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Loire (nul n'est censé l'ignorer)

  • Les rosés sociaux

    Plutôt que Facebook, Twitter, Instagram, Google+, Pinterest, LinkedIn et plein d'autres que je ne connais pas, parions sur les rosés sociaux.

    Car franchement, pour se rencontrer, pour communiquer, pour se parler, on n'a rien inventé de mieux qu'une table, quelques chaises, des verres et un coup de rosé. 
     
    Et il en est certains qui mettent tout le monde d'accord. En ce moment, c'est Minimus, de Nicolas Carmarans qui envoie du lourd. Buveurs connaisseurs, buveurs néophytes et buveurs tout court apprécient le breuvage à sa juste valeur. J'en ai ouvert un au Coinstot Vino et quelques minutes après, j'en ai acheté 4 autres. 
     

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    L'une d'elles, débouchée en Auvergne, a fait le même effet. Il faut dire qu'elle était bien accompagnée : le Pm rosé de Jeff Coutelou, lui aussi, un petit bijou rosé. 
     
    Après une journée ensoleillée (c'est rare), voici deux rosés qui sont partis très, très vite (c'est rare). 

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  • Sancerre Akméniné 2008 de Sébastien Riffault

    Non seulement certaines bouteilles mettent tout le monde d'accord mais s'avèrent, à elles seules, la meilleure réponse aux poncifs qui courent sur le vin naturel. Le sancerre Akméniné de Sébastien Riffault en version 2008, c'est grandiose. De l'acidité, de la rondeur, du fruit, de la patine, de la truffe, une signature, tout ça pour trente euros chez un caviste parisien bien achalandé.

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  • Où changer d'idée sur le beaujolais et le muscadet ?

    Dans Tronches de Vin 2 !

    Pages 16, 54, 62, 138, 152...

    J'entends encore trop souvent que ces vins-là sont indignes d'un buveur. Faisons l'analogie : on connait des restaurants qui sont dégueulasses, condamne-t-on pour autant tous les restaurants ? Comme partout, il y a des gens qui font bien leur travail. Certes, ils ne sont pas très nombreux ; leurs vins n'en sont que plus appréciables.

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    On y trouve aussi des vins naturels à moins de 5 euros ainsi que de bons bordeauxRendez-vous dans toutes les bonnes librairies le 13 mars et sur le site des Editions de l'Epure !

  • Un lubrifiant naturel

    Certains jus te font oublier la fatigue. De retour d'un voyage en Asie (on en reparlera bientôt), on fait une petite halte chez En Vrac, au marché de l'Olive. Victime d'un décalage horaire de 7 heures... Le hasard nous fait découvrir ce Jus Brifiant, un pétillant naturel à base de gamay fait du côté de Montlouis par Julien Prével. Le verre pue amoureusement le coing - qu'on ne se méprenne pas, c'est un compliment chez moi. C'est frais, un peu citronné aussi. D'ailleurs le niveau de liquide dans la bouteille descend aussi vite que la cote de popularité de François Hollande. On est bien. Et c'est 13 euros à emporter.

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    On est bien malgré l'amateurisme qui règne ce dimanche chez En Vrac. Autant le choix des bouteilles nous ravit, autant les rayons du soleil qui fouettent les quilles naturelles c'est moyen. Autant les prix ne nous semblent pas excessifs, autant l'assiette fait grise mine. Autant le service semble cool, autant il est à côté de la plaque, n'ayant pas grand-chose au frais alors que la météo est au rosé, ou ne sachant pas nous renseigner sur ce qu'il y a en stock. Autant les conserves sont d'exception, autant le lait utilisé provient du hard-discounter Dia. Autant le café est servi dans des tasses L'Arbre à Café, autant le serveur recharge la machine avec du Lomi (ce qui est très bien aussi, mais ce n'est pas L'Arbre à Café). Bref difficile d'y voir clair et le décalage horaire n'y est pour rien.

    Malgré tout, le vin, superbe, fluidifie le retour à Paris.

  • Certains cavistes parisiens ont du mal avec le vin naturel (et le chaource)

    Que se rassurent les pourfendeurs du vin dit naturel et de ses prétendues déviances, il subsiste des cavistes parisiens qui ont du mal avec les vins sans (trop de) soufre ajouté.

    Ainsi Le Caviste Bio, cave à manger du centre-nord de la capitale, qui comme son nom l'indique propose du vin 100 % bio. Peut-on saluer un caviste pur bio ? Oui et non. Certes, la bio est le sens de l'histoire. Mais en ce qui concerne le vin (comme le reste d'ailleurs), je pense qu'il ne s'agit là que d'une condition nécessaire mais insuffisante pour faire un vin qui plaise à mon palais. Oui, il y a des naturels pas bios et il y a des brebis galeuses dans tout troupeau. Mais il y a aussi légion de bios pas très naturels... N'oublions pas cette évidence : ce n'est pas parce que bio que c'est bon. Et une autre : ce n'est pas parce qu'il y a zéro soufre que c'est bon. Évidemment, tu me files du raisin à moi, je vinifie sans soufre et ce sera la cata. Tu me diras, si je vinifiais avec du soufre, ce serait la cata également. Bref le souci, c'est que le label bio a une fâcheuse tendance à passer sous les fourches caudines du marketing. Gageons plutôt que notre homme du jour, notre Caviste Bio, est convaincu du bien fondé de la bio dans le vin, ce sera plus simple.

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    Sur les étagères, pas mal de choses, du bon et du moins bon, des choses que je connais, d'autres moins. Ce soir, budget serré : le regard se porte sur Trinch des Breton (10 euros + 8 de droit de bouchon) pour réessayer. Le caviste nous met en garde : "Je ne peux pas vous le servir, ce n'est pas bon. Ça fait partie de ces vins naturels compliqués". J'évite de dire que le vin déviant, j'en fais mon ordinaire. Idem pour le Château Lamery (dont Jacques Broustet m'a récemment envoyé une bouteille, il faut que je la goûte à la maison celle-là). "Je ne devrais plus les vendre" renchérit notre homme qui n'a rien d'un débutant. Logiquement, il faudrait les enlever des étagères. "Je préfère les vendre à emporter car je ne vois pas la tête du client quand il l'ouvre". Joli professionnalisme. Et ce blanc Masieri 2010 de chez Maule ? Le caviste regarde, tourne la bouteille, fait la moue. Et préfère nous proposer autre chose. Décidément il propose beaucoup de "déchets" dans sa cave... Mieux vaut ne pas les vendre, tout simplement.

    En lorgnant sur les bouteilles, je retrouve le couple Delesvaux. J'ai pris plaisir à déguster leurs vins au salon In Vin Bio Veritas en AuvergneEn plus de cette quille-là, j'en vois des très sympathiques produites par Sylvie SpielmannThierry Michon... Bon, on n'est pas dans le côté fou fou des vignerons naturels qui me bottent, mais il y a franchement de quoi s'amuser. Après un petit rafraîchissement, La Montée de l'Epine (contrepèterie ?) 2011 s'avère très jolie.

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    Et pourtant c'est un peu dense, c'est du cabernet sauvignon, c'est-à-dire que ce n'est pas spécialement mon style. Mais c'est hautement recommandable et plus que ça même. A 21 euros sur table, il n'y a vraiment rien à redire. Sauf qu'elle accompagne parfaitement le boudin maison.

    D'ailleurs, on s'enquiert du pourquoi, du comment. Faire son boudin maison à Paris, c'est plutôt rare, surtout quand on connaît la qualité de certains boudins de (vrai) charcutier ou de conserverie. La seule explication supplémentaire qu'on nous donne est qu'elle est préparée en terrine et servie en tranche. Ça, on le devine en jetant un œil à l'assiette. Mais on aurait aimé en savoir plus. En tout cas, le test est réussi. C'est bon mais il n'y a pas non plus de quoi se relever la nuit.

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    Les fromages viennent de chez Madame Hisada, fromagère japonaise bien connue du Ier arrondissement : 5 (petits) morceaux pour 14 euros... Le fromage est définitivement un luxe. Et malgré le fait qu'ils ne soient que 5, le patron écorche le nom de l'un. Pire, il oublie carrément le nom d'un autre car en réalité il ne le connait pas. Avant de s'éclipser en cuisine pour qu'on lui dise que c'est du chaource. "Chaousse" revient-il nous dire en réalité. Presque. En fait, la cuisinière est japonaise (c'est à la mode) : Junko Kawasaki s'occupe de tout et a même son nom sur l'ardoise, devant le magasin (une nouvelle mode ?). Elle gère aussi la sélection des fromages. Seulement pour le serveur chevronné (patron ?), ne pas reconnaître un chaource est ici à la limite de la faute professionnelle. Encore une fois, soit on se renseigne avant, soit on propose quelque chose de connu.

    67 euros à deux pour deux plats, une quille et une assiette de fromages. D'aucuns diront que c'est un prix parisien, et ils n'auront sans doute pas tort. Mais pour Paris, on trouve que ça va encore...

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    Bref, le service en pointillé éclipse une jolie cuisine et un vin gourmand. Le genre d'endroits dont on aimerait faire une cantine (pas de coup de fusil sur le vin, cuisine maison, produits choisis) mais on ne peut pas : seuls certains vins nous semblent appétissants. Le problème de l'endroit, c'est qu'il manque de folie et de connaissance de ce qui est servi.

    Le Caviste Bio, 50 rue de Maubeuge, 75 009 Paris, 01 48 78 30 03.

  • Retour sur In Vin Bio Veritas, le salon du vin bio en Auvergne

    Jenzat, 512 habitants, son église romane Saint-Martin, sa maison du luthier et son premier In Vin Bio Veritas. Si l'on peut désormais placer ce bled sur la carte de France du vin naturel, c'est grâce au salon du vin bio de Jean-Marc Imberdis, ancien libraire à Vichy, aujourd'hui caviste en ligne sur Le Vert et le Vin. C'était samedi dernier, il pleuvait, puis le soleil a pris sa place, tout comme Tronches de Vin qui a écoulé quelques exemplaires. 

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    Parmi les vignerons invités, du lourd, voire du très lourd. Par exemple, les magnifiques cornas de Mathieu Barret... 

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    ... ou Cuatro Manos 2011, le malbec argentin de Vincent Wallard qui te fait perdre les idées reçues sur l'Argentine vu que toi à la base tu détestes ça et que tu adores le beaujolais... (Vincent est aussi passionnant sur le vin argentin que sur les trancheuses Berkel, plus d'infos sur demande).

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    ...ah le régional de l'étape... Patrick Bouju. On en reparlera tout bientôt, tellement c'est bon...  

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     ...Eva approuve le bojo des Perraud qui a accompagné notre repas de midi...

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    ...le Mas Coris produit un superbe rosé (La Coulée Douce) et Véronique nous gratifie du plus beau crachoir de toute l'Histoire des salons du vin... 

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    ...Je n'ai pas de photos de deux très belles découvertes bordelaises : Valérie et Denis Godelu (Domaine des 3 Petiotes, présenté dans Tronches de Vin) ainsi que Pascale Choime et Laurence Alias (Les Closeries des Moussis, on en reparlera aussi très bientôt comme quoi je ne fais pas que c*** sur les bordeaux). 

    Le lendemain, profitant de l'hospitalité de Jean-Marc, nous avons pris le petit-déjeûner face à la vallée qui va de Gannat à Saint-Pourçain avec une confiture de raisin. Une confiture de contrebande, à base d'un cépage interdit, le noah. En confiture aussi il goûte bien...

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    Bref, le week-end a fait quelques envieux et c'est normal. Alors l'an prochain, vous savez où aller. 

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  • Deux magnums qui mettent tout le monde d'accord

    Voici deux bouteilles, deux tronches, contre les idées reçues : le rosé ça se conserve pas, les filles ne boivent pas de rouge, c'est la crise, les vins du sud c'est pas glou-glou...

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    A ma gauche, Marie-Rose de Noëlla Morentin. Composé de cabernet-sauvignon, le cépage pourri des rouges qui tachent et que je déteste, mais ici travaillé dans la Loire et en rosé avant d'être amoureusement conservé chez un bon caviste. Car la vendange a été faite en 2010. C'est incroyablement aromatique, même servi trop froid, c'est dire...

    A ma droite, Sauvé de la Citerne de Jeff Coutelou, au-dessus de Béziers. C'est beaucoup de mourvèdre et un peu de grenache et ça date de 2011. Là aussi, coefficient torchabilité de 100 % : le jus coule dans la gorge et, seule définition du vrai vin : un verre en appelle un autre.

    C'est du vécu : tu rassembles quinze personnes dans une pièce, tu ouvres (parmi d'autres) ces deux bouteilles (en magnum, c'est plus simple). Et tu regardes ce qui descend le plus vite. Chacun en redemande, même celles/ceux qui sont en froid avec le rosé, même celles/ceux qui sont en froid avec les vins du sud. Il y a des bouteilles de 75 cl qui ne sont toujours pas terminées, alors qu'on râcle la dernière goutte de ces deux-là. Bref, unanimité.

    Ah oui, le prix. 22 euros à la Cave des Papilles pour le rosé et 17 euros pour le rouge au Vin au Vert. Le problème c'est que parfois, un magnum ça ne suffit pas. 

  • Une Diablesse bue, rebue, rerebue, rererebue, rerererebue et approuvée

    Depuis quelques semaines revient un leitmotiv, le dégoupillage de Diablesse. Tout a commencé chez Pierre Jancou quand on a demandé quelque chose d'un peu oxydatif. Boum. Puis ce fut au hasard et souvent, avec les unes, les uns et les autres. Dernier sautage de bouchon avec Sonia et François dans un bar à manger où, coïncidence heureuse, ils sifflaient cette jolie bouteille. Vite, vite, versez m'en le fond dans un verre propre. Ce fut la cinquième en deux/trois mois. M'en manque une pour réaliser le carton (plein).

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    Diablesse 2008, domaine de la Grapperie, by Renaud Guettier, installé depuis 2004 à Bueil-en-Touraine, entre Le Mans et Tours. Pur chenin élevé 36 mois en barriques aux acents oxydatifs gourmands. Certifié bio, des rendements plutôt faibles (25 hectos à l'hectare), aucun intrant de synthèse, non filtré, non collés : bref toute la panoplie du comme-on-aime. Je l'aime en apéro, avec de la charcuterie pas trop salée, sur un espadon mi-cuit, avec des huîtres chaudes au comté ou en vin de méditation en fin de repas, s'il en reste. Au Coinstot Vino, ce fut la version pét'nat' enchanteresse, avec elle aussi ce côté oxydatif. Goûté à la maison, l'Adonis la version rouge bien soyeuse (100 % pineau d'Aunis).

    Comme le faisait remarquer un dégustateur, il y a un peu d'Eric Callcut là-dedans. Sauf qu'il va être difficile d'attendre ces bouteilles une quinzaine d'années.

  • Sancerre m'en un autre !

    Chez Racines un midi, un magnifique vin rouge de Sébastien Riffault, le vigneron qui nous réconcilie avec le sancerre. Ici Raudonas 2009. Les neuneulogues classiques vont lui reprocher son côté jus-de-fruits qui-te-pète-à-la-gueule. Pourtant, le côté jus est contrebalancé par un côté fumé impeccable, propre aux très grands pinots noirs. On avait d'ailleurs l'impression qu'il était plus évolué. En tout cas, absolument sublime. 

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    Par contre, en ce qui concerne l'assiette chez Racines, on a connu plus transcendental. C'est bon, y a pas à dire mais c'est pas donné-donné, vraiment pas. Et ça n'a pas le peps d'autres adresses.

    Racines, 8 passage des Panoramas, 75002 Paris, 01 40 13 06 41.

  • Le grand retour d'Eric Callcut

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    Les amis, voici Eric Callcut.

    C'est sans doute le vigneron le plus mystérieux de la Loire. En cinq millésimes ligériens, de 1995 à 1999, il a offert aux amateurs des souvenirs pour toute une vie. L'écrivain Christian Authier, qui lui a même consacré un ouvrage (Boire pour se souvenir, éditions du Sandre), nous confiait l'autre jour, au sujet des vins d'Eric Callcut que "nous avons besoin de déviance dans ce monde si normalisé. Il faut savoir se risquer sur le bizarre…"

    Au début des années 2000, lorsqu'Eric Callcut quitte la vigne, beaucoup de rumeurs se mettent à courrir. On le donne en Israël, c'était vrai. On le donne en Inde, c'était faux. On le donne de retour en France, c'était vrai par la suite. A notre grande surprise, il s'est manifesté auprès d'Antonin via les réseaux sociaux après un article publié ici. Tout simplement. Après un passage par la Haute-Loire puis la Drôme, Eric Callcut est désormais installé sur une terre quasiment vierge de vin... la Normandie ! 

    Les amateurs seront forcément déçus, il n'a plus rien à vendre. Donc pas besoin de saturer sa boîte mail. Nous, c'est toute l'histoire qui nous intéresse.

    Aujourd'hui, il se lance dans l'édition. Sa grande oeuvre du moment est de "traduire" la Bible en français "actualisé", c'est-à-dire en imaginant comment Jésus et les évangélistes s'adresseraient à nous en 2012, avec nos mots, dans le but de nous faire comprendre au mieux ce message universel. Court extrait de l'évangile selon St-Matthieu (VI, 25-26)

    « C’est pourquoi je vous dis : ne vous affolez pas ! Ni pour la bouffe ni pour la boisson ni pour les fringues. Votre vie ne se réduit-elle qu’à ce que vous ingurgitez ? Votre corps n’est-il qu’un support publicitaire pour Nike et Lee Cooper ? Vous avez observé les oiseaux ? Les rouges-gorges, les mésanges, les hirondelles ? Ils ne font pas métro-boulot-dodo. Ils n’ont pas de Livret A, de cartes bleues et de plans de retraite. Et Dieu-de-la-terre-entière les nourrit. Ne valez-vous pas plus qu’eux ? »    

    On va vite en reparler. Très vite.

    eric callcut, the picrate

  • La bière naturelle française existe, je l'ai rencontrée

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    On croise souvent ces petites quilles sur les salons ou chez les cavistes qui font la part belle au vin rebelle. Pourtant, c'est bel et bien de la bière. Et comme souvent, c'est dans la Loire que ça se passe, grâce à Ludovic Hardouin qui préside à la destinée de la brasserie La Pigeonnelle. Ici toutes les binouzes sont certifiées bio, non filtrées, non pasteurisées et présentent un léger dépôt. Bref, tout ce qu'on aime dans le vin. Et là, si quelqu'un vient reprocher un fond de gaz carbonique dans le liquide, on peut rétorquer que c'est parfaitement normal !

    Certes, parler de "bière naturelle" est un peu exagéré, je le reconnais. C'est un raccourci avec un petit côté provoc'. Pourtant, les techniques de travail et la philosophie du produit sont identiques à ce qui se fait dans le vin qu'on aime.

    La Loirette blonde (5,5°) est une bière pur malt d'orge. Légère avec une faible amertume mais une très belle acidité. Son côté désaltérant n'occulte pas une vraie finesse.

    La Loirette ambrée (7,5°) est évidemment plus forte en alcool mais aussi en goût, un genre de céréale, mais encore très fin. Elle est plus dense et forcément moins pâle : aux amoureux des Allemandes, elle rappelle les Weissbier au froment. 

    La Salamandre (6,5°) est une bière blonde pâle plus amère. Parfois, elle nous rappelle les bières africaines au manioc. Pourquoi pas, puisqu'il s'agit de pur malt d'orge.

    La Bière du Chameau (3,5°), pâle voire blanche, utilise, elle, du pur malt de blé, titrant 3,5%. Très légère, le côté céréales est moins affirmé, c'est un bonbon acidulé. DSC01243.JPG

    J'ai acheté ces quatre bouteilles chez Cave à Bulles, la meilleure adresse de la capitale pour ce genre de flacons. Me manquent la Pigeo-Noël (bière brune de Noël) et la Salamandre des Faucheurs (cuvée spéciale pour les faucheurs d'O.G.M. de Pithiviers).

  • Pour se réconcilier avec le sancerre

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    Certains vins devraient se suffire à la photo, les commentaires sont superflus tant on a du mal à parler du plaisir procuré. Terroir calcaire qui donne un vin classe, travail exceptionnel dans les vignes qui donne un vin droit, zéro soufre qui donne un vin sain. N'en déplaise à certains, il n'y a là aucune (pseudo) déviance : ça ne bubulle pas, ce n'est pas oxydé, ce n'est pas troublard. C'est simplement bon, extrêmement bon. Ouvert hier soir avec des supions à l'encre de seiche. Cuvée Auksinis, millésime 2008 by Sébastien Riffault, à Sancerre : une  vingtaine d'euros à la Cave du Panthéon, au pied dudit monument.

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    (Sébastien pensif lors de la dernière Dive. Il est l'un des vignerons dont on boit très souvent le vin et dont on ne parle pas assez).

  • Christian Authier à propos d'Eric Callcut : "Nous avons besoin de déviance dans ce monde si normalisé"

    "Seulement, le tout-venant a été piraté par les mômes.
    Qu'est-ce qu'on fait ? On se risque sur le bizarre ?"

    Michel Audiard, Les Tontons flingueurs.

    J'ai tout oublié des campagnes d'Austerlitz et de Waterloo, d'Italie, de Prusse et d'Espagne, de Pontoise et de Landernau. Jamais de la vie, on ne l'oubliera, la première quille d'Eric Callcut qu'on a prise dans ses bras. Moi c'était un Clos du Giron 1998, celui avec la cire verte : un vin blanc sec élevé sous bois durant 24 mois. Quelle fougue, quelle expérience... Pour schématiser, c'est la Loire qui prend sa source dans le Jura. Depuis, il y en a eu pas mal d'autres, des blancs exclusivement (et donc malheureusement). C'était chez Pierre Jancou ou Au Jeu de Quilles. C'était aussi chez moi il y a quelques semaines pour un "Callcuthon", c'est-à-dire un marathon autour des bouteilles du génial vigneron (et de quelques autres pirates). C'est l'ami Jérémy qui avait tout organisé, que grâce lui soit rendue. Ce soir-là, il y avait trois Eric Callcut mais aussi les bébés Callcut, vins d'autres vignerons qui provenaient de parcelles rachetées au maître : Les Nourrissons 2004 de Stéphane Bernaudeau et les vins de Josette Médau, sur qui nous reviendrons bientôt. 

    Mais au fait, c'est quoi ce truc, Callcut ? Elevés entre Angers et Cholet, les vins d'Eric Callcut n'ont été produits qu'entre 1996 et 1999, soit quatre millésimes. Le vigneron s'est évaporé, quelque part entre Israël et le sud de la France. Aujourd'hui, ces bouteilles sont des raretés. Que dis-je ? Bientôt c'est certain, il n'y en aura plus une seule de remplie. Il faut dire que depuis un an, avec EvaStéphanie, Jérémy forcément, Antonin, Olivier, Benjamin... nous avons contribué à ce qui est un véritable génocide. Avec engouement. Cependant, plus que jamais, les vins d'Eric Callcut sont en voie d'extinction. A la dernière bouteille dégoupillée (on ne saura pas où cela se produira), le XXe siècle sera vraiment enterré. 

    C'est bien beau tout ça, mais dans le verre ? Ce qui est frappant, c'est que ces vins semblent avoir été embouteillés hier, leur jeunesse est encore incroyable. J'ai papoté dernièrement avec un caviste à Sarreguemines, en Moselle, fin connaisseur de la chose vinique : Franck Mongiat, de Diogène Atmosphère, m'assure que les vins d'Eric Callcut étaient déjà incroyablement buvables juste après leur mise, il y a près de 15 ans. Mais ne dissertons pas longtemps dessus : l'écrasante majorité des neuneulogues trouverait ces vins déviants (oxydation, acidité dévastatrice, lourdeur). Cela tombe bien, nous sommes quelques-uns à refuser leurs normes. Pour nous, ce vigneron est avant tout un artiste. N'est-ce pas le propre de l'art que d'être déviant ?

    Parmi les esprits libres qui donnent de la voix et ouvrent la voie, jetons notre dévolu sur Christian Authier.

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    (Crédits Andersen Ulf/Sipa/Marianne2)

    Christian Authier est un écrivain rare. Je pense qu'un tel qualificatif suffit à donner envie de lire un de ses ouvrages. Pour moi, il représente avant tout Une Belle Epoque (Stock, 2008) où il raconte ses années d'étudiant à Toulouse. Ce sont un peu les miennes aussi, tant je m'y retrouve, et cela même si je l'ai vécu dix ans plus tard. Il fait partie des écrivains d'hier et surtout de demain, une joyeuse bande où on croise Sébastien Lapaque, Jérôme Leroy, Olivier Maulin, Matthieu Jung... Leurs oeuvres sont salvatrices. Je pourrais faire le même parallèle avec le vin naturel : c'est le vin d'hier et surtout celui de demain.

    Et ça tombe bien...  En 2004, Lapaque est invité pour une dédicace à Toulouse. Chez un caviste, il tombe sur les vins de Callcut. Nous y voilà. Pour raconter le choc, Christian Authier a composé un petit texte publié en 2010 aux éditions du Sandre. Quoi ? Un écrivain qui fait partie de mes meubles a signé un petit livre sur Callcut ? Déjà, il m'a fallu me le procurer. Tête chercheuse de jolis vins, Franck Bayard (alias Vin nouveau) l'est aussi de jolis livres : c'est lui qui m'a dégoté Callcut, Boire pour se souvenir. Ces feuillets sont aussi rares qu'une bouteille du maître. Extrait : 

    "Cela respirait le produit de contrebande, le bizarre. Les bouteilles étaient troublardes, chargées de dépôts. La suite ne démentit pas l'intuition. Au coeur de la nuit, nous dégustâmes les flacons dans des gobelets en plastique qui n'arrivaient pas à banaliser un Clos du Giron 1996, blanc sec, pur chenin dégageant des arômes de noix, d'amande, mais aussi de coing, magnifiées par la profondeur de notes oxydatives qui en faisaient un vin à la fois onctueux et tranchant où le fruit était tenu par l'acidité."

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    J'en arrive au fait. Après la lecture de cet ouvrage, après les bouteilles de Callcut sifflées, subsistaient quelques interrogations qui ne pouvaient pas rester lettre morte. Christian Authier a aimablement accepté de prendre sa plume pour me répondre, je l'en remercie vivement. 

    Cher Christian, c'est la question que l'on pose à tout amateur : comment êtes-vous arrivé dans le vin ? Avec une bouteille précise ?

    Mon premier souvenir est un bourgogne goûté du bout des lèvres quand j’avais treize ou quatorze ans lors d’un repas de fête familial. Il y avait là un goût de cerise qui me marqua. Quelques années plus tard, un dîner dans une brasserie en compagnie de trois amis de lycée – nous étions alors étudiants – s’imprima durablement. Nous avions commandé une bouteille de bordeaux un peu par hasard et presque par inadvertance, mais la commande fut accueillie dans un tel mélange de solennité et de reconnaissance par le sommelier – solennité confirmée un peu plus tard avec le cérémonial de l’ouverture de la bouteille – que nous nous inquiétâmes tardivement du prix du nectar. Cela agrémenta notre dîner d’une certaine excitation : serions-nous seulement en mesure de payer cette bouteille qui semblait si prestigieuse ? N’avions-nous pas, par mégarde, commandé l’un de ces bordeaux d’exception dont la valeur d’échange s’établit à plusieurs salaires minimums ? Quitte à devoir faire la vaisselle dans l’établissement durant plusieurs mois, nous commandâmes la petite sœur. Des fous rires teintés d’inquiétude accompagnèrent notre repas jusqu’à ce que l’addition ne nous soulage. Nous pourrions nous acquitter de la douloureuse sans trop de dommages… Tout cela pour dire que le vin est d’abord affaire de circonstances, de rencontres, de souvenirs. Ensuite, vient le goût. 

    Comment en êtes-vous arrivé au vin naturel ? Quels sont vos domaines fétiches ? 

    Après mes "débuts" de jeune buveur où je buvais comme tout le monde des bordeaux, ainsi que – du fait que je vive à Toulouse – des vins du sud-ouest ou des vins espagnols, mon goût s’est porté sur des bouteilles moins conventionnelles que je choisissais au hasard chez des cavistes. Je me rendrais compte plus tard, comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, que je buvais des "vins naturels" sans en être conscient, notamment les faugères du domaine Léon Barral ou les vins de la famille Plageoles à Gaillac.

    Depuis une dizaine d’années, je ne bois que des vins naturels, sauf circonstances exceptionnelles : mondanités ou obligations professionnelles, déjeuners ou dîners dans des restaurants que je n’ai pas choisis. Par politesse, je trempe mes lèvres dans une coupe de champagne dosé ou dans un rouge bien boisé puis je passe à l’eau. Quant à l’épreuve des invitations à déjeuner ou à dîner chez des hôtes dont je ne connais pas les goûts en matière de vin, les convenances et le principe de précaution m’obligent à amener un magnum de vin naturel. Si vous n’amenez qu’une bouteille, celle-ci peut finir dans la cuisine sans avoir été ouverte et vous risquez de passer le repas à l’eau ou en compagnie de vins frelatés. Si vous offrez un magnum, le maître ou la maîtresse de maison se sentira – normalement – obligé de l’ouvrir. Vous serez sauvé. Je vous conseille la technique, elle est quasi imparable.

    Par ailleurs, mon penchant pour les vins naturels n’est pas dogmatique ou idéologique. Le côté "secte" de certains amateurs me semble ridicule. Ils reproduisent à leur façon les travers et les préjugés des "buveurs d’étiquettes" de prestige. On y trouve même des "intégristes" prêts à excommunier ceux qui ne sont pas assez "purs" à leurs yeux, des "spécialistes" autoproclamés veillant à ce que personne ne vienne empiéter sur ce qu’ils estiment être leur domaine exclusif. Comme n’importe quel "milieu", celui des vins naturels comporte son lot d’aigreurs, de convoitises et de jalousies. Peu importe. Pour ma part, je bois ces vins parce qu’ils me plaisent, qu’ils me surprennent, qu’ils appellent au partage et à la joie, qu’ils ne font pas mal au crâne. Proposez-moi n’importe quel jus, au-delà des étiquettes et des labels, qui remplissent ces conditions de plaisir et de buvabilité et j’en ferais mon miel. Il se trouve que neuf fois sur dix, au moins, il s’agit d’un vin sans levures artificielles, non filtré, peu ou pas sulfité… Une dégustation à l’aveugle est le meilleur test : on aime ou on n’aime pas. Peu importe le flacon, pourvu que l’on ait les sensations qui nous correspondent.

    Quant à mon apprentissage méthodique des vins naturels, c’est à mon ami Sébastien Lapaque que je le dois. Il m’a fait boire mes premiers morgon de Lapierre, mes premiers chinon de Lenoir… Des vins dont j’ai mis un peu de temps à apprécier les richesses tant ils étaient loin des vins sudistes, y compris "nature", qui avaient façonné mon palais. J’ai désormais des dizaines de domaines de prédilection et en citer quelques-uns sera forcément frustrant. Je mentionnerais évidemment ceux du domaine de l’Anglore d’Eric Pfifferling, du domaine Prieuré-Roch d’Henry-Frédéric Roch, du domaine des Foulards rouges de Jean-François Nicq, les formidables beaujolais de Philippe Jambon ou d’Yvon Métras, les cheverny d’Hervé Villemade ou Thierry Puzelat… Le vin en France, c’est comme une carte de Paul Vidal de La Blache : tout est beau, il faut aller partout. En Corse, chez Antoine Arena ; dans le Jura, chez Pierre Overnoy et Emmanuel Houillon ; en Ardèche, chez Jérôme Jouret ; dans le Var, chez Jean-Christophe Comor ; dans le Languedoc, chez Maxime Magnon[N.D.L.R. : le seul qu'il manque à mon tableau de chasse au trésor, c'est l'ardéchois Jouret...]

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    Les vins de Callcut, vous les avez rencontrés presque par hasard il y a 5 ans avec Sébastien Lapaque venu faire une dédicace à Toulouse. Votre premier sentiment sur ces vins ?

    Ce fut exactement un jour de printemps 2004 que Sébastien dégota chez un caviste non loin du journal où je travaille, quelques quilles d’Eric Callcut dont il me dit qu’elles étaient rarissimes. Nous achetâmes un blanc et un rosé dont la robe se révéla aussi blanche que celle du blanc. Lorsque nous ouvrîmes les bouteilles, il se passa quelque chose de très rare. Des saveurs, des parfums et des sensations aussi inattendues que profondes s’invitèrent. J’ai essayé de décrire ces moments dans "Callcut. Boire pour se souvenir". Je ne pourrais pas dire mieux. 

    Votre goût a-t-il changé après Callcut ? Devient-on plus tolérant ou plus exigeant envers les autres vins ?

    Les vins d’Eric Callcut représentent pour moi une géographie particulière, un pays à part, mais dont les frontières sont également dessinées par les champagnes d’Anselme Selosse, les vins du feu Domaine Peyra ou du magicien Pierre Beauger en Auvergne, du domaine Casot de Mailloles à Banyuls… Il m’arrive de trouver des accents et des arômes de Callcut chez d’autres et c’est émouvant. Mais ses vins ne sont pas des modèles que l’on pourrait copier. Ils reflètent un terroir, une sensibilité : un enracinement et une manière de faire qui peut être universelle si l’on ose. Ils renvoient à la fois à des choses anciennes et à venir. Ainsi, en buvant des rouges de Callcut de 1998, j’ai imaginé ce que devaient être les chinon de Lenoir de 1976 ou de 1971 que je n’ai pas encore goûtés… 

    Acide, lourd, oxydé : que répondez-vous à ceux qui disent que Callcut est déviant ?

    Je leur dirais qu’ils ont raison. Les vins d’Eric Callcut sont déviants. Dieu merci ! Nous avons besoin de déviance dans ce monde si normalisé. Il faut savoir se risquer sur le bizarre…

    Avez-vous déjà rencontré Eric Callcut ? Avez-vous des nouvelles de lui aujourd'hui ?

    Non, je ne l’ai jamais rencontré. Plusieurs mois après la sortie du livre, mon éditeur Guillaume Zorgbibe a reçu un coup de fil d’Eric Callcut, malgré l’aversion affichée de celui-ci envers les téléphones. Guillaume m’a donné le numéro fixe de ce vigneron tellement mythique et insaisissable que l’on pouvait même douter de son existence, mais je n’ai jamais osé l’appeler. Que pourrais-je lui dire ? Il m’a déjà tout donné et j’ai essayé de lui dire l’essentiel dans mon livre… 

    Que représente Callcut pour vous ? Un symbole de la résistance ? Je me risquerais à dire que le XXe siècle s'éloigne de plus en plus à mesure que l'on vide ses bouteilles...

    J’ai bu du Callcut avec les femmes que j’ai aimées. Cela suffirait à me rendre ses vins inoubliables. Par ailleurs, le fait qu’Eric Callcut ait arrêté de faire du vin voici plus de dix ans et que ses quilles soient devenues introuvables confèrent à sa création quelque chose de très rare et de poignant. En termes marchands, les bouteilles de Callcut valent ou valaient, chez les cavistes, entre dix-huit euros pour les blancs et les rouges, et une trentaine d’euros pour les liquoreux. Rien d’inabordable, sauf qu’il n’y en a plus ou quasiment plus. Elles sont donc pour ceux qui en ont bu une madeleine de Proust, une chasse au trésor pour ceux qui aimeraient en boire et rien du tout pour tous les autres… Viendra un jour où toutes ses bouteilles auront été bues. Elles n’existeront plus alors que dans notre mémoire, dans les récits que les buveurs en feront. Elles seront comme des êtres chers qui ne sont plus et qui, pourtant, ne nous quittent pas. 

    Pourquoi votre éditeur a-t-il accepté votre texte ?

    Guillaume Zorgbibe est un ami précieux et l’un de ces jeunes hommes qui, par leur talent, leur culture et leur abnégation, donnent envie de ne pas désespérer jusqu’au bout des temps où nous sommes. Un jour, sur la terrasse du Comptoir d’Yves Camdeborde où nous aimons nous retrouver, il m’a demandé d’écrire un petit texte sur un vin cher à mon cœur et à mes papilles. Il suggéra le divin champagne Substance d’Anselme Selosse, mais Sébastien Lapaque m’avait dit vouloir un jour écrire sur ce jus métaphysique. Je proposai donc à Guillaume les vins d’Eric Callcut et il accepta à "l’aveugle".

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    A la sortie du livre, vous avez vidé pas mal de bouteilles de Callcut chez Camdeborde : vous pouvez un peu nous raconter ce que vous avez bu ?

    Quelques mois plus tard, lorsque je remis mon texte à mon éditeur sur la même terrasse et il le fit lire à Yves Camdeborde qui tomba sous le charme tout en décidant aussitôt – par un coup de fil avisé – de réquisitionner le plus possible de bouteilles de Callcut disponibles afin d’arroser un déjeuner de copains lorsque le livre serait sorti. Un filon, que j’avais déjà exploité via Internet, mena en Suisse et le maître du Comptoir du Relais rassembla près d’une centaine de quilles de Callcut. Le déjeuner, magnifique, eût lieu en terrasse un jour de juin 2010. Il y avait Guillaume, Yves, Sébastien, un autre Sébastien, Stéphane, Marc, Zoé… Nous bûmes de tout et beaucoup. Des blancs de tous les millésimes, des rouges et même les liquoreux.  Yves a dû en garder quelques-unes dans sa cave et la carte de son restaurant propose encore des rouges de Callcut. J’ai bu un rouge, voici quelques semaines, en compagnie de Lapaque et de notre ami Jean-Christophe Comor qui ne connaissait que les blancs. Il n’a pas regretté l’expérience… 

    Plus généralement, faites-vous un lien entre le vin et l'écriture ? Quels sont les auteurs du vin que vous recommanderiez ?

    Je vous épargnerai les clichés sur les muses et l’alcool. Pour ma part, j’ai pu écrire correctement avec quelques verres dans le nez, mais jamais ivre. Ce serait trop beau… La littérature et le vin : une longue histoire… Dumay : oui. Oberlé : non. Plutôt lire du Robert Parker. Au moins, c’est franc. J’avoue avoir été un temps séduit par la prose et la personnalité de Gérard Oberlé avant d’en saisir les poses et les artifices. Chez les auteurs contemporains qui ont écrit sur le vin, je conseillerais les livres des Américains Kermit Lynch et Alice Feiring. Sans oublier, bien sûr, ceux de Lapaque. En particulier son Chez Marcel Lapierre. Je le relis une fois l’an et le rendez-vous m’éblouit toujours. Aucun chagrin ne résiste à la lecture de ce livre si sensible. 

    P.-S. : c'est le moment ou jamais de lancer une bouteille à la mer, même si je n'y crois guère puisque le génial vigneron a déjà quelques réticences avec les téléphones : si par le plus grand des hasards, Eric Callcut tombe sur cet article, j'aimerais beaucoup entrer en contact avec lui... 

    Dites-moi où, n'en quel pays,
    Est Flora la belle Romaine,
    Archipiades, ne Thaïs,
    Qui fut sa cousine germaine,
    Echo, parlant quant bruit on mène
    Dessus rivière ou sur étang,
    Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
    Mais où sont les neiges d'antan ?

    François Villon.

  • Couille d'agneau et Coulée de Serrant 1996

    Retour chez Ribouldingue. Après un premier repas plein de tendresse, un second plus couillu. Et pour cause, ce que l'on nomme pudiquement "rognons blancs" s'appelle en bon français une couille. Ici en persillade. Tu aimes la saucisse ? Ben tu aimes la couille aussi ! La texture s'apparente vraiment à une saucisse un peu industrielle genre wurst allemande ou grosse knack alsacienne. Mais c'est bien plus fin, il faut bien l'avouer.

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    Pour l'accompagner, débouchons la dernière bouteille de Coulée de Serrant 1996 qui poireautait en cave. Tarifée très raisonnablement à 100 euros. Oui, quand on voit son prix chez un caviste, on pouvait imaginer qu'au resto ce serait le coup de bambou ! C'est assurément un très beau vin, quelques coudées au-dessus du 2007 bu l'autre jour. Symbole du vieux chenin, elle tire sur les champignons. Mais rien à faire, malgré le prix d'ami sur table, je trouve cette bouteille bien trop chère pour le contenu.

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    Ribouldingue, 10 rue St Julien Le Pauvre, 75 005 Paris, 01 46 33 98 80. Entrée, plat, dessert à 34 euros. Et je le répète, ne manquez pas en face la magnifique église Saint-Julien-Le-Pauvre dédié au culte catholique melkite.

  • La nouvelle cuvée d'Hervé Villemade : un cour-cheverny baptisé Les Saules

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    Hervé Villemade, c'est un pilier. Il fait partie de ceux dont on ne parle pas assez mais dont on connait la panoplie sur le bout des doigts. Et pas besoin de beaucoup se forcer. Les petites cuvées et les cubis nous accompagnent lors des soirées endiablées ; les autres, plus rares, font merveille à table. Sébastien Lapaque dit d'ailleurs que, certains jours, son cour-cheverny Les Acacias est "le meilleur vin blanc du monde".

    Et voici la nouvelle perle, la matérialisation d'une nouvelle parcelle de ce splendide cépage qu'est le romorantin, ingrédient exclusif du cour-cheverny. Cette cuvée baptisée Les Saules s'avère encore bien jeune et on la sent taillée pour le temps. On l'a évidemment goûtée trop tôt, mais ici l'impatience l'a évidemment emporté sur la raison. Des qualificatifs pour ce breuvage ? Forcément un peu sur la retenue, encore bien acide et surtout très élégant. C'est-à-dire qu'on n'est pas du tout sur une caricature de romorantin trop caractériel qui en rebute plus d'un. Ici la volupté, un côté aérien et donc ça se glougloute : la bouteille n'a pas fait long feu, c'est certain. Bref, de la dentelle en bouteille. J'en redemande. J'imagine que Les Saules ne va pas tarder à être commercialisée.

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    Ce soir-là, nous avons goûté La Bodice 2010 (80 % sauvignon, 20 % chardonnay), un petit bonbon de fruits. Pour accompagner ces quilles-là et les autres, Franckie avait concocté un superbe mulet, poisson auquel il faut crier notre amour intense.

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  • Il est mignon, monsieur Pinon (et son vin est bon)

    C'est la claque que l'on n'attendait pas. Comment un vouvray de 1995 pouvait-il encore être buvable ? (Provocation). Et c'est qui ce François Pinon ? Le type de L'Emmerdeur ou du Dîner de Cons ? Non, voici un vigneron exemplaire. Une fois la bouteille débouchée, ces questions à la con s'effacent d'elles-mêmes.

    Cette bouteille, c'est la représentation de l'équilibre dans 75 centilitres. Ou comment la théorie devient pratique. Combien de fois avons-nous entendu spécialistes et neuneulogues s'écrier "voici un breuvage fort équilibré !"... Je fiche mon billet qu'ils n'ont jamais bu cette quille-là. Qu'auraient-ils pu dire alors ? C'est à la fois vieux chenin (champignons des bois) et jeune chenin (acidité conquérante). 50-50, le yin et le yang. Je n'avais jamais ressenti ça auparavant.

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    Goûté après 24 heures d'ouverture, le champignon s'évapore, il laisse place à plus de finesse, toujours avec cette belle acidité. Mon bien-aimé Callcut a des muscles, Pinon a le côté équilibré. Trouvé chez Versant Vins pour un peu plus de dix euros, une paille par rapport à l'émotion procurée.

  • Quand on se promène au bord de l'eau

    En ce moment, on a de grosses envies de Loire. Rien qu'une balade sous le soleil, le sac à dos rempli de bonnes choses. Il suffit de trouver un coin ombragé pour un pique-nique. Ces idées d'évasion, on les doit à Anne pour les 44e Vendredis du vin. On peut lui dire merci.

    Encore faut-il que la bouteille soit sacrément glouglou. Ce sera une cuvée de rouge d'Alexandre Bain, excellent vigneron du côté de Pouilly-Fumé et garçon très sympathique. Déjà là, les Ligériens tu les épates. C'est une cuvée baptisée Sibardise à destination exclusive des Caves Augé, à Paris. Après un peu de respiration, c'est incroyablement croquant, ça glisse dans le gosier. La bouteille parfaite pour le pique-nique, elle est malheureusement beaucoup trop rare. (Rendons à Eva ce qui lui appartient : c'est elle qui me l'a fait découvrir.)

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    Et pour le pique-nique on mange quoi ? La saucisse sèche d'Emmanuel Chavassieux, ancien penseur de l'Atelier Perceval (le désormais mythique couteau 9.43 c'est en grande partie lui) devenu fabricant de superbes salaisons à Saint-Romain-Lachalm en Haute-Loire. On les a déjà dégustées maintes fois dans les bonnes adresses de la capitale, notamment à la Cave de l'Insolite canal historique. Ou dernièrement comme sur la photo, chez Jaja.

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    On peut même accompagner le tout d'un petit air de musique interprété par un petit acteur qui monte. Certes, lui se promenait au bord de la Marne et c'était en 1936. Sous des dehors rigolards, cette chanson est en réalité éminemment politique. Et c'est normal, bien boire et bien manger n'est rien d'autre qu'un acte de résistance.

  • Et si moi aussi je n'aimais pas la Coulée de Serrant ?

    C'est avec plaisir que j'ai lu cet article de La Bande des Vins sur les quilles de Nicolas Joly (vignobles de la Coulée de Serrant). En guise d'accroche, une question qui vaut son pesant de chenin (Et si je n'aimais pas les vins de Nicolas Joly ?), puis un beau compte-rendu de dégustation et au final une réponse claire à un titre plus rhétorique que réellement provocateur : en fait oui, après quelques échantillons goûtés, La Bande des Vins aime Nicolas Joly.

    Et moi ? Je ne l'avais jamais goûtée cette Coulée de Serrant, cuvée de chenin bien particulière qui est devenue en quelque sorte la Romanée-Conti de la Loire. Avec Olivier, on en parlait très souvent et l'autre jour devant la boutique d'une excellente épicerie parisienne dont il me faudrait parler dans le détail (Julhès), nous sommes tombés par hasard devant la quille en version 2007 à prix "raisonnable" (63 euros). Raisonnable et 63 euros dans la même phrase peut évidemment faire bondir, mais on le répète, c'est le grand cru de la Loire et surtout, chez la majorité des autres cavistes c'est plus cher pour un millésime plus récent. Olivier et moi avons décidé de faire une folie et de l'ouvrir le soir même.

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    Verdict ? Lourd, alcooleux, plombant. C'est du jaja qui fait ses 15,5° tout de même. Certes on sent une très belle trame, déjà Napoléon perce sous Bonaparte. Mais reconnaissons que c'est encore bien caché. Il faut dire que ça manque de peps. Aucun souci sur la bouteille ou la conservation (Julhès travaille très bien). Aucune déviance non plus. Mon sentiment est mitigé, je suis incapable de dire que j'ai aimé ça. Je suis aussi certain qu'on est ici en présence d'un style de vin qui n'est pas à mon goût. 

    Je n'ai goûté qu'une seule bouteille sur un seul millésime, je ne peux pas dire que je n'aime pas la Coulée de Serrant. Je n'ai goûté que cette parcelle, je ne peux pas dire que je n'aime pas les vins de Nicolas Joly. Je peux simplement dire que j'ai été très déçu et au regard du prix, la déception s'accroît. Donc la question dans le titre reste en suspens. 

    Ah bien sûr, on va me dire qu'il faut l'attendre 15 ans. Mais un bon vin, c'est bon jeune et c'est bon vieux.

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  • Revue de quilles au naturel

    Jura, Jurançon, Ardèche, Mâconnais, Provence... On se croirait dans une chanson de Jean Ferrat. C'est mon côté Robespierre sans doute. Les territoires du vin sont multiples et les grandes bouteilles de vin naturel se retrouvent partout. Les suivantes ont été sifflées en 2012 et nous ont procuré un bonheur inégalé.

    En apéro, un truc qui sente bien la ferme et qui ferait sauter au mur les plus "conventionnels". Le trebbiano 2010 de Camillo Donati, très désaltérant et presque rèche car sans sucre (ni ajouté, ni résiduel). C'est ce même vigneron qui nous a gratifié chez RAP d'un véritable lambrusco et pas d'une merde de supermarché, c'est-à-dire sans sucre et avec de vrais tannins. Moi j'adhère, c'est du vin.

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    Le Canon blanc d'Hirotaké Ooka. Pareil, ça gazouille, c'est troublard, c'est on ne peut plus naturel. Et oui, les palais autour de la table ont bien apprécié, car dans la bouche aucune déviance, juste un beau jus distingué. Et oui, c'est un Japonais qui porte haut les couleurs de l'Ardèche. Un vrai vin de samourai.

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    L'une des claques de l'année : le chardonnay 2008 d'Emmanuel Houillon (maison Pierre Overnoy). Un très grand vin, rien d'autre à ajouter. Parfois, il faut savoir se taire.

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    Autre très, très belle quille. Bouchat 2009 de Guy Blanchard. Possible même que cette bouteille soit passée dans les mains de David (l'une des têtes du Bicéphale Buveur) qui pense qu'il s'agit là du plus grand vin blanc du monde. Il abuse le coquin ? Non, c'est tout à fait crédible. Puissant et classe, le vin te scotche au verre.

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    Autre vin immensément classe, le jurançon sec 2010 de Camin Larredya. Bien sûr, une ou deux années de plus permettrait de l'assagir et c'est un peu plus "classique" que les autres (et ce n'est pas une critique) mais voici déjà un grand monsieur qui passe à table.

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    L'une des claques du moments. Originel 2003 de Julien Courtois (meunier). Grandiose. Comme Overnoy, les vins de toute la famille Courtois sont de ceux qui ne peuvent pas vraiment être expliqués. Et qui doivent garder leur propre mystère.

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    Clos Milan 2004 du domaine Milan. Très équilibré et surtout très soyeux. Aucune lourdeur provençale, une envolée vers les épices. C'est très beau.

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    En ce moment, c'est donc plutôt blanc que rouge.

  • Petit luxe anti-crise #23 : quand un vigneron ne fait pas fermenter son raisin

    Les petits luxes anti-crise ! C'est quoi ? Des produits d'exception ou des bouteilles hors du commun pour une poignée d'euros. Plus d'infos sur ce lien.

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    "Discret mais efficace." La RVF n'a pas tort en ce qui concerne Pascal Pibaleau, vigneron du côté d'Azay-le-Rideau. On le connait pour ses remarquables chenins, jeunes, en cubi, vieux, en moëlleux, etc. Il fait partie de ces vignerons dont on a déjà souvent bu les vins mais dont on ne parle pas assez souvent.

    C'est chez Versant Vins que j'ai découvert son grolleau non fermenté. Kézako ? Ben, du jus de raisin monocépage grolleau tout simplement. Pour ceux qui n'ont toujours pas compris, c'est sans alcool. L'occasion de se familiariser avec ce goût bien particulier. Et cela vous en coûtera 3,90 euros. 

    C'est rudement joli : on croirait presque voir un gamay bien naturel, sentir des arômes de fraises assez soutenus mais équilibrés par un sucre qui en réalité fond très vite. L'étiquette propose aussi de l'associer avec 2/3 de crémant rosé pour "déguster un apéritif à 8°, de quoi passer un bon moment tout en gardant ses esprits". La belle idée...

    Dans la catégorie jus de raisin, je garde aussi un souvenir ému des bouteilles du domaine de Mazel. Très difficile à trouver à Paris (il y en avait parfois au Vin se Livre, mais cette belle boutique a fermé).

  • Du chenin dans les veines

    Le mois dernier, c'est-à-dire l'année dernière, j'avais convié quelques camarades du parti d'en rire afin de partager quelques quilles de Loire (dont une cachée) introuvables mais tout de même réunies ces derniers mois par divers moyens (légaux). Petite dégustation à l'aveugle.

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    Traditionnellement, la première bouteille donne le ton de la soirée. Sayonara (pas pour tout l'monde) 2008 de Thierry Puzelat. A ce que j'ai compris, la composition change selon les millésimes : chenin ou sauvignon (là, ce doit être le premier) avec un poil extrêmement léger (un poil quoi...) de sucre résiduel et très, très peu de soufre. Avec le foie gras, Stéphanie a dit bingo ! Les autres aussi d'ailleurs. Assurément, une des bouteilles de la soirée.

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    Le cépage introuvable mais-en-fait-une-fois-qu'on-te-dit-ce-que-c'est-tu-fais-bon-sang-mais-c'est-bien-sûr ! Le chardonnay de Claude Courtois, en Loire, ça s'appelle l'Arnoison et ça se passait en 2009. Une seule barrique produite. Voilà un vin mûr qui a du répondant.

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    A suivre un très, très joli jus aussi, le pouilly-fumé 2009 du duo Puzelat-Bonhomme. C'est incroyablement rare : je ne l'ai jamais vu chez un caviste (en tout cas, pour l'instant et sauf erreur). A l'aveugle, quand on se souvient des vins d'Alexandre Bain, on marque un point.

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    L'Opéra des Vins 2003 de Jean-Pierre Robinot. Aïe, l'une des déceptions de la soirée. Le vin est un peu dépassé par le temps, on aurait mieux fait de le boire il y a deux ans. Vraiment dommage, car même goûté le lendemain on sent qu'il avait du répondant.

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    Bon, alors là bien sûr. La bomba de la soirée. Le Clos du Giron 1996 d'Eric Callcut, l'un des vins les plus insolites et les plus délicieux jamais bus. Par contre, tout le monde n'accroche pas et je dirais que c'est normal tant il balaie le palais. Puissance, démonstration, concentration mais le tout équilibré par une acidité en forme olympique. Le vin semble presque jeune et taillé pour les siècles. 

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    Le Vin de Voile 2004 de Béatrice et Michel Augé. C'est du sauvignon à la jurassienne, c'et-à-dire élevé sous voile : moi j'adhère mais c'est vrai qu'après Callcut, ma bouche est encore paralysée. Goûté seul et sans la bombe précédente, il aurait fait un vin parfait avec les fromages comme il y a un an.

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    Venons-en à la bouteille cachée. Pour ne pas attirer d'ennuis à son producteur (on a vu avec Olivier Cousin que la répression des fraudes ne rigolait pas), je vais taire le nom et l'histoire de ces quelques pieds de merlot qui naissent libres mais inégaux en droit quelque part dans cette jolie Loire. Le jus s'avère extrêmement bien fait, assez gouleyant et très parfumé. Je le regoûterai bien dans quelques années, pour voir comment il évolue.

    Finissons avec le cabernet-franc vieilles vignes 2007 d'Olivier Cousin justement. Un monstre rouge calibré pour les plats de gibier, pas vraiment pour une dégustation entre copains. Même carafé deux heures, il montre une véritable exubérance.

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  • L'accord vraiment pas à la con...

    En dépit de toutes les idées saugrenues qui constituent mes accords mets/vins "à la con", on fait parfois des accords classiques très heureux. Ainsi ce selles-sur-cher acheté chez Barthélémy (rue de Grenelle, 75007) accompagné du domaine du Collier 2006 d'Antoine Foucault. Le fromage et le vin se répondent parfaitement ; du crémeux à l'épicé, de l'acidité à une très fine oxydation... Des comme ça, t'en redemandes !

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  • L'âme de Rabelais protège la cave d'Yves Camdeborde

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    Dans Room Service, Sébastien Lapaque avait vendu la mèche. Si toutes les chambres de l'hôtel qui surplombe le Comptoir du Relais d'Yves Camdeborde sont baptisées du nom d'un grand écrivain, la cave, elle, est gardée par Rabelais. Il suffit de descendre aux toilettes et de jeter un oeil sur la porte de droite.

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    Et il y a quoi dans cette cave ? Le grand Eric Callcut est là. Qu'on se le dise ! Car à part chez Pierre Jancou, il est bien difficile au Parisien de trouver une quille de l'ancien et très mystérieux vigneron ligérien.

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    Autre quille intéressante : la cuvée du patron. Le Château Le Puy 2006, avec étiquette maison. Joli vin de déjeuner (10 euros le pichet de 50 cl).

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    Et au déjeuner justement ? Pêle-mêle, lors de mes deux derniers passages : le faux-filet d'Hugo Desnoyer, un parmentier de lièvre, une poularde façon poule au pot roulée, un pied de porc désossé et pané... 

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    Et à chaque fois, bien troussé.

  • Accord mets/vins "à la con" n°3 : que boire avec le fromage ?

    Jouons avec les accords mets/vin "à la con" !

    Tout le monde garde en mémoire la phrase du Général sur les fromages français : désormais, on se complique la donne avec les fromages italiens, grecs, britanniques et même japonais (chez Madame Hisada, rue de Richelieu à Paris). Mon titre ne veut donc rien dire : le fromage n'existe pas, il y en a une multitude. 

    Quels vins avec les fromages alors ? Moi j'ai décidé unilatéralement de bannir le rouge et je ne suis pas le seul. Et tant qu'à faire, j'ostracise aussi le blanc moelleux. 

    J'ai tendance à considérer que le meilleur accord repose sur la cohérence dans le terroir. Tu ne vas pas me dire que dans chaque région fromagère je ne vais pas trouver un joli blanc sec pour accompagner le frometon ? Un blanc de Sologne avec un selles-sur-cher, un bourgogne blanc avec un époisses, un cidre bien travaillé avec le camembert... S'il est un domaine qui ne supporte pas les réponses toutes faites, c'est bien celui des accords fromage/vin, fussent-ils à la con. C'est pourquoi mes réponses sont ici plus classiques.

  • Le beaujolais écrase Lynch-Bages

    Un dimanche midi de décembre chez Eva, il y eut de très belles bouteilles.

    Question bubulles, c'est par Cantillon qu'on s'ouvre le palais : le 100 % Lambic bio et le Rosé de Gambrinus (kriek acide et fruitée et sans sucre). 

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    L'Effraie (domaine de Bellivière, Eric Nicolas), rondouillard mais bien présent avec les foies gras.

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    Continuons avec O7 d'Alexandre Jouveaux. Malheureusement, un peu en retrait aujourd'hui. C'est plutôt dommage, je misais pas mal dessus.

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    Mais pas aussi en retrait que Lynch-Bages 1995. 

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    Par contre, la bouteille qui a fait l'unanimité est ce chef-d'oeuvre d'Isabelle et Bruno Perraud, intitulé Côte de la Molière, dans sa version 2009. Les chiffres donnent le tournis pour du gamay : 12 hectolitres à l'hectare et élevage de 8 mois en fûts de chêne sans aucun produit malveillant. Du pur bonheur !

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    Fin du repas de midi : 18 heures.

  • Le Tue-Boeuf, ce n'est pas du boeuf

    Au lendemain de la folie beaujolais, cap sur La Caillère 2002 de Puzelat, goûté chez Jérémy alias "le dénicheur". Superbe couleur, nez particulièrement provoquant, on s'attend à une truc terrible, bouche assez mignonne mais finale un peu passée. C'est dommage, mais je suis certain qu'on n'y verrait que du feu sur un canard sauvage aux oranges amères. Tout de même, c'est une sacrée bouteille. 

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    Ah oui, pourquoi "le dénicheur" ? Parce que grâce à lui, il y a sans doute autant de bouteilles d'Eric Callcut dans mon couloir que chez tous les cavistes parisiens réunis.

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  • Les premiers savennières de Clément Baraut

    Récemment, au détour d'une conversation de comptoir dans une bonne maison du XIXe arrondissement, j'ai eu la possibilité de goûter au premier millésime (2010) de Clément Baraut, viticulteur itinérant qui semble avoir rangé son vélo pour signer ses propres bouteilles. Il aurait même acheté quelques ares à La Coulée de Serrant, à vérifier. N'étant pas un spécialiste du coin, j'ai trouvé qu'il s'agissait de très, très beaux jus, à la fois acide et mûrs ainsi que me l'a fait remarqué Greg. Le vin venait d'être mis en bouteille, il s'annonce très prometteur. 

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    Au dos de chaque bouteille, on inscrit désormais la quantité de SO2 total, 50 mg à gauche et 20 à droite, on peut y aller ! La Pipette avait dressé un joli portrait de notre homme en 2008.

  • Le carton de la discorde

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    Après avoir fait trembler la Répression des Fraudes, le fameux carton d'Olivier Cousin continue à "faire du tort à son appellation". L'objet du délit étant ainsi exposé, en plein centre de Paris, à la portée de tous, même des plus jeunes, sans aucun message d'avertissement et en plein centre de Paris (chez Crus et Découvertes, rue Paul-Bert), j'en viens à me poser cette question évidente : mais que fait la police ?

    Les plus intrépides en tirent des bouteilles de gamay enchanteur (11 euros), on en reparlera. Et pendant ce temps, la pétition s'allonge. Ah ces jeunes, avec leur internet...

  • "Nul n'est censé ignorer la Loire"

    "Les vins se moquent bien de ces méandres administratifs. Ils expriment leur terroir et leurs producteurs voient dans les refus d'agrément en appellation d'une commission-couperet la reconnaissance de leur singularité. Ce sont des vins de paysan, au sens le plus noble du terme."

    Il est sûr que ces quelques lignes écrites sur Olivier Cousin par Pierre Jancou dans Vin Vivant (éditions Alternatives) prennent aujourd'hui un goût amer. Certes le vigneron ligérien a désormais l'habitude d'auto-(dé)classer ses jus en vin-de-table-vin-de-france mais là, c'est une véritable mascarade.

    Je m'explique : pour avoir écrit "Anjou Olivier Cousin" sur ses cartons de quilles déclassées, notre ami se voit demander 30 000 euros par la Répression des fraudes car il aurait "fait du tort à son appellation". C'est bon ? On peut rigoler ? Non mais franchement... Tout est expliqué dans le détail ici par Sylvie Augereau.

    Du coup, on se mobilise pour signer une petite bafouille à destination du procureur. A ce stade, 73 personnes l'ont déjà fait sur Glougueule : il faut continuer, ça sert à ça la bloglouglou ! On pourrait titrer la lettre avec le bon mot de Sylvie justement, "nul n'est censé ignorer la Loire !"

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    Malheureusement, ce genre problème dépasse Olivier Cousin ; il n'est pas le seul vigneron à être dans le pétrin. J'ai en tête le témoignage d'une star du vin naturel qui racontait être harcelée par les commissions d'agrément et tout le Politburo du pinard-bien-dans-les-clous à partir du moment où on ne vinifiait pas comme tout le monde. Contrôles multiples sur toutes les cuvées, pressions diverses, menaces, déclassement, amendes...

    On ne le répètera jamais assez, le véritable moyen d'assurer son soutien à un vigneron, à l'image de ce qu'on a fait pour Olivier B. est d'apprendre le geste qui le sauve : lever le coude plutôt que de baisser les bras, selon le mot d'Iris. Oui, buvons les vins d'Olivier Cousin ce "Gaulois qui fait du vin qui conserve et réjouit le corps et le coeur de l'homme" (selon le mot de Jancou, encore), buvons les vins des vignerons frondeurs, buvons ces vins singuliers en voie de disparition.

    Boire un verre de vin sera bientôt un acte politique similaire (voire supérieur) au fait de glisser un bulletin dans l'urne pour une élection primaire ou secondaire. Comment ?... C'est déjà le cas ?

  • Le vin 4x4 s'adapte à tous les terrains

    Selves. Voici le chenin de Nicolas Carmarans, l'ancien boss du Café de la Nouvelle Mairie, haut lieu du nature à Paris. Il ne reste pas beaucoup d'un tout petit poil minuscule de sucre résiduel (SR pour les intimes). Allez, à fond dnas le pléonasme. Rien ou presque : tout cela en fait le partenaire particulier des papilles du dimanche midi. On le boit sans soif à l'apéro, on le boit même sur un parmentier de maquereaux comme ce midi. Sa puissance au nez et en bouche est telle qu'elle s'accorde avec tout de l'entrée au poisson jusqu'au dessert. Bon malheureusement, je n'en avais qu'une. Et même un dernier verre sur la pizza du soir colle parfaitement. C'est dire...

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