa cuvée de base au nom bizarre, Le Laouzil. Un assemblage de pas mal de cépages (à dominante grenache et carignan) goûtu, croquant. A 8,90 euros la bouteille (au Verre Volé), c'est peut-être pas assez cher pour Noël ? C'est pas ça le souci. En fait, j'ai déjà un truc en tête, à deux euros près : La Nine, de Jean-Baptiste Sénat. A suivre donc.

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