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beaujolais

  • Une oraison funèbre pour Marcel Lapierre

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    "Encore une fois, on n'est pas étonné d'observer que les Français des temps qui sont les nôtres, en cette matière comme dans d'autres, ne savent plus au juste ce qu'est la France. La France, ce n'est pas les vignerons hommes d'affaires vedettes des foires aux vins falsifiées. La France, ce n'est pas les vins modelés par des fermenteurs à rotors, de l'osmose inverse, de la micro-oxygénation, des ajouts de tanins, des enzymes ou des levures synthétiques. La France de Marcel Lapierre, du vin de Marcel Lapierre, c'est l'esprit rebelle, la fraternité bruyante, la subtile gourmandise, le gout délicat et l'anarchisme foncier qu'il aura incarnés mieux que personne durant trois décennies, en gros entre 1980 et 2010, dont on se souviendra longtemps".

    On a les morts qu'on mérite. Dans son recueil d'oraisons funèbres publié cette semaine, Jérôme Leroy se met dans la peau d'un Bossuet du début des années 2010. Il passe en revue Thierry Roland, Ben Laden, Amy Winehouse ou Marcel Lapierre. En tant que miroirs de l'époque, ou en tant qu'anti-miroirs, chacun raconte à sa manière la fin du XXe siècle ou le début du XXIe, l'avènement du bling-bling, du simplisme ou du vide. Et avant tout, le temps qui passe.

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  • Les vins nouveaux de 2011 ont fait leur Pâques

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    Traditionnellement, on dit que les dix crus du Beaujolais doivent "faire leur Pâques". C'est-à-dire qu'il faut attendre que les fêtes chrétiennes de la mi-avril soient passées pour que les vins puissent être appréciés à leur juste valeur. Mais pourquoi ne pas faire de même pour le beaujolais nouveau et pour le vin nouveau en général ?
     
    Cette semaine, j'ouvre deux vins de 2011 qui étaient disponibles sur le marché dès le troisième jeudi de novembre de l'année dernière. Je simplifie : mon beaujolais nouveau, je l'ai conservé quelques mois. Autre précision : il n'y a pas de soufre ajouté dans ces deux quilles puisqu'elles sont généralement sifflées dans les deux mois après la mise en bouteille. Et ajoutons encore que nous sommes en présence de vignerons extrêmement consciencieux.
     
    A ma gauche, le charmant beaujolpif nouveau d'Isabelle et Bruno Perraud (domaine des Côtes de la Molière) baptisé Brut de Cuve. A ma droite Octobre, le vin nouveau des Foulards Rouges de Jean-François Nicq (Roussillon). Nos deux amis ont superbement bien passé l'hiver et le début du printemps, rien à redire. Nez exhubérant, bouche fruitée et jus présent pour le premier ; nez un peu effacé mais le vin s'avère terriblement glouglou pour le second. Moralité : n'hésitez pas à conserver un peu vos bons vins nouveaux.
     
    L'idée m'était venue d'une bouteille de Pfifferling orpheline puis débouchée presque un an après la mise. Quelle joie se fut.
  • Christian Ducroux, il se décarcasse

    Les deux juments Ewan et Kaïna labourent les sols sans les tasser et "favorisent l'activité microbienne". Elles sont aussi chargées de transporter la vendange. On aperçoit le logo Demeter, on est donc en biodynamie. Mais Christian Ducroux va plus loin. Plutôt que le cuivre autorisé, il pulvérise du fenugrec et d'autres tisanes sur sa vigne. Bien évidemment, pas de chaptalisation, pas d'ajout de soufre et pas de filtration. Et un chiffre : un rendement de 18 hectolitres à l'hectare, autant dire rien du tout dans ce joli Beaujolais. Pas de doute : pour réaliser un si merveilleux régnié, il y a énormément de travail à la vigne comme au chai. 

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    Pierre Jancou raconte l'histoire de Christian Ducroux dans Vin Vivant (aux éditions Alternatives). Le vigneron ne fait pas directement partie de l'école de Jules Chauvet même s'il l'a rencontré. C'est tout seul qu'il s'essaie à ne pas sulfiter. Depuis la fin des années 1970, il s'interdit le SO2. Pas de chaptalisation non plus, on le répête. En 1980, il entend parler de biodynamie sur France Culture : il se renseigne, il lit beaucoup et il s'y met. 

    Dans le verre, le régnié 2010 s'avère fin et léger. Sur des fruits rouges avec une belle amertume en finale. Avec une belle charcuterie, on oublie tout, la crise comme les élections-piège-à-cons. C'est exactement le genre de vin qui me fait vibrer : voici l'essence même du bojo. C'est le beaujolais tel qu'il devrait être tout le temps et tel qu'il est trop rarement. Il faut préciser que cela faisait longtemps, très longtemps, que j'en voulais. Or, les vins de Christian Ducroux sont introuvables. C'est là où le bat blesse : c'était la première fois que je voyais cette bouteille et donc la première fois que j'en buvais. Antonin l'a dénichée à Strasbourg chez un caviste hors du commun semble-t-il, Terres à Vins. 

  • Le foie gras au beaujolais nouveau

    Non mais c'est quoi encore ce titre ? Et surtout, les fêtes sont passées ! Et franchement, le beaujolais nouveau, ça fait belle lurette que c'est fini ! Et bien, vous avez tout faux... Le foie gras, ça peut très bien se manger en juillet et le beaujolais nouveau se boire en août. 

    Intéressons-nous d'abord au foie gras fait maison. Bien sûr, il y a la recette de Michel Guérard mais là, je voudrais parler de la méthode de cuisson classique. Prenons un joli foie gras frais (ici il vient des Landes, de l'excellente maison Dupérier - à Paris, je l'achète chez G. Detou, rue Tiquetonne, à près de 60 euros le kilo) que nous déveinons, que nous salons (ici avec du sel de Maldon), que nous poivrons (pas avec du poivron, mais avec du poivre sauvage de Madagascar, baptisé voatsiperifery) et on le fait mariner avec un peu d'alcool. Simplissime et trrrrrès classique.

    Question alcool, les hors-série des magazines de cuisine nous donnent de véritables bonnes idées qu'il faut suivre à la lettre : marinade dans le sauternes, dans le porto, ou dans le porto, ou aussi dans le sauternes, ou dans le sauternes parfois, mais certains font preuve d'inventivité et recommandent le porto. Je suis méchant, car d'autres disent d'utiliser mon armagnac chéri. Mais reconnaissons-le : quelle prise de risque...

    Moi, j'aime bien les trucs qui vont un tout petit peu plus loin. Non, on n'est pas là pour révolutionner le monde, on veut simplement faire avec autre chose. Tino Miccuci du superbe restaurant Cantino à Metz, se sert parfois d'un whisky 23 ans d'âge. Et le foie est transcendé. Ah oui, tant qu'à faire : on évitera de le faire mariner dans un alcool imbuvable bas-de-gamme. Cela semble logique, mais mieux vaut le rappeler.

    Moi, j'ai déjà expliqué ici que j'aime boire du beaujolais avec le foie gras. Alors, tant qu'à faire pourquoi ne pas utiliser ce vin dans la recette directement ?

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    On n'a l'impression que le foie saigne, mais ce n'est que du gamay... Cela va, j'espère, lui donner des notes rondes, fruitées et surtout épicées, pour répondre au poivre. J'ai donc ajouté 5 centilitres de ce que j'avais à portée de main, du beaujolais nouveau. Mais du vrai, du bon : le Brut de Cuve des Côtes de la Molière d'Isabelle et Bruno Perraud. Le foie doit ensuite reposer une nuit au frais et le lendemain, direction le four à 100°C dans un bain-marie pendant une heure. Puis quatre jours de réfrigérateur. 

    Le 31 décembre, nous avons sur la table un pavé très marbré et un peu oxydé par endroits (ce qui n'a jamais tué personne). La faute n'est pas à la méthode de cuisson mais au fait que je n'ai pas assez pressé le foie dans la terrine. Conséquence : l'air et la graisse se sont engouffrées par endroits.

    En bouche, compte tenu de la très bonne qualité des ingrédients, le résultat est assez extra ; on retrouve très subtilement les notes douces et épicées du gamay. Le foie gras n'est pas du tout agressif, on a préservé le bon goût de l'animal tout en le relevant un peu. Il n'y a pas à dire : c'est vraiment délicieux. (Oui, j'ai le droit de m'envoyer des fleurs).

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    Pour l'accompagner, évidemment un verre de Brut de Cuve. Ou à côté le très pur Le Mont 2007 d'Alexandre Jouveaux (trouvé chez Franck Bayard), grand vin banc du mâconnais, avec sa très fine acidité (et peu oxydatif) qui vient couronner ce mets de fête.

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  • Accord mets/vins "à la con" n°1 : que boire avec le foie gras ?

    Jouons avec les accords mets/vin "à la con" !

    En ce décembre, c'est fête obligatoire, donc c'est foie gras obligatoire. Alors qu'on pourrait en manger toute l'année, on se cantonne à tout bouffer entre le 24 décembre et le 1er janvier. On l'arrose aussi de sauternes bas de gamme ou de porto pas mieux balancé. On ajoute un chutney de figues, de la confiture par définition hyper sucrée. Bref, plus besoin de dessert, je l'ai prise en entrée ma dose de sucre.

    Bon, ça c'est le classique du classique. Cette tradition elle aussi à la con est déjà bien battue en brèche pour la raison principale que l'on vient de citer : la dose de sucre trop élevée dès l'entrée. Certains demandent des moelleux plus tendus genre jurançon ou montlouis. Mouais... On l'a compris, moi je ne suis pas très sucre dans le vin. Et pire, je ne comprends pas pourquoi on s'échine à mettre du saccharose sur le joli foie.

    Car moi je l'accompagne de beaujolais. Pas du morgon, pas du très lourd, pas du gamay vieilli mais un jeune gars gouleyant. Pourquoi ? N'en déplaise aux producteurs de cette gourmandise, le foie gras, c'est gras. Comme la charcuterie (trop) salée que l'on s'enfile avec ravissement lors d'un pique-nique. D'ailleurs, à ce moment-là aussi on boit du beaujolais, c'est-à-dire un vin de copain, un vin d'amitié, un vin rouge jeune et épicé, pas lourd, qui dégraisse l'oesophage et fait couler la charcut'. Pourquoi en serait-il différent avec le foie gras ? Parce que le foie gras, c'est cher et qu'il faut le respecter ? Une chose est sûre, votre mets de choix sera bien plus respecté avec un bojo de belle naissance qu'un "so terne" de supermaché. Ainsi les jus d'Yvon Métras, et comme ils ont subi l'inflation, vous la paierez plutôt cher la bouteille. Alternative moins dépensière et tout aussi conviviale, le beaujolais-village de Karim Vionnet.  

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    Et pour ceux que mes rouges chiffonnent trop avec le gras foie, je leur rappelle qu'il existe du bojo blanc.

  • Le Grunge Tasting, avec Pierre Pitiot l'antisarkozyste primeur du Beaujolais

    Cette semaine, nous passons au crible les 6 vignerons rebelles invités au Grunge Tasting le 12 décembre.

    Au sein du domaine de l'Astrolabe, à Bully dans le sud du Beaujolais, Pierre Pitiot cultive 1,30 hectare de vignes et un hectare de cerisiers. Cette année, il a vinifié une cuvée primeur baptisée fucks@rkozy.com

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    Peux-tu nous parler de ton travail dans les vignes ?

    Créé en 1998 sur un terroir argilo-granitique et argilo-calcaire, le domaine faisait 6 hectares et demi jusqu'à l'année dernière. Mais des difficultés financières m'ont obligé à le réduire pour devenir salarié en parallèle. Je travaille en agriculture biologique avec une forte sensibilité pour la biodynamie sans avoir eu jusqu'à présent le courage de passer complètement le cap. Pour info, le millésime 2011 est à moins de 400 grammes de cuivre métal par hectare.

    Ma philosophie de travail de la vigne et du vin est "less is more" : j'essaie d'intervenir le moins souvent possible avec les outils les moins "violents". Je laboure sur quelques centimètres avec un chenillard pour lutter contre l'asphyxie du sol. J'essaie de ne pas rogner les vignes, les traitements sont faits à la sulfateuse à dos. Respecter et entretenir au maximum l'écosystème autour de la vigne, ça me permet d'avoir un sol vivant où la population d'insectes "ravageurs" pour la vigne s'autorégule. 

    En vinification, j’utilise le moins de soufre possible. Sur une cuve à problème, il m'est arrivé d'aller jusqu'à 2 milligrammes par litre mais c'est le maximum pour moi. 2011 est fait absolument sans soufre donc 100 % raisin. Pendant les vinifications, je suis le plus soft possible pour le vin : pas de chauffage, peu de remontage, un petit foulage au pied en début de macération, pas de saturation des cuves en CO2 et bien entendu, pas de levures en sachet... Le vin est mis en bouteilles par gravité sans filtration et sans dégazage. Au final, il se conserve mieux et on peut le "personnaliser" au moment du service en secouant plus ou moins.  

    Depuis deux ans, j'ai décidé de travailler sans aucun chiffre ni analyse avant vinification : mon nez est mon seul outil. Il me semble dommage de se fier à des chiffres. En plus de comporter une marge d'erreur, cela fausse notre jugement et donne place à des interprétations erronées en ce qui concerne l'équilibre d'un vin.

    Ta cuvée fucks@rkozy.com a fait de toi l'antisarkozyste primeur du Beaujolais...

    L'antisarkozysme, j'assume. A mon avis, ce type a fait plus de mal à la France que le baco, le noah (cépages interdits) et le phylloxéra réunis. Cette politique de diviser pour régner est insupportable. Sa collusion affichée avec les patrons de média m'horripile. Il me semble que peu de gens sont dupes de ce qui se passe à la tête de ce pays et pourtant peu de choses bougent. C'est dommage, parce que la démocratie en plus d'être un super concept marketing veut vraiment dire le pouvoir au peuple. 

    Je suis adepte des circuits courts qui favorisent l'emploi local. Il faut absolument arrêter la consommation de masse et considérer que consommer est un acte militant. Acheter en grande et moyenne surface, c'est donner de l'argent à un système qui a mon avis nous opprime moralement et physiquement tout en anesthésiant notre capacité de jugement. 

    Après, il y a un autre truc qui me révolte : c'est ce système complètement décadent de l'A.O.C. Il favorise le négoce en nivelant la qualité par le bas. Faire croire au consommateur qu'une A.O.C. lui garantit une authenticité tient au mieux de la bêtise, mais le plus souvent c'est un mensonge. La traçabilité apportée est illusoire, la constante gustative un mythe. Pour moi, seul l'avis de mon consommateur final compte, qu'il soit novice ou non. Son avis m'intéresse, le reste n'est que de la paperasse pour bien-pensants.  

    Docn oui, le vin c'est grunge ! Le vin n'a de saveur que dans son partage et on ne peut pas dire que ce soit la valeur montante de notre société. Moi je trouve ça assez grunge.   

    Peux-tu nous présenter une des cuvées que tu vas nous faire goûter le 12 décembre

    Je viens avec ma cuvée Il était une soif 2009 issue de vignes en agriculture biologique depuis 10 ans sur un coteau argilo-calcaire de Theizé orienté sud-est à près de 500 mètres d'altitude. Les vignes sont issues de sélection massale avec une moyenne d'âge de 90 ans. Sur cette parcelle, la roche mère est rarement à plus de 30 centimètres de la surface : il s’agit vraiment de conditions extrêmes pour la vigne qui ne donne qu'une quinzaine d'hectolitres à l'hectare. Sur cette cuvée, j'ai essayé de faire un vin de garde en laissant le gamay exprimer ses notes épicées : muscade, pivoine, clou de girofle... C'est une bouteille  qui permet de d'entrevoir la filiation entre le gamay et ses cousins pinot noir, petite serine et mondeuse.

  • Vendredis du Vin n°40 : une fleur fleurit à Fleurie

    "Tu as bien fait de passer, Debedeux, tu vas refleurir." C'est en ces termes fleuris que toute la clique du Café du Pauvre accueille Debedeux, l'un des dirigeants de la Bang-Bang Aéronautique, qui n'en peut plus de sa vie de cadre encostardé. C'est le début du Beaujolais nouveau est arrivé, dont le vigneron s'appelle René Fallet (celui à qui j'ai aussi volé l'expression "du morgon dans les veines"). Ce beaujolais-là se déguste aussi mais c'est plutôt en tournant les pages qu'en vidant les verres. Quoique, pour l'instant, personne ne nous empêche de boire un coup en lisant...

    vendredis du vin,beaujolais,fleurie,julie balagny

    Le beaujolais, ça sert à ça : à refleurir. A donner le sourire, ce n'est pas ici qu'on viendra dire le contraire. Pour Olif, j'ai révisé mes Gammes en Beaujolais : j'ai cherché une bouteille pour refleurir en automne. J'aurais pu choisir la partition morgon, cela aurait été plutôt facile. Le 2001 de notre regretté Marcel en magnum ouvert par Jérémy (lors du dernier repas à la Cave de l'Insolite canal historique), le 2007 en mag aussi, le 2008 avec une raclette, le 2009 avec ou sans soufre, le 2010 bu récemment, les plus vieux sifflés avant ce blog, la cuvée éponyme au Troquet... Bon cela aurait été un peu trop attendu.

    On va ouvrir autre chose. Un régnié ? Le 2007 de Descombes ouvert la semaine dernière était particulièrement savoureux. Le chiroubles de Karim Vionnet ? Le moulin-à-vent d'Isa et Bruno Perraud ? Le brouilly de Descombes encore ? Le côte-de-brouilly de Pacalet ? Un saint-amour ou un juliénas plus difficiles à trouver au naturel ? Un "simple" village comme celui de Métras ? Ou encore le primeur de P-U-R bu l'année dernière quelques jours avant la date officielle ? Tout ça pour dire qu'ici, on en boit du beaujolpif. Mais dis donc, il manque un cru à cette énumération joyeuse...

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    C'est au contact de la vigne que l'ancienne parisienne Julie Balagny refleurit. Avant Fleurie, ce fut dans le Gard (avec Terre des Chardons). Puis vient l'incroyable année 2009 et son arrivée au pied des pieds de gamay, le plus beau cépage qui soit. On est à mille lieux des clichés. Biodynamie, intense travail à la pioche dans la vigne, respect du raisin en vinif avec pour résultat le fleurie En Rémont 2009, grand vin de terroir qui démonte toutes les idées reçues sur le beaujolpif. S'il est déjà très accessible sur des arômes de fruits croquants et épicés, il faudrait pouvoir l'attendre encore un peu afin d'apercevoir cette grande classe du gamay un peu vieilli ; celui-là en a tout le potentiel. D'ordinaire coquelicot ou pivoine, le beaujolais se fait ici rose pourpre qui continue à fleurir. 

    "Beaujol dit qu'il est fier d'être né en France. Une boutanche pareille, c'est kif-kif la Joconde ou la Victoire de Samothrace." (René Fallet)

  • Le régnié vieilles vignes 2007 de Georges Descombes

    Vous vous attendez à un commentaire ? Bah, on ne le présente plus. Non vraiment, vous voulez que j'en parle ? Moi je préfère le boire. Alors si vous en avez une en cave, on peut s'arranger...

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  • Saint-Bojo, priez pour nous

    Le beaujolais-villages 2009 du vinificateur itinérant Cyril Alonso (P-U-R), je l'ai bu deux fois en quelques jours. La première, à la maison : il lui a fallu une journée pour retrouver ses arômes. Il était un peu assoupi ou bien ne voulait-il pas se livrer tout de suite, à la manière d'autres beaujolais 2009 qu'il faut savoir appréhender... Après une petite journée d'ouverture, ouf, on retrouve le raisin caractéristique. La seconde fois, à la Cave de l'Insolite (quelques semaines avant sa fermeture), il m'a tout de suite explosé à la face. Fruit, buvabilité, classe. "Au nom du vice, du verre et du vin d'esprit". Oh oui, amène !

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    Bien sûr que ça n'intéresse qu'elle, mais j'annonce que ma mère devrait récupérer quelques quilles de Osez, osez Rosé Fine... Et oui, les vins de P-U-R voyagent jusqu'à Metz. La mission civilisatrice continue !

  • Le Bistroy Les Papilles : questions sur le prix du vin

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    Sous l'affiche de La Grande Bouffe, film anticonsumériste, on s'attable au Bistroy les Papilles. Un midi de l'année dernière, nous avions très bien mangé. Menu du marché (31 euros). Ouvrons une bouteille de Fleurie 2008 de Jean Foillard. Complètement à côté de la plaque, on ne ressent rien. C'est marrant avec Foillard : parfois c'est terrible, parfois effacé.

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    Velouté de patate douce, très bien réussi. Et en plus, il y a le cérémonial.

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    Passons à la suite. Crozes-hermitage 2009 d'Emmanuel Darnaud. Concentré mais sur le fruit tout de même, il se dégage plus d'entrain de cette bouteille là.

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    Tiens, tiens, ce plat ressemble vraiment à celui qu'on avait manger l'an dernier. Paleron braisé aux petits légumes. Encore une fois, il y a un très joli travail.

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    Dans le menu, on a même droit à un petit morceau de fourme d'Ambert avec son pruneau au vin rouge. Miam.

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    Panna cotta à l'ananas et émulsion de caramel, un peu plus décevante en bouche : on dirait qu'elle se cherche. Même si encore, la réalisation est parfaite.

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    Bilan : un très bon repas. Bon d'accord, le fait que le plat soit le même que l'année précédente relève sans doute du hasard.

    Mon gros souci est ailleurs : le prix du vin. 40 euros chaque bouteille : rien de très scandaleux si on compare avec les coefficients multiplicateurs dans d'autres restos (2, 3 voire plus). Mais ici on n'a pas de coefficient, on a un droit de bouchon puisque la boutique fait caviste-épicerie. Ce qui fait : 33 euros la bouteille + 7 de droits de bouchon. 33 euros le Fleurie de Foillard à emporter ? Pas donné. A en croire les étiquettes, le rosé de Peyrus est 6 euros plus cher que chez Augé (sur une quille à 18 euros, c'est un sacré pourcentage...) et la Cuvée Marie de Charles Hours (Jurançon) dépasse 20 euros (11 et des brouettes au Bon Marché) : ces prix sont-ils bien ceux que je paie pour ramener les bouteilles chez moi ? Hé beh... Bref, c'est vraiment une belle adresse pour manger mais le prix du vin est incompréhensible.

  • Vivant.

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    Pour écrire ce billet, j'ai cherché un titre accrocheur, des jeux de mots à la con, des idées tarabiscotées, un style intrigant... Mais tout cela ne ressemble pas à la cuisine dont je vais parler (et que j'adore). Ici on fait dans l'efficace, on ne se la raconte pas, tout est clair. Le produit, le produit, le produit. Loin du Figaro qui sort des calembours à la Libé, je vais parler de Vivant de manière toute naturelle.

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    On ne vas pas récapituler le CV du boss, Pierre Jancou. Mais regarder autour de nous et mater le lieu. Faïence art nouveau c'est ça ? Sur un blog, quelqu'un a parlé d'atmosphère lisboète. J'ajouterai plus précisément celle du quartier Alfama, au coeur de la ville. Le joli soleil de fin de journée, les (nouveaux) habitués qui sirotent un jus naturel en terrasse complètent le tableau. Vivant, c'est avant tout un lieu, un écrin. La bonne charcuterie, le bon fromage, ça ne se mange pas avec de l'argenterie au Crillon, mais dans des lieux qui ont de la gueule.
     
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    Excitons-nous les papilles avec ce petit verre de trebbiano d'Emilie-Romagne, la nouvelle star des apéros dans le quartier. L'amateur de vin naturel comprend vite qu'il joue à domicile. C'est troublard, ça a du poil aux pattes et de l'amertume : pour moi, ce sont des compliments. Et quel verre, quel verre...

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    Passons au solide. Que c'est beau une carte sans intitulés à rallonge : quatre ou cinq mots pour décrire un plat e basta. Quand on est sûr de soi, de ses assiettes et de ses produits, on peut le faire. Autre chose, le nème-dropingue que certains reprochaient à Jancou est quasi inexistant ici.

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    Bon, nous on a choisi. Et ça va défiler. Reste à trouver une quille en adéquation. Pierre Jancou possède une sacrée cave, là, sous nos pieds. Mais toutes les références ne sont pas encore sur l'ardoise. Bientôt, bientôt...

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    Je vais enfin goûter le beaujolais d'Isabelle et Bruno Perraud. Le Moulin-à-Vent 2009. Un pedigree qui laisse rêveur : un rendement de 23 hectolitres à l'hectare et 2 mg/litre de SO2 total. Autant dire qu'après une demi-heure d'ouverture, il livre une force fruitée incomparable.

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    Allez, à table. Burrata aux câpres de Pantelleria. Moi qui ne jure que par celle de la Crémerie, je dois réviser mon jugement. On a le bon goût de crème qui dévaste tout et enrobe le palais. Elle est fichtrement mieux assaisonnée. Quant aux câpres, je les préfère brutes, après avoir avalé le fromage.

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    Faisons un peu travailler le patron sur sa splendide Berkel, l'attraction du comptoir.

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    Pour une petite planche de "salaisons d'auteurs". De gauche à droite, c'est italien. Coppa, saucisson (fait à partir de la selle, si j'ai bien compris) et lard (fait à partir de la joue, si j'ai bien compris). De gauche à droite, c'est fondant, goûteux et splendide.

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    Dans l'assiette ou sur la planche, il ne reste plus grand-chose. Mention spéciale à la baguette - sortie d'on ne sait où - extrêmement fraîche et croustillante à 21 heures.

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    Les gnocchis aux herbes folles. On retrouve le goût poivré de la roquette et un peu du pissenlit. Ce qui frappe surtout, c'est la souplesse. Si on a appris à se déshabituer des gnocchis durs de l'industrie agro-alimentaire, on apprécie vraiment de voir ce plat servi comme en Italie.

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    Pierre Jancou m'a conseillé le merlu de Saint-Jean-de-Luz avec ses fèves. Il a oublié de parler des mini navets et surtout de ces mini radis au goût concentré. On fait aimer les légumes à n'importe qui avec ce plat. Quelle est cette petite sauce piquante (pas relevée, pas forte, piquante...) qui vient renforcer la chose ? Un glaçage au beurre à ce que j'ai compris. Et la croûte du merlu, je ne savais pas que c'était si bon.

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    Une fois le poisson dans l'estomac, on fait une petite pause pour apprécier les fèves. On met les couverts sur l'assiette comme si on avait terminé, on respire, on boit un coup, on respire, on mange un morceau de pain. Et on en reprend. C'est absolument divin.

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    Petite assiette de fromages italiens et corsés. Corsés, pas corses.

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    Mention spéciale pour ce taleggio un peu rondouillard, je croyais que le taleggio était complètement carré... Crémeux et fermier, c'est la marque de fabrique de la maison on dirait.

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    En dessert, ganache à l'orange. Je ne suis pas un inconditionnel de ce dessert, mais ici le cacao est étonnament adouci par l'orange.

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    Ananas, mangue et menthe poivrée. Ouh là là... Ici on réconcilie les gens avec les fruits. C'est splendide, rafraîchissant, pointu.

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    Alors, une conclusion. Bien sûr, c'est un repas assez exceptionnel et surtout, c'est le genre de restaurant qui me botte. Le bon produit n'a pas besoin d'intitulé interminable et un condiment, une sauce légère, une épice lui suffisent pour que ça virevolte dans la bouche. Mais la cuisine, c'est aussi un "bonheur plus ample que la table" comme disait Alain Chapel : j'ai surtout été marqué par l'extraordinaire énergie que déploie Pierre Jancou pour parler de ses produits. Il veut faire partager un amour. J'ai aussi senti quelques tablées peu réceptives, manger les salaisons en disant que c'est bon mais sans trop réfléchir. J'ai aussi vu une bouteille d'Eric Callcut pas vidée... (j'en reparlerai). J'avais envie de me lever et de dire "bon attendez les enfants... Vous avez la chance d'être ici, prenez-en conscience. Laissez vos soucis au seuil et laissez-vous un peu guider. Comparez avec ce que vous ingérez habituellement..." Pierre Jancou fait un travail de défricheur, il réfléchit pour nous à ce qu'on se met dans le ventre. Et ce qu'on se met dans le ventre ne serait-il pas l'acte le plus important de la vie ? Donc oui, allez chez Vivant mais en étant disponible, ouvert et réceptif à ce que vous dira Jancou sur les vins de Claude Courtois, du Mazel, sur telle charcuterie, tel fromage qui ne sont pas là par hasard. Et lorsqu'on est disponible, ouvert et réceptif, on se prend une grosse claque. Comme Monsieur Eddy le chantait il y a quelques années : "c'était le rock, et pour moi tout changeait..."

    Vivant, 43 rue des Petites-Ecuries, 75 010 Paris, 01 42 46 43 55.

  • Parfois on est déçu aussi

    Et c'est normal. Ca fait juste un peu c*** quand ça tombe sur le beaujolais. Château Cambon 2005, le négoce mis en place à l'époque par Lapierre. Très rond, pas très tendu, assez passe-partout. Et m***...

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  • Le beaujolais sur la côte

    Jusqu'au week-end dernier, je n'avais jamais ouvert de beaujolais de Christophe Pacalet, un neveu de Marcel Lapierre. Son côte-de-brouilly est incroyablement représentatif de ce terroir. Car un côte-de-brouilly, c'est un côte-de-brouilly. Ce n'est pas un brouilly, ce n'est pas un fleurie, ce n'est pas... Bref... Au risque d'être redondant, il me faut une fois de plus crier mon amour pour ce genre de vins, un amour évidemment renforcé par l'utilisation parcimonieuse du soufre, pour produire un vin à 100 % sur le fruit, un vin qu'on ait envie de boire. Tiens, je vais tenter de réunir toutes les petites soeurs. Chez Augé, entre 10 et 13 euros la boutanche.

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  • Les choix pertinents de Versant Vins

    J'avais déjà dit ici tout le bien que je pensais de ce petit étal au coeur du très bobo marché des Enfants-Rouges. J'y ai encore dégoté trois belles bouteilles cet après-midi.

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    Un savennières 1992 du Domaine aux Moines (17 euros), le beaujolais-villages Pur Jus de Xavier Bénier (9 euros) et surtout le Cours Toujours de Loïc Roure (Domaine du Possible) sublime macabeu du Roussillon goûté il y a très très longtemps chez Quedubon. On verra plus tard ce qu'ils ont dans le ventre.

  • Quand c'est bon, c'est Cambon

    C'est le petit négoce du regretté Marcel Lapierre. C'est en tout point extra. A La Bonne Franquette, à Montmartre, nous avons été invité à goûter quelques beaujonouvo naturels. Cambon relègue les autres bien, bien loin... Mais est-ce une suprise ? Sans doute pas. Foillard m'a semblé bien meilleur qu'à midi, Lapalu sur la réserve. Quand à celui de Chermette, je n'arrive décidément pas à me passionner pour lui.

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    Par contre, nous avons goûté les 2009 de Jean-Claude Lapalu, notamment le brouilly et le beaujolais villages le "rang du merle" : un ravissement et une sacré puissance. Il faudra en retrouver.

    Ce soir-là, Olivier et moi avons papoté avec le grand vigneron alsacien Seppi Landmann. Rendez-vous est pris pour une visite à Soultzmatt, sans doute en décembre.

  • Le beaujolais nouveau, c'est aussi un livre

    Si ce blog s'appelle Du Morgon Dans Les Veines, c'est grâce au roman de René Fallet, Le beaujolais nouveau est arrivé. Sorti en 1975, il raconte les aventures de trois soiffards (Poulouc, Camadule, Captain Beaujol) qui mettent le grappin sur le cadre plus si dynamique que cela (Debedeux). Ou comment l'amitié et le vin peuvent triompher du buziness et de la prétendue modernité. Un roman désaltérant, profond, humain, bien plus philosophique qu'il n'y parait à la première lecture.

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    Une des scènes mythiques est la descente à la cave des quatre compères bien décidés à siffler en un soir toute la collection de bouteilles de Debedeux. Considérant désormais que le vin est fait pour être bu et non pas pour être amassé, il a décidé d'ouvrir ses trésors à ses amis. En extase devant les grands crus, certains en oublient le tire-bouchon (ils étaient "outillés comme des putains sans cul"). Première quille à tomber entre leurs main, un clos-vougeot. Extrait.

    Le bruit du bouchon lui coupa la parole. Les traits de Camadule s'illuminèrent quand il versa avec tendresse le vin dans les quatre verres. Il trempa les lèvres dans le sien, se fendit d'un sourire d'enfant fourré jusqu'au cou dans ses souliers de Noël : "Messieurs, le bonheur existe, je viens de le rencontrer". [...] Jamais épouse et mère méritante, jamais père au sourire si doux, jamais amante ardente, échevelée, bavante, ne furent traités avec autant d'égards et de piété que ne le fut cette bouteille de clos-vougeot. [...] "Beaujol dit qu'il est fier d'être né en France. Une boutanche pareille, c'est kif-kif la Joconde ou la Victoire de Samothrace. Du bien de chez nous. Je me mets à la place des Boches qui se sont tant battus pour devenir Français."

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    Au chapitre V, René Fallet aborde le beaujolais nouveau. Et ça swingue.

    Ce Te Deum éclatait sur Paris, sur toutes les grandes villes, roulait dans leurs artères, chantait Montmartre et Contrescarpe, défilait dans la rue Saint-Denis, tintait louis d'or sur tous les zincs où se pressait le peuple pour voir et toucher le divin enfant de l'année. [...] La fête est revenue pour quelques jours, fête tuée par l'armée des pisse-vinaigre mais ressuscitée en cachette par les chante-la-joie increvables comme elle. [...] Le beaujolais nouveau est arrivé ! Coquinet de la cuisse, un poil canaille, sans soutien-gorge, il était arrivé dans les arrière-gorges, un rien pute, léger et court vêtu, un brin muguet, un brin de fille, un doigt de Dieu, un doigt de cour. Il coulait source dans les hommes, il ne repartirait qu'en leur laissant au coeur le plus clair de la vie, la vertu d'un sourire. [...] Les députés quittaient la Chambre en volée de moineaux, les flics jaillissaient des cars de police, les prisonniers s'évadaient, suivis de leurs gardiens assoiffés et braillant "Le beaujolais nouveau est arrivé !" [...] On perçait les tonneaux en une émouvante défloraison. Quel goût aurait-IL ? Serait-IL fruité ? Souple ? N'aurait-IL pas perdu son grain ? Après le dépucelage venait la première communion entre LUI et son copain l'homme.

    Et ça continue comme ça des pages entières.

  • Le tour de France des vins nouveaux

    C'est bien l'amateur de morgon qui le répète : il n'y a pas que le beaujolais nouveau dans la vie. Loire, Rhône, Bourgogne... tous ont droit à leurs vins primeurs. Si vous n'en êtes pas persuadés, direction les caves Augé où cinq grands vignerons font boire leurs 2010. Grouillez-vous, ça boit jusqu'à épuisement des stocks. Soit bien avant 19h, heure officielle de la fermeture.

    Comment ça marche ? Cette nuit, Jean Foillard (Beaujolais), Noëlla Morantin (Loire)Jean-François Nicq (Roussillon), Fréd Cossard (Bourgogne) et Eric Pfifferling (Rhône) ont tracté leur tonneau de 200 litres jusqu'au boulevard Haussmann. Depuis 11h, on goûte le vin au cul du fût (ici l'Octobre Rouge 100 % syrah de Jean-François Nicq des Foulards Rouges) et on le met aussi en bouteille directement, pour le vendre.

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    Chacun goûte ce qu'il veut, dans l'ordre qu'il veut. Allez, on partage la trouvaille : c'est le 100 % grenache de l'Anglore d'Eric Pfifferling, sans doute l'un des meilleurs vignerons en France actuellement. Quelle couleur...

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    Entrons dans le vif du sujet avec quelques commentaires. A savoir : tous les vins tournent autour de la dizaine d'euros, 8 pour l'aligoté.

    * Le bourgogne aligoté primeur de Fréd Cossard (domaine de Chassorney) : acide, frais, rare. "On ne fait qu'une barrique... et tout le monde en veut. On vend tout en une journée et c'est fini" assume Cossard.

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    * le gamay primeur 2010 de Noëlla Morantin. Une belle surprise. Souriant à l'image de la vigneronne.

    * le beaujolais nouveau 2010 de Jean Foillard. On le voit chez tous les bons cavistes mais pour ma part je le trouve nettement en-dessous des vins classiques de Foillard, nettement en-dessous de ses vins élevés plus longtemps. Ainsi le morgon 2008 m'avait ravi au Bistrot Paul Bert.

    * Octobre Rouge de Jean-François Nicq des Foulards Rouges. Une belle surprise car l'année dernière je l'avais trouvé en retrait. On est vraiment sur le fruit, avec une finale plus ample qu'attendu.

    * Terre d'Ombre 2010, le primeur d'Eric Pfifferling de l'Anglore. Est-il encore besoin de répéter mon amour pour ce bonbon de grenache ?

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    Résultat : dans mon petit carton, 3 Cossard et 3 Pfifferling. H-E-U-R-E-U-X ! Et j'ai pris la même chose pour Olivier qui va me remercier éternellement.

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  • Beaujolais nouveau : la première quille que j'ai prise dans mes bras

    Ce matin, 11h, premier achat d'un millésime 2010. Celui de Karim Vionnet dont décidément je parle beaucoup en ce moment.

    C'est un peu la guerre pour pouvoir en acheter. Le caviste des Babines dit "bien connaître Karim" donc il a eu droit à... 24 bouteilles. "Parce qu'au départ, il ne voulait même pas m'en donner". Karim Vionnet vend beaucoup aux japonais qui ont tout compris ; il ne reste pas grand-chose pour le marché local qui préfère Nicolas ou la grande distribution. Sur les 24 bouteilles des Babines, j'en ai pris deux (16 euros en tout) et j'en ai vu une d'ouverte pour la dégustation. A 11h15, il n'en reste que 21...

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    Petite précision légale glanée aux Babines : sur ces étiquettes est mentionné beaujolais "primeur" plutôt que beaujolais "nouveau". En France comme au Japon, on n'aurait pas le droit de vendre du beaujolais nouveau après le 31 décembre. Sous la dénomination "primeur", aucun souci...
  • La soupe au beaujolais

    On a déjà parlé des légumes de Joël Thiébaut. Il me restait un chou-fleur graffiti, tout violet. Et une bouteille de beaujolais 2009 de Karim Vionnet, l'une de ses meilleures (alors que le primeur 2010 m'a un peu déçu).

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    Pour le chou, direction la cocotte. Pour une belle texture, ni trop liquide, ni trop veloutée et encore moins purée, le secret réside dans le dosage de l'eau : pour 500 grammes de légumes, autant d'eau, c'est-à-dire 500 ml de liquide. On porte à ébullition, on met un couvercle, on baisse le feu à petits bouillons et on laisse comme ça 20 à 30 minutes selon la résistance du légume. Le fort mais fruité beaujolais rehausse un peu ce plat douceâtre : car le chou graffiti presque sucré donne une soupe enveloppante pas très épicée.

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  • Le beaujolais nouveau va vite arriver

    Mettons à jour le programme de notre chère capitale en ce qui concerne les vins nouveaux. Coup d'envoi jeudi 18 pour ceux qui auraient oublié.

    * aux Caves Augé, la traditionnelle mais non moins exceptionnelle dégustation tirée du fût avec Jean Foillard en bonne place. Mais aussi d'autres vins naturels nouveaux : ceux de Frédéric Cossard (domaine de Chassorney en Bourgogne), deJean-François Nicq (Foulards Rouges en Roussillon), Noëlla Morantin (Loire), et ceux de mon préféré, le grand Eric Pfifferling (Mas de l'Anglore dans le Rhône).

    * Puisqu'on est presque dans la même maison, citons Lavinia qui mise aussi mise sur Jean Foillard.

    * à La Bonne Franquette, à Montmartre, on est sur les starting blocks et on proposera aussi des new beaujolpif (ChermetteLapierreLapalu, Foillard encore...). J'y serai.

    * aux Caves Fleury, on a tout compris. Avec les primeurs de Karim Vionnet, Marcel Richaud et de Thierry Puzelat. Il faut absolument que j'y passe.

    * à la cave Les Babines, en bas de chez moi, Karim Vionnet aussi sera à l'honneur. Enfin pourrais-je dire... Ainsi que Damien Coquelet et France Gonzalvez que j'avoue ne pas connaître.

    * sans oublier la soirée de Vicky Wine, l'amoureuse de Fleurie.

    * ... à suivre.

  • Petit luxe anti-crise #4 : boire un beaujolais nouveau avant la date officielle

    Le beaujolais nouveau 2010 existe, je l'ai rencontré. C'était samedi 13 novembre, bien avant le jeudi 18, jour où il va débouler sur les comptoirs. A la différence du 2009 plus lourd, il est déjà facilement accessible, voluptueux, léger, fruité, gouleyant. Pas forcément grandiose mais rafraîchissant. De toute façon, on ne lui en demande pas plus. Mais attention : j'ai choisi un véritable vigneron qui travaille de manière artisanale et naturelle. Loin des trucs imbuvables à 3 euros la bouteille, j'ai mis 8 euros dans ce premier beaujolais nouveau de l'année. Et il les valait. Une belle entrée en matière.

    Le petit luxe du jour, c'est donc ce sentiment égoïste d'appartenir à l'élite du pinard. Egoïste, pas tout à fait : autour de la table samedi, nous étions quelques amis à boire avant la date officielle. Depuis 1985, la date légale de mise en vente des vins nouveaux correspond au troisième jeudi de novembre. Interdiction est faite par les services des douanes d'en écouler avant ce jour. Pour éviter de mettre mon dealer dans la panade, je vais garder pour moi la provenance de ce joli cadeau.

    Les petits luxes anti-crise ? Des produits d'exception ou des bouteilles hors du commun pour une poignée d'euros. Plus d'infos sur ce lien.

  • Sébastien Lapaque évoque Marcel Lapierre

    Et c'est ce soir à 19h tapantes, en la belle librairie L'Arbre à Lettres, rue Boulard. A quelques coups de griffes du Lion de Denfert, face à la Cave des Papilles et non loin de la boucherie d'Hugo Desnoyer. Joli périmètre.

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  • Du soufre et du sans soufre : un petit exemple

    Un exemple n'a jamais valeur d'affirmation mais simplement d'illustration. Je ne suis pas un ayatollah du vin sans soufre, j'aime goûter la différence.

    L'exemple du jour concerne une fois de plus Marcel Lapierre et son morgon dans sa version 2009. Il y a quelques semaines chez Yves Camdeborde, j'ai goûté le "sans soufre ajouté" comme il faudrait dire. Je parlais d'un vin qui avait peut-être un peu de mal à s'ouvrir mais qui s'avérait "évident".

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    Ce midi avec Julien, place à la version "légèrement sulfitée". En effet, le vin sans soufre doit être conservé à moins de 14°C pour éviter toute déviance. Et on sait très bien que la chaîne du froid peut être rompue. En sulfitant (mais bien moins que la moyenne des autres vignerons), le domaine Lapierre permet à ses vins de voyager plus facilement. Ils peuvent être vendus à des cavistes qui n'ont pas forcément les moyens de conserver ce genre de bouteilles. Et surtout ils peuvent être achetés par des clients qui rencontrent souvent le même souci.

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    Version "légèrement sulfitée" donc (17 euros chez Cavavin Oberkampf). Si Julien a apprécié, je suis bien plus réservé. J'ai retrouvé l'aspect fruité et gouleyant, ce côté "évident", mais pas avec la même intensité et pas aussi rapidement. Cette bouteille met encore plus de temps à s'ouvrir, 2009 étant vraiment un millésime à part. En conclusion : même si mon choix impose un certaine discipline, il se porte ici et sans contestation possible sur le sans soufre.

  • Jamais déçu par Karim Vionnet

    Pour le côté parfumé, délicat et digeste, vive le Vin de KaV ! L'admirable chiroubles 2008 de Karim Vionnet (14 euros à la Cave des Papilles). Je ne pense pas qu'il m'en voudra si je dis qu'il est l'un des fils spirituel de Marcel Lapierre... Son nectar présent, fleuri, subtil supporte le meilleur des qualificatifs : agréable. C'est-à-dire qu'une gorgée en appelle une autre. Mais bordel, c'est ça le vrai beaujolais ! Ce n'est pas compliqué tout de même... Cela fait tout juste quelques mois que j'ai bu ma première quille de Vionnet et j'ose l'avouer : je préfère ses vins à tous les autres du coin ! Quand l'élève dépasse le maître... à mon goût, en tout cas.

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    P.S. : sur cette vidéo que j'ai honteusement volée à mtk1999, Karim Vionnet nous parle du primeur 2010 (le "beaujolais nouveau" qui arrivera le mois prochain). Sous-titré en japonais...

  • Siné intronise le roi du morgon

    On sait tous que Siné a dessiné l'étiquette de la cuvée Raisins Gaulois de Marcel Lapierre. Par contre, on a quelque peu oublié cet extrait pourtant culte d'un vieux numéro de Groland MagZine où le dessinateur lève son verre en l'honneur du roi du morgon.

    La vidéo est visible en streaming sur le site du domaine Marcel Lapierre. Il suffit de cliquer sur l'étiquette...

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    Merci à Nicolas Esprime de nous avoir retrouvé cette vidéo.

  • Joli échange autour de Marcel Lapierre sur Europe1

    Mercredi 13 au soir, Pierre-Louis Basse est revenu sur la mort de Marcel Lapierre avec Sébastien Lapaque au cours de l'émission Bienvenue chez Basse sur Europe1. Un bel échange sur l'homme, le goût de ses vins et leur côté "intellectuel".

    Je retiens deux formules. "Marcel Lapierre était un homme d'hier et d'après-demain" (Lapaque) et "Lorsqu'on a goûté le morgon de Lapierre, on est un autre homme" (Basse).

    A retrouver sur

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    à partir de 59"40.

  • Marcel Lapierre, un révolutionnaire

    Tout comme Jacques Berthomeau, retrouvons sur notre étagère le livre que Sébastien Lapaque a consacré à Marcel Lapierre ("Chez Marcel Lapierre", éditions Stock, 2003).

    Lorsque j'essaye de me souvenir quel jour, quel mois ou quelle année j'ai découvert le morgon de Marcel Lapierre, j'ai autant de mal que lorsque je m'interroge sur ma rencontre avec les livres de Balzac, de Bernanos ou de Simenon. Je crois que j'ai toujours connu Illusion perdues, Les Grands Cimetières sous la lune et Le Bourgmestre de Furnes. Même sensation avec le vin de Marcel Lapierre. Je n'arrive plus à me figurer qu'il fut un temps où je n'avais jamais dégusté ses morgons, avec leur robe de belle intensité, leur nez pur et aromatique, leurs tanins soyeux, leur bouche longue et souple... Il s'est effacé de ma mémoire. Je n'arrive pas à me souvenir de l'époque où je tenais la landonne de Guigal, le saint-estèphe de Haut-Marbuzet et les bourgognes de Jadot pour de grands vins... Je l'ai refoulée. C'était un temps où j'ignorais qu'il existait des viticulteurs qui labouraient leur terre, qui n'utilisaient ni pesticides ni produits de synthèse et produisaient de beaux vins grâce à une vinification sans soufre. [...] J'ai découvert que Marcel Lapierre n'était pas le dernier vigneron à travailler à l'ancienne, comme les gazettes l'écrivent quelques fois, mais le premier à avoir appliqué à la lettre les prescriptions de Jules Chauvet, vrai père de la viticulture moderne. Celles-ci, que je dirai, ont été à l'origine d'une véritable révolution dans le vignoble français - le meilleur restant à venir. Car rien n'est jamais perdu pour toujours.

  • Le morgon continuera de couler dans mes veines

    Je ne crois jamais aux nouvelles trop tristes. Marcel Lapierre est mort : non, c'est impossible. D'ailleurs je préfère utiliser le conditionnel : Marcel Lapierre serait mort. Comme ça, j'ai encore l'espoir que quelqu'un va se lever et nous annoncer que c'est juste une très mauvaise blague.

    Marcel Lapierre, c'est un peu le Johnny Hallyday du vin naturel : le boss, le patron, le taulier... Imaginez la mort de Johnny et vous comprendrez.

    Si je n'ai pas eu la chance de le connaître vraiment, je l'ai croisé plusieurs fois aux Vignes d'Adam ou chez Augé. Ce blog lui doit beaucoup : si le morgon coule dans mes veines, c'est évidemment grâce à ses vins. Ironie du sort, hier soir je buvais le Raisin Gaulois 2009. Comme tous les fous de vin naturel, ma peine est immense.

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    BourgogneLive et Olif nous ont appris la nouvelle par deux jolis hommages. Divers témoignages sur Facebook aussi, sur Twitter aussi.

  • Le beaujolais 2009 est arrivé

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    Le morgon 2009 de Marcel Lapierre est évidememnt un régal. Goûté une après-midi à la terrasse du Comptoir du Relais (36 euros) avec Thomas et Olivier, il met un peut de temps à s'ouvrir. On se prend à dire qu'un peu de cave ne lui ferait pas de mal. Ce qui ne peut pas être complètement faux de toute façon... Puis évidemment encore, il s'ouvre dans le verre et coule de manière évidente. Un vin évident (pour ceux qui n'auraient pas compris)...

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  • Le champagne du général

    Le grand Charles avait du goût pour les vins de l'Est. Le beaujolais de Jules Chauvet, j'en ferais bien mon ordinaire. C'était un autre siècle. Question champagne, la Boisserie se fournissait chez Drappier, une maison que connaissait bien son aide de camp, le colonel De Bonneval.

    Petit hommage donc que ces rares bouteilles de Drappier pour un vin baptisé simplement Cuvée Charles de Gaulle. Je crois que c'est à Colombey-les-Deux-Eglises qu'il s'en vend le plus, tellement elle est introuvable ailleurs. Sauf à Urville.

    Aussi incroyable que ça puisse paraître, c'est bon, c'est très bon. Drappier n'est pas là pour amuser la galerie ou surfer sur une vague. Assemblage de pinot noir et chardonnay, c'est un vin fin et élégant. On n'est peut-être pas dans la Grande Sendrée, mais c'est une des meilleures cuvées de la maison.

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    Pour l'accompagner, on a sorti un joli jeu : un bon pain de campagne, du caviar d'oursin Kaspia assez extra et un pâté aux truffes Maison de la Truffe bien moins excitant.

    Avec un before comme ça, on pouvait gaiement finir la soirée chez Alfred. Ce sera à lire juste au-dessus.

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