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nicaragua

  • Se laver les mains avec du rhum Flor de Caña 18 ans d'âge ? Une manière de ne pas oublier le toucher dans la dégustation

    Une photo comme celle-là, on en a vu des milliers. Une dégustation. L'immense majorité d'entre nous a déjà participé à ce genre de truc mené par un type, une nana, plus ou moins qualifié(e). Que ce soit de vin, de rhum comme ici, ou de tout autre alcool, le processus est souvent le même : on regarde, on met le nez dedans, on goûte. Et on passe à la cuvée suivante.

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    Il manque l'ouïe - pas facile, je laisse les maîtres-dégustateurs plancher sur le sujet. Il reste aussi le toucher pour que les 5 sens soient réunis. Certains s'amusent avec le "toucher de bouche", la sensation tactile que leur procure le vin en bouche. Mouais. J'utilise rarement ma bouche pour toucher des trucs - ou disons plutôt que ce n'est pas l'endroit idoine pour en parler.

    Mais lorsque la distillerie nicaraguayenne Flor de Caña propose de goûter son rhum élevé 18 ans, elle t'incite à "toucher" le rhum. Par les papilles ? Non, franco, avec... les mains ! Il faut prendre son verre et s'en mettre un petit coup sur les mains. Puis se les frictionner. Comme avec un vulgaire gel antibactérien. Ok, ça coûte un peu plus cher mais je suis certain que les microbes sont tout aussi dézingués.

    Question goût, le fait d'oindre ton corps de rhum n'apporte pas grand chose : lorsque tu portes tes mains à ton nez, l'odeur de peau prend le dessus. Tu touches le liquide, c'est une sensation agréable. C'est une autre manière d'entrer en contact avec un liquide que tu vas ingurgiter. Dans ce cas précis, c'est surtout une manière de montrer que tous les sucres ont été bouffés par les ans. C'est-à-dire que tes mains ne sont absolument pas collantes. C'est pour souligner la grandeur de ce rhum élevé 18 ans. On ferait la même expérience avec un rhum moins réussi ou plus bas de gamme, ça collerait sévère.

    Pourquoi ne pas ajouter cette étape dans nos futures dégustations ?

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    Flor de Caña (fleur de canne à sucre) jouit d'une très bonne réputation en Amérique latine et dans les pays où ce rhum est exporté. Je considère que c'est avant tout un moyen pour le Nicaragua de s'affirmer, notamment face à Cuba : dans cette région du monde comme ailleurs, chaque pays se doit de posséder sa propre marque de bière et/ou d'alcool. Question de fierté nationale et surtout d'identité.

    Force est de constater que ce n'est pas un rhum fait à la va-vite. Par exemple, on ne travaille pas selon la méthode de la solera, où le distillat le plus récent vient nourrir un mélange de distillats plus vieux encore en élevage. Ainsi, pour beaucoup d'autres rhums, on se retrouve avec un "mélange d’âges", l’âge moyen de la quille augmentant progressivement et lors de l'embouteillage, on y accole un âge qui se révèle approximatif. Non, chez Flor de Caña, tout le rhum 18 ans d'âge a exactement passé 18 ans en fûts (technique du slow-aged rhum). Ou 5 ans, ou 7 ans selon les cuvées. Pas de tromperie sur la marchandise.

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    Comme partout, les cuvées de base (5 ans) s'entend bien avec les sodas à base de noix de cola. Le 7 ans aussi, même si un peu de glace pilée ou un filet d'eau font mieux prendre conscience de sa grande valeur. Les 12, 18 et 25 ans bien plus rares, rhums d'orfèvres qui, s'ils lavent bien les mains, s'avèrent des alcools de méditation. 

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    Ici, la visite se fait à l'américaine avec nana sexy portant un chapeau de cow-girl qui t'emmène en petit train d'un endroit climatisé à l'autre. On se croirait chez Disney. Qu'on ne se méprenne pas, on n'est pas chez le petit artisan ; on trouve Flor de Caña partout au Nicaragua, dans n'importe quelle pulperia d'un bled paumé. Mais on n'est pas non plus chez Havana Club qui inonde le monde entier... Un entre-deux.

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  • Le vin naturel nicaraguayen existe, je l'ai rencontré

    Nul n'est prophète en son pays. Jésus râlait parce qu'on le prenait pour un blaireau à Nazareth. Don Rufo Centeno peste que les Nicaraguayens s'intéressent peu au vin. Ou alors aux bodybuildés chiliens, argentins, américains.

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    Don Rufo dit être le seul vigneron du Nicaragua. Difficile à vérifier. Du vin d'hibiscus, du vin de cajou, le tout industriel, ça on en a vu. Mais du vrai vin, du vin de raisin produit dans le pays, nulle part. Le vigneron esseulé ne vend ses quelques milliers de bouteilles que dans des endroits bien ciblés de la capitale Managua ou dans les grandes villes d'à-côté, Esteli et Matagalpa.

    Notre homme et sa femme habitent à Condega, dans le nord montagneux du pays. Le chauffeur de taxi a du mal à trouver la maison, elle ne semble pas extrêmement connue dans le voisinage. Il reçoit chez lui, dans son salon, entre un présentoir de bouteilles qui partent dans tous les sens et un autre de crèmes de beauté, face à la télé. Il explique qu'il a pas mal voyagé dans les autres pays d'Amérique, qu'il a des copains vignerons au Venezuela par exemple, qu'ils essaient de constituer un réseau.

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    Les vignes se trouvent à quelques kilomètres de là, sises entre les plantations de tabac et celles de café. "On met déjà bien assez de produits chimiques dans les champs de tabac, donc moi je ne mets rien d'autre que du raisin dans mes vins" tranche Don Rufo. Il travaille surtout le cépage isabelle, que l'on retrouve dans toute l'Amérique latine et plus généralement dans les régions tropicales. 

    En bouche, ça change brutalement de ce que l'on connait. UN vin chaud, sucré, mais qui coule. Le rosé demi-sec fait une belle impression ; extrêmement parfumé, le premier verre en appelle un second. Certes, nous n'allons pas chercher les arômes de fruits rouges et autres foutaises. Certes, ce n'est pas un grand cru cultivé sur un terroir millénaire où les hommes ont appris de leurs erreurs au cours des ans. Espérons par contre que l'on soit au début de quelque chose.

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    Ce vin n'est même pas disponible à Granada, la sublime ville touristique du sud du pays. Alors n'imaginez pas en trouver en France... J'ai pourtant essayé d'en apporter. D'en mettre deux dans la valise. On aura remarqué sur les photos précédentes que la mise en bouteille est très artisanale. Bien avant de prendre l'avion, les quilles n'ont pas supporté les 200 bornes en voiture entre Condega et Granada. Les 35 °C y sont sans doute pour quelque chose aussi. Résultat : le bouchon a explosé tel un champagne mal fermé. Le verre en lui-même n'a rien, mais le jaja s'est gentiment vidé sur mes slips. 

    Ah ces vins naturels, ils ne voyagent pas... Dommage pour ceux qui comptaient sur une expérience latino-naturelle après mon retour en France.

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