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  • Cheval-Bla​nc et Yquem, deux mythes à mourir d'ennui

    Je vais dire ici tout le bien que je pensais de la cave du Bon Marché avant le ravalement des dernières semaines. Située dans un arrondissement plus-chic-tu-meurs, elle pratiquait pourtant les prix parmi les plus bas de la capitale sur certaines belles bouteilles. Car en plus des grands crus attendus, la sélection se faisait particulièrement pointue voire déjantée :  les vins d'Elian Da Ros, ceux de Romain Paire et de Prieuré-Roch. Ou encore un Ebrescade à point (2004) de Richaud à moins de 25 euros. Du plus classique aussi, mais du joli comme les bourgognes de De Montille ou l'aligoté de De Villaine. Bref, à chaque passage, on avait envie d'y fureter. Voilà, c'est fait. Les gestionnaires de la cave, les responsables du magasin, les agences de comm' pieds-z-et-poings-liés-à-leurs-clients et les buveurs de bordeaux peuvent stopper la lecture de ce billet.

    Car je vais maintenant dire tout le mal que je pense de la cave du Bon Marché après les travaux. L'espace s'avère désormais assez clinique et l'éclectisme qui tendait vers le naturel a pris la poudre d'escampette. C'est joli les grands bordeaux mais on n'en achète pas. C'est joli les étiquettes prestigieuses des autres régions mais idem. Pire, je vais vous dire : on ne les boit pas, on ne les boit plus. Le plus sidérant fut la soirée d'inauguration de la cave à laquelle on m'avait gentiment invité. photo(2).JPG

    Je plante le décor de cette fin d'après-midi de décembre. Outre ma pomme et des copains blogueurs privilégiés, sont réunis des journalistes, des professionnels du vin habitués de ce genre de sauteries. Il n'y a pas de pointures, il faut l'avouer. Des pique-assiettes alors ? C'est vous qui le pensez, moi je n'ai rien dit. Je dis ça, mais je ne connais pas tout le monde. Et, pourvu d'une bonne dose d'auto-dérision, je m'y inclus, mais pour cette soirée seulement car je fuis ce genre de pince-fesses d'habitude. Mais là, l'apriori était favorable. Tout commence avec un petit speech (plutôt intéressant) du boss de la cave dans le caveau des grands crus, ces fameux vins que plus personne ne peut boire.

    Sauf nous, ce soir-là. Car nous accompagnent un commercial de Cheval-Blanc et la maîtresse de chai d'Yquem. Au sujet du premier, cru d'une immense réputation, tout le monde avait tartiné l'an dernier au sujet de la rénovation de leur chai par un architecte prestigieux. J'aurais préféré qu'on me parle de vin, mais bon... Quant aux liquoreux du château d'Yquem, je le précise pour ceux qui vivent sur la planète des buveurs de Vittel, ces vins sont sans aucun doute les plus célébrés dans le monde. Ce soir, ce n'est pas du lourd, c'est de l'énorme, de l'incommensurable. Du jamais bu pour nos jeunes palais de Français moyens. Enfin, si, on en avait déjà bu. Sans un grand souvenir.

    Pour régaler ou intriguer les amateurs confirmés et les professionnels présents, le Bon Marché aurait mieux fait de nous faire découvrir des "petits" vins "accessibles" que le magasin propose à la vente. On aurait voulu des trucs un peu originaux. Au lieu de cela, on préfère fêter le truc en laissant les gens de Cheval et d'Yquem ouvrir des vins d'exception. Enfin, l'exceptionnel, c'est surtout leur prix : tout cela nécessite un coup de fil à Cetelem avant le passage en caisse. Parait qu'un mythe n'a pas de prix... Ben si, en fait. Et je vais vous les donner pour tenter de démontrer l'incongruité de la chose.photo(1).JPG

    On nous assied en rang d'oignons sous des néons agressifs. On commence avec Y de Yquem 2006, c'est à dire le blanc sec (sans sucre) du château. Perso, je le trouve hyper vert, un peu rude à avaler. Je ne finirai pas la quille à moi tout seul, j'ai déjà du mal avec mon seul verre de dégustation. Prix T.T.C. chez un caviste : autour de 120 euros. Je me marre. Il s'agit bien d'une bouteille de 75 centilitres, pas d'un magnum ni d'un jéroboam, mais une bouteille classique.

    Cap sur les rouges avec le second vin de Cheval-Blanc, le Petit Cheval en 2006 lui aussi. On en avait déjà bu. Âpre et rude à nouveau et surtout, on dirait qu'un cépage supplémentaire entre dans sa composition : le bois. Forcément, il est vinifié dans 100 % de barriques neuves. Chez les naturels, on appelle ça "faire une pipe à Pinocchio" (copyright Vincent). Chez le caviste, on débourse un peu plus de 150 euros pour une simple bouteille. Je me marre (bis).

    Suit le frérot un peu plus vieux, le Petit Cheval 2001. On nous dit qu'il s'agit de "l'archétype de ce qu'on sait faire dans le Bordelais". Ben dis donc, faudrait tout de suite arrêter de faire du vin alors. Parce que c'est pas gégé. En entendant cela, on se demande vraiment où sont les rires enregistrés. Le 2001 est certes plus léger (heureusement, d'ailleurs) mais ennuyeux à mourir. Plus de 200 euros la quille. Je me marre (ter).

    Voici les grands vins. Enfin... les "grands"... Façon de parler.
     
    Il est mignon le Cheval-Blanc 2006 à l'amertume exécrable (et Dieu sait que j'aime l'amertume) qui monte à 620 euros les 75 centilitres (là aussi, on parle toujours du prix d'une bouteille normale). Je me marre, mais là ça tire sur le rire jaune.
     
    Puis, tel un destroyer qui vient tout sauver, voici Cheval-Blanc 2000. Enfin, on le pensait. D'accord, s'il fallait vraiment en sauver un ce soir-là, je veux bien le mettre de côté. Mais franchement, c'est par politesse. Je l'avoue, je trouve que ça se laisse boire, que ça pourrait presque être intéressant à table mais aucun de mes sens n'a été transporté. C'est limite si je ne m'en veux pas à moi-même : "tu dois avoir le palais sacrément déviant pour ne pas apprécier un vin à 1200 euros". Il n'y a pas de faute de frappe, il faut bien lire 1200 euros. 1, 2, 0, 0. Quatre chiffres. Soit un vin qui coûte plus d'un smic net, un vin dont le centilitre coûte plus de 15 euros... En le buvant, je m'ennuie et vu le prix du vin, je ne me marre plus du tout.

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    Pour ajouter à l'absurdité de la soirée, le Bon Marché avait prévu quelques grignotages pour accompagner les bouteilles. Des trucs pas mauvais mais pas transcendants non plus. À ce stade, à celui du Cheval-Blanc 2000 (1200 euros la quille, je le répète), arrive une petite bouchée homard-oursin. Avec ce gros rouge, c'est du grand n'importe quoi. Oui, j'aime bien les accords mets/vin à la con mais là ça dépasse l'entendement. J'aurais préféré rester à jeûn. Ou qu'on reparte sur Y de Yquem. Tu me diras, il y avait déjà eu une bricole sucrée avec un des premiers rouges.

    Du blanc maintenant : le grrrrrand Yquem, le vrai, avec du sucre dedans et tout, et tout. La version 2007 est plutôt jolie, c'est celui-là en fait le vin à sauver ce soir. Mais bon, hein, on n'est pas non plus transporté. Paraît qu'il n'est pas encore en place ; alors pourquoi le proposer à la vente ? Parker lui met 98/100 avec ce mot "magique". A 550 euros la bouteille, c'est une aberration.

    Yquem 2005 s'avère crémeux avec pas mal de sucre : bref, tout ce que je déteste. Il laisse d'ailleurs un sale petit goût en bouche assez inexplicable . L'accord avec le pata negra pourrait me faire exploser de rire. Entre 600 et 700 euros la quille, je ne rigole plus, mais alors plus du tout.

    Enfin un Yquem un peu plus vieux, le 1996 qui se montre champignonné, donc je dirais joli mais là encore assez ennuyeux. A 300 euros, on casse les prix, c'est presque abordable... Non évidemment, je déconne.

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    Conclusion. On pourra dire que mon palais est déviant à force de boire du vin naturel et que je ne suis pas habitué aux grands vins. Mais après en avoir goûté quelques-uns aujourd'hui (ou d'autres à d'autres moments), Cheval-Blanc et Yquem ne sont pas pour moi des "grands" vins.

    Oui, j'ai un vrai problème avec eux ; je n'ai pas envie de me resservir un verre. A cause de leur goût intrinsèque et de leur prix totalement délirant. On pourra me taxer à chaque fois de mauvaise foi. Ma foi, je m'en fous. S'il y en a certains que ça fait vibrer, tant mieux, je les laisse acheter ces bouteilles. Si des Chinois, des Indiens ou des Brésiliens le font, on ne peut pas leur en vouloir, on a fait pareil à une époque. Et ça leur passera avant que ça me reprenne.

    Le vin est une boisson, et par cette nature, il est fait pour être bu, avalé et donner les idées heureuses. Ici, je me sens loin de tout ça. Une armée des ombres faite de buveurs, de néophytes, d'amateurs, de connaisseurs, de professionnels en a conscience, elle est justement en train de sortir de l'ombre. En tant qu'amateurs-blogueurs, nous avons aussi une responsabilité. J'irais même jusqu'à paraphraser un vieux barbu : les blogueurs n'ont fait qu'interpréter diversement le monde du vin, il s'agit maintenant de le transformer. Quitte à être les idiots utiles du système qui en accouchera.

    Aparté. Pour se rincer la bouche, on est allé faire un tour dans une maison choisie, le Coinstot Vino. Le talentueux Guillaume Dupré nous a dégoté le Bibonade de Jeff Coutelou, un vin louche par rapport aux canons de l'orthodoxie vinicole. Un compliment, donc. Vendange en sûrmaturité d’une parcelle complantée avec 20 cépages différents et vinifiée sans aucun intrant chimique, il fout une claque à Yquem pour une raison particulière : il donne le sourire. A moins de 20 euros sur table. De plus, il nous a fait parler pendant une bonne demi-heure, à peine le temps mis pour siffler la bouteille. On le sait d'ailleurs, c'est le test ultime : le meilleur des vins est vidé avant les autres. Ce soir, il n'y avait pas photo. Et c'est un vin qu'a d'la gueule !

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    C'est mon opinion et je la partage.

  • Radiographie personnelle des vins du mariage princier

    Pour faire rêver madame Michu, l'AFP nous a sorti le menu du mariage princier. Au moins ils jouent la transparence : je n'ai pas vu de telle liste pour Kate et William. Pour Charlene et Albert, le repas a été concocté par Alain Ducasse : tiens, il est revenu en cuisine ? Cerise sur le rocher, on a même eu droit au pedigree des vins dégustés ce soir-là. En faisant quelques recherches, notamment sur Vindicateur, le site qui offre une synthèse pondérée de différentes sources (avis de professionnels et d'amateurs), on va voir ce que valent les quilles ouvertes samedi dernier. Attention, c'est totalement subjectif (voire de mauvaise foi) car je n'ai pas goûté ces vins. D'un autre côté, si je les avais goûté, mon propos aurait été tout autant subjectif...

    1 / Pour les beaux yeux de Charlene, on commence avec un blanc d'Afrique du sud sur la petite entrée composée de légumes, tomatolive et mulet mariné. La cuvée Anaïs 2009 de Vins d'Orrance. C'est un genre de label, marque, négoce... dirigée par un Français, Christophe Durand qui a déménagé au Cap en 1995. Ici le chardonnay provient de deux vignobles, l'un de Constantia, l'autre de Franschhoek. C'est un "vin classique" : c'est pas moi qui le dit, c'est le communiqué de presse. Cela doit valoir une vingtaine d'euros la quille. Quoi ? Vindicateur n'en parle pas ? Ben nous non plus, alors. Dommage.

    2 / Avec le petit épeautre et ses légumes primeur au pistou, on sort un vin de Bellet. La cuvée Le Clos 2009 du Clos Saint Vincent est un 100 % rolle. Le domaine est cultivé en biodynamie : a-t-on choisi ce vin pour montrer qu'on est dans le vent ? Pas sûr, car cette cuvée dans différents millésimes est notée autour de 15 sur Vindicateur ("vin particulièrement bon, savoureux") : on l'a choisi parce que c'est bon. Une vingtaine d'euros la bouteille.

    3 / Avec la marmite de poissons locaux dans leur bouillon safrané... un vin rouge ! Un pari assez osé car relativement peu classique ; mais le vin en question est assez léger, parait-il. La cuvée Baron G du Château de Bellet en version 2008 (40% folle noire, 40% braquet, 20% grenache). Noté autour de 16 sur Vindicateur ("très bon vin, immédiatement remarquable"). Une vingtaine d'euros la boutanche. En fait, j'aurais bien aimé y participer à ce mariage, ça devait être pas mal du tout...

    4 / Sur la coupe de fruits rouge, un Yquem 1996. Là franchement, c'est un peu bof. Même moi, avec mon budget serré, je vais mieux traiter trois de mes potes autour d'un barbecue cet été dans les Vosges : je vais leur ouvrir le 1997 (en demi-bouteille, certes). Et là, franchement, rien à voir. La cote du 1996 sur iDealwine s'élève à 221 pour grimper jusqu'à 291 pour le 1997. Chez Vindicateur, Yquem 1996 atteint évidemment une belle note : 18,8 (à quelques points du "vin exceptionnel, expression rare et géniale de son appellation"). Mais pas autant que mon 1997 qui grimpe lui à 19,7 (à 3 dixièmes de la perfection, du "vin fabuleux, nectar-plus-ultra, quelques gouttes de dieu tombées sur terre"). Et en plus la principauté aurait fait des économies si elle avait consulté Vindicateur : le 1997 est 50 euros moins cher que le 1996. Moralité : Albert devrait parcourir un peu la bloglouglou avant d'acheter son pinard.

    5 / Avec le gâteau de mariage, une coupe de champagne Perrier-Jouët, cuvée Belle Epoque 2002. J'ai déjà bu cette cuvée mais pas en 2002 : je n'en garde aucun véritable souvenir. Chez Vindicateur, ça tourne autour de 15. Franchement, pour un mariage princier, on aurait pu s'attendre à autre chose qu'à un 15. Ce n'est pas très excitant tout ça. Et on est à 120 euros la bouteille. Le plus embêtant dans l'afafire, c'est qu'une palette de ce champagne a été dérobée entre Epernay et Monaco dans la nuit du 23 au 24 juin. Souci supplémentaire, elle ne comprenait pas 156 bouteilles comme habituellement, mais 288... Une mini affaire d'Etat.

    On récapitule ? Un résultat mi-figue, mi-raisin. Hormis la première bouteille, choix de courtoisie envers la mariée, on ne peut nier le réel effort pour consommer local. D'ailleurs, ça se retrouve aussi dans l'assiette, notamment dans le choix des poissons : pour ceux que ça intéresse, tout le menu est détaillé ici. Saluons aussi la prise de risque avec le bellet rouge, sachant que l'imaginaire collectif a fait sien le théorème "sur le poisson, du blanc !". Et en plus, le vin semble bien bon. Pour le reste... Chassez le bling-bling, il revient au goulot : en plus d'être attendues, les bouteilles accompagnant le dessert me semblent mal choisies : sans doute trop jeunes, trop tape-à-l'oeil par rapport au reste et pas forcément dans le bon millésime. Oui, c'est facile de critiquer. Et s'ils avaient donné dans les grands bordeaux ou les champagnes hors de prix, on leur serait tombé dessus comme la vérole sur le bas clergé.

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