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domaine de la vrille-têtue

  • Vendredi du Vin n°31 : un bordeaux frondeur

    Un vin qui dit fuck au système ? Un vin rock'and'roll qui fait un gros doigt aux institutions ? Lorsque la présidente Eva a lancé l'idée, j'ai tout de suite pensé au domaine de la Vrille Têtue qui se situe à Saint-Vincent-de-Paul, juste au sud de Saint-André-de-Cubzac. Du côté de Bordeaux donc, c'est-à-dire dans un des vignobles les plus codifiés, les plus institutionnels, bref un vignoble bourgeois.

    Loin, très loin des fameux grands crus dont tout le monde parle mais que personne ne boit, Jean-Jo et Pascal Brandeau (le père et le fils) s'habillent une année de la pastille verte bordeaux supérieur, une autre année de la bleue vin de table. Une année A.O.C., une année niet : c'est selon les "humeurs" du comité d'agrément. Sans doute n'ont-ils pas utilisé assez de copeaux de bois, sans doute n'ont-ils pas assez micro-oxygéné... Dans notre ère technologique réglée au laser, la déviance est une qualité. Le domaine de la Vrille Têtue l'est (têtu) et continuera de travailler en bio et sans intrants de synthèse, qu'importe les pressions.

    photo volée sur le site du domaine de la Vrille Têtue par ailleurs très drôle et très bien fait

    Prenons le cas du fameux millésime 2006, dont la bouteille a été vite sifflée lors de mon apéro d'anniversaire il y a 6 mois. Qu'y a-t-il de si extravagant dans la bouteille ? Ben du bordeaux classique. Merlot, cabernet-sauvignon, cabernet franc. Mais considéré comme "atypique" par Quali-Bordeaux, organisme qui distribue (ou pas) les A.O.C. Donc couleur bleue, vin de table. Sur l'étiquette, les vignerons poussent une gueulante : "On marche sur la tête. Ce vin, sans doute le meilleur de ces dernières années, a été refusé par le comité d'agrément. Il est donc classé : Vin de table français. A vous de juger". Une amie amatrice de bordeaux en a apprécié le contenu. Moi-même qui ne boit que très rarement du merlot, j'ai vraiment aimé : non seulement il possède une rusticité étonnante, engageante mais surtout il est profond, long, naturel. Aux classiques bordelais morts-nés, on ne peut que préférer ce vin qui a un peu de poil sous les bras.

    On peut rigoler de tout cela, mais c'est grave. C'est à chaque fois un pas vers une standardisation du goût qui remet en cause le travail des vignerons artisans. Voici comment les Brandeau résument tout cela sur leur site internet : "L'AOC, Appellation d'Origine Controlée, est de moins en moins le signe d'une appartenance à un terroir, mais bien plutôt l’assujettissement servile à des études de marché, il faut le dire, au service d'un petit nombre de <<gros>> et de négociants... Pour être <<bon>>, il faudrait abdiquer toute personnalité et se couler dans le moule... ne pas faire de vagues, et surtout, se taire..."

    Des buveurs de bordeaux de supermarché à 4 euros se plaignent aussi de son prix trop élevé. Forcément, il faut 1) avoir le réflexe d'aller chez un bon caviste (ici la superbe cave-libraire Le Vin se Livre à Paris), 2) ne pas avoir peur de la mention vin de table et 3) mettre près un peu plus que le prix habituel (7,5 euros chez le caviste mais seulement 5 ou 6 si on commande directement à la propriété). Boire un vin qui a une véritable personnalité et défendre la diversité du monde est à ce prix. Et malgré tout, si les Brandeau ont vendu toutes les bouteilles de 2006, c'est qu'il doit bien y avoir une raison...

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    PS : promis, pour le prochain Vendredi du Vin, je ne parlerai pas de bordeaux !
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