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jérôme leroy

  • Une oraison funèbre pour Marcel Lapierre

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    "Encore une fois, on n'est pas étonné d'observer que les Français des temps qui sont les nôtres, en cette matière comme dans d'autres, ne savent plus au juste ce qu'est la France. La France, ce n'est pas les vignerons hommes d'affaires vedettes des foires aux vins falsifiées. La France, ce n'est pas les vins modelés par des fermenteurs à rotors, de l'osmose inverse, de la micro-oxygénation, des ajouts de tanins, des enzymes ou des levures synthétiques. La France de Marcel Lapierre, du vin de Marcel Lapierre, c'est l'esprit rebelle, la fraternité bruyante, la subtile gourmandise, le gout délicat et l'anarchisme foncier qu'il aura incarnés mieux que personne durant trois décennies, en gros entre 1980 et 2010, dont on se souviendra longtemps".

    On a les morts qu'on mérite. Dans son recueil d'oraisons funèbres publié cette semaine, Jérôme Leroy se met dans la peau d'un Bossuet du début des années 2010. Il passe en revue Thierry Roland, Ben Laden, Amy Winehouse ou Marcel Lapierre. En tant que miroirs de l'époque, ou en tant qu'anti-miroirs, chacun raconte à sa manière la fin du XXe siècle ou le début du XXIe, l'avènement du bling-bling, du simplisme ou du vide. Et avant tout, le temps qui passe.

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  • Quand le vin naturel est le fil rouge d'un roman

    L'écrivain Jérôme Leroy publie demain un polar dont on n'a sans doute pas fini de parler. Le Bloc (éd. Gallimard) raconte l'arrivée au pouvoir d'un parti d'extrême-droite. Evidemment, on l'attend et certes, l'idée de départ n'est pas gaie. Mais dans cette atmosphère d'agonie propre aux livres de Jérôme Leroy, il y a toujours quelque chose à quoi se raccrocher.

    Dans un précédent roman La Minute prescrite pour l'assaut (éd. Mille et une nuit, 2008), c'est le vin qui permet de rester en vie. Et pas n'importe lequel... Le personnage principal rencontre sa nouvelle amie grâce au Brut Nature zéro dosage de Drappier et ils font l'amour sur une plage en compagnie du chablis des De Moor. Quelqu'un autre passe en contrebande le cheverny rouge de Villemade qu'il a acheté chez mon ancien caviste, Michel, rue de la Folie-Méricourt aujourd'hui fermé, chez qui on goûte le morgon de Marcel Lapierre. On se soigne au pouilly-fumé de Didier Dagueneau et on arrose ses repas avec le mâcon de chez Valette, les Glaneurs des Foulards rouges et un irouléguy et d'une poire Williams de chez Brana. Le départ vers le sud ne se fait pas seul : on emporte à nouveau le cheverny de Villemade et les blancs de Dagueneau.

    Lorsqu'on referme La Minute, on se dit que c'est marrant d'être à ce point en terrain connu, en ce qui concerne le vin et en ce qui concerne le reste.

  • Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée

    Dans la Bible, quelle est la seule phrase que prononce Marie ? Une seule de ses interventions est rapportée au style direct...

    C'est une saine lecture, celle des romans de Jérôme Leroy, qui m'a mis la puce à l'oreille. En ce week-end pascal, je laisse chacun disserter sur le sens de la chose. Voici ce que dit Marie, voici les seuls mots sortis de sa bouche dans les Ecritures, ouvrez les guillemets : "ils n'ont pas de vin" (Jean 2 : 3).

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    Pâques, c'est surtout Jérusalem, où j'ai pris cette photo avec ma bande d'alcooliques de copains un vendredi de mai 2010. En plein sur la ligne verte, à la terrasse du Centre Notre-Dame, face à la Porte Neuve. Il nous fallait bien un petit blanc local pour fêter le week-end. Produit en Cisjordanie, à Bethléem, il semble avoir passé le mur de séparation sans trop d'encombres. C'est un truc introuvable dans nos contrées, je pense : le Cremisan 2008 "vieux hock" (hock est un terme anglo-saxon pour parler des vins du Rhin, allez comprendre... si quelqu'un a des infos...). Ce n'est pas un grand cru mais un vin sympathique bien sec et plutôt fruité, si j'ai bonne mémoire. Léger et rafraichissant : la Ville a bien besoin de ça.
  • Boire du vin naturel, un acte de résistance

    En ces temps troubles, la lecture de Jérôme Leroy m'apparait ô combien salutaire. Pour le style qui fait tant défaut à d'autres, pour l'atmosphère qui se dégage de ses livres et, avouons-le, pour les jolies quilles naturelles qu'il descend à longueur de pages. D'ailleurs, il me faudra faire un billet inventoriant les bouteilles citées dans La Minute prescrite pour l'assaut (2008). Mais la puissance d'un écrivain, c'est aussi l'art de résumer une situation, un concept ou l'état du monde de manière percutante. Ainsi, dans Monnaie bleue (1997).

    "Ce qui comptait, c'était de préserver un écosystème intime, d'éprouver le maximum de plaisirs et le minimum de chagrin. Certains appelleront ça de l'égoïsme, je n'y voyais qu'une forme de dignité face à un monde qui vous souhaite soumis, coupable, sanglotant".

    Et tant pis si on se fout de ma gueule quand j'affirme haut et fort que boire du vin naturel est un acte de résistance politique... Autre jolie trouvaille de Jérôme Leroy, l'opération Sauvegarde du Sourire qu'il mène sur son blog où il invite les internautes à lui laisser leurs 5 titres de livres préférés.

  • "La fin du monde, ce n'était pas ce nuage nucléaire..."

    "La fin du monde, ce n'était pas ce nuage nucléaire venu d'elle ne savait quelle centrale kazakh qui devait arriver au-dessus de Paris d'ici une semaine ; la fin du monde, c'était un couple regardant une émission de téléréalité dans un lit du Val-de-Marne plutôt que de faire l'amour".

    Jérôme Leroy, La Minute prescrite pour l'assaut (éd. Mille et Unes Nuits, 2008)

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  • Vendredi du Vin n°32 : La bouteille pour la fin du monde

    Je ne pouvais pas passer à côté de la 32ème édition des Vendredis du Vin chapeautée par Hub l'Oenothèque... Comme je l'explique par ailleurs, l'expression Du morgon dans les veines n'est pas sortie de mon cerveau (peu) fécond mais de celui de René Fallet, un des plus grands écrivains du siècle dernier, aujourd'hui mort et enterré.

    Bon, après avoir dit ça, je suis bien emmerdé. Parce qu'au départ, je n'avais aucune idée. Je me voyais bien faire un jeu de mots à la con du genre... euh non, même pas de jeux de mots. J'aurais pu me la jouer docteur en lettres et parler des vins de Catherine Marin-Pestel (domaine de la Treille-Muscate) entièrement dédiés à Colette. Oui mais voilà, ce n'est pas à force de boire du Corbières blanc que j'apprends des choses sur l'écrivain.

    Ah il y avait aussi cette bouteille de Mark Angeli ouverte il y a deux ans. En vidant le Rosé d’un Jour, on arrivait à lire par transparence cette phrase de E.E. Cummings : "Tant que nous aurons des lèvres et des voix pour embrasser et pour chanter, qu’importe qu’un fils de pute invente un instrument pour mesurer le printemps."

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    Et puis, regardant ma bibliothèque, j'ai trouvé. Un écrivain trop peu célébré : Jérôme Leroy. Et  des titres évocateurs : A vos Marx, prêts, partez !, La Minute prescrite pour l'assaut... Et surtout cette phrase que j'avais griffonnée sur un carnet, un extrait de son recueil de poésie Le Déclenchement muet des opérations cannibales. En faisant quelques recherches dans ma mémoire, je l'ai retrouvée. C'est Sébastien Lapaque qui la cite dans la première édition du Petit Lapaque des vins de copains.

    "Je boirai la dernière bouteille de Pur Sang
    De Didier Dagueneau
    Quand je ne sais qui, je ne sais quoi, aura
    Empoisonné les derniers points d'eau"

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    A quoi peut ressembler une bouteille que l'on garde pour la fin du monde ? Ceux qui en ont tâté parlent d'explosions au nez, en bouche, dans la gorge, dans le ventre. Un peu comme l'apocalypse du sauvignon : après avoir bu cette bouteille, les autres n'existent plus. Comme disent les journalistes, plus rien ne sera jamais (bu) comme avant. Pour ma part, j'ai décidé de prendre Jérôme Leroy au pied de la lettre et j'ouvrirai ce Pur Sang une heure avant la fin du monde. Mais bon, qu'elle prenne son temps... De toute façon, ce Pur Sang est taillé pour la garde. Et grâce à Manu qui m'en a dénichée une 2005, je l'attends désormais plutôt sereinement, la fin du monde.

    Pouilly Fumé Pur Sang Didier Dagueneau 1995

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