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plageoles

  • Loin du prêt-à-manger et du prêt-à-boire

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    Il y a dix jours, j'avais quelques minutes à tuer dans un de ces temples de la ''culture", en vérité un grand magasin de dvd-informatique-jeux vidéos-logiciels-cd-gps-livres-ordinateur-appareil-photo-neuf-et-occasion : je ne délire pas, il se présente comme tel sur son site internet. D'ailleurs j'ajouterais "mozzarella" puisqu'il s'en vend au sous-sol de ce lieu. Et je ne délire toujours pas.

    Bref, je m'approche du rayon vin et après avoir parcouru des yeux les guides "truc" et "bidule", je m'arrête sur la tranche d'un livre qui me semble bien sympathique. "Mieux vaut boire du rouge que broyer du noir". Joli papier crème en plus, pas cher (10 euros) et publié aux éditions Libertaires. Comme quoi ses grands magasins fournissent des munitions contre eux-mêmes...

    C'est le petit opuscule de Benoist Rey, écrivain-cuisinier comme d'autres sont écrivain-journaliste ou écrivain-rentier... Loin du livre pour bobos, Benoist Rey ("papy mauzac" pour les intimes) siffle du mauzac nature de Plageoles depuis 20 piges au moins, quand les bobos n'étaient pas sociologiquement nés.

    Dans sa petite introduction, il voudrait que son livre "donne faim et soif". On pourrait donc le reconnaître d'utilité publique. A la partie autobiographique où Benoist Rey raconte avec humour et poésie comment il est devenu cuisinier et surtout comment il travaille dans son restaurant ardéchois succèdent des recettes revigorantes : salade de pommes au terre au vin blanc, gaspacho andalou, joues de porc au gingembre, chili con carne, boeuf bourguignon, daube... A chaque fois, quelques lignes viennent célébrer le mariage avec le vin : tel plat avec un muscadet de Landron, tel autre avec une Poignée de Raisins de Gramenon, ou celui-ci avec Le Vin est une Fête d'Elian Da Ros...

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    Enfin quelques digressions sur le pique-nique, l'attirail du cuisinier ou les bistrots parisiens. Et quelques bons mots. Dans son joli post, Jacques Berthomeau a déjà cité celui de Marcel Lapierre. Il me reste cette phrase du grand Antoine Blondin dont on fête les 20 ans de la disparition : "avec ce que j'ai dépensé pour boire, j'aurais pu m'acheter un bistro". Et un ami de Benoist Rey qui évoquait ainsi les temps difficiles de l'Occupation, des larmes dans la voix : "l'hiver 43, on a failli manquer de vin !"

    Quant à nous, nous n'allons pas manquer de bonnes idées pour enfin retourner en cuisine (pour faire autre chose que des macarons à la rose) et boire un bon coup de vin libertaire.

  • Sébastien P., un caviste engagé obligé de fermer sa boutique

    Je connais Sébastien P. depuis l'ouverture de sa cave-épicerie située en banlieue de Metz il y a un an et demi environ. Avec La Vigne d'Adam et Cantino, il est de ceux qui ont contribué à dépoussiérer Metz dans le domaine des commerces de bouche : il faut dire que depuis l'ouverture du centre Pompidou, ça grignote et ça glougloute de mieux en mieux dans cette jolie ville.

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    Chez Sébastien transpire une approche du vin qui tranche avec ce qui se faisait à Metz jusqu'alors : déjà, et je ne peux que m'en réjouir, la sélection est clairement orientée vins naturels. Mais sans en faire des caisses, sans vraiment communiquer dessus, comme si cela était... naturel ! A cela, il ajoute un petit côté "événementiel" en proposant des dégustations à domicile ou des casse-croûtes oenologiques dans sa boutique le samedi matin. Son but ? Fidéliser des clients certes, mais aussi faire découvrir les vins qu'il aime au plus grand nombre. Il y a une sorte de mission civilisatrice inhérente au métier de caviste indépendant qui perpétue le vin dans sa dimension historique, géographique, géologique, climatique... Il est le relais des vignerons, celui qui les fait vivre, représentant d'un commerce qu'on espère le plus vertueux possible. Dans sa cave, la table d'hôtes ou les canapés vintage ajoutent à la convivialité du lieu : on reste debout ou on s'assoit, on boit un coup, on échange avec les autres clients, on déconne souvent, le tout sur une musique choisie... Chez Sébastien, on ne fait pas qu'échanger des liquides contre du liquide. Et à Metz, c'est nouveau : les cavistes à la papa sont ringardisés et de toute façon leurs bouteilles, hormis quelques unes chez Vénus Vins, ne faisaient pas envie. A l'inverse, Sébastien trouve une seconde vie au mauzac de Plageoles une fois vidé...

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    Encore faut-il que les clients adhèrent au projet. Aux premiers mois sans salaire succèdent les mois où Sébastien ne se verse qu'une indemnité de stagiaire tout en mettant les comptes dans le rouge. Oui, c'est bel et bien la crise et les banquiers frileux ne veulent plus mettre de l'huile dans les rouages. Le lieu est-il mal situé ? C'est sûr que dans cette banlieue de Metz, entre un kebab et une pizzéria, cette grande avenue en voit passer des voitures. Encore faut-il qu'elles s'arrêtent. D'accord, c'est pratique pour les clients fidèles qui peuvent remplir le coffre aisément... Mais sur cette route qui mène à une grande zone commerciale, on est loin, bien loin, du centre ville.

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    Il faut donc du cran pour tenir, pour remplir cette mission au prix de beaucoup de travail. Et de souffrance sans doute aussi. Les problèmes s'accumulant et l'horizon ne se débouchant pas, il faut savoir s'arrêter à temps. Mieux vaut fermer boutique maintenant plutôt que dans quelques mois, quand la situation aura empiré et que les conséquences financières seront bien plus lourdes. Sébastien a donc pris la décision ô combien difficile de fermer Le Vin à Portée de Main d'ici au début de l'été et il s'y tient avec dignité. Chez lui, le stock de bouteilles diminue à vue d'oeil. Bien sûr, avec son passé de sommelier, il n'aura pas beaucoup de mal à retrouver un bon poste dans un bel établissement qu'il va vouloir faire évoluer dans un sens "naturel".

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    On ne va donc pas rejouer l'affaire Olivier B. ; d'ailleurs Sébastien n'a plus beaucoup de quilles à écouler. C'est juste un témoignage : cette histoire est symptomatique des temps qui courent. On ne prend plus son temps pour aller chez l'artisan du coin de la rue, le caviste, le boucher ou le boulanger. On fait son pain soi-même avec plus ou moins de réussite, tout le monde croit que le boeuf se limite désormais à une entrecôte sous vide et le vin s'achète en la grande distribution. Sébastien : "Que les cavistes indépendants soient en concurrence avec des chaînes comme Nicolas, on l'accepte. Qu'on soit en concurrence avec la grande distribution, on l'accepte. Mais qu'est-ce qu'on peut faire quand nos concurrents se nomment Décathlon ou Apple ? En ce moment, tout le monde achète un vélo ou un iPhone. Forcément il ne reste plus beaucoup d'argent pour le reste". Au lieu d'être vertueux et noble, le commerce qui cartonne aujourd'hui est laid, vulgaire et court-termiste. Des histoires semblables à celle de Sébastien j'en ai déjà entendues à Paris de la part de gens qui ont une longue expérience et une grosse réputation.

    S'il y a une part de raisons conjoncturelles dans l'affaire, le problème est éminemment politique, au sens large c'est-à-dire noble. Un bon caviste est dépositaire d'un savoir-faire, c'est un acteur du lien social et un fournisseur de souvenirs. C'est aussi la transmission d'un héritage. L'Etat pourrait peut-être prendre ça en compte, lui qui est si prompt à dicter des lois "protectrices" dans tout domaine. Mais au lieu de réfléchir aux problèmes majeurs et à la transmission (d'un savoir, d'une méthode de travail, d'un patrimoine), le petit manitou préfère voir les échéances à court terme (sa réélection) en dressant une partie de la France contre l'autre.

    C'est, parait-il, Léopold Sédar Senghor qui avait lancé cette phrase devenue proverbe : "quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle". Quand c'est un caviste qui met la clé sous la porte, c'est une succession de bons moments (passés et à venir) qui passe à l'as. Et ça, franchement, ça fait chier tout le monde.

  • Un vouvray et un mauzac à l'Avant Comptoir

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    Avant le repas chez Alfred, pause à l'Avant Comptoir d'Yves Camdeborde. Un vouvray sec sec sec de Nathalie et Christian Chaussard (You are So Fine) et un mauzac tranquille (Plageoles of course) au nez terrible de fruits jaunes que Manu et Laurent semblent avoir apprécié. Les croquettes de jambon de Louis Ospital par-dessus et moi aussi, les mots me manquent...

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