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bordeaux

  • Baron de Lestac : ce bordeaux c'est personne

    Au hasard d'une page de pub à la radio, avez-vous prêté l'oreille à ce spot vantant la grandeur d'un bordeaux à petit prix, le Baron de Lestac ? Je ne vais pas détailler ce qui se dit sur sa force, son boisé, son caractère. Si vous avez loupé cette tirade, n'ayez crainte : la campagne continue jusqu'au 13 février. Sur deux semaines, 400 "contacts" sont prévus selon Rayon Boissons. Il se conclut avec le nouveau slogan officiel de ce vin :

    "Baron de Lestac, ce bordeaux c'est quelqu'un". 

    Il faut parfois rappeler la réalité. Aucun noble n'a été fait baron de Lestac et pire, aucun domaine n'est baptisé Baron de Lestac. Donc il est faux de dire que c'est quelqu'un. Le Baron de Lestac, c'est personne. Ce n'est qu'une marque créée par le groupe Castel. Au même titre que les autres marques du groupe : Roche Mazet, Vieux Papes, Sidi Brahim... Tout le monde le sait mais tout le monde l'a-t-il oublié ?

    Castel, Lestac... En français, ce vin porte un nom : c'est un anagramme, tout simplement. 

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    (source : www.barondelestac.com. Vous ne croyez tout de même pas que j'en ai acheté...)

    Et pour ne pas faire de jaloux, tapons aussi sur Pierre Chanau. Chanau, qui lui n'est que l'anagramme de Auchan.

    ***

    Rédigé et publié début février 2012, cet article est toujours d'actualité : comme la pub radio pour ce vin repasse ce mois-ci sur les ondes, je me suis dit que moi aussi j'allais faire dans la rediffusion.

  • Enfin un grand cru bordelais que j'arrive à avaler

    Moins âpre que Mouton-Cadet, plus présent que Baron de Lestac et encore plus sucré que Yquem, voici enfin un grand cru bordelais que j'arrive à avaler. Je parle d'un grand cru classé de Saint-Emilion, château Fombrauge, propriété du "compositeur de vins" Bernard Magrez

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    Ce millésime 2012 se révèle facile d'accès, pas trop boisé et les arômes de ketchup n'ont pas été convoqués, ouf. Cependant, je le trouve trop peu amer, un peu passe-partout, trop facile d'accès. Ce qui signifie qu'il ne laisse pas un souvenir impérissable... Faute de mieux, il fait le job au petit-déjeûner. Heu, oui, on parle de miel en fait. Et avouons-le : apiculteur, c'est un métier. 

    Son prix ? J'ai dépensé 4,5 euros pour 125 grammes dans la boutique parisienne de Bernard Magrez. On est loin du délire des grands crus de raisin, mais on tourne tout de même à 36 euros le kilo. C'est vrai que le miel est quasiment devenu un produit de luxe du fait de la raréfaction des abeilles. Installer des ruches dans le vignoble, sur les toits de Paris ou dans tout autre endroit du monde, c'est connu. Bien sûr, Bernard Magrez n'était pas le premier, il ne sera pas le dernier, mais l'idée est belle. Après, le marketing qui vient bouffer le truc, le parallèle avec les grands crus, le côté passe-partout du produit, c'est autre chose. Mais au moins avec cet article, on arrêtera peut-être de dire que je tape continuellement sur Bordeaux. Ou pas.

    Si vous recherchez un vrai bon miel chez votre vrai bon caviste, essayez La Cave des Papilles ou encore le miel de tilleul de Yannick Navet, disponible aux Gourmands Lisent à Besançon.

  • Cheval-Bla​nc et Yquem, deux mythes à mourir d'ennui

    Je vais dire ici tout le bien que je pensais de la cave du Bon Marché avant le ravalement des dernières semaines. Située dans un arrondissement plus-chic-tu-meurs, elle pratiquait pourtant les prix parmi les plus bas de la capitale sur certaines belles bouteilles. Car en plus des grands crus attendus, la sélection se faisait particulièrement pointue voire déjantée :  les vins d'Elian Da Ros, ceux de Romain Paire et de Prieuré-Roch. Ou encore un Ebrescade à point (2004) de Richaud à moins de 25 euros. Du plus classique aussi, mais du joli comme les bourgognes de De Montille ou l'aligoté de De Villaine. Bref, à chaque passage, on avait envie d'y fureter. Voilà, c'est fait. Les gestionnaires de la cave, les responsables du magasin, les agences de comm' pieds-z-et-poings-liés-à-leurs-clients et les buveurs de bordeaux peuvent stopper la lecture de ce billet.

    Car je vais maintenant dire tout le mal que je pense de la cave du Bon Marché après les travaux. L'espace s'avère désormais assez clinique et l'éclectisme qui tendait vers le naturel a pris la poudre d'escampette. C'est joli les grands bordeaux mais on n'en achète pas. C'est joli les étiquettes prestigieuses des autres régions mais idem. Pire, je vais vous dire : on ne les boit pas, on ne les boit plus. Le plus sidérant fut la soirée d'inauguration de la cave à laquelle on m'avait gentiment invité. photo(2).JPG

    Je plante le décor de cette fin d'après-midi de décembre. Outre ma pomme et des copains blogueurs privilégiés, sont réunis des journalistes, des professionnels du vin habitués de ce genre de sauteries. Il n'y a pas de pointures, il faut l'avouer. Des pique-assiettes alors ? C'est vous qui le pensez, moi je n'ai rien dit. Je dis ça, mais je ne connais pas tout le monde. Et, pourvu d'une bonne dose d'auto-dérision, je m'y inclus, mais pour cette soirée seulement car je fuis ce genre de pince-fesses d'habitude. Mais là, l'apriori était favorable. Tout commence avec un petit speech (plutôt intéressant) du boss de la cave dans le caveau des grands crus, ces fameux vins que plus personne ne peut boire.

    Sauf nous, ce soir-là. Car nous accompagnent un commercial de Cheval-Blanc et la maîtresse de chai d'Yquem. Au sujet du premier, cru d'une immense réputation, tout le monde avait tartiné l'an dernier au sujet de la rénovation de leur chai par un architecte prestigieux. J'aurais préféré qu'on me parle de vin, mais bon... Quant aux liquoreux du château d'Yquem, je le précise pour ceux qui vivent sur la planète des buveurs de Vittel, ces vins sont sans aucun doute les plus célébrés dans le monde. Ce soir, ce n'est pas du lourd, c'est de l'énorme, de l'incommensurable. Du jamais bu pour nos jeunes palais de Français moyens. Enfin, si, on en avait déjà bu. Sans un grand souvenir.

    Pour régaler ou intriguer les amateurs confirmés et les professionnels présents, le Bon Marché aurait mieux fait de nous faire découvrir des "petits" vins "accessibles" que le magasin propose à la vente. On aurait voulu des trucs un peu originaux. Au lieu de cela, on préfère fêter le truc en laissant les gens de Cheval et d'Yquem ouvrir des vins d'exception. Enfin, l'exceptionnel, c'est surtout leur prix : tout cela nécessite un coup de fil à Cetelem avant le passage en caisse. Parait qu'un mythe n'a pas de prix... Ben si, en fait. Et je vais vous les donner pour tenter de démontrer l'incongruité de la chose.photo(1).JPG

    On nous assied en rang d'oignons sous des néons agressifs. On commence avec Y de Yquem 2006, c'est à dire le blanc sec (sans sucre) du château. Perso, je le trouve hyper vert, un peu rude à avaler. Je ne finirai pas la quille à moi tout seul, j'ai déjà du mal avec mon seul verre de dégustation. Prix T.T.C. chez un caviste : autour de 120 euros. Je me marre. Il s'agit bien d'une bouteille de 75 centilitres, pas d'un magnum ni d'un jéroboam, mais une bouteille classique.

    Cap sur les rouges avec le second vin de Cheval-Blanc, le Petit Cheval en 2006 lui aussi. On en avait déjà bu. Âpre et rude à nouveau et surtout, on dirait qu'un cépage supplémentaire entre dans sa composition : le bois. Forcément, il est vinifié dans 100 % de barriques neuves. Chez les naturels, on appelle ça "faire une pipe à Pinocchio" (copyright Vincent). Chez le caviste, on débourse un peu plus de 150 euros pour une simple bouteille. Je me marre (bis).

    Suit le frérot un peu plus vieux, le Petit Cheval 2001. On nous dit qu'il s'agit de "l'archétype de ce qu'on sait faire dans le Bordelais". Ben dis donc, faudrait tout de suite arrêter de faire du vin alors. Parce que c'est pas gégé. En entendant cela, on se demande vraiment où sont les rires enregistrés. Le 2001 est certes plus léger (heureusement, d'ailleurs) mais ennuyeux à mourir. Plus de 200 euros la quille. Je me marre (ter).

    Voici les grands vins. Enfin... les "grands"... Façon de parler.
     
    Il est mignon le Cheval-Blanc 2006 à l'amertume exécrable (et Dieu sait que j'aime l'amertume) qui monte à 620 euros les 75 centilitres (là aussi, on parle toujours du prix d'une bouteille normale). Je me marre, mais là ça tire sur le rire jaune.
     
    Puis, tel un destroyer qui vient tout sauver, voici Cheval-Blanc 2000. Enfin, on le pensait. D'accord, s'il fallait vraiment en sauver un ce soir-là, je veux bien le mettre de côté. Mais franchement, c'est par politesse. Je l'avoue, je trouve que ça se laisse boire, que ça pourrait presque être intéressant à table mais aucun de mes sens n'a été transporté. C'est limite si je ne m'en veux pas à moi-même : "tu dois avoir le palais sacrément déviant pour ne pas apprécier un vin à 1200 euros". Il n'y a pas de faute de frappe, il faut bien lire 1200 euros. 1, 2, 0, 0. Quatre chiffres. Soit un vin qui coûte plus d'un smic net, un vin dont le centilitre coûte plus de 15 euros... En le buvant, je m'ennuie et vu le prix du vin, je ne me marre plus du tout.

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    Pour ajouter à l'absurdité de la soirée, le Bon Marché avait prévu quelques grignotages pour accompagner les bouteilles. Des trucs pas mauvais mais pas transcendants non plus. À ce stade, à celui du Cheval-Blanc 2000 (1200 euros la quille, je le répète), arrive une petite bouchée homard-oursin. Avec ce gros rouge, c'est du grand n'importe quoi. Oui, j'aime bien les accords mets/vin à la con mais là ça dépasse l'entendement. J'aurais préféré rester à jeûn. Ou qu'on reparte sur Y de Yquem. Tu me diras, il y avait déjà eu une bricole sucrée avec un des premiers rouges.

    Du blanc maintenant : le grrrrrand Yquem, le vrai, avec du sucre dedans et tout, et tout. La version 2007 est plutôt jolie, c'est celui-là en fait le vin à sauver ce soir. Mais bon, hein, on n'est pas non plus transporté. Paraît qu'il n'est pas encore en place ; alors pourquoi le proposer à la vente ? Parker lui met 98/100 avec ce mot "magique". A 550 euros la bouteille, c'est une aberration.

    Yquem 2005 s'avère crémeux avec pas mal de sucre : bref, tout ce que je déteste. Il laisse d'ailleurs un sale petit goût en bouche assez inexplicable . L'accord avec le pata negra pourrait me faire exploser de rire. Entre 600 et 700 euros la quille, je ne rigole plus, mais alors plus du tout.

    Enfin un Yquem un peu plus vieux, le 1996 qui se montre champignonné, donc je dirais joli mais là encore assez ennuyeux. A 300 euros, on casse les prix, c'est presque abordable... Non évidemment, je déconne.

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    Conclusion. On pourra dire que mon palais est déviant à force de boire du vin naturel et que je ne suis pas habitué aux grands vins. Mais après en avoir goûté quelques-uns aujourd'hui (ou d'autres à d'autres moments), Cheval-Blanc et Yquem ne sont pas pour moi des "grands" vins.

    Oui, j'ai un vrai problème avec eux ; je n'ai pas envie de me resservir un verre. A cause de leur goût intrinsèque et de leur prix totalement délirant. On pourra me taxer à chaque fois de mauvaise foi. Ma foi, je m'en fous. S'il y en a certains que ça fait vibrer, tant mieux, je les laisse acheter ces bouteilles. Si des Chinois, des Indiens ou des Brésiliens le font, on ne peut pas leur en vouloir, on a fait pareil à une époque. Et ça leur passera avant que ça me reprenne.

    Le vin est une boisson, et par cette nature, il est fait pour être bu, avalé et donner les idées heureuses. Ici, je me sens loin de tout ça. Une armée des ombres faite de buveurs, de néophytes, d'amateurs, de connaisseurs, de professionnels en a conscience, elle est justement en train de sortir de l'ombre. En tant qu'amateurs-blogueurs, nous avons aussi une responsabilité. J'irais même jusqu'à paraphraser un vieux barbu : les blogueurs n'ont fait qu'interpréter diversement le monde du vin, il s'agit maintenant de le transformer. Quitte à être les idiots utiles du système qui en accouchera.

    Aparté. Pour se rincer la bouche, on est allé faire un tour dans une maison choisie, le Coinstot Vino. Le talentueux Guillaume Dupré nous a dégoté le Bibonade de Jeff Coutelou, un vin louche par rapport aux canons de l'orthodoxie vinicole. Un compliment, donc. Vendange en sûrmaturité d’une parcelle complantée avec 20 cépages différents et vinifiée sans aucun intrant chimique, il fout une claque à Yquem pour une raison particulière : il donne le sourire. A moins de 20 euros sur table. De plus, il nous a fait parler pendant une bonne demi-heure, à peine le temps mis pour siffler la bouteille. On le sait d'ailleurs, c'est le test ultime : le meilleur des vins est vidé avant les autres. Ce soir, il n'y avait pas photo. Et c'est un vin qu'a d'la gueule !

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    C'est mon opinion et je la partage.

  • Le Grunge Tasting, avec Olivier Techer et son "rock and Pomerol"

    Cette semaine, nous passons au crible les 6 vignerons rebelles invités au Grunge Tasting le 12 décembre.

    A Pomerol, au sein de la propriété familiale, Olivier Techer cultive une dizaine d'hectares pour élaborer les vins bios du château Gombaude-Guillot.

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    Peux-tu nous parler de ton travail dans les vignes ?

    Gombaude-Guillot est dans la famille depuis 1868. Prenant la suite de son père en 1983, ma mère, ingénieur agronome de formation, a cherché à se rapprocher du magnifique terroir du plateau de Pomerol. Elle a donc peu à peu supprimé les traitements qui lui semblaient superflus, en leur préférant des méthodes plus naturelles, comme l'enherbement. Finalement en 1992, elle s'est rendue compte qu'elle était dans le cahier des charges A.B. et elle a demandé la certification en 1997 : Gombaude-Guillot est donc un des précurseurs de la viticulture biologique dans le Bordelais. De plus, nous travaillons en biodynamie depuis 2005 sans être certifiés ; pour nous, cela reste une démarche personnelle et difficilement certifiable. Les rendements sont relativement faibles (37 hectolitres par hectare en moyenne sur les dernières années). Au chai, le seul intrant est le soufre mais nous l'utilisons le moins possible et la quantité varie en fonction de l'état sanitaire du raisin. Sur 2010 par exemple, nous n'avons pas sulfité la vendange. Nous travaillons uniquement en levures indigènes et nous collons (si nécessaire seulement) au blanc d'oeuf bio. Nos vins entrent-ils dans la catégorie "naturels" ? Je ne sais pas, nous essayons juste de faire parler le terroir, sans mettre dans nos vins toute la panoplie des artifices à la mode. Mais n'oublions pas que sans l'homme, il n'y a pas de vin. Je m'inscris tout à fait dans le prolongement de ce que mes parents ont fait et et continuent de faire. Gombaude-Guillot est un très bel outil et je compte bien continuer dans ce sens !

    Pour le Grunge Tasting, on t'a présenté comme le producteur du "rock and Pomerol"... Tu es un peu le rebelle de Pomerol ?

    Dans ma jeunesse, j'ai chanté dans un groupe de métal et plus jeune encore, j'aimais beaucoup Nirvana, comme tous les gosses de mon âge. Mais j'évite de mettre des poils et des cheveux gras dans mes cuves... Ici à Bordeaux, tout est tellement figé que si vous faites un pas de travers, vous êtes un rebelle. Alors mon père, lui, c'est un guérillero. Moi je me contente de le soutenir, je suis encore un débutant.

    Peux-tu nous présenter une de tes cuvées que tu vas nous faire goûter le 12 décembre ?

    Château Gombaude-Guillot 1998 : un grand bordeaux dans un grand millésime à Pomerol. Puissance, velouté, équilibre, finesse et prêt à boire. C'était l'année de mes 18 ans, de la Coupe du monde de football et j'ai participé aux vendanges.

  • Deux repas arrosés ce dimanche

    A midi, un coup de champagne classe. La dernière bouteille de Grande Sendrée 2000, la cuvée qui n'a jamais été aussi fine.

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    Avec l'estomac de cochon farci, le saint-émilion naturel du Château Meylet année 1990. Un peu éteint au début mais qui se revigore par la suite, il devient un vin de grande classe, digeste et dégraissant. Le prototype du "vin fin", vocable qu'utilisaient à l'époque les bonnes épiceries.

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    Question digestifs, on a sorti trois jolies et sacrées bouteilles. La poire de la distillerie Maucourt en Moselle (on en reparlera) et celle de chez Manguin à Avignon. Si désormais je connais bien la première, j'avoue que la seconde est une très belle surprise. Jamais entendu parler de Manguin malgré mes séjours dans ce coin de la France. C'est incroyablement fruité et acéré, sans avoir le feu de l'alcool. A côté, le roi du cognac, celui de la famille Estève toujours aussi caressant. 

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    Le soir même, Thomas apporte un petit bourgogne qui coule vraiment très bien (bourgogne La Taupe 2008 de Hubert Chavy). Un cran au-dessus évidemment (mais pas de photo), ce fut le volnay 2007 de Rebourgeon-Mure qui me semble maintenant bien mûr.

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    En guide de dessert, les pruneaux à l'armagnac de Dartigalongue dont j'ai expliqué ici la prouesse gustative, à base de vrai sirop, de vrai armagnac et de vrais pruneaux. Effectivement, ça change tout. Facilité du sucre, amerture du pruneau gorgé et acidité apportée par l'alcool : c'est incroyable...

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  • Le p'tit ch'val dans le mauvais temps...

    Oui, sale temps pour les chevaux d'Antonin. On ne va pas refaire le coup du Haut-Brion 2002 car les deux bordeaux ouverts ce soir-là avaient quelque chose de grisâtre. Pourtant, il y en avait un comme on aime et dans lequel on continue à croire. C'est L'Homme-Cheval de Dominique Léandre, qui ne se monte pas du col. Mais plouf, fermé et réduit. Quand ça sent la ferme ça ne me dérange pas mais là oui, ce fut un peu dur. Je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé, mais je l'ai connu plus caressant. Mais bon, c'est un 2010 : moi je lui pardonne. 

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    Le problème vient plutôt de l'autre, une vieille carne de 1988, Le Petit Cheval, un saint-émilion-grand-cru. Le second vin de Cheval-Blanc a triste mine. Je ne sais pas qui a fait les vendanges cette année-là ou si le chai était un peu laissé à l'abandon, mais en tout cas, le canasson est mort malgré un nez superbe.

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    Alors celui-là, j'espère qu'on ne va pas nous reprocher de l'avoir trop attendu. Décidément, ces jeunes cons ne font vraiment pas les choses bien. Par contre, on connait Brassens qui lui connaissait Paul Fort et on sait comment se consoler : en musique.

  • Quand Antonin casse certains de nos rêves...

    Notre cher Guide nous a convié chez lui un soir de juillet. Dans le XIIe arrondissement de Paris dorment de belles quilles chouchoutées par Antonin. A la fin de la lecture de l'article, certains penseront peut-être à aller y faire un fric-frac : je donne l'adresse, le code et l'étage au plus offrant...

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    Thème de la soirée, le rouge. Avec plein de rouges. Sept bouteilles patientent sagement devant les yeux impatients d'Emilie, Eva, Samia, Stéphanie, Frédéric, Laurent et moi.

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    Première bouteille. Nez et bouche très légers : une macération carbonique ? Un beaujolais ? Non, plus lourd, plus d'alcool. Pas un pinot non plus. Léger, poivré et plus généralement épicé, j'ai même noté "cacao". Puisqu'Antonin nous demande de mettre des notes, allons-y : 15/20 soit un vin particulièrement bon et savoureux selon la typologie Vindicateur. C'est quoi, c'est quoi ? Premier cri d'orfraie de la soirée : j'ai été incapable de reconnaître un domaine que je connais pourtant très bien, Les Foulards Rouges de Jean-François Nicq. Cuvée Glaneuses, 70 % grenache, 30 % syrah. Voilà que ça commence bien cette dégustation... Prix caviste : 13 euros.

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    Deuxième bouteille. Là, j'en suis sûr, le nez est caractéristique d'un vin naturel. En bouche, quelques tannins adoucis et une première impression : "c'est super bon !" On n'est pas plus avancé... Je crois deviner un Languedoc. En tout cas, il vaut bien ses 16,5. Entre le très bon vin et le vin délicieux. Alors ? C'est un corbières naturel, l'Alternapif 2008 du domaine Les Sabots d'Hélène (Alban Michel). Antonin adore et il a raison. Prix caviste : une dizaine d'euros.

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    Ouh là, là, tout ce vin naturel ce soir... Troisième bouteille. Oui, j'ai entraperçu l'étiquette au moment du service. Mais pour moi, ça se devine très fortement au nez et à la bouche : c'est un pinot noir bourguignon. C'est trop léger, ça s'arrête net mais j'adore ça. Alors zou, 16. Regoûté une heure après, il a perdu de son intérêt, une partie de son fruit s'est évaporé. Allez, 15. Vin particulièrement bon. Là, je me dis aïe, car j'ai vu l'étiquette et c'est Henri Gouges aux commandes. Tu me diras, 15/20 pour un bourgogne générique c'est pas si mal. Quoi ? Comment ça c'est pas un générique ? C'est un nuits-saint-georges ? Ah ben merde alors... Quoi ? C'est un Premier cru ? Tu déconnes ? Quoi ? C'est le Premier cru les Saint-Georges 2004 ? Ah ben merde de chez merde, parce que franchement c'est beaucoup trop court pour une appellation aussi prestigieuse. Parfois la dégustation à l'aveugle, ça ne pardonne pas. Parfois... Prix caviste, aïe : 80 euros.

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    Quatrième bouteille. Whaou... Fin, long et de très beaux amers. On est encore en Bourgogne mais c'est clairement quelques crans au-dessus. On dirait bien que ça vaut 17 (vin délicieux, complexe et très charmeur à la fois), voire 18 (grand vin, excellent et mémorable) une heure plus tard tellement on gagne en complexité. Allez dis Antonin, c'est quoi ? Rien de moins que le latricières-chambertin du domaine Trapet, version 2006. Alors là, merci... Mais fallait nous dire qu'on allait boire des trucs comme ça ce soir : on se serait lavé, on aurait repassé nos chemises ou mis un tailleur. Trève de plaisanterie, c'est exquis. Prix caviste : 80 euros, rien à voir avec le précédent.

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    Cinquième bouteille. Et ouais, après le Trapet, on n'en est qu'à la cinquième bouteille, ça promet. Alors là, c'est boum-boum : un nez absolument hallucinant, je ne sais pas si j'en ai déjà rencontré de tels. C'est un nez à la Usain Bolt : on n'arrive pas à le suivre. Et ça part dans tous les sens, ça évoque plein de choses, de parfums, d'arbres... La bouche a donc du mal à suivre : ce qui est sûr, c'est que le goût est plus rude (élevage) que précédemment. Va pour 16,5. Regoûté une heure plus tard, il a terriblement grandi : la bouche est incroyablement longue, mais aussi massive. Se révèle un très, très grand vin, de ceux qu'on ne boit pas tous les jours évidemment. Avec la complexité folle du nez, je l'avoue, j'ai mis 19 (vin exceptionnel, expression rare et géniale de son appellation). La Grande Rue 2002 du domaine Lamarche, un des grands noms de Bourgogne. Nouveau cri à l'évocation de ce climat aussi mythique... Prix caviste : un peu plus de 150 euros.

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    Qu'il est bien situé ce climat La Grande Rue : on ne le voit pas bien sur la photo, mais c'est entre La Tâche et La Romanée-Conti. Sympas les voisins...
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    Sixième bouteille. Urgh... C'est quoi ça ? Antonin, t'es pas cool : tu nous excites avec des bouteilles incroyables et là, tu nous fais dégringoler de plusieurs étages. Les palabres commencent : bouchon défectueux ? Amertume classique ? Problème de conservation ? Pourtant, on sent qu'il pourrait y avoir un truc pas mal dans le verre. Ah non, c'est la sève... C'est âpre au possible. Après le précédent, il rame sévère. Je relis mes notes : j'ai mis 14 (vin tout juste bon) avec cette phrase "ça vaut 10 euros". Petit problème : c'est le château Haut-Brion 2002. Des cris effarouchés dans l'assistance, des injures, des poings levés, des "mais-c'est-quoi-ce-cirque", des "mais-tu-t'es-fait-refiler-une-bouteille-contrefaite", on commence à fomenter des révolutions, on en vient à se poser des questions sur l'avenir de nos blogs ou le sens de la vie plus généralement... Cette bouteille sans intérêt relève du mythe que nous voulions tous goûter, au moins une fois dans notre vie : tout de même, Haut-Brion, ça fait rêver un minimum. On aurait aimé adorer, dire que c'est génial, que c'est une apparition divine... Mais on ne va pas faire semblant. Et même, on a l'impression d'avoir été dépossédé d'un joli rêve. Ah bien sûr, on sait que ces grands crus ne valent pas forcément les euros nécessaires à leur achat ; mais qu'un grand vin puisse être aussi petit... On le savait déjà, on en est désormais sûr grâce à l'observation empirique : mieux vaut se concentrer sur les "petits" vins qui, eux, ont vraiment le potentiel des grands. Et comme quoi, il n'y a pas que le vin naturel qui puisse tourner au pré-vinaigre. Prix caviste : autour de 350 euros. Si, si...

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    Septième et dernière bouteille. Forcément, on a un peu peur. Tiens, ça aussi c'est Bordeaux. Oui mais lequel ? Antonin ne nous ayant pas servi de pipi de chat pour finir, c'est forcément Laffite, Mouton ou Petrus. C'est assez bon, mais d'un classicisme extrême : 15,5 et je vais même monter jusqu'à 16 (très bon vin). Gagné ! C'est Mouton-Rothschild 2002 ! Franchement ça va, mais ce n'est ni à la hauteur de la réputation de Mouton, ni à la hauteur de son prix (400-500 euros). Pareil, on ne va pas faire semblant. Déception moindre que pour la bouteille précédente, mais déception là aussi.

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    On est totalement désarçonné par la différence abyssale entre la réputation des domaines et la réalité des breuvages. Nous faisons les comptes. Le gagnant de la soirée est bourguignon : La Grande Rue 2002 de Lamarche avec 16,75/20 de note moyenne (sans doute grâce à mon 19). Il bat d'une courte tête le latricières-chambertin de Trapet (16,62). Sur le podium, un vin naturel ! L'Alternapif arrive troisième et décroche 15,96 pas très loin des Foulards Rouges ex-aequo avec Mouton-Rothschild 2002 (15,92). Le résultat est à peine croyable... Le nuits-saint-georges Premier cru d'Henri Gouges arrive péniblement à 15... Et la surprise de la soirée n'est en fait qu'une confirmation : Haut-Brion 2002 ferme la marche avec 14,63...

    Conclusion. Ils n'ont pas l'air cons les grands crus avec leurs notes pourries et leurs prix qui correspondent au loyer mensuel d'un studio parisien. Bien évidemment, tout cela n'est que subjectif, notamment le système des notes. Mais on ne peut pas nier le fait qu'il se dégage quelque chose de cette dégustation. A l'aveugle, les grands crus se font exploser par des vins à 10 euros. Le plaisir (quand il y en a) n'est certes pas le même, les consommateurs non plus et je ne plaide pas pour que les vignerons fassent exclusivement des vins à 10 euros. Par contre, certains devraient se poser des questions.

    Même si je suis persuadé de la justesse de cette dégustation, je sens que les critiques ne vont pas tarder à fleurir. Je les devance :

    - "Qui sont ces jeunes cons à qui on a servi du caviar à la louche ?" Nous étions sept : des filles, des hommes, des mecs en chemises, d'autres en ticheurte, des filles en tailleur, des brunes, une blonde, des types pas rasés, des vingtenaires, des trentenaires... Et tous, nous sommes d'accord avec le verdict final. Personne ne s'est écrié "Haut-Brion, c'est du génie en bouteille !"

    - "Vos palais sont trop jeunes, vous n'avez pas compris ces vins !" Jeunes ou expérimentés, les palais n'aiment pas le vin qui sent la sève ou la rafle à plein nez. Pour le vinaigre, voyez du côté de Banyuls, pas de Bordeaux.

    - "Il aurait encore fallu attendre ces vins !" Et puis quoi encore ? Y en a marre de cette rengaine... Un bon vin, c'est bon jeune, c'est bon vieux. Il y a des primeurs de bordeaux qui sont exceptionnels quand on les goûte au fût. Alors si 9 ans après le pinard n'est pas près, ne comptez pas sur moi pour poireauter.

    - "Vous êtes tombés sur un Haut-Brion défectueux". Peut-être. Ce qui voudrait dire que pour Mouton ou Gouges, c'est pareil ? Et que les deux vins naturels (notés à leur juste niveau) étaient normaux ? Les bouteilles ont été bien conservées et bien ouvertes, on n'a pas fait n'importe quoi non plus.

    - "De toute façon, vous préférez la Bourgogne !" Réponse personnelle : oui ! Et de loin ! On trouve encore des nuances et une complexité qui n'existent pas (plus ?) vraiment à Bordeaux.

    - "Et puis vous êtes de jeunes bobos parisiens... C'est normal, vous préférez le vin naturel". Oui, sans doute. Mais j'aime aussi la Romanée-Conti ou La Grande Rue de Lamarche, surtout dans un millésime comme ça. N'oublions pas que le vin, c'est aussi du plaisir.

    - ... si vous avez d'autres critiques, je suis tout ouï.

    Dernière chose : on n'a pas condamné définitivement ces grands crus inabordables. Un jour ou l'autre, on les goûtera à nouveau. Mais ça fait un peu mal au postérieur... Reste à remercier Antonin pour nous avoir ouvert sa cave personnelle et pour avoir contribué à la formation de nos goûts. Promis, on t'en veut pas d'avoir casser un ou deux de nos rêves viniques...

  • Radiographie personnelle des vins du mariage princier

    Pour faire rêver madame Michu, l'AFP nous a sorti le menu du mariage princier. Au moins ils jouent la transparence : je n'ai pas vu de telle liste pour Kate et William. Pour Charlene et Albert, le repas a été concocté par Alain Ducasse : tiens, il est revenu en cuisine ? Cerise sur le rocher, on a même eu droit au pedigree des vins dégustés ce soir-là. En faisant quelques recherches, notamment sur Vindicateur, le site qui offre une synthèse pondérée de différentes sources (avis de professionnels et d'amateurs), on va voir ce que valent les quilles ouvertes samedi dernier. Attention, c'est totalement subjectif (voire de mauvaise foi) car je n'ai pas goûté ces vins. D'un autre côté, si je les avais goûté, mon propos aurait été tout autant subjectif...

    1 / Pour les beaux yeux de Charlene, on commence avec un blanc d'Afrique du sud sur la petite entrée composée de légumes, tomatolive et mulet mariné. La cuvée Anaïs 2009 de Vins d'Orrance. C'est un genre de label, marque, négoce... dirigée par un Français, Christophe Durand qui a déménagé au Cap en 1995. Ici le chardonnay provient de deux vignobles, l'un de Constantia, l'autre de Franschhoek. C'est un "vin classique" : c'est pas moi qui le dit, c'est le communiqué de presse. Cela doit valoir une vingtaine d'euros la quille. Quoi ? Vindicateur n'en parle pas ? Ben nous non plus, alors. Dommage.

    2 / Avec le petit épeautre et ses légumes primeur au pistou, on sort un vin de Bellet. La cuvée Le Clos 2009 du Clos Saint Vincent est un 100 % rolle. Le domaine est cultivé en biodynamie : a-t-on choisi ce vin pour montrer qu'on est dans le vent ? Pas sûr, car cette cuvée dans différents millésimes est notée autour de 15 sur Vindicateur ("vin particulièrement bon, savoureux") : on l'a choisi parce que c'est bon. Une vingtaine d'euros la bouteille.

    3 / Avec la marmite de poissons locaux dans leur bouillon safrané... un vin rouge ! Un pari assez osé car relativement peu classique ; mais le vin en question est assez léger, parait-il. La cuvée Baron G du Château de Bellet en version 2008 (40% folle noire, 40% braquet, 20% grenache). Noté autour de 16 sur Vindicateur ("très bon vin, immédiatement remarquable"). Une vingtaine d'euros la boutanche. En fait, j'aurais bien aimé y participer à ce mariage, ça devait être pas mal du tout...

    4 / Sur la coupe de fruits rouge, un Yquem 1996. Là franchement, c'est un peu bof. Même moi, avec mon budget serré, je vais mieux traiter trois de mes potes autour d'un barbecue cet été dans les Vosges : je vais leur ouvrir le 1997 (en demi-bouteille, certes). Et là, franchement, rien à voir. La cote du 1996 sur iDealwine s'élève à 221 pour grimper jusqu'à 291 pour le 1997. Chez Vindicateur, Yquem 1996 atteint évidemment une belle note : 18,8 (à quelques points du "vin exceptionnel, expression rare et géniale de son appellation"). Mais pas autant que mon 1997 qui grimpe lui à 19,7 (à 3 dixièmes de la perfection, du "vin fabuleux, nectar-plus-ultra, quelques gouttes de dieu tombées sur terre"). Et en plus la principauté aurait fait des économies si elle avait consulté Vindicateur : le 1997 est 50 euros moins cher que le 1996. Moralité : Albert devrait parcourir un peu la bloglouglou avant d'acheter son pinard.

    5 / Avec le gâteau de mariage, une coupe de champagne Perrier-Jouët, cuvée Belle Epoque 2002. J'ai déjà bu cette cuvée mais pas en 2002 : je n'en garde aucun véritable souvenir. Chez Vindicateur, ça tourne autour de 15. Franchement, pour un mariage princier, on aurait pu s'attendre à autre chose qu'à un 15. Ce n'est pas très excitant tout ça. Et on est à 120 euros la bouteille. Le plus embêtant dans l'afafire, c'est qu'une palette de ce champagne a été dérobée entre Epernay et Monaco dans la nuit du 23 au 24 juin. Souci supplémentaire, elle ne comprenait pas 156 bouteilles comme habituellement, mais 288... Une mini affaire d'Etat.

    On récapitule ? Un résultat mi-figue, mi-raisin. Hormis la première bouteille, choix de courtoisie envers la mariée, on ne peut nier le réel effort pour consommer local. D'ailleurs, ça se retrouve aussi dans l'assiette, notamment dans le choix des poissons : pour ceux que ça intéresse, tout le menu est détaillé ici. Saluons aussi la prise de risque avec le bellet rouge, sachant que l'imaginaire collectif a fait sien le théorème "sur le poisson, du blanc !". Et en plus, le vin semble bien bon. Pour le reste... Chassez le bling-bling, il revient au goulot : en plus d'être attendues, les bouteilles accompagnant le dessert me semblent mal choisies : sans doute trop jeunes, trop tape-à-l'oeil par rapport au reste et pas forcément dans le bon millésime. Oui, c'est facile de critiquer. Et s'ils avaient donné dans les grands bordeaux ou les champagnes hors de prix, on leur serait tombé dessus comme la vérole sur le bas clergé.

  • Cos d'Estournel 1981 et son darjeeling poivré

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    Continuons dans les vins de saint-estèphe version 1981. C'est marrant d'ailleurs, pour fêter les récents trentenaires, je ne trouve que du saint-estèphe. Souvent, je me dis "tant pis, au moins ça me fera boire un peu de bordeaux cette année, ça changera". Mais ce soir, je peux avoir le sourire : Cos d'Estournel 1981, un vin qui m'a toujours fait de l'oeil avec son côté à la marge qui surclasse les grands noms. Ou alors est-ce l'histoire de ce vin qui s'exportait aux Indes dès le XIXe. Tout cela donne un liquide bien plus intrigant que d'autres noms. Mais on le boit désormais en demi-bouteille, car il faudrait hypothéquer sa maison pour un magnum.

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    Et bien pour une fois, il est bien dommage de ne pas avoir de magnum de ce vin. Car là, j'en suis vraiment à me réconcilier avec le bordeaux, c'est dire. Après avoir ôté le bouchon usé dans sa partie inférieure et après que ce dernier se soit coupé en deux, j'ai versé le vin dans un grand verre à bourgogne. Robe brique encore svelte, comme les trentenaires de 1981. Nez fin bien ouvert après une heure dans le verre. Bouche délirante tirant sur un darjeeling bien poivré. Finale interminable. Une claque en somme. Il sera bien difficile à l'avenir de regoûter un autre bordeaux. Je voulais en reboire une bouteille entière jusqu'au moment où j'ai réalisé le prix d'un millésime récent (entre 150 et 300 euros selon l'année, pour 75 centilitres).

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    Pour l'accompagner, restons simple : bavette d'aloyau aux shiitakés, pour retrouver dans les champignons ce goût de noisette propre à la bavette. Volupté toute en rondeur qui vient accompagner la légèreté de ce Cos d'Estournel et ses tannins fondus.

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  • Je m'emmerde un peu avec les bordeaux, même ceux de mon année de naissance

    C'est un comble tout de même pour moi qui ne bois que quelques centilitres de bordeaux par an : hormis le bas-armagnac de ce week-end, je n'arrive pas à trouver de millésimes 1981 ailleurs que dans le bordelais. Car il me faut l'avouer : avec un bordeaux, je m'emmerde bien souvent.

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    Le Savoyard, petite boutique résistant à la "mono-activité" du quartier Sedaine-Popincourt à Paris, offre quelques vieux millésimes plus ou moins bien conservés. J'ai fait un test avec ce saint-estèphe Château de Pez 1981, c'est-à-dire avant qu'il soit racheté par la maison de champagne Louis Roederer. Bu en deux fois dimanche soir puis lundi midi avec Pauline et Gex. Bouchon complètement effrité, robe rubis superbe, nez plus présent à l'ouverture que le lendemain, bouche soyeuse et goût plus pointu le lendemain que le jour de l'ouverture. C'est plutôt pas mal, assez fin, les tannins ont bien fondu mais y a pas de quoi se relever la nuit. Il faut dire aussi qu'on est bien plus habitué aux vins jeunes et que, soyons honnête, 1981 n'est pas une année hors-du-commun question pinard. Pour en profiter pleinement, il aurait sans doute fallu boire cette bouteille il y a quelques années. Bref pour 28 euros, on s'emmerde un peu.

  • 1981...

    Bon la grande affaire du moment pour les futurs trentenaires dont les anniversaires jalonneront 2011, c'est de trouver des petits pinards de l'année de notre naissance. Des vins qui, comme nous on l'espère, ont plutôt bien tenu le coup, ont plutôt bien résisté aux trois dernières décennies. Alors je cherche, je cherche. Et je commence à trouver des choses raisonnables c'est-à-dire pas trop chères. Pas question de Lafite, de Mouton, de Margaux : on va jouer quelques crans en-dessous sans faire non plus dans le château vinasse. Je ne suis pas grand partisan des vieux millésimes, mais là c'est juste affaire de rigolade. Mon problème, c'est que j'arrive surtout à rassembler des bordeaux (ainsi qu'un armagnac et un superbe bourgogne), un comble pour moi qui n'en bois presque jamais. D'ailleurs si quelqu'un a des pistes, je suis preneur. Et j'en profite aussi pour m'excuser par avance auprès de ceux avec qui j'ouvrirai ces bouteilles : en réalité, elles n'auront sans doute pas passé les années avec autant de facilité que nous. Vins morts, vinaigre et gros dépôt seront sans doute au rendez-vous. Au pire, on fera une belle daube de boeuf millésime 1981.

  • Faut-il être sur une île pour faire un bon bordeaux ?

    C'est la honte : en ce moment, on boit du bordeaux. D'un autre côté, ça change. L'île de Patiras, en pleine flotte entre Pauillac et Blaye, accueille un joli domaine (Thierry et Sylviane Viélet) qui travaille bien mieux que la moyenne dans la famille des bordeaux génériques. Un vin croquant qui a autant la matière recherchée par les amateurs de bordeaux classiques que la buvabilité chérie par les tenants du naturel. Belle surprise en somme pour un 2005 au prix assez dérisoire (entre 6,50 et 8 euros selon les cavistes).

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    Pour tout dire, je l'avoue, j'ai choisi ce vin parce qu'il venait d'un bon caviste certes, mais aussi parce que j'étais dans ce coin du Bordelais au début du mois de septembre. Et je voulais voir ce que ces vins avaient dans le ventre une fois remonté à Paris.

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  • Vendredi du Vin n°31 : un bordeaux frondeur

    Un vin qui dit fuck au système ? Un vin rock'and'roll qui fait un gros doigt aux institutions ? Lorsque la présidente Eva a lancé l'idée, j'ai tout de suite pensé au domaine de la Vrille Têtue qui se situe à Saint-Vincent-de-Paul, juste au sud de Saint-André-de-Cubzac. Du côté de Bordeaux donc, c'est-à-dire dans un des vignobles les plus codifiés, les plus institutionnels, bref un vignoble bourgeois.

    Loin, très loin des fameux grands crus dont tout le monde parle mais que personne ne boit, Jean-Jo et Pascal Brandeau (le père et le fils) s'habillent une année de la pastille verte bordeaux supérieur, une autre année de la bleue vin de table. Une année A.O.C., une année niet : c'est selon les "humeurs" du comité d'agrément. Sans doute n'ont-ils pas utilisé assez de copeaux de bois, sans doute n'ont-ils pas assez micro-oxygéné... Dans notre ère technologique réglée au laser, la déviance est une qualité. Le domaine de la Vrille Têtue l'est (têtu) et continuera de travailler en bio et sans intrants de synthèse, qu'importe les pressions.

    photo volée sur le site du domaine de la Vrille Têtue par ailleurs très drôle et très bien fait

    Prenons le cas du fameux millésime 2006, dont la bouteille a été vite sifflée lors de mon apéro d'anniversaire il y a 6 mois. Qu'y a-t-il de si extravagant dans la bouteille ? Ben du bordeaux classique. Merlot, cabernet-sauvignon, cabernet franc. Mais considéré comme "atypique" par Quali-Bordeaux, organisme qui distribue (ou pas) les A.O.C. Donc couleur bleue, vin de table. Sur l'étiquette, les vignerons poussent une gueulante : "On marche sur la tête. Ce vin, sans doute le meilleur de ces dernières années, a été refusé par le comité d'agrément. Il est donc classé : Vin de table français. A vous de juger". Une amie amatrice de bordeaux en a apprécié le contenu. Moi-même qui ne boit que très rarement du merlot, j'ai vraiment aimé : non seulement il possède une rusticité étonnante, engageante mais surtout il est profond, long, naturel. Aux classiques bordelais morts-nés, on ne peut que préférer ce vin qui a un peu de poil sous les bras.

    On peut rigoler de tout cela, mais c'est grave. C'est à chaque fois un pas vers une standardisation du goût qui remet en cause le travail des vignerons artisans. Voici comment les Brandeau résument tout cela sur leur site internet : "L'AOC, Appellation d'Origine Controlée, est de moins en moins le signe d'une appartenance à un terroir, mais bien plutôt l’assujettissement servile à des études de marché, il faut le dire, au service d'un petit nombre de <<gros>> et de négociants... Pour être <<bon>>, il faudrait abdiquer toute personnalité et se couler dans le moule... ne pas faire de vagues, et surtout, se taire..."

    Des buveurs de bordeaux de supermarché à 4 euros se plaignent aussi de son prix trop élevé. Forcément, il faut 1) avoir le réflexe d'aller chez un bon caviste (ici la superbe cave-libraire Le Vin se Livre à Paris), 2) ne pas avoir peur de la mention vin de table et 3) mettre près un peu plus que le prix habituel (7,5 euros chez le caviste mais seulement 5 ou 6 si on commande directement à la propriété). Boire un vin qui a une véritable personnalité et défendre la diversité du monde est à ce prix. Et malgré tout, si les Brandeau ont vendu toutes les bouteilles de 2006, c'est qu'il doit bien y avoir une raison...

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    PS : promis, pour le prochain Vendredi du Vin, je ne parlerai pas de bordeaux !
  • Vendredi du vin #30 : un bordeaux en pole position, le château La Levrette

    Quel meilleur thème que "le vin... et le SEXE" pour entrer dans la boucle des Vendredis du Vin ?

    Pour l'illustrer, j'ai choisi (une fois n'est pas coutume) un vin des côtes de Blaye qui m'a pas mal séduit dernièrement. Quand on sait qu'il est produit par les héritiers de François Mauriac, on comprend bien qu'on ne va pas faire dans le graveleux.

    Le bordeaux rouge de Laetitia et Arthur Mauriac repose sur un savant dosage de merlot et de cabernet-sauvignon bien mûrs qui donnent un jus vif et bien noir. Bien sûr, pour un amoureux de la Bourgogne comme moi, il parait au début trop dense et trop concentré. Mais à bien y regoûter, ce souci s'estompe. Il n'est pas aussi lourd ni vanillé que d'autres bordeaux surextraits : après quelques minutes, le vin s'ouvre et une jolie acidité vient renforcer sa buvabilité. Ce qui laisse à penser qu'on est en présence d'un vignoble bien travaillé et d'un raisin respecté. Ce que vient confirmé le serveur du BoBar, l'un des seuls bars à vins naturels de Bordeaux, où j'ai découvert ce vin. Il confirme : dans les vignes, pas de désherbant chimique et des vendanges manuelles. S'il ne s'agit pas d'un pur jus naturel à la Overnoy ou à la Schueller, on est assez loin de ce qui se fait communément dans le Bordelais.

    Ah oui, dernière chose, j'allais oublier le nom du domaine. Choisi pour rappeler des valeurs comme l'élégance, la finesse et même la féminité, loin des autres bourrins bordelais : c'est le château La Levrette. La levrette étant bien entendu la femelle du lévrier : élégante, fine, racée... Ben quoi ? Vous pensiez à autre chose ?

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  • Sucre contre acidité

    Mes différents voyages en Asie m'ont fait comprendre une chose : nos sociétés dites occidentales reposent sur une civilisation du sucré. Voyez par exemple l'importance du dessert dans un menu (une notion assez absente en Extrême-Orient). L'industrie s’immisçant dans la brèche, les enfants (et une majorité d'adultes) préfèrent le Nutella au jus de citron, le sucré plutôt que l'acide. La facilité avant tout. C'est pareil pour le vin : Jonathan Nossiter parle de vin "confiturés" pour définir les bordeaux technologiques, ces vins vanillés souvent lourds, peu digestes. Influences de Robert Parker et de Michel Rolland ? Sans doute.

    A l'inverse, mon goût se porte plutôt vers l'acide. Et n'oublions pas que c'est l'acidité qui permet le vieillissement des vins. Un exemple récent : cette bouteille de bouzeron du domaine Chanzy, bue dans le millésime 2008. Bouzeron est la seule A.O.C. bourguignonne qui ne plante pas de chardonnay. Ici règne l'aligoté. Bien sûr ce cépage n'est pas voué à être conservé des années. Mais il n'est pas voué non plus à pisser de l'eau comme c'est le cas trop souvent ; tout comme le fameux kir peut être très bon. Le secret ? Prendre une crème de cassis extra et un bon aligoté.

    Sauf que celui du domaine Chanzy me parle tellement avec sa "belle acidité", que je bois la bouteille sans rien d'autre.

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  • Bordeaux : le Bar-Cave, joli petit moment

    A Bordeaux, il est assez difficile de trouver une cave à manger un peu accueillante. On consulte ses guides bien-aimés, sur papier et sur la toile. Et on trouve le Bar-Cave, petite adresse du chef Jean-Pierre Xiradakis, dans la même rue que La Tupina.

    Ce week-end là, on était à Bordeaux pour un mariage entre Blaye et Bourg. Donc le midi, je me jette directement sur un blanc de Blaye, le Château des Tourtes. Assez enivrant, je le goûterais bien à nouveau, au salon des Vignerons Indépendants.

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    Quant à l'assiette, si elle est trop salée, elle a pas mal de répondant, tel cet oeuf aux cèpes à moins d'une dizaine d'euros. Les frites d'en face étaient assez excitantes. Une adresse agréable.

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    Bar-Cave, 34 Rue de la Porte de la Monnaie, 33 000 Bordeaux, 05 56 31 12 33

  • La bande des Quatre aimerait se noyer dans Le Puy

    Les dégustations de la bande des Quatre correspondent aux débouchonnages et décapsulages effectués durant le week-end du 15 août...

    Complètement différent des vins de Thunevin, le Château Le Puy en Côtes de Francs n'a rien de cette trop forte concentration qui me laisse de marbre. Un jus de la treille, digeste, facile à boire. Surtout un des plus vieux domaines bordelais, sinon le plus vieux, à travailler en bio (depuis 1610) et la meilleure vente de Lavinia.

    Ici le problème, c'est le millésime. J'ai des souvenirs émus du 2004 mais le 2002 reste assez banal. Il a déjà le mérite de me faire boire à nouveau du bordeaux. En magnum en plus. Et c'était pas gagné d'avance...

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    Verdict de la bande des Quatre : un rouge léger, très agréable à boire. Mais un millésime sans doute plus difficile qu'un autre... D'ailleurs nous avons ouverts un second bordeaux 2002 d'un autre viticulteur du coin (un des satellites de Saint-Emilion). Là aussi, le millésime n'avait pas rendu grâce à la bouteille.

  • On commence à respirer dans le vignoble

    Il était temps. Sauf que certains ne sont motivés que par l'appât du gain...

     

    Aux primeurs 2009, les vins bios surfent sur une "lame de fond" mondiale
    Par Chantal VALERY

    SAINT-EMILION (Gironde), 3 avr 2010 (AFP) – Les vins bios et biodynamiques se sont taillé une part de choix sur le marché des primeurs 2009 à la faveur d'un engouement mondial pour la viticulture sans pesticide, d'une "véritable lame de fond irréversible" qui semble les mettre à l'abri de la crise. Au coeur du vignoble de Saint-Emilion, les visiteurs français et étrangers se pressaient à Château Fonroque, grand cru classé, pour déguster le millésime 2009 de 38 propriétés biodynamiques de toute la France et d'Allemagne à l'occasion de la semaine des primeurs, qui s'achève ce week-end à Bordeaux. […] "Le côté baba cool, post-soixante-huitard, c'est révolu", déclare à l'AFP Christophe Ehrhart, vigneron et président du domaine Josmeyer en Alsace, "on sent maintenant un vrai frémissement pour la biodynamie", qui vise à "amener l'équilibre du terrain dans la bouteille". […] "Ce mouvement de fond est à pondérer pays par pays", ajoute Thierry Valette, propriétaire de Clos Puy Arnaud dans les côtes de Castillon (Gironde). Il y a des marchés qui "frémissent" comme le Japon et les Etats-Unis où le "green" est à la mode, et d'autres qui restent hermétiques comme la Chine ou la Russie, "en pleine mutation industrielle pour lesquels la pollution n'est pas le premier souci". […] Le bordelais "se met à bouger", estime M. Valette : 5% des crus prestigieux expérimentent la viticulture bio ou biodynamique. Il y a, selon lui, à peine 4 % de viticulteurs bios dans le monde et moins de 1 % de biodynamiques. "Très clairement, la viticulture n'est pas entrée assez tôt dans ce créneau porteur", souligne Laurent Gapenne, président de la fédération des grands vins de Bordeaux. "Il y a un décalage entre la demande du consommateur et la prise de conscience de la filière", juge aussi M. Valette, convaincu que certains crus bios et biodynamiques "écrasent au niveau gustatif énormément de grandes marques". […]

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  • Jonc-Blanc pommes de terre

    Le bergerac, logiquement ça me fait plutôt fuir. Je n'aime pas trop cette région où souvent encore on fait pisser la vigne pour du vin qui n'en mérite pas le nom. Je n'ai jamais rien goûté de très spécial. Le pire étant le liquoreux qui donne mal au crâne dès le premier verre.

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    Mais beaucoup disent du bien de ce montravel, une A.O.C. un peu dans l'ombre. Château Jonc-Blanc (15 euros chez Versant Vins). Un vin blanc ouvert une heure, tenté sur un petit pot-au-feu. De l'ampleur et bien sec, sans souci avec le boeuf moutardé. Un vin suave. Un joli mot pour une jolie sensation.

    En fait, mon problème est d'être peu sensible aux cépages sémillon et sauvignon quand ils sont cultivés en Bordelais. Car le sauvignon, je le préfère en Loire. C'est à toute cette région de Bordeaux que je suis peu sensible en fait. Et effectivement, les goûts et les couleurs...

  • Le Comptoir du Relais d'Yves Camdeborde : une larme de bonheur

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    Nous y voilà enfin. Sept mois d'attente pour la table la plus courue de Paris. Aucune étoile Michelin et un niveau de cuisine digne d'un troizétoiles. Un menu du jour à 50 euros, des vins de qualité, un joli décor. Le sentiment d'être un privilégié. "Rappelle-toi quand on a réservé en mai dernier..."

    Le vin est vite choisi. Pour les entrées, un blanc déjà connu de nos services : le Jurançon sec, Cuvée Marie de Charles Hours version 2007 (26 euros). Un nectar sublime, l'un de mes vins préférés. Un magnum de rouge pour la viande et le fromage. Ah oui, on ne lésine pas sur les moyens ce soir. Lorsque la bouteille d'un litre et demi arrive sur la table, on se demande si on n'a pas vu un peu trop grand. Château Le Puy 2003. Un bordeaux dans une appellation qui monte, Côtes-de-Francs (58 euros seulement). Un très beau vin bien léger et goûtu.

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    C'est parti.

    Gougères, chips vitelotte, rondelles de saucisson frère Camdeborde. Je passe vite sur les amuse-gueules qui ont ravi la mienne.

    En entrée, on laisse parler le chef. "Tourteau breton, rémoulade pomme avocat, bouillon de crabe à l'huile d'olive". Simple, évident, connu mais oublié. Le terroir sublimé. A refaire, à copier. Même si ça ne réussit pas aussi bien une fois revenu à la maison, ça ne peut pas être foncièrement mauvais.

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    Arrive le petit souci, un gramme de problème : le menu à 50 euros peut être vu comme un produit d'appel. Car comment faire si on ne mange pas de tout ? Ou si on a vraiment envie de se faire plaisir ? Je m'explique : en plus du menu imposé, il y avait des suppléments possibles. Certains ont choisi le crémeux à la truffe plutôt que les Saint-Jacques (+ 10 euros). Et les garçons ont craqué pour le lièvre à la royale (+ 15 euros) à la place de l'agneau. On n'est pas chez Camdeborde tous les soirs. Donc no limit comme dit Olivier.

    Nos voies ont quelque peu différé. "Crémeux d'oeuf truffes noires et parmesan".

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    Et pour les garçons, "Saint-Jacques de la baie de Granville rôties en coquille, beurre demi sel persillé, agrume confit". Vous m'en mettrez une quinzaine en plus, merci. Fondant, marin, parfait.
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    Ebouriffant. On attend avec impatience la viande. On croque un bout de pain. "Mais c'est quoi ce truc de malades ?"

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    Arrive donc la viande. Là aussi les chemins ont bifurqué. Pour certains, ce qui était dans le menu. "Selle d'agneau des Pyrénées roulée, thym et ail, crosnes au jus, chou de Bruxelles en mousseline, salade". Les crosnes sont ces tubercules qui ressemblent à des vers de terre. Je précise.

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    Et pour les garçons, no limit. "Lièvre à la royale à notre façon".

    Avant...

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    ...et après.

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    Rien que de revoir les photos... Bref. Le rouge est toujours là, le magnum même pas à demi vidé. Heureusement le fromage débarque, joli prétexte pour pouvoir encore se goinfrer de pain.

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    No limit, on a tout goûté. Le ventre se fait lourd. Les fromages viennent de chez Boursault, maison parisienne réputée. Note pour plus tard : faut y aller. Le bleu de Termignon était sensationnel.

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    Le dessert est déjà là. "Perles du Japon, lait vanille cannelle, chantilly à la banane". De manière moins poétique, les perles du Japon, ce n'est que du tapioca. Mais façon Camdeborde, c'est à tomber. Un dessert bizarrement très léger. Et pas de photos car mes colocataires de table gueulaient déjà parce que j'en prenais beaucoup. Et là je crois aussi que j'ai oublié. Je m'en veux.

    Et puis le moment qui cloue le bec à un dîner comme ça, la cerise sur le gâteau. On a parlé quelques minutes avec Dieu le père : du repas, du Michelin qui le snobe, des clients qui ne le snobent pas, de la daube de joue de boeuf que j'avais copiée, des crédits qu'il doit rembourser, des coups de téléphone aux fournisseurs, des 48 personnes qu'il emploie et des 28 qu'il nourrit chaque soir.

    Yves Camdeborde est bien le pape du bistro gourmand à Paris, son inventeur officiel aussi. C'est un sacerdoce, une vocation et un appétit de faire partager des bons produits : du lièvre, un bleu, une Saint-Jacques. Une joue de boeuf, une purée, une chantilly. Et de nous redonner quelque chose que la société moderne a confisqué : le goût.

    Et je repense à ce qu'écrivent Sébastien Lapaque et Yves Camdeborde dans leur livre Room Service qui raconte l'histoire et les recettes du lieu : à la manière d'Antoine Blondin, il ne nous reste plus qu'à aller toréer les voitures du boulevard Saint-Germain voisin.

    Le Comptoir du Relais, 9 Carrefour de l'Odéon, 75 006 Paris, 01 43 29 12 05.

  • Du Médoc mais pas de photo

    Nous avons débouché le médoc acheté au Bon Marché. J'en avais déjà parlé dans cette note. Je rafraîchis les mémoires. Il s'agit d'un Château Tour-Haut-Cassancru bourgeois, 2003 (17 euros). Sur le romazava, ce superbe pot-au-feu malgache aux feuilles et fleurs de brèdes mafane, il est totalement flingué. Mais tout vin serait flingué par un tel plat. Non pas que l'assiette soit épicée, mais un picotement caractéristique des papilles (qui vient des brèdes) empêche de se concentrer sur tout liquide qui l'accompagnerait. A Madagascar on se fait pas chier, on le mange avec de la bière.

    Sur le plateau de fromages, le médoc peut enfin se révéler. Il est extra, concentré mais digeste. En tout cas pour les amateurs. Mais voilà, c'est pas pour moi. Le bordeaux, je n'y arrive pas. Hormis un ou deux (autres) producteurs. C'est plus fort que moi. Désolé.

  • Le millésime 2009, bientôt dans les bacs

    J'arrive après la bataille, mais je le note tout de même. Le millésime 2009 serait exceptionnel. Tout le monde le dit. En Champagne, à Bordeaux (tiens, y font encore du pif à Bordeaux ?), dans le Beaujolais, partout. Sauf peut-être dans le Languedoc-Roussillon, où cela serait "plus hétérogène". Hiver pluvieux, printemps sympa, été chaud comme il se doit. Bref les conditions climatiques sont réunies. C'est un truc de coopérative, ça, la météo. Car, encore une fois, il faut le répéter, le vin ce n'est pas seulement l'interaction entre la météo, un terroir et un homme : c'est avant tout un homme qui aime ce qu'il fait. Frédéric Cossard (dont nous déboucherons une bouteille dimanche soir), les frères Puzelat, Lenoir... pour ne citer que ceux qui retiennent mon attention cette semaine (et sans pour autant les boire).

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