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rené fallet

  • René Fallet contre les vins "trafiqués"

    Tout le monde a visionné La Soupe aux Choux, oubliant que ce mauvais film était une adaptation d'un roman éponyme de René Fallet. Tout le monde n'est pas sérieux, c'est entendu. Vraiment, il aurait mieux valu s'en tenir au livre - qui ne commence pas comme le film et ne se termine pas non plus de la même façon.

    Nous sommes ici vers la fin de l'histoire. L'extraterrestre baptisé La Denrée vient de multiplier les louis d'or du Glaude Ratinier. Fort de cette manne, le paysan bourbonnais en dépense une bonne part en vins d'exception ("des bordeaux, des bourgognes et même du champagne"). Faut dire que ça le changera du petit bleu. Une fois à la maison, il goûte ses acahts avec son compère le Bombé.

    On avait sauté sur le tire-bouchon. On avait goûté une bouteille, puis deux, puis trois. Chérasse avait repoussé l'offre de "casser la gueule" à une quatrième.

    - Ca vaut pas le coup, le Glaude.
    - Pourquoi ? C'est du supérieur, non ?
    - Je dis pas, mais ça me barbouille. J'aime autant mon petit pinard qui vient de l'Hérault.  Pas toi ? Il est plus gouleyant, plus fruité.
    - J'étais en train de me dire la même chose. Ca me tape derrière la tête, alors que ça m'y fait jamais avec mon douze degrés du Var.
    - On doit rien y connaître, mais j'y connais quand ça me dévore.
    - Moi aussi. Je me demande ce qu'y foutent là-dedans pour valoir des deux mille balles et plus.
    - C'est sûrement trafiqué si tu veux mon idée. [...]

    A son âge du moins, l'argent, non content de ne pas faire le bonheur, ne servait pas à grand-chose. Il en avait toujours eu assez pour s'offrir un litre, et même deux, et du bon qu'on n'avait pas à s'envoyer de l'aspirine après l'avoir sifflé !

  • Le beaujolais nouveau, c'est aussi un livre

    Si ce blog s'appelle Du Morgon Dans Les Veines, c'est grâce au roman de René Fallet, Le beaujolais nouveau est arrivé. Sorti en 1975, il raconte les aventures de trois soiffards (Poulouc, Camadule, Captain Beaujol) qui mettent le grappin sur le cadre plus si dynamique que cela (Debedeux). Ou comment l'amitié et le vin peuvent triompher du buziness et de la prétendue modernité. Un roman désaltérant, profond, humain, bien plus philosophique qu'il n'y parait à la première lecture.

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    Une des scènes mythiques est la descente à la cave des quatre compères bien décidés à siffler en un soir toute la collection de bouteilles de Debedeux. Considérant désormais que le vin est fait pour être bu et non pas pour être amassé, il a décidé d'ouvrir ses trésors à ses amis. En extase devant les grands crus, certains en oublient le tire-bouchon (ils étaient "outillés comme des putains sans cul"). Première quille à tomber entre leurs main, un clos-vougeot. Extrait.

    Le bruit du bouchon lui coupa la parole. Les traits de Camadule s'illuminèrent quand il versa avec tendresse le vin dans les quatre verres. Il trempa les lèvres dans le sien, se fendit d'un sourire d'enfant fourré jusqu'au cou dans ses souliers de Noël : "Messieurs, le bonheur existe, je viens de le rencontrer". [...] Jamais épouse et mère méritante, jamais père au sourire si doux, jamais amante ardente, échevelée, bavante, ne furent traités avec autant d'égards et de piété que ne le fut cette bouteille de clos-vougeot. [...] "Beaujol dit qu'il est fier d'être né en France. Une boutanche pareille, c'est kif-kif la Joconde ou la Victoire de Samothrace. Du bien de chez nous. Je me mets à la place des Boches qui se sont tant battus pour devenir Français."

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    Au chapitre V, René Fallet aborde le beaujolais nouveau. Et ça swingue.

    Ce Te Deum éclatait sur Paris, sur toutes les grandes villes, roulait dans leurs artères, chantait Montmartre et Contrescarpe, défilait dans la rue Saint-Denis, tintait louis d'or sur tous les zincs où se pressait le peuple pour voir et toucher le divin enfant de l'année. [...] La fête est revenue pour quelques jours, fête tuée par l'armée des pisse-vinaigre mais ressuscitée en cachette par les chante-la-joie increvables comme elle. [...] Le beaujolais nouveau est arrivé ! Coquinet de la cuisse, un poil canaille, sans soutien-gorge, il était arrivé dans les arrière-gorges, un rien pute, léger et court vêtu, un brin muguet, un brin de fille, un doigt de Dieu, un doigt de cour. Il coulait source dans les hommes, il ne repartirait qu'en leur laissant au coeur le plus clair de la vie, la vertu d'un sourire. [...] Les députés quittaient la Chambre en volée de moineaux, les flics jaillissaient des cars de police, les prisonniers s'évadaient, suivis de leurs gardiens assoiffés et braillant "Le beaujolais nouveau est arrivé !" [...] On perçait les tonneaux en une émouvante défloraison. Quel goût aurait-IL ? Serait-IL fruité ? Souple ? N'aurait-IL pas perdu son grain ? Après le dépucelage venait la première communion entre LUI et son copain l'homme.

    Et ça continue comme ça des pages entières.

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