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angiolino maule

  • Recioto di Angiolino Maule : il vino "stratosferico"

    Laisse les gondoles à certains quartiers touristiques de Venise et prends ma main, je t'emmène dans la meilleure épicerie de la cité des Doges. Elle est baptisée Pantagruelica et se trouve derrière le Ca' Rezzonico, le musée consacré au XVIIIe siècle vénitien. Précisément, c'est au numéro 2844 du quartier Dorsoduro, sur le campo San Barnaba. 

    C'était il y un an à peu près. On entre dans le magasin et comme tous les clients précédents, on salive direct. Le boss sait tout sur tout, du gorgonzola aux vins naturels. Ah ça, ce n'est pas donné. Oui d'accord c'est Venise mais je le répète :  ce n'est pas donné. Il me dit qu'il faut absolument tester les vins d'Angiolino Maule. Il s'extasie notamment sur une bouteille de 50 centilitres dont le mot recioto orne l'étiquette. Prononcez ré-tchioooo-to. Quoi ça ? Il faut s'imaginer à Venise, avec un accent caractéristique. "C'est un vin extraordinaire ! Lorsque je veux me faire plaisir chez moi, je me prépare un repas simple mais goûteux et à la fin j'ouvre cette bouteille et je reste des heures en tête à tête avec elle !" Il s'écrit à maintes reprises "stratosferico !". Pour les synonymes, voir altissimo ou eccezionale.

    Mais je n'en ai pas acheté : je ne connaissais absolument pas ce genre de vin et il y restait pas mal de sucre, m'a-t-il dit. Très peu pour moi pour ce soir-là : j'avais envie de moult charcuteries et de gorgonzola bien piquant : j'ai préféré un vin plus sec. Le soir même sur le balcon de notre modeste hôtel du quartier San Polo, ce fut l'orgie. D'Angiolino Maule, nous avons pris le sublime Pico 2004. Malgré tout, malgré cette ville si belle quand on sort des autoroutes place St-Marc/Rialto et place St-Marc/Gare, je n'arrêtais pas de penser au fameux Recioto : j'aurais vraiment aimé rapporter cette mini quille dans mes valises. Impossible. Dans l'avion du retour, nous n'avions pas pris le supplément bagage en soute. En ajouter un sur cette compagnie low-cost aurait fait drastiquement grimper le prix de ma bouteille.

    Mais j'en ai retrouvé à Paris !

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    C'était chez RAP et nous avons bu le masieri d'Angiolino Maule chez Arthur, à L'Hédoniste. Ce soir-là, la quille était un peu dans les choux.

    Et puis l'autre soir au Vin en Tête, je tombe sur MA bouteille, mon fameux recioto, version 2004. Il était même moins cher qu'en Italie : c'est dire la marge que se faisait notre gugusse.

    Bon d'accord, mais c'est quoi ? Pour simplifier à l'extrême, disons que c'est le vin passerillé de la Vénétie. Le cépage s'appelle garganega, celui qui fait (parfois) des merveilles dans le soave. Chez Maule, tout est cultivé en biodynamie. Mais surtout, et c'est là que ça devient marrant, les raisins sont accrochés à des fils et séchés jusqu'au mois de février, c'est-à-dire pendant 5 mois. J'ai trouvé cette vidéo : c'est plus facile pour comprendre le truc.

    La fermentation se fait ensuite  pendant 15 jours en cuve ouverte pour accentuer le brassage avec la flore naturelle. Bien évidemment, aucune levure exogène n'est ajoutée. Après la presse, le vin part vieillir dans des fûts pendant 8 à 9 mois jusqu'à un degré alcoolique compris entre 14 et 16. Non filtré, il est mis en bouteille 3 ans après la vendange. 

    Et dans le verre, ça donne quoi ? On voit bien qu'il est troublard, non filtré, qu'il a une couleur de jus de chaussette. Au nez, du cassis pour l'acidité mais très vite arrive le côté poire au vin, puis la vanille. En bouche, on a des pruneaux très amers, puis un goût de whisky léger. En finale, l'acidité remonte, ce qui a pour avantage de faire disparaitre le sucré. On y trouve même quelque chose de piquant, limite pimenté. C'est un vin qui réveille ; au fur et à mesure de la dégustation, il devient droit et incisif. C'est assurément une très belle réussite.

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    Ce petit texte, c'est ma participation à la 42ème édition des Vendredis du Vin. Si vous voulez participer, c'est ici et !

  • L'Hédoniste : pas de tromperie sur la marchandise

    Quand un resto s'appelle L'Hédoniste, il a plutôt intérêt à assurer. Ouvert il y a quelques mois, il est bien connu sur le ouèb pour avoir accueilli les dégustations organisées par Eva et Antonin. C'est d'ailleurs avec eux et d'autres (dont Stéphanie) qu'on s'est mis à table ce vendredi.

    Tataki de thon, cochon rosé, fromages, riz au lait, pastilla sucrée... C'est bigrement réussi, bien bon, parfait dans les cuissons, plutôt joli dans l'assiette, vivifiant dans un quartier misérable question resto mais malheureusement un peu cher (notamment les desserts, 12 euros si ma mémoire ne me fait pas défaut).

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    Evidemment, les grosses attractions de la soirée se présentent sous la forme de flacons en verre de 75 centilitres. Déjà parce que la carte des vins est bien riche et intelligente, et que le boss nous a laissé amener deux quilles. Allez, on commence...

    Pour bien se caler la bouche, le montlouis sec le Rocher des Violettes de Xavier Weisskopf. Assez excitant.

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    J'ai apporté le masieri blanc 2009 de Angiolino Maule, l'homme du vin naturel en Vénétie (bouteille à 14 euros chez RAP à Paris). Un poil décevant par rapport au Pico 2004 bu à Venise. Forcément...

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    Cairanne rouge 2009 de Marcel Richaud. Dans le mille, franc et buvable malgré 15°. Pas une suprise...

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    Montpeyroux 2008 du domaine d'Aupilhac en Languedoc. Plus apre, plus lourd mais on sent une certaine finesse pointer. Ouvert trop tôt et bu trop vite. J'aime vraiment 2008 en Languedoc...

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    Stéphanie a apporté ce vouvray moelleux 2005 de Vigneau-Chevreau. Inconnu au bataillon. D'habitude, j'ai du mal mais là il faut reconnaître que c'est assez top car le sucre semble s'être fondu dans la bouteille. En résulte un jus pas trop lourd. A noter, le nez qui part dans tous les sens...

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    Le patron nous a carafé quelques décilitres d'un vin exceptionnel. Bon, tout le monde n'est pas de mon avis mais pour moi, c'est franchement le vin de la soirée. Cette couleur annonce quoi ? un liquoreux ? Un vin d'Alsace ? Un pouilly-fumé ? Euh... très fumé alors...

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    Et bien non, on ne rigole pas, c'est bien un pouilly-fumé. Alexandre Bain donne envie de se jeter à l'eau : totalement atypique, un nez exceptionnel, une force alcoolique peut-être trop présente, une bouche proche du whisky... Atypique ai-je dit. Je crois que c'est la cuvée domaine, qu'au dessus existe Mademoiselle M... Je pense que je l'M déjà...

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    Enfin, pour l'anniversaire du boss, l'ouverture d'un blanc de noirs de chez Fleury. Le champagne 100 % pinot noir, c'est tout à fait mon truc. Une bulle qui s'estompe vite, un côté vineux, une bouche ample... Tout à fait mon truc, je le répête.

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    Bref, on s'amuse bien...

    L'Hédoniste14 rue Léopold Bellan, 75 002 Paris, 01 40 26 87 33.

  • Le vin naturel slovène existe, je l'ai rencontré

    Tout commence dans une épicerie très fine de Venise où le mois dernier, je cherchais à me procurer les vins naturels d'Angiolino Maule. Le vendeur de cette boutique-là ne connait pas, je lui explique qu'il s'agit d'un vin non filtré, non collé et sans trop de soufre ajouté. Il me dit : "Vous devriez goûter ça, le merlot de chez Radikon. C'est aussi un genre de vin naturel. Ils sont à 50 mètres de la frontière slovène". Réponse un peu candide : "Ah bon, à la frontière slovène ? Si loin ? Aux confins de l'Italie ?..." Réponse plus assurée de mon vendeur dont le visage s'illumine : "Mais vous savez, ils produisent du très bon vin même en Slovénie. Bien sûr, il y a Radikon qui administrativement est en Italie mais il y a aussi Klinec de l'autre côté de la frontière".

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    Je n'ai pas acheté cette bouteille de merlot à 60 euros mais j'ai décidé de partir à la conquête du vin slovène. Première halte : Al Merca où on avait déjà bu du Radikon. Bingo ! Le Pinot Grigio (pinot gris) de Klinec à 5 euros le verre. Un peu semblable au Ribolla Gialla de Radikon (une couleur de Chanel N°5, un nez de poire blette, une bouche explosive, un côté Jura prononcé avec une belle oxydation). Le Klinec est un poil en dessus du Radikon mais il gagne en buvabilité car plus rond.

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    Quelques pas plus loin, le Rialto Biocenter (Campo de le Becarie 366, San Polo) offre la Malvazija (malvoisie d'Istrie) et le Rebula (l'équivalent slovène du Ribolla Gialla) de chez Klinec. C'est-à-dire deux superbes blancs produits à base de ces cépages du coin. Couleur intensément dorée, plutôt strict et acide pour le premier, plutôt chaud et présent pour le second.
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    Tout est expliqué sur l'étiquette, ça change. "Le vin est biologique, les levures autochtones, il a été élevé deux ans en cuves d'acacia, il n'est pas filtré donc gros dépôt, il ne contient pas d'additif chimique et pour finir il comprend 25 mg/L de SO2 total".

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    Reste à en trouver en France, c'est pas gagné.

  • Venise : pique-nique bio sur le balcon

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    Les chambres de notre petit hôtel donnent sur un peu de flotte, un luxe pour Venise. Alors on a décidé d'en profiter. Bon d'accord, on ne voyait pas grand-chose, il fait frisquet et il faut rentrer la bouffe à l'intérieur pour pouvoir prendre des photos un tant soit peu correctes.

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    A ceux qui, un soir, veulent reposer leurs jambes éreintées par les ponts et qui n'ont pas forcément de cuisine à disposition, direction Pantagruelica, la meilleure épicerie de la ville (Campo San Barnaba 2844, Dorsoduro). Notamment pour ce gorgonzola au lait cru. Un truc énorme. Je n'en avais jamais goûté un pareil. Moi désormais, j'aime le gorgonzola. Enfin, ce gorgonzola. Il ne ressemble à rien de commun : fondant, persillé, crémeux...

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    Pour l'accompagner, le roi du vin naturel dans ce coin de l'Italie : Angiolino Maule, du domaine de la Biancara à Gambellera. On m'avait soufflé son nom ici. A Venise, j'ai d'abord beaucoup cherché cette bouteille chez tous les cavistes compétents, j'ai posé des questions. Mais personne ne connaît alors que le domaine n'est qu'à 90 bornes d'ici. Bref il y a encore des lacunes dans la lagune.

    Jusqu'à la visite chez Pantagruelica. Quand je disais que c'est la meilleure épicerie de Venise... Nez-à-nez avec le Pico 2004. Classé en vin de table car 100 % garganega, un des cépages qui entrent dans la composition du soave

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    La vaaache... Oui, "stratosfeeeeeriiiiiico" même. Nez dévastateur, le reste ne peut qu'être au niveau. Bouche caractéristique des vins naturels, on pense tout de suite à Overnoy/Houillon, comme si la petite oxydation avait traversé les Alpes.

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    Le lendemain, il gagne en finesse, laisse sa force de côté, oublie l'oxydation, s'alsacifie pourrait-on dire. Goût de pêche mûre, blette mais pas pourrie, incroyablement fin, bouche qui parfois laisse penser à un whisky alors que le nez évoque le cognac, un peu comme un Overaged de Michel Couvreur.

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    Quand Antonin du Guide Vindicateur m'a demandé quelques jours plus tard quel était mon vin italien de l'année, je n'ai pas beaucoup hésité...
  • Venise : Al Merca, le bar à vin naturel tel qu'on le rêve

    Mais c'est quoi cet attroupement ? Une manif anti-Berlusconi ?

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    Ouais, si tu veux mon pote. C'est l'anti bling-bling à l'italienne : ça s'appelle Al Merca. Un bar entre 4 planches, t'es obligé de boire dehors, c'est juste un comptoir en fait et toutes les classes sociales s'y pressent. Et ils servent quoi ? Du spritz comme partout à Venise mais aussi des vins naturels italiens absolument incroyables. Le bar qu'on voudrait avoir en bas de chez soi à Paris, à Metz, à Hong-Kong... Les Vénitiens ont décidément beaucoup de chance.

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    Un bar à vins naturels ? Avec tous ces jeunes ? Et oui, les jeunes Vénitiens semblent avoir plutôt bon goût question quilles.

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    J'étais alors à la recherche des superbes pinards d'Angiolino Maule (La Biancara), lorsque je tombe sur son rouge qui trône sur l'ardoise d'Al Merca. J'avoue ne pas forcément connaître les autres, de toute façon c'est le "non filtrato" qui me fait les yeux doux.

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    Roule, ma poule pour le Rosso Masieri dudit Maule.

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    Je n'avais jamais bu de merlot comme ça... Son petit côté pétillant s'assagit vite. Nez de fruit rouge amer, extraordinaire buvabilité. Bref un vin de copain comme on en fait rarement mais comme les amateurs de vins naturels en boivent beaucoup. Même s'il est un peu plus fin, un peu plus évolué. Une belle rencontre.

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    Je suis retourné plusieurs fois chez Al Merca pour goûter à nouveau le Rosso Masieri, boire un spritz ou tester d'autres quilles hors du commun. Comme les blancs naturels dont le choix est encore plus impec'.

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    Ainsi le cépage Ribolla Gialla du superbe domaine Radikon (tout à l'est de l'Italie) nous a clairement emballé malgré (grâce à ?) ses 6 euros. Une couleur de cidre bien fermenté, un nez explosif, une bouche typée Jura.

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    "Les Italiens sont des Français de bonne humeur" aurait dit Jean Cocteau. Il a dû venir boire un coup chez Al Merca pour lancer une phrase aussi perspicace.

    Al Merca, Campo Bella Vienna 213, San Polo. A 30 mètres du Rialto et pourtant aucun touriste...

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