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le jeu de quilles

  • Le Jeu de Quilles porte bien son nom

    C'était un rude vendredi de décembre. Jérémy nous avait réuni au Jeu de Quilles, restaurant sis à côté du boucher-star Hugo Desnoyer. La soirée fut digne d'une orgie bruxelloise. Nous étions sept autour du superbe vigneron Jeff Coutelou (nous avions bu une de ses bouteilles chez Michel Guérard notamment). J'ai refait le compte : 19 bouteilles ouvertes ce soir.

    Un véritable inventaire à la Prévert.

    Je n’ai pas trouvé de nom pour cette cuvée de Pierre Beauger, dans sa version 2009. C'est un ovni, objet vinicole non identifié : un pinot gris d'Auvergne (bon déjà là, on est perdu...) dont les raisins sont vendangés en partie avec de la pourriture noble. Ouais... Puis la macération a donné cette teinte hallucinogène. C'est l'opposé total de l'industriel Mouton-Cadet : seulement 152 bouteilles ont été produites... Pour toutes les explications et pour dénicher ces quilles inconnues, direction Vin Nouveau chez l'ami Franck Bayard. On a l'habitude de sortir des bouteilles insolites, mais là il faut avouer qu'on est totalement dépassé par ce premier verre. Nous aurions dû commencer par quelque chose de plus classique. Au fur et à mesure se dégage pourtant une vraie pureté du raisin. Mais comme dit Jérémy, "le vin n'est pas à son aise et on sait que les vins de Beauger nécessitent souvent une grande patience que nous n’avons pas ce soir". Faute de temps et de concentration, nous sommes passé à côté, j'enrage : Pierre Beauger fait partie de ses vignerons que je ne connais pas assez malheureusement, mais on va y travailler lors du réveillon du Nouvel An. Notons enfin qu'il est l'un des 12 sages dont Pierre Jancou a tiré le portrait. Et cette couleur dans le verre, je n'en reviens toujours pas...

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    Ars Antiqua 2010, le pétillant naturel de La Vigne du Perron (60 % roussette, 40 % chardonnay). Evidemment, c'est plus classique et tout à fait rafraichissant. Un joli vin qui aurait tenu le haut du pavé si on n'avait pas sorti d'autres quilles explosives ce soir. Il faut que je me penche à nouveau sur ce domaine, il semble y avoir de très belles choses. Deux bouteilles ouvertes et déjà, deux noms à retenir.

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    Dans les quilles explosives, on peut citer le Canta Mañana du Casot des Mailloles. Jérémy encore : "La première claque de la soirée, un rosé bien vineux où l’on sentait très bien aussi les fameux arômes du Blanc du Casot. Un superbe rosé de gastronomie, malheureusement pour nous introuvable sauf au domaine". Rien à ajouter sauf : quand est-ce qu'on retourne à Banyuls ?

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    Les Sables 2006 de Philippe Tessier en appellation cour-cheverny (donc 100 % romorantin). Assurément l'une des bouteilles de la soirée : ça claque, ça vibre, c'est extrêmement long... "La deuxième claque de la soirée, j’ai trouvé çà un cran au-dessus des romorantins de Courtois par exemple. C’est ample, riche, parfait à table". Un travail absolument parfait, des vignes de 20 à 40 ans, élevage en barriques et demi-muids. L'étiquette donne un temps de garde de 3 à 6 ans. Au minimum... 

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    Jean-Philippe Padié, Fleur de Caillou 2010. Pas de photo ici mais plutôt car la bouteille fut vite bue. C'est bon signe.  

    A suivre Plume d’Ange 1998 de Claude Courtois. "Un nez dérangeant à l’ouverture, il a gagné en délicatesse et a tout compte fait tenu la route face au suivant, le monstre...". Pas mieux.

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    Le monstre, la bouteille de la soirée, de l'année (de la vie ?) : personne ne viendra me contredire. Le Clos du Giron 1996 d'Eric Callcut. Pour Jérémy, c'est la troisième claque. Extraordinaire opulence avec une incroyable fraîcheur. C'est un véritable monstre d'acidité avec une complexité rarement égalée par les vins que j'ai bu jusqu'ici. La finale est non seulement superbe mais interminable. Bien moins oxydatif que le 1999 bu aussi ce soir, le style est alors complètement différent. J'avoue que cette bouteille de 1996 restera longtemps gravée dans ma mémoire. Rappelons que personne ne sait où est passé Eric Callcut, sans doute quelque part entre la France, Israël et ailleurs... Et que ses bouteilles sont totalement introuvables.

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    Puis le riesling Schoenenbourg 1997 de Bott-Geyl. Désolé, pour ma part je suis complètement passé à côté ; ce n'était pas du tout mon truc. Plus précisément ? Trop strict, trop alsacien dit Jeff. Pour Jérémy, "une bouteille vraiment en deçà de nos attentes. Peut-être à ouvrir 24 heures à l’avance".

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    Chambolle Musigny 2008 de Frédéric Cossard. Aïe. Avec Cossard en rouge, je n'y arrive pas. Autant ses blancs, je les porte aux nues, autant les rouges ne me convainquent pas... et ça m'emmerde. Jérémy me suit : "c'est très en-dessous du niveau habituel de Cossard. Cependant, la fin de bouteille carafée deux jours redevenait respectable. Mais on reconnaît difficilement la pâte du domaine".

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    Alors là, je suis vert. Depuis le temps que j'attends de goûter le Clos Rougeard, fameux superbe saumur champigny. Ici, le 2002. Ben rien, mon coeur n'a pas fait boum-boum. Je suis très mécontent. Jérémy ? "Mouais… sans plus" Au moins, nos avis vont dans le même sens.

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    Et là, voici, la cinquième claque : Fonsalette 1993. Je n'en attendais pas autant, j'ai été très agréablement surpris. C'est encore vif et plein d'amour. "Le must de la finesse et de l’élégance dans les rouges de la soirée !"

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    Madiran prestige 1990 de Pichard a certes un bel apomb avec la palombe. Mais franchement, après Fonsalette 1993, qui arriverait à soutenir la comparaison ?

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    A partir de là, les souvenirs sont forcément plus flous. Jérémy : "je me souviens juste de ma réflexion quand cette bouteille est arrivée sur la table : «merde on est déjà au fromage !»" Celle-là aussi ça fait au moins six ans que je l'ai dans le viseur : le pouilly-fuissé clos de Monsieur Noly de Valette dans sa version 1999. Un brin oxydé, il semble encore plus naturel que les autres cuvées du vigneron.  C'est un superbe vin avec le fromage, mais les souvenirs sont forcément plus flous (bis). Là encore, on est gâté question couleur dans le verre ou la carafe.

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    Jeff Coutelou nous fait la gentillesse d'ouvrir son vin Les Copains 2003 (100 % cinsault) et en magnum s'il vous plait. A mon avis, c'est l'un des missiles de la soirée. C'est d'une fraîcheur exceptionnel ; coefficient de torchabilité 200 %. Ce qu'il y a d'extraordinaire avec les vins de Jeff, c'est leur côté épicé, picotant dans la bouche et ce n'est pas lié au CO2 mais bien aux arômes : j'avoue en être fanatique. "C'est la quatrième claque de la soirée et il doit encore être meilleur en jéroboam" me glisse encore Jérémy. Tu m'étonnes...

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    Tiens, on avait oublié de servir la Guerrerie 1996 de Thierry Puzelat. Il commence à se faire tard... Quel dommage, je la regoûterais volontiers.

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    Et pim, pam, poum, une bombe atomique ! Jeff a apporté un vin de 1978 pour Jérémy et tout le monde en a profité de ce vieux grenache. Malgré le sucre résiduel qui d'habitude fait que je me renferme, le vin est (une nouvelle fois chez Jeff) d'une fraîcheur peu commune. "C’était la claque finale de cette superbe soirée".

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    A noter aussi que nous avons fait un acte criminel : vider un Taillelauque 2002 du Casot des Mailloles dans l'évier. Cela dit, le liquide était complètement bouchonné, proprement imbuvable.

    Intermède. Soufflons un peu. Un peu d'air...

     

     

    Et avec tout cela, on mange quoi ? Nous avons négocié un menu dégustation à 65 euros et sans droit de bouchon pour tout ce qui est au-dessus. Rendons maintenant hommage à Benoit Reix qui nous a ravi. 

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    Ses assiettes sont incroyablement convaincantes, alliant bonne humeur et grand professionnalisme. C'est une adresse où il nous faudra revenir rapidement, dans une configuration plus classique.

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    Une fois exiltrés du Jeu de Quilles où nous aurions bien passé la nuit, Jeff a extirpé une Bibonade de son cabas. Le pétillant demi-sec à la myriade de cépages est bienvenu pour clore la soirée : un sucre très fin et des notes florales de fruits blancs et d'agrumes, enfin il parait... Nous l'avons bu sur ce trottoir de ce XIVe arrondissement gourmand et c'était absolument superbe, je vous l'assure.

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    Quoi vous trouvez mon compte-rendu léger ? Ou pas assez clair ? Pas assez fouillé ? Ou plutôt pas assez "cuir-de-Russie-après-la-pluie-dans-un-sous-bois-au-printemps-lui-même-avec-des-arômes-de-ketchup-musqué-et-de-truffe-du-périgord-râpée-sur-un-big-mac" ? Désolé. Vous n'aviez qu'à être là, je me tue à vous le dire.

    Le Jeu de Quilles, 45 rue Boulard  75014 Paris, 01 53 90 76 22. 

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