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grunge tasting

  • Le Grunge Tasting, avec Pierre Pitiot l'antisarkozyste primeur du Beaujolais

    Cette semaine, nous passons au crible les 6 vignerons rebelles invités au Grunge Tasting le 12 décembre.

    Au sein du domaine de l'Astrolabe, à Bully dans le sud du Beaujolais, Pierre Pitiot cultive 1,30 hectare de vignes et un hectare de cerisiers. Cette année, il a vinifié une cuvée primeur baptisée fucks@rkozy.com

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    Peux-tu nous parler de ton travail dans les vignes ?

    Créé en 1998 sur un terroir argilo-granitique et argilo-calcaire, le domaine faisait 6 hectares et demi jusqu'à l'année dernière. Mais des difficultés financières m'ont obligé à le réduire pour devenir salarié en parallèle. Je travaille en agriculture biologique avec une forte sensibilité pour la biodynamie sans avoir eu jusqu'à présent le courage de passer complètement le cap. Pour info, le millésime 2011 est à moins de 400 grammes de cuivre métal par hectare.

    Ma philosophie de travail de la vigne et du vin est "less is more" : j'essaie d'intervenir le moins souvent possible avec les outils les moins "violents". Je laboure sur quelques centimètres avec un chenillard pour lutter contre l'asphyxie du sol. J'essaie de ne pas rogner les vignes, les traitements sont faits à la sulfateuse à dos. Respecter et entretenir au maximum l'écosystème autour de la vigne, ça me permet d'avoir un sol vivant où la population d'insectes "ravageurs" pour la vigne s'autorégule. 

    En vinification, j’utilise le moins de soufre possible. Sur une cuve à problème, il m'est arrivé d'aller jusqu'à 2 milligrammes par litre mais c'est le maximum pour moi. 2011 est fait absolument sans soufre donc 100 % raisin. Pendant les vinifications, je suis le plus soft possible pour le vin : pas de chauffage, peu de remontage, un petit foulage au pied en début de macération, pas de saturation des cuves en CO2 et bien entendu, pas de levures en sachet... Le vin est mis en bouteilles par gravité sans filtration et sans dégazage. Au final, il se conserve mieux et on peut le "personnaliser" au moment du service en secouant plus ou moins.  

    Depuis deux ans, j'ai décidé de travailler sans aucun chiffre ni analyse avant vinification : mon nez est mon seul outil. Il me semble dommage de se fier à des chiffres. En plus de comporter une marge d'erreur, cela fausse notre jugement et donne place à des interprétations erronées en ce qui concerne l'équilibre d'un vin.

    Ta cuvée fucks@rkozy.com a fait de toi l'antisarkozyste primeur du Beaujolais...

    L'antisarkozysme, j'assume. A mon avis, ce type a fait plus de mal à la France que le baco, le noah (cépages interdits) et le phylloxéra réunis. Cette politique de diviser pour régner est insupportable. Sa collusion affichée avec les patrons de média m'horripile. Il me semble que peu de gens sont dupes de ce qui se passe à la tête de ce pays et pourtant peu de choses bougent. C'est dommage, parce que la démocratie en plus d'être un super concept marketing veut vraiment dire le pouvoir au peuple. 

    Je suis adepte des circuits courts qui favorisent l'emploi local. Il faut absolument arrêter la consommation de masse et considérer que consommer est un acte militant. Acheter en grande et moyenne surface, c'est donner de l'argent à un système qui a mon avis nous opprime moralement et physiquement tout en anesthésiant notre capacité de jugement. 

    Après, il y a un autre truc qui me révolte : c'est ce système complètement décadent de l'A.O.C. Il favorise le négoce en nivelant la qualité par le bas. Faire croire au consommateur qu'une A.O.C. lui garantit une authenticité tient au mieux de la bêtise, mais le plus souvent c'est un mensonge. La traçabilité apportée est illusoire, la constante gustative un mythe. Pour moi, seul l'avis de mon consommateur final compte, qu'il soit novice ou non. Son avis m'intéresse, le reste n'est que de la paperasse pour bien-pensants.  

    Docn oui, le vin c'est grunge ! Le vin n'a de saveur que dans son partage et on ne peut pas dire que ce soit la valeur montante de notre société. Moi je trouve ça assez grunge.   

    Peux-tu nous présenter une des cuvées que tu vas nous faire goûter le 12 décembre

    Je viens avec ma cuvée Il était une soif 2009 issue de vignes en agriculture biologique depuis 10 ans sur un coteau argilo-calcaire de Theizé orienté sud-est à près de 500 mètres d'altitude. Les vignes sont issues de sélection massale avec une moyenne d'âge de 90 ans. Sur cette parcelle, la roche mère est rarement à plus de 30 centimètres de la surface : il s’agit vraiment de conditions extrêmes pour la vigne qui ne donne qu'une quinzaine d'hectolitres à l'hectare. Sur cette cuvée, j'ai essayé de faire un vin de garde en laissant le gamay exprimer ses notes épicées : muscade, pivoine, clou de girofle... C'est une bouteille  qui permet de d'entrevoir la filiation entre le gamay et ses cousins pinot noir, petite serine et mondeuse.

  • Le Grunge Tasting avec Ivo Ferreira, la meilleure crapule du Languedoc

    Cette semaine, nous passons au crible les 6 vignerons rebelles invités au Grunge Tasting le 12 décembre.

    Après un passage par les restaurants étoilés, Ivo Ferreira est devenu vigneron à Montpeyroux, au coeur des terrasses du Larzac, au nord-ouest de Montpellier. Sur les sols arides du domaine de l'Escarpolette, il cultive 3 hectares et demi de vignes. 

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    Peux-tu nous parler de ton travail dans les vignes ? 

    J'ai pour habitude de dire que je travaille de manière naturelle et pourtant ancestrale ! Mon domaine est partagé en une quinzaine de parcelles elles-mêmes situées dans cinq villages différents : une sacrée mosaïque de terroirs, d'altitudes et de cépages ! J'en fait cinq cuvées de rouge, une de blanc et un tout petit peu de liquoreux. Mes vignes sont travaillées et uniquement traitées avec des minéraux, la plupart du temps par poudrage. Les sols sont labourés légèrement en surface une fois par an au début du printemps. Mes vins sont faits sans aucun ajout de produit œnologique et mes cuvées haut de gamme sont sans sulfite ajouté.

    Travailler de la sorte, c'est un acte rebelle ?

    Aujourd'hui, faire du vin est devenu facile et accessible au commun des mortels. Avec l'aide des conseillers viticoles et d'un bon labo oenologique, on peut arriver à faire un vin sans défaut. Mais où est l'authenticité, l'expression du vigneron, son caractère ? Pour moi c'est une évidence et je ne saurais pas faire autrement. Je recherche une sorte de pureté, d'expression du terroir et du millésime ; pour y parvenir, je ne fais aucune concession et je ne suis aucune recette établie... Juste de l'instinct et beaucoup d’attention.

    Peux-tu nous présenter une de tes cuvées que tu vas nous faire goûter le 12 décembre ?  

    Le blanc de l'Escarpolette ! C'est la première année que j'en fais. Bien sûr, je le trouve bien bon mais surtout ce sont les premières parcelles que j'ai récoltées cette année, une récolte mémorable...  C'est un assemblage de muscat et de macabeu qui subit une macération jusqu’à la fin des sucres, un peu comme en rouge. Du coup, on a un nez très, très exotique avec une bouche fraiche et tranchante. Le contraste surprend et j'aime ça !

  • Le Grunge Tasting avec Mathias Marquet, l'utopiste de Bergerac

    Cette semaine, nous passons au crible les 6 vignerons rebelles invités au Grunge Tasting le 12 décembre.

    A Sigoulès en Dordogne, Mathias Marquet produit les vins du Château Lestignac : des blancs secs et des blancs moelleux, un bonbon de rosé et évidemment des rouges, le tout réparti sur une quinzaine d'hectares de vignes en conversion bio. Il est aussi un des vignerons-blogueurs les plus en vue de la toile.

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    Peux-tu nous parler de ton travail dans les vignes ? 

    L'idée est assez simple finalement : faire du bon vin issu de raisins. Cela peut même paraitre simpliste et les moyens pour y arriver sont finalement assez réduits : il faut une terre saine, le travail en biodynamie est là pour y aider. Dans cette philosophie, on pioche les outils pour retrouver nos sens que l'on a laissés entre les mains des manufactures d'engrais ou de produits phytosanitaires et des ingénieurs agronomes.

    La biodynamie, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est d'abord une philosophie qu'il faut s'approprier sans dogmatisme. On ne va pas récupérer nos oreilles attentives qu'on a confiées aux chimistes pour les confier à d'autres gourous dogmatiques aussi biodynamiques soient-ils. C'est donc une observation issue d'expériences diverses et variées. Qu'est-ce qui pousse sur ma parcelle hormis la vigne ? Quand est-ce que cela pousse ? Ma terre est-elle compacte et pourquoi ? Pourquoi est-elle élastique ici et pas ailleurs ? Comment mon sol réagit-il aux pluies ? Comment la matière végétale réagit-elle ? Quel est le temps d'humification du broyat de sarment ? Etc.

    Vient ensuite la période des solutions. L'idée est alors d'essayer beaucoup de techniques et d'outils pour qu'ils puissent aller dans le sens d'une complète autonomie des sols. La préférence va toujours à la facilité : on préfère le fumier des vaches qui gambadent le long de nos parcelles, on préfere des semis de plantes qui se resèment. On préfère faire le boulot à la main plutôt que de passer trois plombes à chercher chez X fournisseurs l'outil qui va bien aller. Ainsi, on va vers des sols qui s'autofertilisent. Le broyat de sarment permet de fournir 50 à 70 % des besoins nutritifs de la plante. Pour les 50 à 30 % restants, on essaie de faire bosser les vers de terre, grâce à des solutions comme la bouse de corne qu'ils apprécient beaucoup. Donc plus ça va, plus on se dirige vers une grosse fainéantise sur le travail, une non-intervention que l'on pousse le plus possible. Moins on intervient, mieux on se porte. On ne coupe pas l'herbe hormis en fin de saison. on travaille deux fois les sols dans l'année. Pour moi la biodynamie, c'est demander à la plante de se démerder toute seule, en lui envoyant seulement des messages au bon moment.

    Et le terroir ? Pour moi, c'est une photo prise à un instant t. C'est l'image d'une année pour le vin, l'image d'une vie de cochon pour un saussisson, d'une vie de poulet, d'une vie de canard, etc. Il peut y avoir de belles photos retouchées grâce à Photoshop : on va apprécier les couleurs, la mise en scène mais personnellement j'ai toujours aimé les photos volées, aussi floues soient-elles car elles expriment à la fois un moment et un regard. Pour moi, si le terroir doit être mis en bouteille, c'est dans son entité entière. Je suis prêt à boire des vins plus durs ou des vins plus acides si je ressens le terroir. Je me fous completement des arômes : les "petits fruits rouges" ou les "agrumes", on s'en contrebalance ici. Ce qui nous intéresse, c'est que le vin ait une personnalité.

    Tout ça pour dire qu'on fait du vin en mettant des raisins dans une cuve et après ça fermente. Des fois bien, des fois mal. Puis quand c'est fini, on met en bouteille. Avec un peu de soufre, parfois sans, ça dépend de la gueule du pinard. Voilà : du raisin et que du raisin. Je veux boire du terroir, c'est ce que j'aime. Je ne demande pas que tout le monde aime. Enfin un minimum, c'est mieux quand même pour casser la croûte. Mais j'avoue que ça m'énerve franchement quand j'entends des petits vignerons (petits par la taille de leur structure) parler de terroir et utiliser les mêmes produits que l'industrie du vin. Autant les gros ils font du coca et il en faut malheureusement : ça plait ou pas, chacun son truc, il y aura toujours des péquenots pour aller acheter. Ce n'est pas une critique contre ces gens-là, ni contre les producteurs ni contre les consommateurs : c'est un constat. Mais les petits qui font pareil jettent le doute sur chacun d'entre nous : ils travestissent la notion de terroir. Boire tel ou tel vin avec une belle gomme arabique et une bonne claque de soufre, ça m'énerve d'autant plus si on me l'a vendu, avant de tremper mes lèvres innocentes dans le verre corrompu, comme provenant "d'un petit vigneron". Et je sais qu'on va me resservir le couplet sur la "sécurisation du parcours vinicole", c'est-à-dire qu'il faudrait éviter de "rater sa cuve" déjà que "c'est pas facile, mon pauvre monsieur, il y a déjà suffisamment de risques comme ça pour ne pas en prendre d'autres" afin d'assurer au vigneron sa récolte... Nanana... Toute cette crotte pèse autant que "c'est pas avec le bio qu'on nourrira la planète" : pour moi c'est pareil. On se plaint du désintéressement des gens pour les vins, on se plaint que les Français boivent de moins en moins. Pourtant si on écoute les neuneulogues, le vin n'a jamais été aussi bon qu'aujourd'hui : c'est bizarre quand même ! 

    En disant cela, tu passes vraiment pour l'utopiste de Bergerac ! Le vin c'est donc forcément un truc de rebelles...

    Penser qu'un artisan doit forcément bosser proprement, c'est sûrement utopiste. Pour moi, le vin ce n'est pas grunge même si certains vins le sont. Le vin, c'est même plutôt chiant. Si si... Viens avec moi un week-end sur un salon, tu verras : parler de vin me fatigue... On a vite fait le tour pour moi. D'une part, je n'ai pas les mots pour parler avec un amateur, je ne sais pas "démocratiser" comme on dit. Ensuite, la seule question qui vaille c'est "j'aime ou j'aime pas". Je parle pour moi bien sûr. Il y a des gens qui adorent parler des vins, les décrire... Et je les respecte mais moi ce n'est pas ma came. Enfin quelques minutes, le temps de parler du vin qu'on vient de boire : y passer deux plombes a tendance à me gonfler, surtout quand c'est mon propre vin !

    Ensuite je dirais que je vois le vin naturel comme un concert en live. J'adore aller voir un groupe de musique jouer sur scène : on va à un concert pour une rencontre, sentir une émotion. Le CD peut être génial mais lorsqu'on appuie sur play, c'est la même chanson qui est jouée à chaque fois. J'aime le vin naturel pour le rendez-vous qu'il nous donne à chaque fois, manqué ou réussi... J'aime les vins rebelles, les vins grunges mais j'aime aussi les grands classiques de Bordeaux lorsqu'ils sont bien faits, comme j'aime les Gymnopédies de Satie ou la Septième Symphonie de Beethoven. Mais ça peut être grunge de boire un Lafite à la bouteille sur un skate tout comme écouter la Septième à fond les ballons dans une 205 GT Turbo !

    Peux-tu nous présenter une des cuvées que tu vas nous faire goûter le 12 décembre

    Solelhas : une belle femelle d'un an à peine. Elle est aimable, vous caresse le bout de la langue avant de partir en tension comme une cordelette aux jarrets de Nafissatou. Elle est ardente, d'où son nom : solelhas signifie "plein soleil" en occitan. Son pays, c'est le silex. La lumière tape dessus et rejaillit par dessous la grappe, ce qui permet aux raisins d'être ramassés en surmaturation, botrytisés à 70 %. Ensuite, on laisse dame nature finir les sucres : ça donne un vin inclassable, un ovni à mes yeux !

  • Le Grunge Tasting, avec Olivier Techer et son "rock and Pomerol"

    Cette semaine, nous passons au crible les 6 vignerons rebelles invités au Grunge Tasting le 12 décembre.

    A Pomerol, au sein de la propriété familiale, Olivier Techer cultive une dizaine d'hectares pour élaborer les vins bios du château Gombaude-Guillot.

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    Peux-tu nous parler de ton travail dans les vignes ?

    Gombaude-Guillot est dans la famille depuis 1868. Prenant la suite de son père en 1983, ma mère, ingénieur agronome de formation, a cherché à se rapprocher du magnifique terroir du plateau de Pomerol. Elle a donc peu à peu supprimé les traitements qui lui semblaient superflus, en leur préférant des méthodes plus naturelles, comme l'enherbement. Finalement en 1992, elle s'est rendue compte qu'elle était dans le cahier des charges A.B. et elle a demandé la certification en 1997 : Gombaude-Guillot est donc un des précurseurs de la viticulture biologique dans le Bordelais. De plus, nous travaillons en biodynamie depuis 2005 sans être certifiés ; pour nous, cela reste une démarche personnelle et difficilement certifiable. Les rendements sont relativement faibles (37 hectolitres par hectare en moyenne sur les dernières années). Au chai, le seul intrant est le soufre mais nous l'utilisons le moins possible et la quantité varie en fonction de l'état sanitaire du raisin. Sur 2010 par exemple, nous n'avons pas sulfité la vendange. Nous travaillons uniquement en levures indigènes et nous collons (si nécessaire seulement) au blanc d'oeuf bio. Nos vins entrent-ils dans la catégorie "naturels" ? Je ne sais pas, nous essayons juste de faire parler le terroir, sans mettre dans nos vins toute la panoplie des artifices à la mode. Mais n'oublions pas que sans l'homme, il n'y a pas de vin. Je m'inscris tout à fait dans le prolongement de ce que mes parents ont fait et et continuent de faire. Gombaude-Guillot est un très bel outil et je compte bien continuer dans ce sens !

    Pour le Grunge Tasting, on t'a présenté comme le producteur du "rock and Pomerol"... Tu es un peu le rebelle de Pomerol ?

    Dans ma jeunesse, j'ai chanté dans un groupe de métal et plus jeune encore, j'aimais beaucoup Nirvana, comme tous les gosses de mon âge. Mais j'évite de mettre des poils et des cheveux gras dans mes cuves... Ici à Bordeaux, tout est tellement figé que si vous faites un pas de travers, vous êtes un rebelle. Alors mon père, lui, c'est un guérillero. Moi je me contente de le soutenir, je suis encore un débutant.

    Peux-tu nous présenter une de tes cuvées que tu vas nous faire goûter le 12 décembre ?

    Château Gombaude-Guillot 1998 : un grand bordeaux dans un grand millésime à Pomerol. Puissance, velouté, équilibre, finesse et prêt à boire. C'était l'année de mes 18 ans, de la Coupe du monde de football et j'ai participé aux vendanges.

  • Le Grunge Tasting avec Didier Michaud, l'underground du Médoc

    Cette semaine, nous passons au crible les 6 vignerons rebelles invités au Grunge Tasting le 12 décembre.

    Pour élaborer les vins du Château Planquette, Didier Michaud cultive 1,70 hectare de vignes (principalement du cabernet-sauvignon et du merlot, additionnés de petit verdot) sur les communes de Saint-Yzans-de-Médoc et Couquèques dans le nord du Médoc.

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    Peux-tu nous parler de ton travail dans les vignes ?

    Je veux faire le vin que j'aime : sincère et sans compromis. Les rendements ? Bas, 30 hectolitres par hectare. L'agriculture raisonnée ? Même les bios ne sont pas toujours raisonnables... Le bio justement ? Comme ouvrier agricole, j'ai remué pas mal de bidons à tête de mort dans ma vie. Chez moi, je ne pourrais pas regarder un client dans les yeux si je savais qu'il y a ce genre de truc dans son verre, même en infime quantité. Mais cette mention va perdre en grande partie le peu de sens qui lui restait quand le vin va rentrer dans la réglementation européenne très peu contraignante car elle autorise l'oenologie corrective. Donc pas sûr que je continue à la revendiquer. La biodynamie ? Je ne pratique pas. Le soufre ? C'est un vaste débat. Il y a pas mal de de blabla ; mais pour faire court, je ne me l'interdis pas. J'ai 2 milligrammes par litre de SO2 total sur le 2008 mis en bouteille après pas loin de trois ans d'élevage en barriques. Et je mets toujours mes analyses en ligne. Le vin naturel ? On y a catalogué mes vins à l'insu de mon plein gré !

    Pour toi, l'underground du Médoc, le vin c'est un truc de rebelle ?

    Dans le rebelle il y a souvent un côté provoc', ce n'est pas mon cas. Mais on se retrouve catalogué comme tel quand on veut bosser propre et honnête : je trouve ça étrange.

    Peux-tu nous présenter une des cuvées que tu vas nous faire goûter au Grunge Tasting le 12 décembre ?

    Je n'aime pas parler de mes vins, je trouve ça égocentrique... Il y aura du 2008, le seul millésime que j'ai en ce moment à la vente : il a été mis en bouteille au mois de juillet. Il y aura aussi quelques bouteilles de 2003 classé en vin de table. Ce sont deux années complètement opposées : j'aime bien déstabiliser !

  • Le Grunge Tasting avec Luc Charlier, le sans-culotte du Roussillon

    Cette semaine, nous passons au crible les 6 vignerons rebelles invités au Grunge Tasting le 12 décembre.

    Médecin de formation, ancien collaborateur à la revue In Vino Veritas et formateur en oenologie, Luc Charlier a créé en 2005 le domaine de la Coume Majou. Son vignoble d'une dizaine d'hectares s'étend sur Saint-Paul-de-Fenouillet, Estagel et Tautavel, à l'est de Perpignan.

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    Peux-tu nous parler de ton travail dans les vignes ?

    Je suis un littéraire (je parle 6 langues et j'ai étudié le latin et le grec) que ses parents ont obligé à faire une formation scientifique (bac + 14 !). La vigne est une passion et passe par les principes suivants : le moins de chimie possible, le respect de la planète, des petits rendements, une propreté absolue (mais pas stérilité !), une technique maîtrisée là où il faut, pas d’ésotérisme (Steiner, le père de la biodynamie, est un leurre et une tricherie). Et élaborer le vin qui me plaît et trouver la clientèle qui partage ces goûts, pas l’inverse. Il n’y a pas de vin sans soufre mais, moins on en utilise, mieux cela vaut.

    Pour toi, le sans-culotte du Roussillon, le vin c'est quelque chose de fondamentalement rebelle ?

    Jacques Berthomeau a publié – un peu à mon incitation – une photo en kilt, révélant que je ne porte pas de slip. Mon affinité avec les sans-culotte s’arrête là. Je serais plutôt d’obédience trotskiste, sans la réthorique pseudo-révolutionnaire. Mon coup de gueule c'est plutôt contre la grand-distribution : celle-ci tue l’agriculture, partout et toujours. Mais on se passe aussi très bien de vin : c’est un produit de culture, de plaisir, d’échange et pas un produit de grande consommation. En même temps, c’est un truc d’enfant gâté, de bobo, de snob, de happy few. Grosse contradiction.

    Quelle cuvée vas-tu nous faire goûter au Grunge Tasting le 12 décembre ?

    Je vais mettre en avant la Cuvée Majou 2008. C’est mon coeur de gamme (entre 4 000 et 8 000 bouteilles par an). Elle renferme les meilleurs grenaches du domaine et des fantastiques vieux carignans. C’est le vin que je voulais élaborer et il ressemble à un Châteauneuf-du-Pape qui aurait de l’élégance en plus. Si on n’aime pas cette cuvée – et c’est le droit de chacun – on n’adhère pas à mes goûts en matière de vin. Son prix également me paraît correspondre à une réalité raisonnable. Suivant le millésime, il tourne entre 12 et 18 euros TTC pour les particuliers. Vu le rendement ridiculement bas (autour de 15 hectolitres par hectare), je pense que c’est bon marché. Personnellement, j’éprouve rarement du plaisir à boire des vins de moins de 7-8 euros (le muscadet est souvent une exception) et il ne m’arrive jamais de payer plus de 20 euros (sauf pour des liquoreux allemands de sommet de gamme).

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