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loire

  • Le meilleur fish and chips de Paris ?

    Les jours passent, les choses changent, les restaurants évoluent ; ça s'appelle la vie. Avant Versant Vins, c'était un caviste. Puis il est devenu Versant Faim, ce qui signifie qu'on pouvait y manger aussi. Après un imbroglio autour d'une possible fermeture administrative le jeudi soir (et un autre autour d'un possible changement de proprio), les choses prennent une nouvelle voie aujourd'hui. Jeanne conserve toujours la cave mais elle a épuré le manger. L'adresse devient un peu monomaniaque, et alors ? Ici on ne fait pas dans le burger comme partout. On fait dans le fish and chips et surtout, on ne le fait pas comme partout ! C'est sans doute le meilleur de ce côté-ci du Channel. Enfin, on dit ça, on s'en fout des classements.

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    L'idée ? Travailler des filets de poissons sauvages et frais ! Forcément le résultat est tout différent des mauvais pubs ou des restaurants qui n'en méritent pas le nom. Côté frites, les pommes de terre sont elles aussi fraîches, épluchées à la main, cuites dans de jolis bains de friture. Là encore, c'est logique... Mais combien le font à Paris ? Mention spéciale à la sauce tartare, un lèche-doigt sublime.

    Et le prix ? Jugez-en vous mêmes. Dans ce coin de Paris, le marché des Enfants Rouges, anciennement bobo, aujourd'hui carrément bourgeois, l'addition est on ne peut plus serrée. Et pour ceux qui n'aiment pas le poisson, on fait aussi du poulet, des terrines maison et de jolies assiettes de fromages.

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    J'oubliais : Versant Vins/Faim, c'est une cave aussi, pour ceux qui n'auraient pas suivi. Là aussi bouteilles choisies, vignerons naturels, prix serrés. Business as usual. La Peur du Rouge (domaine Le Temps des Cerises), un vieux blanc de Jérôme Lenoir, un Vouvray de Pinon, un Bois Sans Soif d'Olivier Lemasson comme moi ce jour-là... Pour le fish and chips, le choix est large.

    Versant Vins/Faim, 39 rue de Bretagne, dans le marché des Enfants-Rouges.

  • Un lubrifiant naturel

    Certains jus te font oublier la fatigue. De retour d'un voyage en Asie (on en reparlera bientôt), on fait une petite halte chez En Vrac, au marché de l'Olive. Victime d'un décalage horaire de 7 heures... Le hasard nous fait découvrir ce Jus Brifiant, un pétillant naturel à base de gamay fait du côté de Montlouis par Julien Prével. Le verre pue amoureusement le coing - qu'on ne se méprenne pas, c'est un compliment chez moi. C'est frais, un peu citronné aussi. D'ailleurs le niveau de liquide dans la bouteille descend aussi vite que la cote de popularité de François Hollande. On est bien. Et c'est 13 euros à emporter.

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    On est bien malgré l'amateurisme qui règne ce dimanche chez En Vrac. Autant le choix des bouteilles nous ravit, autant les rayons du soleil qui fouettent les quilles naturelles c'est moyen. Autant les prix ne nous semblent pas excessifs, autant l'assiette fait grise mine. Autant le service semble cool, autant il est à côté de la plaque, n'ayant pas grand-chose au frais alors que la météo est au rosé, ou ne sachant pas nous renseigner sur ce qu'il y a en stock. Autant les conserves sont d'exception, autant le lait utilisé provient du hard-discounter Dia. Autant le café est servi dans des tasses L'Arbre à Café, autant le serveur recharge la machine avec du Lomi (ce qui est très bien aussi, mais ce n'est pas L'Arbre à Café). Bref difficile d'y voir clair et le décalage horaire n'y est pour rien.

    Malgré tout, le vin, superbe, fluidifie le retour à Paris.

  • La Guêpe : des tapas à Montmartre ? Euh, t'es sûr ?

    Voici l'endroit qu'un gourmand endurci se devrait de fuir. On est au pied du Sacré-Coeur, la carte postale la plus vendue de France ; autant dire que les touristes et que les restos à touristes pullulent. Est-ce qu'il est encore possible de manger quelque chose d'un peu normal entre potes dans le quartier ? A l'époque, j'avais répondu oui à propos d'une adresse intéressante, mais franchement ça se cantonnait au classique de chez classique. 

    Donc forcément, dans un bar à tapas rue des Trois-Frères à un jet de caillou de la butte, j'y vais à reculons... Et pourquoi cette mode des tapas au fait ? Qui plus est, elles n'ont souvent rien d'espagnol. Il faudrait que quelqu'un s'y penche sérieusement. Bien sûr, on fait que d'ouvrir des boîtes et on peut marger de manière bien plus conséquente. Mais la main-d'oeuvre coûte plus cher non ? Il est bien plus difficile de faire beaucoup de petits que beaucoup d'un plat unique... C'est sur ces considérations, et un peu en trainant les pieds donc, qu'on se résout à rejoindre La Guêpe.

    Et bam, une jolie surprise.

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    L'assiette tient vraiment la route, rien à redire : la charcuterie de qualité monte à une quinzaine d'euros la planche. Avec quelques rillettes de maquereaux, on note la jolie attention : un peu de citron vert. Entre deux discussions avec le patron sur ses tests de mojitos, on sent qu'on est dans un lieu où on connait quelque chose à la bouffe. Oh attention, ce ne sera pas le meilleur repas de notre vie, on en convient mais franchement, on s'amuse ! Encore une fois, rappelons-nous du quartier dans lequel nous sommes. Et puis, il y a ce joli bar en faïence, un peu portugais.

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    Et dans le verre ? Les vins ne sont pas très sales, on ne fait pas dans le naturel fou-fou mais j'ai tout de même extrait cet enthousiasmant saumur-champigny Amatéüs Bobi de Sébastien Bobinet (36 euros). Je redis donc à nouveau qu'il n'y a rien à redire, sinon que je n'ai plus trop de soucis si on me dit d'aller manger des tapas à Montmartre.

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    La Guêpe, 14 rue des Trois-Frères, 75018 Paris, 01 42 64 98 32. Ah oui, une précision : on était deux et on a payé l'addition, comme à chaque fois.
  • Deux magnums qui mettent tout le monde d'accord

    Voici deux bouteilles, deux tronches, contre les idées reçues : le rosé ça se conserve pas, les filles ne boivent pas de rouge, c'est la crise, les vins du sud c'est pas glou-glou...

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    A ma gauche, Marie-Rose de Noëlla Morentin. Composé de cabernet-sauvignon, le cépage pourri des rouges qui tachent et que je déteste, mais ici travaillé dans la Loire et en rosé avant d'être amoureusement conservé chez un bon caviste. Car la vendange a été faite en 2010. C'est incroyablement aromatique, même servi trop froid, c'est dire...

    A ma droite, Sauvé de la Citerne de Jeff Coutelou, au-dessus de Béziers. C'est beaucoup de mourvèdre et un peu de grenache et ça date de 2011. Là aussi, coefficient torchabilité de 100 % : le jus coule dans la gorge et, seule définition du vrai vin : un verre en appelle un autre.

    C'est du vécu : tu rassembles quinze personnes dans une pièce, tu ouvres (parmi d'autres) ces deux bouteilles (en magnum, c'est plus simple). Et tu regardes ce qui descend le plus vite. Chacun en redemande, même celles/ceux qui sont en froid avec le rosé, même celles/ceux qui sont en froid avec les vins du sud. Il y a des bouteilles de 75 cl qui ne sont toujours pas terminées, alors qu'on râcle la dernière goutte de ces deux-là. Bref, unanimité.

    Ah oui, le prix. 22 euros à la Cave des Papilles pour le rosé et 17 euros pour le rouge au Vin au Vert. Le problème c'est que parfois, un magnum ça ne suffit pas. 

  • Une Diablesse bue, rebue, rerebue, rererebue, rerererebue et approuvée

    Depuis quelques semaines revient un leitmotiv, le dégoupillage de Diablesse. Tout a commencé chez Pierre Jancou quand on a demandé quelque chose d'un peu oxydatif. Boum. Puis ce fut au hasard et souvent, avec les unes, les uns et les autres. Dernier sautage de bouchon avec Sonia et François dans un bar à manger où, coïncidence heureuse, ils sifflaient cette jolie bouteille. Vite, vite, versez m'en le fond dans un verre propre. Ce fut la cinquième en deux/trois mois. M'en manque une pour réaliser le carton (plein).

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    Diablesse 2008, domaine de la Grapperie, by Renaud Guettier, installé depuis 2004 à Bueil-en-Touraine, entre Le Mans et Tours. Pur chenin élevé 36 mois en barriques aux acents oxydatifs gourmands. Certifié bio, des rendements plutôt faibles (25 hectos à l'hectare), aucun intrant de synthèse, non filtré, non collés : bref toute la panoplie du comme-on-aime. Je l'aime en apéro, avec de la charcuterie pas trop salée, sur un espadon mi-cuit, avec des huîtres chaudes au comté ou en vin de méditation en fin de repas, s'il en reste. Au Coinstot Vino, ce fut la version pét'nat' enchanteresse, avec elle aussi ce côté oxydatif. Goûté à la maison, l'Adonis la version rouge bien soyeuse (100 % pineau d'Aunis).

    Comme le faisait remarquer un dégustateur, il y a un peu d'Eric Callcut là-dedans. Sauf qu'il va être difficile d'attendre ces bouteilles une quinzaine d'années.

  • La bière naturelle française existe, je l'ai rencontrée

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    On croise souvent ces petites quilles sur les salons ou chez les cavistes qui font la part belle au vin rebelle. Pourtant, c'est bel et bien de la bière. Et comme souvent, c'est dans la Loire que ça se passe, grâce à Ludovic Hardouin qui préside à la destinée de la brasserie La Pigeonnelle. Ici toutes les binouzes sont certifiées bio, non filtrées, non pasteurisées et présentent un léger dépôt. Bref, tout ce qu'on aime dans le vin. Et là, si quelqu'un vient reprocher un fond de gaz carbonique dans le liquide, on peut rétorquer que c'est parfaitement normal !

    Certes, parler de "bière naturelle" est un peu exagéré, je le reconnais. C'est un raccourci avec un petit côté provoc'. Pourtant, les techniques de travail et la philosophie du produit sont identiques à ce qui se fait dans le vin qu'on aime.

    La Loirette blonde (5,5°) est une bière pur malt d'orge. Légère avec une faible amertume mais une très belle acidité. Son côté désaltérant n'occulte pas une vraie finesse.

    La Loirette ambrée (7,5°) est évidemment plus forte en alcool mais aussi en goût, un genre de céréale, mais encore très fin. Elle est plus dense et forcément moins pâle : aux amoureux des Allemandes, elle rappelle les Weissbier au froment. 

    La Salamandre (6,5°) est une bière blonde pâle plus amère. Parfois, elle nous rappelle les bières africaines au manioc. Pourquoi pas, puisqu'il s'agit de pur malt d'orge.

    La Bière du Chameau (3,5°), pâle voire blanche, utilise, elle, du pur malt de blé, titrant 3,5%. Très légère, le côté céréales est moins affirmé, c'est un bonbon acidulé. DSC01243.JPG

    J'ai acheté ces quatre bouteilles chez Cave à Bulles, la meilleure adresse de la capitale pour ce genre de flacons. Me manquent la Pigeo-Noël (bière brune de Noël) et la Salamandre des Faucheurs (cuvée spéciale pour les faucheurs d'O.G.M. de Pithiviers).

  • Pour se réconcilier avec le sancerre

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    Certains vins devraient se suffire à la photo, les commentaires sont superflus tant on a du mal à parler du plaisir procuré. Terroir calcaire qui donne un vin classe, travail exceptionnel dans les vignes qui donne un vin droit, zéro soufre qui donne un vin sain. N'en déplaise à certains, il n'y a là aucune (pseudo) déviance : ça ne bubulle pas, ce n'est pas oxydé, ce n'est pas troublard. C'est simplement bon, extrêmement bon. Ouvert hier soir avec des supions à l'encre de seiche. Cuvée Auksinis, millésime 2008 by Sébastien Riffault, à Sancerre : une  vingtaine d'euros à la Cave du Panthéon, au pied dudit monument.

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    (Sébastien pensif lors de la dernière Dive. Il est l'un des vignerons dont on boit très souvent le vin et dont on ne parle pas assez).

  • Christian Authier à propos d'Eric Callcut : "Nous avons besoin de déviance dans ce monde si normalisé"

    "Seulement, le tout-venant a été piraté par les mômes.
    Qu'est-ce qu'on fait ? On se risque sur le bizarre ?"

    Michel Audiard, Les Tontons flingueurs.

    J'ai tout oublié des campagnes d'Austerlitz et de Waterloo, d'Italie, de Prusse et d'Espagne, de Pontoise et de Landernau. Jamais de la vie, on ne l'oubliera, la première quille d'Eric Callcut qu'on a prise dans ses bras. Moi c'était un Clos du Giron 1998, celui avec la cire verte : un vin blanc sec élevé sous bois durant 24 mois. Quelle fougue, quelle expérience... Pour schématiser, c'est la Loire qui prend sa source dans le Jura. Depuis, il y en a eu pas mal d'autres, des blancs exclusivement (et donc malheureusement). C'était chez Pierre Jancou ou Au Jeu de Quilles. C'était aussi chez moi il y a quelques semaines pour un "Callcuthon", c'est-à-dire un marathon autour des bouteilles du génial vigneron (et de quelques autres pirates). C'est l'ami Jérémy qui avait tout organisé, que grâce lui soit rendue. Ce soir-là, il y avait trois Eric Callcut mais aussi les bébés Callcut, vins d'autres vignerons qui provenaient de parcelles rachetées au maître : Les Nourrissons 2004 de Stéphane Bernaudeau et les vins de Josette Médau, sur qui nous reviendrons bientôt. 

    Mais au fait, c'est quoi ce truc, Callcut ? Elevés entre Angers et Cholet, les vins d'Eric Callcut n'ont été produits qu'entre 1996 et 1999, soit quatre millésimes. Le vigneron s'est évaporé, quelque part entre Israël et le sud de la France. Aujourd'hui, ces bouteilles sont des raretés. Que dis-je ? Bientôt c'est certain, il n'y en aura plus une seule de remplie. Il faut dire que depuis un an, avec EvaStéphanie, Jérémy forcément, Antonin, Olivier, Benjamin... nous avons contribué à ce qui est un véritable génocide. Avec engouement. Cependant, plus que jamais, les vins d'Eric Callcut sont en voie d'extinction. A la dernière bouteille dégoupillée (on ne saura pas où cela se produira), le XXe siècle sera vraiment enterré. 

    C'est bien beau tout ça, mais dans le verre ? Ce qui est frappant, c'est que ces vins semblent avoir été embouteillés hier, leur jeunesse est encore incroyable. J'ai papoté dernièrement avec un caviste à Sarreguemines, en Moselle, fin connaisseur de la chose vinique : Franck Mongiat, de Diogène Atmosphère, m'assure que les vins d'Eric Callcut étaient déjà incroyablement buvables juste après leur mise, il y a près de 15 ans. Mais ne dissertons pas longtemps dessus : l'écrasante majorité des neuneulogues trouverait ces vins déviants (oxydation, acidité dévastatrice, lourdeur). Cela tombe bien, nous sommes quelques-uns à refuser leurs normes. Pour nous, ce vigneron est avant tout un artiste. N'est-ce pas le propre de l'art que d'être déviant ?

    Parmi les esprits libres qui donnent de la voix et ouvrent la voie, jetons notre dévolu sur Christian Authier.

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    (Crédits Andersen Ulf/Sipa/Marianne2)

    Christian Authier est un écrivain rare. Je pense qu'un tel qualificatif suffit à donner envie de lire un de ses ouvrages. Pour moi, il représente avant tout Une Belle Epoque (Stock, 2008) où il raconte ses années d'étudiant à Toulouse. Ce sont un peu les miennes aussi, tant je m'y retrouve, et cela même si je l'ai vécu dix ans plus tard. Il fait partie des écrivains d'hier et surtout de demain, une joyeuse bande où on croise Sébastien Lapaque, Jérôme Leroy, Olivier Maulin, Matthieu Jung... Leurs oeuvres sont salvatrices. Je pourrais faire le même parallèle avec le vin naturel : c'est le vin d'hier et surtout celui de demain.

    Et ça tombe bien...  En 2004, Lapaque est invité pour une dédicace à Toulouse. Chez un caviste, il tombe sur les vins de Callcut. Nous y voilà. Pour raconter le choc, Christian Authier a composé un petit texte publié en 2010 aux éditions du Sandre. Quoi ? Un écrivain qui fait partie de mes meubles a signé un petit livre sur Callcut ? Déjà, il m'a fallu me le procurer. Tête chercheuse de jolis vins, Franck Bayard (alias Vin nouveau) l'est aussi de jolis livres : c'est lui qui m'a dégoté Callcut, Boire pour se souvenir. Ces feuillets sont aussi rares qu'une bouteille du maître. Extrait : 

    "Cela respirait le produit de contrebande, le bizarre. Les bouteilles étaient troublardes, chargées de dépôts. La suite ne démentit pas l'intuition. Au coeur de la nuit, nous dégustâmes les flacons dans des gobelets en plastique qui n'arrivaient pas à banaliser un Clos du Giron 1996, blanc sec, pur chenin dégageant des arômes de noix, d'amande, mais aussi de coing, magnifiées par la profondeur de notes oxydatives qui en faisaient un vin à la fois onctueux et tranchant où le fruit était tenu par l'acidité."

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    J'en arrive au fait. Après la lecture de cet ouvrage, après les bouteilles de Callcut sifflées, subsistaient quelques interrogations qui ne pouvaient pas rester lettre morte. Christian Authier a aimablement accepté de prendre sa plume pour me répondre, je l'en remercie vivement. 

    Cher Christian, c'est la question que l'on pose à tout amateur : comment êtes-vous arrivé dans le vin ? Avec une bouteille précise ?

    Mon premier souvenir est un bourgogne goûté du bout des lèvres quand j’avais treize ou quatorze ans lors d’un repas de fête familial. Il y avait là un goût de cerise qui me marqua. Quelques années plus tard, un dîner dans une brasserie en compagnie de trois amis de lycée – nous étions alors étudiants – s’imprima durablement. Nous avions commandé une bouteille de bordeaux un peu par hasard et presque par inadvertance, mais la commande fut accueillie dans un tel mélange de solennité et de reconnaissance par le sommelier – solennité confirmée un peu plus tard avec le cérémonial de l’ouverture de la bouteille – que nous nous inquiétâmes tardivement du prix du nectar. Cela agrémenta notre dîner d’une certaine excitation : serions-nous seulement en mesure de payer cette bouteille qui semblait si prestigieuse ? N’avions-nous pas, par mégarde, commandé l’un de ces bordeaux d’exception dont la valeur d’échange s’établit à plusieurs salaires minimums ? Quitte à devoir faire la vaisselle dans l’établissement durant plusieurs mois, nous commandâmes la petite sœur. Des fous rires teintés d’inquiétude accompagnèrent notre repas jusqu’à ce que l’addition ne nous soulage. Nous pourrions nous acquitter de la douloureuse sans trop de dommages… Tout cela pour dire que le vin est d’abord affaire de circonstances, de rencontres, de souvenirs. Ensuite, vient le goût. 

    Comment en êtes-vous arrivé au vin naturel ? Quels sont vos domaines fétiches ? 

    Après mes "débuts" de jeune buveur où je buvais comme tout le monde des bordeaux, ainsi que – du fait que je vive à Toulouse – des vins du sud-ouest ou des vins espagnols, mon goût s’est porté sur des bouteilles moins conventionnelles que je choisissais au hasard chez des cavistes. Je me rendrais compte plus tard, comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, que je buvais des "vins naturels" sans en être conscient, notamment les faugères du domaine Léon Barral ou les vins de la famille Plageoles à Gaillac.

    Depuis une dizaine d’années, je ne bois que des vins naturels, sauf circonstances exceptionnelles : mondanités ou obligations professionnelles, déjeuners ou dîners dans des restaurants que je n’ai pas choisis. Par politesse, je trempe mes lèvres dans une coupe de champagne dosé ou dans un rouge bien boisé puis je passe à l’eau. Quant à l’épreuve des invitations à déjeuner ou à dîner chez des hôtes dont je ne connais pas les goûts en matière de vin, les convenances et le principe de précaution m’obligent à amener un magnum de vin naturel. Si vous n’amenez qu’une bouteille, celle-ci peut finir dans la cuisine sans avoir été ouverte et vous risquez de passer le repas à l’eau ou en compagnie de vins frelatés. Si vous offrez un magnum, le maître ou la maîtresse de maison se sentira – normalement – obligé de l’ouvrir. Vous serez sauvé. Je vous conseille la technique, elle est quasi imparable.

    Par ailleurs, mon penchant pour les vins naturels n’est pas dogmatique ou idéologique. Le côté "secte" de certains amateurs me semble ridicule. Ils reproduisent à leur façon les travers et les préjugés des "buveurs d’étiquettes" de prestige. On y trouve même des "intégristes" prêts à excommunier ceux qui ne sont pas assez "purs" à leurs yeux, des "spécialistes" autoproclamés veillant à ce que personne ne vienne empiéter sur ce qu’ils estiment être leur domaine exclusif. Comme n’importe quel "milieu", celui des vins naturels comporte son lot d’aigreurs, de convoitises et de jalousies. Peu importe. Pour ma part, je bois ces vins parce qu’ils me plaisent, qu’ils me surprennent, qu’ils appellent au partage et à la joie, qu’ils ne font pas mal au crâne. Proposez-moi n’importe quel jus, au-delà des étiquettes et des labels, qui remplissent ces conditions de plaisir et de buvabilité et j’en ferais mon miel. Il se trouve que neuf fois sur dix, au moins, il s’agit d’un vin sans levures artificielles, non filtré, peu ou pas sulfité… Une dégustation à l’aveugle est le meilleur test : on aime ou on n’aime pas. Peu importe le flacon, pourvu que l’on ait les sensations qui nous correspondent.

    Quant à mon apprentissage méthodique des vins naturels, c’est à mon ami Sébastien Lapaque que je le dois. Il m’a fait boire mes premiers morgon de Lapierre, mes premiers chinon de Lenoir… Des vins dont j’ai mis un peu de temps à apprécier les richesses tant ils étaient loin des vins sudistes, y compris "nature", qui avaient façonné mon palais. J’ai désormais des dizaines de domaines de prédilection et en citer quelques-uns sera forcément frustrant. Je mentionnerais évidemment ceux du domaine de l’Anglore d’Eric Pfifferling, du domaine Prieuré-Roch d’Henry-Frédéric Roch, du domaine des Foulards rouges de Jean-François Nicq, les formidables beaujolais de Philippe Jambon ou d’Yvon Métras, les cheverny d’Hervé Villemade ou Thierry Puzelat… Le vin en France, c’est comme une carte de Paul Vidal de La Blache : tout est beau, il faut aller partout. En Corse, chez Antoine Arena ; dans le Jura, chez Pierre Overnoy et Emmanuel Houillon ; en Ardèche, chez Jérôme Jouret ; dans le Var, chez Jean-Christophe Comor ; dans le Languedoc, chez Maxime Magnon[N.D.L.R. : le seul qu'il manque à mon tableau de chasse au trésor, c'est l'ardéchois Jouret...]

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    Les vins de Callcut, vous les avez rencontrés presque par hasard il y a 5 ans avec Sébastien Lapaque venu faire une dédicace à Toulouse. Votre premier sentiment sur ces vins ?

    Ce fut exactement un jour de printemps 2004 que Sébastien dégota chez un caviste non loin du journal où je travaille, quelques quilles d’Eric Callcut dont il me dit qu’elles étaient rarissimes. Nous achetâmes un blanc et un rosé dont la robe se révéla aussi blanche que celle du blanc. Lorsque nous ouvrîmes les bouteilles, il se passa quelque chose de très rare. Des saveurs, des parfums et des sensations aussi inattendues que profondes s’invitèrent. J’ai essayé de décrire ces moments dans "Callcut. Boire pour se souvenir". Je ne pourrais pas dire mieux. 

    Votre goût a-t-il changé après Callcut ? Devient-on plus tolérant ou plus exigeant envers les autres vins ?

    Les vins d’Eric Callcut représentent pour moi une géographie particulière, un pays à part, mais dont les frontières sont également dessinées par les champagnes d’Anselme Selosse, les vins du feu Domaine Peyra ou du magicien Pierre Beauger en Auvergne, du domaine Casot de Mailloles à Banyuls… Il m’arrive de trouver des accents et des arômes de Callcut chez d’autres et c’est émouvant. Mais ses vins ne sont pas des modèles que l’on pourrait copier. Ils reflètent un terroir, une sensibilité : un enracinement et une manière de faire qui peut être universelle si l’on ose. Ils renvoient à la fois à des choses anciennes et à venir. Ainsi, en buvant des rouges de Callcut de 1998, j’ai imaginé ce que devaient être les chinon de Lenoir de 1976 ou de 1971 que je n’ai pas encore goûtés… 

    Acide, lourd, oxydé : que répondez-vous à ceux qui disent que Callcut est déviant ?

    Je leur dirais qu’ils ont raison. Les vins d’Eric Callcut sont déviants. Dieu merci ! Nous avons besoin de déviance dans ce monde si normalisé. Il faut savoir se risquer sur le bizarre…

    Avez-vous déjà rencontré Eric Callcut ? Avez-vous des nouvelles de lui aujourd'hui ?

    Non, je ne l’ai jamais rencontré. Plusieurs mois après la sortie du livre, mon éditeur Guillaume Zorgbibe a reçu un coup de fil d’Eric Callcut, malgré l’aversion affichée de celui-ci envers les téléphones. Guillaume m’a donné le numéro fixe de ce vigneron tellement mythique et insaisissable que l’on pouvait même douter de son existence, mais je n’ai jamais osé l’appeler. Que pourrais-je lui dire ? Il m’a déjà tout donné et j’ai essayé de lui dire l’essentiel dans mon livre… 

    Que représente Callcut pour vous ? Un symbole de la résistance ? Je me risquerais à dire que le XXe siècle s'éloigne de plus en plus à mesure que l'on vide ses bouteilles...

    J’ai bu du Callcut avec les femmes que j’ai aimées. Cela suffirait à me rendre ses vins inoubliables. Par ailleurs, le fait qu’Eric Callcut ait arrêté de faire du vin voici plus de dix ans et que ses quilles soient devenues introuvables confèrent à sa création quelque chose de très rare et de poignant. En termes marchands, les bouteilles de Callcut valent ou valaient, chez les cavistes, entre dix-huit euros pour les blancs et les rouges, et une trentaine d’euros pour les liquoreux. Rien d’inabordable, sauf qu’il n’y en a plus ou quasiment plus. Elles sont donc pour ceux qui en ont bu une madeleine de Proust, une chasse au trésor pour ceux qui aimeraient en boire et rien du tout pour tous les autres… Viendra un jour où toutes ses bouteilles auront été bues. Elles n’existeront plus alors que dans notre mémoire, dans les récits que les buveurs en feront. Elles seront comme des êtres chers qui ne sont plus et qui, pourtant, ne nous quittent pas. 

    Pourquoi votre éditeur a-t-il accepté votre texte ?

    Guillaume Zorgbibe est un ami précieux et l’un de ces jeunes hommes qui, par leur talent, leur culture et leur abnégation, donnent envie de ne pas désespérer jusqu’au bout des temps où nous sommes. Un jour, sur la terrasse du Comptoir d’Yves Camdeborde où nous aimons nous retrouver, il m’a demandé d’écrire un petit texte sur un vin cher à mon cœur et à mes papilles. Il suggéra le divin champagne Substance d’Anselme Selosse, mais Sébastien Lapaque m’avait dit vouloir un jour écrire sur ce jus métaphysique. Je proposai donc à Guillaume les vins d’Eric Callcut et il accepta à "l’aveugle".

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    A la sortie du livre, vous avez vidé pas mal de bouteilles de Callcut chez Camdeborde : vous pouvez un peu nous raconter ce que vous avez bu ?

    Quelques mois plus tard, lorsque je remis mon texte à mon éditeur sur la même terrasse et il le fit lire à Yves Camdeborde qui tomba sous le charme tout en décidant aussitôt – par un coup de fil avisé – de réquisitionner le plus possible de bouteilles de Callcut disponibles afin d’arroser un déjeuner de copains lorsque le livre serait sorti. Un filon, que j’avais déjà exploité via Internet, mena en Suisse et le maître du Comptoir du Relais rassembla près d’une centaine de quilles de Callcut. Le déjeuner, magnifique, eût lieu en terrasse un jour de juin 2010. Il y avait Guillaume, Yves, Sébastien, un autre Sébastien, Stéphane, Marc, Zoé… Nous bûmes de tout et beaucoup. Des blancs de tous les millésimes, des rouges et même les liquoreux.  Yves a dû en garder quelques-unes dans sa cave et la carte de son restaurant propose encore des rouges de Callcut. J’ai bu un rouge, voici quelques semaines, en compagnie de Lapaque et de notre ami Jean-Christophe Comor qui ne connaissait que les blancs. Il n’a pas regretté l’expérience… 

    Plus généralement, faites-vous un lien entre le vin et l'écriture ? Quels sont les auteurs du vin que vous recommanderiez ?

    Je vous épargnerai les clichés sur les muses et l’alcool. Pour ma part, j’ai pu écrire correctement avec quelques verres dans le nez, mais jamais ivre. Ce serait trop beau… La littérature et le vin : une longue histoire… Dumay : oui. Oberlé : non. Plutôt lire du Robert Parker. Au moins, c’est franc. J’avoue avoir été un temps séduit par la prose et la personnalité de Gérard Oberlé avant d’en saisir les poses et les artifices. Chez les auteurs contemporains qui ont écrit sur le vin, je conseillerais les livres des Américains Kermit Lynch et Alice Feiring. Sans oublier, bien sûr, ceux de Lapaque. En particulier son Chez Marcel Lapierre. Je le relis une fois l’an et le rendez-vous m’éblouit toujours. Aucun chagrin ne résiste à la lecture de ce livre si sensible. 

    P.-S. : c'est le moment ou jamais de lancer une bouteille à la mer, même si je n'y crois guère puisque le génial vigneron a déjà quelques réticences avec les téléphones : si par le plus grand des hasards, Eric Callcut tombe sur cet article, j'aimerais beaucoup entrer en contact avec lui... 

    Dites-moi où, n'en quel pays,
    Est Flora la belle Romaine,
    Archipiades, ne Thaïs,
    Qui fut sa cousine germaine,
    Echo, parlant quant bruit on mène
    Dessus rivière ou sur étang,
    Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
    Mais où sont les neiges d'antan ?

    François Villon.

  • Couille d'agneau et Coulée de Serrant 1996

    Retour chez Ribouldingue. Après un premier repas plein de tendresse, un second plus couillu. Et pour cause, ce que l'on nomme pudiquement "rognons blancs" s'appelle en bon français une couille. Ici en persillade. Tu aimes la saucisse ? Ben tu aimes la couille aussi ! La texture s'apparente vraiment à une saucisse un peu industrielle genre wurst allemande ou grosse knack alsacienne. Mais c'est bien plus fin, il faut bien l'avouer.

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    Pour l'accompagner, débouchons la dernière bouteille de Coulée de Serrant 1996 qui poireautait en cave. Tarifée très raisonnablement à 100 euros. Oui, quand on voit son prix chez un caviste, on pouvait imaginer qu'au resto ce serait le coup de bambou ! C'est assurément un très beau vin, quelques coudées au-dessus du 2007 bu l'autre jour. Symbole du vieux chenin, elle tire sur les champignons. Mais rien à faire, malgré le prix d'ami sur table, je trouve cette bouteille bien trop chère pour le contenu.

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    Ribouldingue, 10 rue St Julien Le Pauvre, 75 005 Paris, 01 46 33 98 80. Entrée, plat, dessert à 34 euros. Et je le répète, ne manquez pas en face la magnifique église Saint-Julien-Le-Pauvre dédié au culte catholique melkite.

  • La nouvelle cuvée d'Hervé Villemade : un cour-cheverny baptisé Les Saules

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    Hervé Villemade, c'est un pilier. Il fait partie de ceux dont on ne parle pas assez mais dont on connait la panoplie sur le bout des doigts. Et pas besoin de beaucoup se forcer. Les petites cuvées et les cubis nous accompagnent lors des soirées endiablées ; les autres, plus rares, font merveille à table. Sébastien Lapaque dit d'ailleurs que, certains jours, son cour-cheverny Les Acacias est "le meilleur vin blanc du monde".

    Et voici la nouvelle perle, la matérialisation d'une nouvelle parcelle de ce splendide cépage qu'est le romorantin, ingrédient exclusif du cour-cheverny. Cette cuvée baptisée Les Saules s'avère encore bien jeune et on la sent taillée pour le temps. On l'a évidemment goûtée trop tôt, mais ici l'impatience l'a évidemment emporté sur la raison. Des qualificatifs pour ce breuvage ? Forcément un peu sur la retenue, encore bien acide et surtout très élégant. C'est-à-dire qu'on n'est pas du tout sur une caricature de romorantin trop caractériel qui en rebute plus d'un. Ici la volupté, un côté aérien et donc ça se glougloute : la bouteille n'a pas fait long feu, c'est certain. Bref, de la dentelle en bouteille. J'en redemande. J'imagine que Les Saules ne va pas tarder à être commercialisée.

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    Ce soir-là, nous avons goûté La Bodice 2010 (80 % sauvignon, 20 % chardonnay), un petit bonbon de fruits. Pour accompagner ces quilles-là et les autres, Franckie avait concocté un superbe mulet, poisson auquel il faut crier notre amour intense.

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  • Il est mignon, monsieur Pinon (et son vin est bon)

    C'est la claque que l'on n'attendait pas. Comment un vouvray de 1995 pouvait-il encore être buvable ? (Provocation). Et c'est qui ce François Pinon ? Le type de L'Emmerdeur ou du Dîner de Cons ? Non, voici un vigneron exemplaire. Une fois la bouteille débouchée, ces questions à la con s'effacent d'elles-mêmes.

    Cette bouteille, c'est la représentation de l'équilibre dans 75 centilitres. Ou comment la théorie devient pratique. Combien de fois avons-nous entendu spécialistes et neuneulogues s'écrier "voici un breuvage fort équilibré !"... Je fiche mon billet qu'ils n'ont jamais bu cette quille-là. Qu'auraient-ils pu dire alors ? C'est à la fois vieux chenin (champignons des bois) et jeune chenin (acidité conquérante). 50-50, le yin et le yang. Je n'avais jamais ressenti ça auparavant.

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    Goûté après 24 heures d'ouverture, le champignon s'évapore, il laisse place à plus de finesse, toujours avec cette belle acidité. Mon bien-aimé Callcut a des muscles, Pinon a le côté équilibré. Trouvé chez Versant Vins pour un peu plus de dix euros, une paille par rapport à l'émotion procurée.

  • Et si moi aussi je n'aimais pas la Coulée de Serrant ?

    C'est avec plaisir que j'ai lu cet article de La Bande des Vins sur les quilles de Nicolas Joly (vignobles de la Coulée de Serrant). En guise d'accroche, une question qui vaut son pesant de chenin (Et si je n'aimais pas les vins de Nicolas Joly ?), puis un beau compte-rendu de dégustation et au final une réponse claire à un titre plus rhétorique que réellement provocateur : en fait oui, après quelques échantillons goûtés, La Bande des Vins aime Nicolas Joly.

    Et moi ? Je ne l'avais jamais goûtée cette Coulée de Serrant, cuvée de chenin bien particulière qui est devenue en quelque sorte la Romanée-Conti de la Loire. Avec Olivier, on en parlait très souvent et l'autre jour devant la boutique d'une excellente épicerie parisienne dont il me faudrait parler dans le détail (Julhès), nous sommes tombés par hasard devant la quille en version 2007 à prix "raisonnable" (63 euros). Raisonnable et 63 euros dans la même phrase peut évidemment faire bondir, mais on le répète, c'est le grand cru de la Loire et surtout, chez la majorité des autres cavistes c'est plus cher pour un millésime plus récent. Olivier et moi avons décidé de faire une folie et de l'ouvrir le soir même.

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    Verdict ? Lourd, alcooleux, plombant. C'est du jaja qui fait ses 15,5° tout de même. Certes on sent une très belle trame, déjà Napoléon perce sous Bonaparte. Mais reconnaissons que c'est encore bien caché. Il faut dire que ça manque de peps. Aucun souci sur la bouteille ou la conservation (Julhès travaille très bien). Aucune déviance non plus. Mon sentiment est mitigé, je suis incapable de dire que j'ai aimé ça. Je suis aussi certain qu'on est ici en présence d'un style de vin qui n'est pas à mon goût. 

    Je n'ai goûté qu'une seule bouteille sur un seul millésime, je ne peux pas dire que je n'aime pas la Coulée de Serrant. Je n'ai goûté que cette parcelle, je ne peux pas dire que je n'aime pas les vins de Nicolas Joly. Je peux simplement dire que j'ai été très déçu et au regard du prix, la déception s'accroît. Donc la question dans le titre reste en suspens. 

    Ah bien sûr, on va me dire qu'il faut l'attendre 15 ans. Mais un bon vin, c'est bon jeune et c'est bon vieux.

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  • Petit luxe anti-crise #23 : quand un vigneron ne fait pas fermenter son raisin

    Les petits luxes anti-crise ! C'est quoi ? Des produits d'exception ou des bouteilles hors du commun pour une poignée d'euros. Plus d'infos sur ce lien.

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    "Discret mais efficace." La RVF n'a pas tort en ce qui concerne Pascal Pibaleau, vigneron du côté d'Azay-le-Rideau. On le connait pour ses remarquables chenins, jeunes, en cubi, vieux, en moëlleux, etc. Il fait partie de ces vignerons dont on a déjà souvent bu les vins mais dont on ne parle pas assez souvent.

    C'est chez Versant Vins que j'ai découvert son grolleau non fermenté. Kézako ? Ben, du jus de raisin monocépage grolleau tout simplement. Pour ceux qui n'ont toujours pas compris, c'est sans alcool. L'occasion de se familiariser avec ce goût bien particulier. Et cela vous en coûtera 3,90 euros. 

    C'est rudement joli : on croirait presque voir un gamay bien naturel, sentir des arômes de fraises assez soutenus mais équilibrés par un sucre qui en réalité fond très vite. L'étiquette propose aussi de l'associer avec 2/3 de crémant rosé pour "déguster un apéritif à 8°, de quoi passer un bon moment tout en gardant ses esprits". La belle idée...

    Dans la catégorie jus de raisin, je garde aussi un souvenir ému des bouteilles du domaine de Mazel. Très difficile à trouver à Paris (il y en avait parfois au Vin se Livre, mais cette belle boutique a fermé).

  • Le carton de la discorde

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    Après avoir fait trembler la Répression des Fraudes, le fameux carton d'Olivier Cousin continue à "faire du tort à son appellation". L'objet du délit étant ainsi exposé, en plein centre de Paris, à la portée de tous, même des plus jeunes, sans aucun message d'avertissement et en plein centre de Paris (chez Crus et Découvertes, rue Paul-Bert), j'en viens à me poser cette question évidente : mais que fait la police ?

    Les plus intrépides en tirent des bouteilles de gamay enchanteur (11 euros), on en reparlera. Et pendant ce temps, la pétition s'allonge. Ah ces jeunes, avec leur internet...

  • Joyeux vinniversaire !

    Lorsqu'un blogueur déboule à la maison pour une dégustation et qu'il fête son anniversaire le jour même, on prend le soin de mettre au frais un champagne Drappier Carte d'Or certes, mais millésimé 1995. Elevage de 15 ans (dégorgé en février 2010) qui n'est pas du tout intrusif, le jus est bien vivace. Les réactions ont été très positives parmi les connaisseurs. Déjà à l'époque...

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    Autre bouteille assez inconnue, ce vin blanc du Portugal Mux Branco 2009 du domaine Muxagat Vinhos do Douro. Elle nous a été offerte par Raphaël Gonzalez (Clos des Cîmes) car le producteur portugais fait partie de sa belle association Jeunes vignerons d'Europe. Raphaël m'avait laissé un moyen mnémotechnique pour retenir le nom du cépage : "il suffit de se souvenir de Rabbi Jacob : le cépage, c'est le rabigato". C'est puissant mais enveloppant, pas du tout sucré. Moi, j'ai beaucoup aimé ce blanc ensoleillé pas putassier ni trop amer. Goûté deux jours plus tard, il est assagi, comme un miel sans sucre selon le mot du Bicéphale Buveur qui l'a déjà goûté.

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    Autre blanc que j'aime particulièrement, Les Moyens du Bord, de La Grange Aux Belles. Autour de la table, le débat s'est enflammé sur ce nez de pomme verte caractéristique de pas mal de vins blancs naturels. Moi, j'avoue que cela ne me dérange pas : c'est vif, propre, parfumé et effectivement assez particulier. A 17 euros le magnum chez Morapio y Papeo, c'est un vin de copain des plus sympathiques. Goûté deux jours plus tard, lui aussi s'est calmé sur sa pomme verte mais subsiste le caractère pointu du chenin. Me reste à ouvrir le petit frère en rouge.

    N'oublions pas un côte-roannaise 2005 d'un de mes chouchous, Lapandéry. Tout à la fois croquant et complexe, il n'a pas convaincu que moi... On est totalement dans le vin anti bling-bling. A quand la verticale 2009, 2008, 2007, 2006, 2005 ? Et d'ailleurs, j'y ajouterai une surprise !

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    Et sinon, côté dégustation proprement dite, y avait ça...

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  • L'autre petit secret de la rue des Quatre-Vents

    Je me souviens de ce pub canadien à l'époque où j'étais étudiant dans la rue derrière. C'était il y a à peu près 7 ans et nous y mangions des poutines, ce terrible plat canadien, amalgame de frites, de fromage et de sauce régressive.

    Plus tard, on est revenu y boire de bonnes bières. En juin 2010 précisément, on arrive ici et on trouve quelques vins au comptoir. Dard et Ribo, Foillard, Villemade... Tiens, du vin naturel dans un pub ? Assez marrant. Bien sûr, la sélection n'est pas aussi pointue qu'à La Crémerie juste en face mais ce n'est pas le but non plus.

    Ce mercredi, retour au Moose. J'y apprends que celui qui a soufflé au patron du lieu la bonne idée de mettre à disposition des clients quelques quilles buvables n'est autre que Sébastien Lapaque. Ce jour-là, ce magnum de bourgueil 2006 Les Perrières de Catherine et Pierre Breton me fait un effet boeuf !  

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    The Moose, 16 rue des Quatre-Vents, 75 006 Paris, 01 46 33 77 00.

  • Le dessert incontournable du Siffleur de Ballons

    Retour au Siffleur de Ballons pour grignoter un petit morceau. Notamment cet exceptionnel gâteau de riz "façon grand-mère". Cinq euros seulement pour un dessert authentique loin des cochonneries habituelles dont le prix au kilo avoisine celui du caviar. Evidemment, il est déjà entamé au moment de la photo...

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    Sur la photo c'est un montlouis de Xavier Weisskopf un peu frais. Sinon avec le plat, ce fut Grand Largue 2009 de Philippe Wies, vigneron à Maury. Malheureusement un peu fermé ce soir-là mais chaleureux : c'est dommage, ses vins sont souvent assez bluffants. On y reviendra vite !

  • Le Siffleur de Ballons, ou comment bien faire passer le mois d'août

    Puisqu'il faut que je me trouve une nouvelle "seconde maison", je profite de l'été pour visiter d'autres résidences viniques potentielles. Avec Jacques et Antonin, Eva m'a amené au Siffleur de Ballons, du côté de Faidherbe-Chaligny. Joli lieu ouvert sur l'extérieur, de (très) belles bouteilles, de superbes assiettes (lard de Colonata, hareng, burrata...) des prix pas trop élevés, un accueil sympathique qui s'y connait en quilles. Bref, y a tout pour s'amuser.

    Ce soir, ça commence par l'Apostrophe 2010 de Jean-Christophe Comor. Il faiit chaud et la bouteille était un peu froide : on s'est précipité, on n'a pas ressenti toute sa complexité. Malgré ces conditions, la tablée est conquise. 

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    La claque de la soirée, le champagne Fidèle de Bertrand Gautherot (Vouette et Sorbée). Goûté déjà, il y  a un an et demi chez Augé, il m'a fait le même effet : un superbe pinot noir, à la bulle fine et langoureuse, une bulle qui t'attrape et ne te lâche plus. Sans oublier la vivacité qui fait le lit à la suite des hositilités. Une superbe bouteille.

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    Autre vin délicieux, le saumur blanc 2008 du domaine du Collier, celui d'Antoine Foucault, le fiston et neveu des proprios du Clos Rougeard. Une folle complexité, un tout petit poil d'oxydation absolument pas dérangeant : une bouteille qu'on a bue à la fin de la soirée, qu'on a dégustée dans la lenteur comme on l'aurait fait d'un vieil armagnac.

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    J'ai complètement oublié de photographier les plats et le Bourgogne Grand Ordinaire 2010 de Prieuré-Roch. Ce qui était un vin superbe il y a quelques mois (millésime 2007 acheté chez Pierre Jancou, faut dire) n'était que l'ombre de lui-même, caricature du vin naturel avec son nez et sa bouche de basse-cour. Ce n'est pas cela qui me fera changer d'avis : Prieuré-Roch est l'un des plus grands domaines de France et cette quille, il faudrait l'attendre. 

    Prix ? Deux bonnes assiettes et une bouteille par tête en ne se limitant pas aux quilles les moins chères, pour une petite cinquantaine d'euros.

    Le Siffleur de Ballons, 34 rue de Citeaux 75012 Paris 01 58 51 14 04.

  • Rouen : l'hôtel de Dieppe sans son canard

    Même Walt Disney est venu ici. En témoigne ce Donald pestant contre le fait qu'on sert ici un plat mythique, le canard à la rouennaise (c'est-à-dire à la presse, c'est-à-dire au sang, à l'image de celui de La Tour d'Argent).

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    Trente-neuf euros par convive, à condition de le commander : le canard à la rouennaise, ce ne sera pas pour aujourd'hui. A n'en pas douter, on passe à côté de quelque chose. Mais on y reviendra un beau jour. Ce midi, "petit" menu à 33 euros. EPD comme on dit dans le métier. D'abord, le traditionnel amuse-bouche, un gazpacho de betterave et sa mousse de chaipakoi. Très bien foutu.

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    En entrée, avec le fameux chablis de la coopérative La Chablisienne (en demi-bouteille, totalement passe-partout, malgré la bonne réputation de cette cave), un foie gras maison tout à fait appréciable en ce 14 juillet automnal.

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    Sandre en papillote aux artichauts, encore une fois bien réalisé. Avec une jolie idée : utiliser un papier transparent. Avant, après.

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    En vin, comme tous les autres avaient de la viande, on est parti sur un rouge. Léger, pour qu'il aille avec mes légumes. Le chinon de Couly-Dutheil. Pas mauvais, mais très classique.

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    Un très joli dessert, vraiment bien foutu : tarte rhubarbe-fraises. Rien de très original mais assez bon. Un peu à l'image du restaurant en fait.

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    Reste le fait qu'il faudra revenir pour tester le matos spécial coin-coin.

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    Hôtel de Dieppe, Restaurant les 4 SaisonsPlace Bernard Tissot, 76 000 Rouen, face à la gare, 02 35 71 96 00.

  • Hélène, les garçons et l'andouillette

    Pour le 31ème anniversaire d'Hélène, rendez-vous est pris avec Olivier et Thomas chez Racines. Depuis le temps qu'il fallait le faire ce resto... Niché dans le passage des Panoramas, l'ancien repaire de Pierre Jancou, avant qu'il ne parte ouvrir Vivant, n'a rien perdu de ses vins naturels. Pour commencer, champagne ! Agrapart, cuvée Les 7 crus. Le chardonnay rend évidemment la chose très classe et le dosage de 7 grammes n'est pas du tout embêtant, même si on est désormais habitué à l'extra-brut. C'est droit, plein, le champagne de fête. Unanimité...

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    Pour l'accompagner, burrata ou soupe verte au tourteau. C'est frais, les morceaux de carapace dans la soupe le prouvent, et bien bon mais il n'y a tout de même pas de quoi se pâmer.

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    Là où il y a de quoi se pâmer, c'est quand on passe à l'andouillette servie par la maison. Elle arrive de Sainte-Savine, à côté de Troyes. L'immense artisan qui est derrière s'appelle Daniel Thierry. Première chose, aucune odeur désagréable caractéristique de l'andouillette. C'est presque décevant mais cela permet de plonger dedans sans le sourire narquois des autres convives. Deuxième chose, elle est pochée et non pas grillée : quelle douceur, quelle cuisson ! Mention supplémentaire pour l'écrasé de pommes de terre absolument sublime... C'est le plat le moins cher de la carte, 17 euros : ruons-nous dessus ! Enfin, dernière chose : elle est belle ! Oui, cette andouillette m'a tapé dans l'oeil. Au lieu de nous bourrer le mou avec ses poires ou ses pommes, Cézanne aurait mieux fait de peindre une andouillette. Quel philosophe génial osera nous gratifier d'une "Esthétique de l'andouillette" en trois tomes ?

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    De son côté, Hélène préfère s'exciter (à raison) sur la poularde et les légumes d'Annie Bertin.

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    Pour accompagner le plat, le pinot noir de Loire La Pierre aux Chiens 2010 de Christian Venier est un poil trop léger et trop jeune ce soir, dans la chaleur ambiante.

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    Fromage, maestro !

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    On cherchait enfin un rouge pour finir sur une note puissante mais pas trop rude non plus. J'ai vu une étiquette et j'ai fait le test : j'ai dit "Occhipinti !" et Olivier a tout de suite réagi à la manière d'un vieux slogan publicitaire : "Occhipinti ! Oh oui !" Un genre de réflexe pavlovien quand il entend ce nom de domaine sicilien. Du rouge, du rouge, du rouge, mais pas du trop lourd. Siccagno 2007 à base du capage sicilien, le nero d'avola : ou comment le vin devient sexy... Arianna Occhipinti y est pour beaucoup.

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    Racines8 passage des Panoramas, 75002 Paris, 01 40 13 06 41. A peu près 60 euros par tête, mais on n'a pas pris les pinards les moins chers.

  • Les Fines Gueules un samedi

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    Stéphanie vient d'inciter Eva et Laurent à aller faire un tour aux Fines Gueules. Rien que le mot m'enchante... Souvenirs de deux ou trois repas pris il y a quelques années, avec notamment un beau tartare. Le restaurant ne semble pas avoir trop changé.

    On commence avec deux verres de blanc, comme ça pour se rincer la bouche et on n'ira pas plus loin. Le Touche Mitaine 2009 de Xavier Weisskopf (le Rocher des Violettes) et la cuvée vieilles vignes 2005 du domaine Baud dans le Jura. J'ai un petit faible pour le premier.

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    Côté bouffe, on a été raisonnable. Quoique... En tout cas, on n'a pris qu'un seul plat. Veau de Corrèze aux truffes (26 euros). Je crois me souvenir que la viande vient de chez Desnoyer. C'est un plat vraiment très bien ficelé. Quand l'assiette est de cette qualité, de quoi d'autre a-t-on besoin ?

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    Et toujours ces magnifiques couteaux Perceval 9.47, l'apanage des grandes maisons.
  • Qui a fumé la mozzarella ?

    Avec Omar, pour la fin de ses examens, nous avons poussé la porte de la Cave de l'Insolite pour un bon grignotage. On s'ouvre l'appétit avec la vivacité du chenin pétillant de Jean-Pierre Robinot (Fêtembulles). C'est droit, peu bullé, flamboyant. Il fait lourd, ça rafraîchit.

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    Giuseppe, le cuistot de Michel, nous sort de je-ne-sais-où une mozzarella entourée de speck. Jusque-là, on est en terrain connu...

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    Et puis quand on soulève le jambon fumé, on s'arrête quelques instants : qu'est-ce que c'est que ce truc ?... Une mozzarella fumée à la paille ! Elle ressemble trait pour trait à celle que nous connaissons mais sa peau est fumée, presque brûlée. Ce n'est pas non plus de la scamorza qui, elle, est séchée puis fumée. Non, c'est autre chose. Dans la bouche, la juxtaposition des goûts est surprenante, du fondant avec un peu de piquant rustique. C'est incroyablement bon, est-il besoin de le préciser ? Pour compléter le côté fumé, on aurait aussi pu penser à ouvrir un vieux pinot noir.

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    Allez, je suis sympa, je redonne l'adresse une énième fois : la Cave de l'Insolite30 rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris, 01 53 36 08 33.

  • Mon voisin sur la Lune est revenu sur Terre

    Il y a parfois des chansons qui font autant d'effet qu'une bouteille bien mûrie. On sous-estime le côté politique chez Adamo, il suffit pourtant d'écouter les paroles avec un verre de La Lune de Mark Angeli à portée de main.

    ''Tu ne me remets pas / Je vois que je t'importune / Tu étais bien crois-moi / Mon voisin sur la lune.

    T'es vraiment élégant / Dans ton beau costume / Et tellement différent / Des rêveurs que nous fûmes.

    Du temps aux cheveux longs / Nous voulions changer d'air / Du temps où nous avions / Tout un monde à refaire.

    Mon voisin sur la lune / Est revenu sur terre / Pour gagner de la thune / Et pour faire des affaires

    Il a vendu la lune / Et son père et sa mère / Mon voisin sur la lune / A vraiment su y faire.

    Tu crachais sur l'argent / Et l'usine de ton père / La vie apparemment / T'a fait faire marche arrière.

    Funambule, coeur vaillant, / Allumé, visionnaire / Défenseur des perdants / Des révolutionnaires

    Alors, t'en as eu marre / De lutter pour des prunes / Ramasser sans espoir / Des cailloux sur la lune.
    [...]

    Te voilà président / Tu es dans la finance / T'es pressé, on t'attend / Je te retiens pas, et bonne chance.

    J'avais tant de choses à te dire / Mais ton temps c'est de l'argent / Et à part des souvenirs / J'ai rien d'intéressant [...]"

    Lien permanent Imprimer Catégories : Clin d'oeil 0 commentaire
  • Grignotage insolite

    A la Cave de l'Insolite, petit grignotage avant d'entamer la soirée. Sur ma gauche, pour s'ouvrir le gosier, le remarquable Les Années Folles de Jean-Pierre Robinot. Moins docile que le Boisson Rouge d'Emile Hérédia, c'est un vrai pineau d'aunis (avec un peu de chenin, ce qui donne se côté un peu plus tendu) qui respire l'été. Très agréable, pas si sucré, plus sur la groseille amère que sur la rose, et ça... A noter, l'étiquette sublime : Tokyo by night...

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    Sur ma droite, on change de catégorie. Vinisum du Casot des Mailloles (2006) à base de grenache évidemment, mais avec aussi pas mal de syrah cette fois. C'est franc, droit, ça s'ouvre timidement au bout de 30 minutes. C'est assurément une réussite à qui on n'a pas laissé le temps de tout nous donner. Le dernier verre nous a ravi. Evidemment, on regoûtera plus intelligemment.

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  • Jeanne A. ou le concept-vore

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    Bar-tabac-pompe-à-essence-épicerie-librairie-bistro-pmu... C'est un peu ça Jeanne A., la rôtisserie d'Astier : traiteur-restaurant-épicerie-caviste-droguerie... On est un peu perdu mais on s'attable avec entrain.

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    Les vins au verre ne sont pas donnés, normal on est à Paris. 7 euros le vouvray sec du domaine Huet. La sélection hésite entre le classique (Ormes de Pez...) et le plus pointu (Hours...). En général, on n'a pas à se plaindre mais ce n'est pas ici qu'on viendra chercher l'insolite. Ce qui est horripilant par contre, c'est cette succession de Mouton-Rothschild un peu fake utilisés pour la déco.

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    Côté assiette, ça se défend même si c'est un peu cher (entre 14 et 18 euros l'assiette). Poulet pattes noires bien juteux, gigot un peu trop cuit. Le gratin dauphinois, on dirait un truc pour mamie.

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    En dessert, le patron a gentiment offert un peu de melon au basilic (mariné dans un sirop). C'est vraiment très bon, le basilic aime les fruits.

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    Jeanne A., 42 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris, 01 43 55 09 49.

  • Le chenin haute couture

    Un dimanche midi avec bien trop de soleil, Les Sables de Stéphane Bernaudeau aident à mieux passer la journée sans penser au lendemain. Achetée la veille chez Augé, c'est une bien belle bouteille, pas encore tout à fait en place mais elle me faisait trop envie. Signe particulier donc : rafraichissante et incroyablement fine. C'est ciselé, du chenin haute couture.

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    Pour être aussi plein et pour l'être déjà, le vin a dû faire sa malo (fermentation malolactique) mais ce n'est pas gênant du tout : une belle part d'acidité résiste, profonde et presque aristocratique. Evidemment, c'est le vin naturel à 200 %...

  • Nul n'est censé ignorer la Loire

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    Du beau monde chez Augé pour l'énooorme journée Loire mais ce n'est pas non plus la foule des grands jours. Quoi ? Certains Parisiens auraient profité d'un week-end ensoleillé pour quitter la capitale alors que la Loire se jettait dans la Seine ce samedi là ? Ils sont trop cons.

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    Y avait quoi comme quilles ? Reprendre toute la liste serait fastidieux. D'ailleurs après un repas chez Camdeborde, Mathilde et Olivier sont rentrés faire la sieste. Thomas et moi, courageux, avons affronté chenins et cabernets. On n'a pas tout bu, c'était impossible, bien trop de monde. Déjà on a laissé de côté ceux qu'on a déjà bien biberonnés, ceux qu'on connaît bien (Simonutti, Villemade, Olivier Lemasson des Vins Contés). Le reste ? Mention spéciale pour les blancs de René Mosse que je n'avais jamais goûtés et le domaine de Bellivière (Eric Nicolas) même si ce n'est pas donné-donné.

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    Les bouteilles qui sortent du lot : Selves (chenin de Nicolas Carmarans en Auvergne), Le Vin des Poètes d'Emile Hérédia (que l'on boit lui aussi depuis des années) et belle surprise avec les montlouis de Frantz Saumon.

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    Mais ce n'est pas forcément ce que j'ai acheté. Ne voulant pas surcharger le vélib, on y a mis : un Selves, un Sables de Stéphane Bernaudeau. Thomas a ajouté un vouvray des Breton (La Dilettante) et un Boisson Rouge du domaine de Montrieux (Hérédia). J'ai aussi ignoré la Loire en prenant un rosé de Christophe Peyrus (pic-saint-loup). Forcément, ça tanguait un peu, c'était difficile à manoeuvrer. En passant devant l'Elysée, on a eu de la peine pour le grand manitou qui ne sait pas ce qu'est le vin (ni la France à vrai dire) puisqu'il n'en boit pas.

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    Ah oui, tiens je n'ai décrit que 5 bouteilles dans mon carton. Evidemment, il y en avait une sixième et c'est du Gramenon. Du côtes-du-rhône, j'ai encore ignoré la Loire. C'est potentiellement un truc de malade. "Ouais, ils ne font pas trop de pub là-dessus, il n'y en a pas beaucoup..." me dit-on chez Augé.  Résultat : 30 euros la bouteille. C'est quoi ? Des vieilles vignes de syrah ? Une cuvée insolite de pinot noir ? Ou du chenin ? Non, rien à voir avec la Loire ni avec le vin d'ailleurs : une huile d'olive vierge produite par le domaine Gramenon. Pas encore ouverte, donc à suivre.

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  • Eric Callcut, la Loire dans le Jura

    Chez Vivant l'autre soir, j'ai vu passer une bouteille couleur papier jauni à l'écriture colorée. Je n'en avais encore jamais vue en vrai, mais je l'ai tout de suite reconnue. Eric Callcut. Un vigneron qui appartient désormais à la légende : il a passé quelques années sur les bords de Loire à vinifier beaucoup de chenin et quelques autres cépages. Aujourd'hui il est donné en Israël ou en Haute-Loire, moi je n'en sais rien : Christian Authier qui lui consacre son dernier ouvrage "Boire pour se souvenir" en sait peut-être plus. En tout cas, ses vins sont vraiment très rares.

    Sauf chez Vivant donc. D'ailleurs la tablée qui la sifflait ne l'a pas finie. Je m'approche de Pierre Jancou et lui dit qu'il m'en faut une, coûte que coûte. Voici donc la dernière cuvée d'Eric Callcut. 1998. Bouchon de cire verte, aucune inscription qui puisse m'indiquer la cuvée. Si quelqu'un a des infos...

    On l'ouvre chez Olivier. A sa fenêtre, en cet fin d'après-midi bien chaude, difficile de percevoir vraiment sa couleur. Si je tourne la bouteille vers les Champs-Elysées c'est un peu or. Si je me tourne vers la porte Maillot, c'est plus ocre : normal, le soleil se couche.

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    En bouche, ça dit quoi ? C'est fichtrement condensé mais sans être lourd. Aucune déviance, aucun problème de conservation, le vin apparaît vraiment net. Mais incroyablement oxydé : oui, certains vont dire que c'est une déviance, pas moi et je ne vais pas entrer dans le débat. Bref à l'aveugle, c'est un vin du Jura. Dis comme ça, elle parait difficile à boire ; dans la réalité, cette bouteille est un délice, la minéralité est tout à fait là. C'est sauvage, ça ne ressemble à rien (et tant mieux) et c'est enveloppant. J'ai trouvé un mot pour ce vin : la félicité.

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    Difficile pour les bouteilles qui suivaient de soutenir la cadence. L'Atmosphères de Jo Landron (bu avant Callcut pour s'exciter les papilles), le champagne Mailly cuvée L'Intemporelle (avec laquelle je n'ai malheureusement pas accroché... mais bon, après Callcut...) et le gaillac Bois Moisset 2009 de Sylvie Ledran et Philippe Maffre, on en reparlera).

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    Enfin un petit whisky de Michel Couvreur, le très joli Overaged. Dans les jolis verres d'Olivier (achetés à la Maison du Whisky), tout est ramené vers le nez : le jus est sublimé.

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  • La Loire telle que vous ne l'avez jamais lue

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    C'est armé d'un Vin de Pays du Val de Loire 100 % grolleau du domaine de Montgilet que je feuillette le superbe non-guide des vins de Loire édité par le Rouge et le Blanc. Rarement livre aussi intelligent aura été écrit sur cette belle région. Je picore cette citation de Jean-Claude Pirotte : "Le vin pose, à celui qui le récolte comme à celui qui le boit, la seule question philosophique utile : à quoi sert-il donc ? Réponse : à rien. Comme l'art, comme la vie, comme l'amour, comme la beauté."

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    Pas besoin d'en parler plus longuement, faites comme moi : courez l'acheter.
  • A consommer

    Avec modération d'accord, mais à consommer... Comme tous les ans, les vouvrays de La Dilettante s'arrachent. Avec Mari, Franckie et Manu on en a bu deux bouteilles en apéro et assez rapidement. Je suis désolé : c'est bon. Ce qui donne le sourire aux lèvres... Et c'est un peu le but du truc.

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