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Moselle éternelle

  • Damien Jaspard, talentueux vigneron planqué (et quel dommage !)

    Marieulles-Vezon. Ici nous sommes loin, bien loin, des pseudo-branchitudes new-yorkaise, londonienne, parisienne. Et même messine, car oui, nous sommes à 20 kilomètres au sud de Metz et oui, il y a une branchitude messine. Comme partout.

    Damien Jaspard n'a pas de site internet, pas de blog pour faire le buzz, pas de mention dans les guides de vin (pour l'instant), pas de parking bien aseptisé devant son chai de dégustation puisque de toute façon, il n'a pas de chai de dégustation… On ne vient pas par hasard chez Damien Jaspard, les visites sont en grande majorité le fait de familiers du domaine. Dans la cuisine familiale, c’est souvent Andrée, 85 ans, la virevoltante grand-mère de Damien qui accueille les curieux. De ses vieilles armoires lorraines, elle ne sort pas le dernier verre Baccarat mais un godet du quotidien qui ne suffit pas à banaliser les vins plein de fraîcheur du petit-fils.

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    Loin des chapelles et des dogmes, le jeune homme s'intéresse de près à la biodynamie qu'il adapte à son terroir. Un vigneron local nous confiait récemment que Damien passe vraiment pour un original dans le coin : pensez donc, il fait tout à la main...

    Il produit 7000 à 8000 bouteilles chaque année. Le Petit Gris de Vezon n’a rien à voir avec les escargots : il s’agit d’un clairet obtenu par une macération de pinot noir de deux semaines. Couleur rosé soutenu, sans aucune extraction, c'est le vin de copain par excellence.

    Côté blanc, il travaille l’auxerrois, cépage local habituellement sans grand intérêt. Georges, le père, avait conservé une barrique du millésime 2008. Elle a mûri plusieurs années avant que le fils la mette en bouteilles. C’est la cuvée Flores qui fait entrer la Moselle française dans une autre dimension.

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    Ces quilles modestes et atypiques nous rappellent que le vin est une boisson et qu'une boisson, c'est fait pour être bu. Elles s'échangent contre une ridicule poignée d'euros (3,5 euros pour le gris, 5 pour le blanc). Le problème, c'est que vous ne pouvez les trouver qu'à Marieulles. Aucun point de vente, ni local, ni parisien, ni new-yorkais, ne propose les vins de Damien Jaspard. Il est criminel de ne pas pouvoir les faire découvrir au plus grand nombre.

    Amis cavistes du coin, ou d'ailleurs, si j'étais vous...

  • Ars-sur-Moselle : une visite chez Daniel Stapurewicz

    Pour fêter à notre façon la toute nouvelle AOC Moselle, un petit tour chez le pionnier du bio en Moselle française : Daniel Stapurewicz. Nous sommes accueillis par sa femme. Alors que les gros domaines de la région commencent à y réfléchir ou à se convertir, ce jeune retraité de l'électro-mécanique s'active sur un hectare et demi d'auxerrois, de pinot gris et de pinot noir pour sortir quelques milliers de bouteilles chaque année. Du blanc bien sûr, un peu de rosé qui part vite et surtout le pinot noir qui cartonne. Etonnés d'un tel engouement, Thomas et moi pensions encore que Moselle signifiait blanc et que le consommateur en était resté là. Mais non, le goût évolue et pour s'y conformer, le seul cépage que l'on plante désormais, c'est du pinot noir.

    Les vignes sont éparpillées entre Ars, Ancy et Dornot mais le carrefour principal se trouve près de la source dite de la Joyeuse, un coin où j'ai passé une bonne partie de mon enfance. Chez Daniel Stapurewicz, la vinification me semble tout à fait bien tenue, certifiée Ecocert depuis 2002, enherbement maîtrisé, pas d'intrant ni de levure dans la cuve et un minimum de sulfitage. "Ah oui, je peste toujours contre mon mari qui ne veut pas mettre de soufre dans ses bouteilles" en rit sa femme. "Car vous savez, lui est dans le bio depuis bien longtemps, avant que ce soit la mode : déjà son petit potager était bio. Alors quand il s'est agit de faire du vin, il ne pouvait pas en être autrement".

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    Toutes mes photos de la cave étant floues, on ne va pas aller bien loin. Le fameux pinot noir n'était pas encore prêt, la bouteille qui nous a bien excité, c'est l'auxerrois (6 euros), un cépage du coin que l'on faisait pisser de partout et qui donnait des vins même pas bons à mettre dans la choucroute. Ici on le découvre léger, fruité, presque long, pas emmerdant, pas hautain : bien sûr ce n'est pas un grand cru non plus. Mais il fait son job et bien plus : on ne devrait pas trop avoir mal au crâne le lendemain. Grâce à lui, nous allons enfin pouvoir commencer à boire l'AOC Moselle (sur les étiquettes à partir de 2011).

    Dégusté aussi un autre soir avec la bande parfois sévère du Vindicateur : personne n'a fait la moue et a salué le travail du vigneron.

    Domaine La Joyeuse, Daniel Stapurewicz, 3 rue Jeanne-d'Arc, 57 130 Ars-sur-Moselle, 03 87 60 69 48.

  • La future locomotive de l'AOC Moselle

    De prime abord, ça peut ne pas faire rêver si on a en tête Condrieu, Mersault ou Vouvray. Mais si on pense un peu aux rieslings allemands, on comprend bien qu'il y a du potentiel le long de la Moselle française. Dans un à deux ans, le savoir-faire d'une pincée de vignerons, je n'ose dire une poignée tant ils sont peu nombreux, sera reconnue par l'INAO. On ne rigole pas, c'est important, ça aide toujours. Au moins au début.

    Le nom choisi devrait être celui d'AOC Moselle, alors qu'on tergiverse encore car certains préfèrent AOC Côtes-de-Moselle. Le problème vient aussi d'Allemagne et puisque la même Moselle y coule, il faut négocier.

    Ce samedi, tout cela nous a été expliqué nonchalamment par le responsable du Château de Vaux, sans doute les vins les plus représentatifs de ce qui peut se faire dans ce coin de Lorraine.

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    Je ne vais pas faire de compte-rendu exhaustif de la dégustation. Seulement dresser quelques tendances puisque des débouchages de quilles de ce domaine égaieront 2010 et j'en ferai part ici.

    Avant-tout se pose un gros problème. Ni à la cave, ni sur le site internet, on ne parle de la "philosophie" de la maison. On ne sait pas comment la maison travaille, si c'est sans soufre, si c'est à coups d'engrais, si c'est à coups de soupe d'orties, si c'est à coups de pesticides...

    En gros, je pense que les rouges (exclusivement du pinot noir) ne sont pas à la hauteur. Même la plus grande cuvée tarifée 23 euros départ cave est une aberration par rapport à ce qui se fait en Bourgogne - et je ne parle même pas de la Loire.

    La force du Château de Vaux réside dans la palette de ses blancs. A bulles (sec, extra-sec), d'entrée de gamme (les fameuses Gryphées 7 euros, blanc bien sec qui devrait être le fleuron de l'AOC Moselle), des cuvées plus soignées (vieillies en fût de chêne - sur le papier ça donne pas envie mais dans la bouche, Septentrion est LA réussite du domaine), demi-sec (le fruité est vraiment très agréable) et carrément liquoreux (sucre trop agressif pour des sans-sucre comme moi).

    C'est déjà un vignoble reconnu dans la région, c'est l'un des seuls, ça aide. Il va sans doute l'être encore plus. Alors si vous avez envie de spéculer en achetant les dernières bouteilles classés VDQS, libre à vous. Mais dites surtout au patron de sourire aux gens.

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    Château de Vaux, 4 place Saint-Rémy, 57130 Vaux. www.chateaudevaux.com

  • Un après-midi dans les vignes et les gaufres

    De Trêves on oublie que Karl Marx y est né et de Cologne on ne connaît que l'eau. Marrant donc qu'entre ces deux grandes villes allemandes, le long de la Moselle, s'étende le plus beau vignoble du pays. On y trouve les meilleurs rieslings d'Allemagne, donc du monde diront certains.

     
    A Bernkastel-Kues, petite ville au coeur du raisin, nous voulions rendre visite au Dr. Loosen, l'un des vignerons les plus prisés. De Robert Parker aux alterno-buveurs. Mais comme chez les nobles bourguignons ou les aristos bordelais, porte est close si on ne prend pas rendez-vous deux semaines avant. On se console avec le caviste du coin, Rieslinghaus Porn, Hebegasse 11. Rien de cochon là-dedans, juste un caviste-bar à l'allemande. Tout ce qu'il y a de plus platonique.
     
     
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    On essaye le Bernskasteler Lay du Dr. Loosen, sa belle cuvée trocken (sec). Joli nez, bouche parfumée, pas assez froid, pas très long en bouche malheureusement. A re-boire, en plus froid. Et il faudra manger quelque chose en accompagnement. Le caviste trop heureux de tomber sur des Franzosen nous saoule autant que ses vins. On était là pour ça, on achète quelques bouteilles ; on rajoute du demi-sec, des vendanges tardives et des sélections de grains nobles. Je ne vais pas vous sortir les noms allemands. Retenons juste qu'en Moselle les vins sont classés selon la teneur en sucre des cuvées. Et on ne redira jamais assez notre préférence pour les vins secs. Mais il faut goûter à tout.

    Dans les rues, c'était le marché de Noël, la fête à l'allemande, bon enfant. Un mélange retrouvé de simplicité et de générosité.

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    Et qui dit simplicité et générosité dit bière et currywurst. La meilleure de la ville ? Sans doute mais on n'a goûté que celle-ci. Je vais tenter de vous retrouver l'adresse. C'est peut-être Currywurst-Treff, sur la Römerstrasse, mais pas sûr, je ne l'ai pas notée. Autour de trois tables, un homme s'active seul en cuisine pour servir sa grosse saucisse blanche au ketchup-curry. Sourit et se laisse prendre en photo.
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    Une petite bière avant tout. Normal, on est en Allemagne. "Bitte ein Bit" comme dit le slogan publicitaire élevé au grade de devise nationale. Quant à la currywurst, je crois me souvenir que notre homme n'avait que ça à la carte. On prend la spezial, avec les frites. Normal aussi.
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    Et il y a les irréductibles estomacs qui ne sont jamais contentés. "Non, moi je me réserve pour la raclette de Manu ce soir..." Encore perdu une occasion de me taire. A voir les gamins croquer dans les gaufres on comprend combien ils ont eu raison de se payer cette bonne tranche de pâte et de vie.

    Conclusion de cette virée : peut-être est-ce gras, peut-être est-ce sucré, sans doute n'est-ce pas très évolué... mais trouvez-moi tout de même le consulat d'Allemagne le plus proche que je demande l'asile gastronomique !
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