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  • A Alger, on se cache pour boire de l'alcool

    Rarement article du Figaro.fr m'aura autant interpelé. Avant les législatives du 10 mai prochain, Thierry Portes s'est intéressé à la percée des islamistes plus ou moins modérés en Algérie. Le meilleur exemple ? Le papier est illustré au moyen d'un photo de La Taverne du Parc, alias Chez Kader le rideau baissé. C'était mon port d'attache lors de mon séjour en Algérie il y a deux ans et demi. C'était un de mes lieux de mémoire. Depuis janvier dernier, il a définitivement fermé sous la pression des islamistes et avec la complicité des autorités. Beaucoup de Kabyles rencontrés là-bas nous l'assuraient déjà à l'époque : bientôt il faudrait se cacher pour boire en Algérie. On y est.

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    La photo du Figaro est signée Lahcène Abib.

    La Taverne du Parc, l'autre office du tourisme d'Alger

    Avouons-le, ça m'a foutu un coup. En haut de la rue Didouche-Mourad (ex-Michelet), résistait, outre La Taverne du Parc, un sympathique restaurant. Certains l'appelaient L'Asiatique, d'autres Le Satisfait. J'avais d'ailleurs évoqué ici une mythique soirée autour de rougets, de camembert algérien et de cabernet-sauvignon local. Julien et moi nous étions assis à la table de parfaits inconnus qui nous avaient accueillis comme si nous étions leurs propres fils. Soulignons encore qu'à côté de ces deux adresses chéries, se tenait aussi un caviste qui avait insisté pour que nous goûtions la cuvée Monica. Que sont devenus ces lieux ? 

    Pour La Taverne du Parc, on l'a compris : c'est terminé. C'est là où nous avons plongé directement dans le bain algérois et ce, le premier soir de notre séjour. Nous nous y sommes familiarisés avec la gentillesse des Algérois. C'était - il faut parler au passé - un petit bistrot sans prétention. La salle avec sa dizaine de table en plastique était souvent pleine de clients exclusivement masculins qui devisaient dans la bonne humeur. C'était pour nous un genre d'office du tourisme : on y a recueilli des conseils, des adresses et surtout le pouls de la ville. 

    Au comptoir, tous optaient pour la bière locale, la Tango. Le premier homme qui s'approcha de nous insistait sur le prix des consommations. "Vous savez, la Tango est bien moins chère qu’une Heineken expliqua-t-il d’une voix chevrotante. 110 DA contre 150 DA (1,1 euro contre 1,5). Car Heineken est importée, la Tango produite ici". Même si le groupe néerlandais a désormais racheté la brasserie algéroise. "Les jeunes, eux, ils veulent Heineken, Heineken, Heineken. Moi, je préfère Tango. C’est une question d’état d’esprit." Nous avons bien contribué à éponger le stock.

    Il serait faut de dire que nous étions une attraction. C'est plutôt l'hospitalité des Algérois et leur volonté de communiquer qui a fait que tout le monde venait nous saluer, que ce soit pour une simple poignée de main ou un dialogue plus long. Je me souviens surtout des confidences de cet employé d'hôtel dont le frère travaillait dans le nord de Paris. "Je n’y suis jamais allé. C’est compliqué, il faut un visa et le consulat n’en donne pas beaucoup. Ou alors faut payer très cher, près de 7 000 euros". A qui ? On ne saura jamais exactement. Au milieu d’une autre discussion, un inconnu qui revenait des toilettes nous interpella : "Si vous voulez investir dans ce pays, allez-y ! Y’a plein d’argent à se faire !" Ce n'était pas vraiment le but de notre voyage, mais c'est noté. Un énième interlocuteur tenta pour sa part de résumer la sitation. "Ici, c’est le cœur d’Alger". 

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    Depuis quelques années, 2000 débits de boisson fermés en Algérie

    C'était un vrai lieu de socialisation La Taverne du Parc, chez Kader. Nous n'y avons jamais vu d'individus ébréchés. Les plus imbibés, ce fut souvent nous. Et ce n'était sans doute pas le seul lieu de la ville à résister aux assauts des religieux qui aiment bien tout verrouiller. Voyons maintenant ce qu'explique l'article du Figaro.

    Le journaliste est allé interroger Ali Hamani, président de l'Association des producteurs algériens de boissons qui livre ce chiffre effarant : environ 2 000 débits de boissons ont été fermés ces dernières années et rien que sur Alger, 66 points de vente et 74 bars et restaurants ont baissé le rideau. Les bars clandestins et la distribution parallèle ont explosé. Pourquoi ? Ali Hamani renchérit. "Il y a une tendance à l'intérieur du pouvoir et dans certaines administrations pour interdire l'alcool". N'importe quel petit délit, trouble à l'ordre public ou simple entorse au règlement sert de prétexte pour lancer une procédure de fermeture qui arrive souvent à son terme. Il n'y a aucune preuve administrative officielle mais le journal parle de la pression insidieuse exercée par les milieux islamistes qui semble payer. L'article l'évoque rapidement : depuis que le F.L.N. a contracté des accords électoraux avec les islamistes pour se maintenir au pouvoir, le parti majoritaire doit bien faire des concessions à ses nouveaux amis. C'est le cas avec les islamistes du Mouvement de la Société pour la Paix, un parti d'obédience Frères Musulmans. Et justement depuis 2005 les ministres du Commerce Lachemi Djaaboubé puis Mustafa Benbada sont issus de ce mouvement, baptisé Hamas auparavant.

    La triste histoire de Saïd Mahroun

    Le Figaro nous livre enfin le témoignage de Saïd Mahroun dont la police a fermé le magasin sis rue Mohamed-Belouizdad, ex-rue de Lyon, dans le quartier Belcourt. Là où Albert Camus a grandi. Magasin fermé mais ils n'ont pas retiré la licence. Des jeunes ont ensuite attaqué son magasin. Puis l'année dernière, nouveau pillage et gros incendie. Le commissariat se situe à 200 mètres. "La police a mis une heure et demi pour arriver ! Les voyous, ils ont ensuite vendu la marchandise à moitié prix dans la cité." Le procès devrait avoir lieu en avril. Laissons le journaliste conclure son article. "Alors qu'à moins de 50 mètres, le bar malfamé qui sert de l'alcool n'a jamais été inquiété. Mais il est sans doute protégé par quelques clients policiers buvant à la santé de l'alliance entre le F.L.N. et les islamistes".

  • Bon pied (noir), bon oeil

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    Les pieds noirs sculptés dans le pas de porte ou accrochés à la façade laissent peu de place au doute. Ici Alger n'est pas loin. Antoine Venturelli approche la soixantaine et ses charcuteries la perfection. Il est le dernier représentant parisien des artisans charcutiers pieds noirs. A six ans en 1962, comme d'autres il quitte le pays qui n'existe plus. Son père ouvre quelques années plus tard cette boutique dans ce coin popu de Paris-qui-l'a-pris-dans-ses-bras. Quartier popu, comme la Casbah et Bab-el-Oued qu'il fréquentait enfant. Antoine a pris la relève. Les soubressades et longanisses pendent des crocs, la pizza appétissante sort du four, les cocas (chaussons fourrés à tout ce qui bouge) colorent les vitrines. Les sandwichs au poulet mariné attendent les étudiants d'à côté et ceux des clients qui viennent de loin cherchent leur jeunesse dans ces nourritures. Antoine et sa boutique appartiennent à un autre siècle. Et viennent aussi d'ailleurs. D'une région rongée par le soleil. Qui réveille certaines pensées. Les méfaits de la colonisation, les vins rouges si lourds de Méditerranée et peut-être avant tout cette idée que le mélange des hommes est si nécessaire sur cette petite planète. Les influences espagnoles, italiennes, corses, françaises et évidemment algériennes font de cette boutique un lieu hors de l'espace et ouvert à tous.

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    Chez l'Antoine, Antoine Venturelli, 232 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75 012 Paris, 01 43 72 21 97. Du lundi au samedi, 9h-19h.

  • C'est de la daube. Effectivement.

    Et de la bonne. Car je n'ai pas suivi la recette officielle du grand Yves Camdeborde. "Daube de joue de boeuf au vin rouge et ses coquillettes". Ici, ces dernières sont bio. Marrant.

    La première fois, j'avais fait exactement comme rédigé dans le bouquin de recettes du maître. Résultat, sauce trop nappante, rien à voir avec ce morceau de paradis goûté un samedi béni au Comptoir du Relais. Mais ce soir, ça allait déjà mieux, ça s'en approchait. Evidemment et heureusement, ce n'était pas encore ça. Y a comme qui dirait un gouffre entre lui et moi. Heureusement bis. Mais je progresse.

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    Quant au vin... Pas celui qui servait de sauce à la daube. Celui là était parfait, le Pape Noir (en rouge), cette cuvée du Verre Volé, 7 euros qui ne sont jamais volés. Non, on a bu celui que j'avais ramené d'Algérie. La fameuse Cuvée Monica. Coteaux de Tlemcen. "Le top du top de l'Algérie" m'avait-on dit. Le verdict est dur : aucun intérêt. 13,5°C : j'imagine le soufre, le mal au crâne le lendemain quand on en abuse. Et je connais ça. Mais pourtant il semble léger, trop facile à descendre. La finale en bouche n'existe pas, on ne sent pas passer ce vin. "Il a l'air de rien, ben il est rien" : l'une des meilleures répliques de Coluche. Ce vin, c'est une comédie romantique à la fin débile, un gâteau plein de crème qui ne tient pas ses promesses. Qu'on oublie aussi vite qu'on l'ingurgite.

    Mais la soirée était heureuse. Au menu Alger, ses lieux inoubliables et ses mauvais restos. Paris, ses arnaqueurs et ses gens hors du commun. Et les plans pour le week-end prochain ou les considérations sur le métier. La vie quoi... et qui s'écoule, sereine.

  • Perlant ? frizzante ? pétillant ? Dissertez... moi je le bois !

    Ce fut la révélation de mon retour d'Alger. Je comptais beaucoup dessus. J'avais attendu Olivier et Manu qui passait son concours le lendemain. Donc attention, on ne boit pas beaucoup, et que des bonnes choses. Ce sera plus facile de se lever tôt et d'avoir la tête reposée.

    On a commencé avec un Morgon de Lapierre. C'est le genre de vins qu'on oublie, tellement il fait partie de la famille. Il est là, il ne parle pas beaucoup avec des olives (oui je sais, c'est la cata l'alliance vin-olives), mais on lui servirait presque à boire à lui aussi. Puis avec le risotto aux cèpes un malbec argentin ramené par Manu. Pas con comme idée en fait. Si on considère que le malbec est le cépage des vins de Cahors et que le cèpe tire ses origines de par là en-bas, on peut penser qu'on est plutôt raccord question terroir... Ok, c'est un peu tiré par les cheveux.

    Puis vint ma star, celle à laquelle j'ai pensée toute la semaine de l'autre côté de la Méditerrannée. On m'avait dit "Attention, c'est plutôt un truc de dessert because les sucres résiduels". J'avais répondu "Ouais, ou un vin de fin d'après-midi, de lever de sieste, de goûter". C'est donc la cuvée Maria Bonita des Foulards Rouges, alliance muscat-macabeu (14,5 euros à la Crémerie, mon dealer).

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    Capsule + bouchon. Aucune effervescence. L'arnaque ? Non, en fait il est très peu pétillant, la bulle très fine qui s'ouvre une fois dans le verre. Je vais pas faire le dégustateur à deux balles, car c'est pas l'objet de ce blog. Mais franchement, une douceur, une suavité qui renvoient nombre de champagnes, nombre de liquoreux dans les 22. Pour un dessert, pour un goûter, à 3h du matin, après l'amour (ou avant, voire pendant), ce vin est une évidence.

     

  • Un dimanche soir, à Alger

    On n'était pas venu là pour cela. Le lendemain fut une journée noire. Le taux de soufre dans le cabernet-sauvignon algérien a provoqué une belle barre dans la tête. Et il titrait à 13,5° le coquin.

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    Tout avait commencé facilement, autour de la Tango, la bière locale.

    "Vous connaissez un resto dans le quartier ?
    - ah ouais, y a l'Asiatique...
    - ah non, non, on en a assez à Paris des restos asiatiques...
    - oui, mais il est pas asiatique en fait. Il l'était il y a dix ans et on continue à l'appeler comme ça.
    - et il fait quoi à manger ?
    - des grillades, du poisson, des spécialités algéroises.
    - parfait. Il s'appelle comment ?
    - euh ici, on ne retient pas les noms des restos. C'est l'Asiatique simplement
    ."

    Et puis on est arrivé à la table d'Ahmid, Ahmed, Kader et Bachir. Les bouteilles se sont multipliées. Le camembert algérien (au lait de vache algérienne) était sublime. L'addition, je ne sais pas, on n'a pas payé. Enfin je crois.

    L'adresse ? Bah, il faut demander l'Asiatique, à côté de la Taverne du Parc, rue Didouche-Mourad, à Alger.

  • Demain, Alger

    Demain, décollage pour une grosse semaine à Alger. Que reste-t-il du vin algérien ? Est-il vraiment de retour ? Et surtout, est-il bon ? On va essayer d'y répondre et on vous tient au jus (de raisin).

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